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Interview de Karen Miller sur Godspeaker, le Royaume de Lur et sa suite

Par Nak, le lundi 14 septembre 2009 à 08:25:54

Karen MillerAprès avoir (comme bien d’autres) lu et aimé Empress, The Riven Kingdom et la duologie du Royaume de Lur, l’auteur de cette interview avait quelques question à poser à Karen Miller sur les origines de la trilogie Godspeaker. Ils ont donc échangé quelques e-mails afin d’éclaircir ces questions. Mais Karen Miller explique également dans cette interview quel est son processus d’écriture. Il est vrai qu’elle publie environ trois livres par an, ce qui est beaucoup ! Vous découvrirez ici toutes les réponses à ces questions.
Si le style vous paraît un peu étrange, n’oubliez pas qu’il s’agit d’une interview réalisée par e-mail. Toutefois, on sent à la lecture que Karen Miller n’a pas fait les choses à moitié en donnant ses réponses et qu’elle a dû passer pas mal de temps à les écrire – ce qui vient renforcer l’impression extrêmement positive qu’Elbakin.net avait pu avoir d’elle lors d’une autre interview qu’elle nous avait accordé lors des Utopiales de 2008.

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L'interview traduite

Est-ce que la trilogie Godspeaker a toujours été envisagée comme une trilogie ? Il y a une grande différence de ton dans le livre 1, comparé aux livres 2 et 3, et pour moi, c’était comme si Empress pouvait être considéré comme une préquelle, et que l’histoire principale avait lieu dans les deux derniers livres. Je me demandais si vous pouviez nous donner un aperçu des origines de l’histoire, et si la théorie de la préquelle est valable ou pas.
Oui et non. En remontant très très loin, quand l’idée m’est venue pour la première fois, je n’avais encore jamais été publiée et j’étais toujours en train d’essayer de terminer ce qui allait finalement devenir la duologie de La prophétie du royaume de Lur. J’avais des difficultés avec ce projet, donc je me suis changé les idées en écrivant ce que je pensais être le premier chapitre d’un autre livre. A ce moment-là je ne savais pas trop ce que je faisais, ou quelle taille l’histoire allait ou pourrait avoir. J’ai eu un retour excellent de Del Rey Online Writers’ Workshop, j’ai gagné le Choix de l’Editeur du mois, mais je n’étais absolument pas prête à continuer avec ça. Finalement je suis revenue vers l’histoire de La prophétie du royaume de Lur et j’ai vendu celle-là en premier. Quand est venu le temps de parler de la suite du projet, je suis revenue vers cet autre chapitre et j’ai réalisé que j’avais affaire à une bien plus grosse histoire, dont la taille a mené à un récit en trois actes. Ayant acquis un peu de confiance en moi, j’ai réalisé que je voulais élargir le champ de ce monde, et examiner un plus grand nombre de personnages d’une façon qui me permettrait de comparer et faire le contraste entre différentes sociétés. Et j’ai réalisé que le cœur d’une société était son leader – Hekat. Donc avec Empress, ce qui était au départ un premier chapitre est devenu la fin du premier volume de la trilogie. Et j’ai travaillé à l’envers à partir de là pour raconter son histoire. J’ai trouvé très important de raconter son histoire en temps réel, par opposition au flashback ou à des références passées obscures. Godspeaker est une étude de personnage en puissance et de ses effets sur les individus – et je voulais faire ça en détails.
Je ne ressens pas Empress comme étant complètement une préquelle. C’est plutôt un morceau d’une mosaïque plus grande. Les actions d’Hekat font rouler la pierre, et ont un impact sur tout ce qui arrive aux autres dans l’histoire entière. Godspeaker est aussi le récit d’un choc des cultures, donc je voulais montrer toutes les cultures sur le même plan. Je voulais aussi placer les lecteurs dans une position particulière par rapport au texte – en ayant déjà rencontré le méchant, en ayant vu l’envergure de la menace sur le point d’engloutir le monde, le lecteur est mis dans une position particulière quand l’action se déplace sur Ethrea. Et cela créé une tension en soi.
Je suis d’accord sur le fait que j’ai un peu joué sur les considérations traditionnelles de comment une trilogie doit être présentée. Mais le changement de ton est très important, je pense, parce que nous parlons de différentes sociétés. Et tandis que l’action change de localisation, ce qui signifie un changement de ton, la menace Mijak continue dans les livres 2 et 3, donc on ne la perd pas entièrement de vue. C’est juste que ce n’est plus là-dessus qu’est mis l’accent principalement – au moins, jusqu’à la fin du livre 3.
Beaucoup de discussions ont eu lieu dans la blogosphère sur le ton dur de Empress. Après l’avoir écrit, avez-vous eu des inquiétudes sur comment il allait être apprécié, en considérant combien le ton était différent des livres de La prophétie du royaume de Lur ?
Vous plaisantez ? J’avais une peur bleue. Je savais que je prenais un risque énorme, pas seulement à cause de Mijak qui fait partie et est en lui-même une culture conflictuelle ou d’Hekat qui est un personnage totalement conflictuel, mais parce que le ton était si différent de celui de la duologie de La prophétie du royaume de Lur. Je savais qu’il y avait de grandes chances pour que certains lecteurs qui avaient aimé mes deux premiers livres soient déçus que je n’aie pas pondu quelque chose qui n’était pas identique. Et c’est vrai – certaines personnes ont été déconcertées. Mais beaucoup ont vraiment adoré la trilogie Godspeaker – et certains la préfèrent même à l’histoire de La Prophétie du royaume de Lur ! Ce qui montre bien qu’on ne peut pas étiqueter le goût des gens en matière de fiction. Et je ne voulais pas être étiquetée non plus, en tant qu’auteur. Je ne suis pas du genre à n’aimer qu’une sorte d’histoire. Je suis fan de Dexter, et je suis fan d’Eureka. J’aime Stargate et j’aime Battlestar Galactica. J’apprécie Psych et The Shield. Je deviendrais folle si on ne m’autorisait qu’à écrire des histories d’un seul genre et d’un seul ton. En plus de ça, chaque histoire demande une nouvelle approche. Sinon tout ce que vous donnez à vos lecteurs c’est un réchauffé de ce qui a déjà été fait – et je trouve que c’est tricher, que c’est même insultant. Et pour moi, ça deviendrait insupportablement ennuyeux. La seule chose que je peux promettre c’est que j’écrirai tous les livres aussi bien que je le peux – tout en étant fidèle aux personnages et à l’histoire qui doit être racontée. La dernière chose que je veuille faire est de devenir fainéante et prévisible. Je pense que les lecteurs méritent mieux que cela.
L’un des commentaires que j’ai le plus lu à propos de la série La Prophétie du royaume de Lur concerne l’accent d’Asher. Personnellement, je l’aime bien, et je trouve qu’il ajoute un aspect réel à son personnage. Est-ce que son accent vient de quelque chose de la vie réelle ? Je ne suis jamais allé en Australie, donc je ne suis pas sûr que ce soit une forme de dialecte local, ou simplement quelque chose que vous avez complètement inventé vous-même.
Au risque de passer pour prétentieuse, la voix d’Asher est venue avec le personnage. Je n’ai pas consciemment choisi son modèle de voix – il a simplement ouvert la bouche et a commencé à parler. Le seul choix conscient que j’ai fait était de reconnaître que l’un des marqueurs dans une société fondée sur des classes est la façon de parler. Donc je savais que lui et Doranen, la classe dirigeante avec laquelle il allait interagir parleraient différemment, et je savais que ça serait utilisé comme un point de l’intrigue et comme un trait du personnage – mais je ne savais pas exactement comment. Il est simplement entré et s’est emparé de la situation. Et non, ce n’est pas vraiment un truc australien. C’est plus proche de la classe ouvrière britannique de la campagne. Mais de façon assez souple.
En regardant sur votre site web la liste de vos livres publiés, il semble que vous ayez publié 9 livres depuis 2005 (et 2 de plus sont prévus cette année), ce qui fait quelque chose comme 2 livres par an. En réalité, écrivez-vous vraiment 2 livres par an ? A quoi ressemble votre emploi du temps d’écriture, qui vous permet de rendre vos livres un peu plus rapidement que d’autres ? (Lecteurs, remarquez que dans ce cas plus rapidement ne veut PAS dire manque de qualité, j’ai vraiment apprécié les 4 livres que j’ai lus jusque là).
En ce moment, mon emploi du temps d’écriture est complètement ridicule et totalement auto-infligé. J’ai écrit 700 000 mots l’année dernière et cette année j’espère écrire 4 romans complets en plus d’en finir un et d’en commencer un autre. Est-ce que je recommande cela ? Non. Est-ce que j’ai l’intention de m’y tenir ? Non, non et vraiment vraiment non. Comme je l’ai dit, c’est simplement la façon dont les choses se sont passées. Je suis dans une position phénoménalement privilégiée dans laquelle je peux écrire à plein temps. Et parce que je n’ai pas d’attachements familiaux extérieurs, je me permets le luxe de dédier 95% de ma vie à mon travail. En ce moment, avec quelques jours de congé par-ci par-là, j’écris 7 jours par semaine, douze mois par an. En moyenne, j’écris 4 000 mots par jour, chaque jour travaillé. Parfois un petit peu moins, parfois un petit peu plus, mais c’est généralement le rendement du jour. Peu d’auteurs ont une vie qui leur permette de faire ça. Et je ne veux pas que ma vie soit comme ça pour toujours. Personne de sensé n’appellerait ça une vie équilibrée. Mais c’est ce que j’ai besoin de faire en ce moment, donc je le fais. Et ensuite je prendrai des vacances, je rechargerai mes batteries, je me rafraîchirai le cerveau et je regarderai devant moi pour un nouveau projet.
Vous avez décidé de publier votre nouvelle série Rogue Agent sous le nom de K.E. Mills. Je sais que c’est généralement fait quand un auteur écrit quelque chose de complètement différent de son travail habituel et veut le séparer de ses ouvrages normaux. Toutefois, il semble que l’éditeur était très ouvert sur le fait que vous étiez K.E. Mills, et je me demandais si ça valait vraiment la peine d’utiliser un nom différent ? Pourriez-vous nous donner un aperçu de comment vous en êtes arrivée à l’autre nom ?
Le nom de plume a été suggéré par l’éditeur australien de la série, parce que c’est un autre genre d’affaire comparé aux livres que j’ai écrit en tant que Karen Miller. Ces livres sont plus de la Fantasy historico-épique, et ils sont auto-contenus dans des arcs, que ce soit une duologie ou une trilogie. La série Rogue Agent est plus comme une série de romans policier – des aventures autonomes avec toujours la même palette de personnages. Le contexte temporel est différent – je me sers de l’Angleterre victorienne/édouardienne comme toile de fond culturelle, par opposition à des sociétés plus vieilles comme l’Europe de la Renaissance ou à des civilisations anciennes comme la Perse, Sparte et Babylone. Et du point de vue du ton, ils sont aussi différents. Je pense que si vous comparez Empress et Accidental Sorcerer, vous pouvez voir que bien qu’il y ait une part d’ombre dans le monde de Rogue Agent – parce que j’inclus toujours une part d’ombre – il y a aussi des éléments plus gais, grâce aux personnages et à leurs relations. Quand la série a été vendue à Orbit, mon éditeur américain/britannique, ils ont été d’accord avec cette façon de voir les choses mais ils voulaient aussi que les fans de Miller sachent que je faisais quelque chose d’un peu différent. Les livres de la série Rogue Agent formeront un ensemble cohérent – ils ont vraiment un ton et une voix particulier – tandis qu’en tant que Karen Miller, je changerais peut-être un peu les choses. Mais j’ai un lectorat très étendu, donc c’est plus l’idée d’une marque que le besoin d’entretenir le mystère.
Je suis très excité de voir que vous retournez dans le monde des livres de La Prophétie du royaume de Lur cet automne avec The Prodigal Mage (livre 1 de la duologie The Fisherman’s Children). Pouvez-vous nous donner quelques aperçus de l’accent qui sera mis dans cette nouvelle série ?
Merci ! Je suis contente que vous l’attendiez avec impatience ! Mais je vais être méchante et je ne vais pas trop en dévoiler. A la fin du premier des deux livres, on laissait un royaume qui devait faire face à une importance question sans réponse – qu’est-ce qu’il y avait au-delà des montagnes de Barl ? En gros, la duologie Fisherman’s Children répond à cette question. Asher revient, mais on rencontre aussi son fils et sa fille, et on les suit tandis qu’ils essaient de résoudre ce mystère. Mais vous savez ce qu’on dit – faites attention à ce que vous souhaitez. Parce que l’herbe n’est pas toujours plus verte de l’autre côté. Et le prix à payer pour obtenir ces réponses sera peut-être plus élevé que quiconque pourra supporter de le payer. Et maintenant ce son que vous entendez est mon rire démoniaque…
J’aime terminer les interviews avec cette question : quelle est votre blague préférée, si vous en avez une ? Elle peut être aussi gentille ou aussi cochonne que vous le voulez :)
Je suis nulle en blagues. Mais je vais raconter une sorte de blague – quelle est la meilleure pub télé que vous ayez jamais vu ? Imaginez un homme, un naufragé sur une toute petite île déserte. C’est plus un atoll qu’une île en réalité. Il peut la traverser en 10 enjambées. Il y a 2 palmiers pour l’ombre et une scie pour toute compagnie. Ses vêtements sont des guenilles. Il est désespéré. Ballotée par les flots il voit une caisse en bois. Il essaie de l’attraper mais elle est trop loin. Et elle s’éloigne. Donc il scie l’un des palmiers, rampe le long du tronc et sauve la caisse en bois avant qu’elle ne soit perdue pour lui à jamais ! Tout excité, il arrache le couvercle et sort le contenu de la caisse !
C’est un hamac.
Je ne me souviens pas pour quoi était la pub. Mais à chaque fois que j’y pense, je la rejoue dans ma tête et je m’écroule de rire. Ce qui ne peut que démontrer que je suis une très méchante personne.
Merci encore d’avoir répondu à toutes ces questions, j’apprécie énormément.

Interview originelle
Traduction réalisée par Nak


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