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Interview de Karen Miller - Utopiales 2008

Par Nak, le mardi 18 novembre 2008 à 09:30:28

Karen MillerAujourd’hui nous sommes fiers de vous présenter la traduction d’une interview réalisée par Elbakin.net lors de la convention des Utopiales qui s’est tenue, je vous le rappelle, à Nantes du 29 octobre au 2 novembre 2008. Il s’agit de l’interview de Karen Miller, écrivain australienne qui nous parle du premier roman de sa série La Prophétie du Royaume de Lur. Elle aborde également sa seconde série, Godspeaker au ton moins conventionnel et revient sur des questions plus générales comme le principal piège pour un auteur de fantasy.
Comme vous pourrez le constater, elle a un parcours assez atypique, ce qui rend l’élaboration de ses œuvres très intéressante.

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L'interview traduite

Qu'est-ce que ça fait de participer à une convention française ?
Ça a été quelque chose de très excitant pour moi. C'est ma première convention qui se déroule dans une langue étrangère. Donc ça a été vraiment, vraiment excitant. Surtout que ça n'a pas été du tout comme les autres conventions auxquelles j'ai assisté. J'ai été à des conventions en Australie, en Angleterre et en Amérique. Ce n'est pas de cette façon que l'on envisage la convention, ici c'est plus un festival qu'une convention. Mais ça a été fantastique, j'ai rencontré des gens supers et ai eu des conversations terribles. J'ai même signé quelques livres. Donc ça a été génial.
Quelle est la différence entre les Utopiales et les conventions américaines/anglaises ?
La plupart des conventions auxquelles je suis allée avait un aspect très industrie de l'édition. Donc il y avait beaucoup de discussions à propos de la publication, de comment être publié, de questions sur l'écriture et tout ce genre de choses. Et vous avez beaucoup beaucoup plus d'écrivains ici. Dans les conventions auxquelles je suis allée, il y avait quelques invités, avec un invité principal. Mais ici, il y a tellement d'écrivains, ce qui, à nouveau, est génial.
Est-ce qu'il y a des communautés de fans qui participent à vos conventions ? Parce qu'en France, les gens ont tendance à venir voir les auteurs.
Oui. Bien que les conventions à la maison soient vraiment très très petites. Même si l'Australie est un grand pays, nous n'avons pas beaucoup d'habitants. L'Australie n'a que 22 millions d'habitants. De ces 22 millions, un très petit pourcentage représente les fans de fiction spéculative. Donc en fait il s'agit plus de retrouvailles avec un groupe d'amis chaque fois que vous allez à une convention. Et même aux Etats-Unis, où l'échelle est plus large, il y a des groupes d'amis, où que vous alliez. Je ne sais pas si c'est la même chose ici, ça ne donne pas la même impression. Ça semble être davantage conçu pour le public que pour des communautés, ce qui n'est pas du tout une mauvaise chose. C'est juste une façon différente de faire.
Parlons un peu de vous maintenant avec une question un peu traitre pour commencer. Vous avez travaillé avec des chevaux, dans un centre de soins, dans les assurances et les télécommunications, et vous avez même été propriétaire de votre propre librairie à un moment. Quel est le travail que vous avez toujours voulu essayer mais que vous n'avez jamais fait ?
Les films. La réalisation de films. En fait je n'ai pas un esprit très technique, donc en termes d'être capable de raconter des histoires via un film - je ne suis pas trop machines ou gadgets - ça ne marche pas trop pour moi. Je joue actuellement avec ce genre de choses au théâtre ; le théâtre je peux réussir parce qu'il n'y a pas de caméra. C'est juste vous et les acteurs, parlant d'une pièce et explorant des histoires.
L'écriture de scripts est quelque chose que j'ai vraiment penser que je voulais faire. Mais maintenant, j'ai plus de recul, parce que j'ai rencontré des gens travaillant dans l'industrie des films et de la télévision. Et j'ai vu la façon dont ils opèrent. Finalement j'ai réalisé que je n'étais pas faite pour être scénariste. Il y a une raison pour laquelle je suis romancière. C'est parce que j'aime tout contrôler et je ne veux pas que quiconque touche à mes travaux. Quand vous travaillez pour des films ou la télévision, vous devez être très très détendu vis-à-vis de votre écriture. Des gens peuvent s'interposer et changer votre travail. Non, non, non. Ça ne me plait pas. C'était une bonne chose à apprendre parce que je pense que ça m'aurait rendue très mécontente si j'avais essayé.
En quoi pensez-vous que ces expériences professionnelles expliquent votre façon d'écrire aujourd'hui ?
Tous ces boulots m'ont montré différents aspects de la nature humaine. Et un aspect différent de la façon dont les gens sont reliés au monde. Quand je travaillais avec des chevaux par exemple, c'était en Grande-Bretagne et j'ai dû faire directement l'expérience du système de classes. L'idée de Je suis né ici, tout en haut, donc par définition je suis meilleur et plus important que vous. Parce que ce n'est pas votre cas. Venant d'Australie où l'on n'a pas ce genre de choses, ma réaction était du genre Je vous demande pardon ? Je ne crois pas.
De fait, mon attitude à l'égard de ce genre de choses a abouti à Asher (dans La Prophécie du Royaume de Lur). Parce que c'était vraiment C'est un accident. C'est ce que vous faites, pas qui vous êtes né, qui compte. Mais bien sûr en Angleterre, ce n'est pas forcément le cas.
Un autre exemple, je travaillais comme préposé aux relations publiques pour le gouvernement local. Et j'ai été confrontée en personne à la mesquinerie de la corruption personnelle. Parce que mon responsable était corrompu. Et j'ai pu voir jour après jour ce que le pouvoir peut faire aux gens. Certaines personnes vont obtenir une position d'autorité et la seule chose dont elles vont se préoccuper c'est d'être sûres que tout le monde va bien. Et il y a d'autres personnes, qui vont obtenir une position d'autorité et tout ce à quoi elles peuvent penser c'est Comment faire pour que cela soit à mon avantage, et comment puis-je contrôler à la fois tout et tout le monde ? J'ai pu me rendre compte au travail que certains se disent clairement à eux-mêmes Voilà tout le pouvoir que j'aurais dans ma vie et je vais l'utiliser. Et ils l'utilisaient de façon vraiment vraiment mauvaise. Donc, ça a été un autre point qui m'a vraiment marqué.
Et ensuite bien sûr, avoir la librairie. Ça a été un apprentissage intense sur la fiction spéculative (NdT : l'imaginaire) et sur les gens qui aiment en lire. Parce que c'était une boutique de science-fiction, de fantasy et de romans policiers, mes thèmes préférés. Et tous les jours sans exception, six à sept jours par semaine durant ces années, j'ai parlé à des gens d'histoires, de ce qu'ils aimaient, de ce qu'ils n'aimaient pas, de quelles histoires marchaient pour eux. Je leur recommandais des livres, ils revenaient et disaient Oui, j'ai vraiment aimé. Pas souvent, mais de temps en temps ils revenaient et disaient Ça ne m'a pas plu. En général, j'étais assez douée pour assortir histoires et lecteurs. Mais ça m'a vraiment appris que la seule personne qui compte dans le jeu c'est le lecteur. Si les critiques aiment ce que vous avez écrit, c'est bien ; si vos pairs aiment votre travail c'est bien aussi. Mais les critiques et vos pairs n'influent pas sur vos ventes, au contraire des lecteurs en général. Et ce sont les personnes qui comptent.
La première ébauche de La Prophécie du Royaume de Lur a été écrite comme un script de film. Dans quel sens cela a-t-il influé sur les livres en eux-mêmes ?
Pour commencer je l'avais faite trop courte. La raison pour laquelle j'ai fait cela c'est que j'avais peur. Avant cela, je n'écrivais que des nouvelles pour de jeunes adultes. C'était mon premier essai pour une grande histoire purement de fantasy. Pendant longtemps, j'ai bataillé contre les d'incertitudes ; Est-ce que je peux vraiment le faire ? Est-ce que c'est assez bon ? Je ne suis pas aussi bonne que je voudrais l'être. Tout ces réflexions m'entravaient. Mon doute personnel m'embrouillait. Ça m'a pris beaucoup de temps pour avoir suffisamment confiance en moi pour penser que je pouvais le faire. Et j'en suis arrivée au point où la seule façon d'arriver au bout de la première ébauche était de l'écrire comme un script de film. Une fois cela fait, j'avais une histoire entière en face de moi et j'ai pu l'écrire comme un livre. Mais parce que les scripts sont courts, je devais contraindre l'histoire pour cadrer avec ça, et c'était bien trop court. Cette histoire est maintenant une série de deux livres. La version entière de la première ébauche était plus courte que le premier livre. Donc j'avais beaucoup plus d'histoires en moi que je ne le pensais possible. Mais ça m'a demandé de passer par ce processus pour trouver l'histoire.
De mon point de vue personnel, quand j'ai ouvert le livre et que j'ai commencé à le lire, je me suis dit que c'était juste un autre histoire classique de fantasy. Mais ensuite j'ai réalisé que c'était différent : l'accent était fortement mis sur les personnages, particulièrement sur Asher. Quelle motivation vous a poussé dans cette direction ?
On ne peut pas vraiment parler de motivation, c'est la faute de mon cadre de base. Chaque histoire est pour moi d'abord et avant tout celle des personnages. Chaque histoire que j'ai aimé, chaque série télé ou pièce de théâtre que j'ai vu, tous les films que j'ai aimé, concernaient des gens. Donc, pour moi, d'abord et avant tout, si ce n'est pas à propos des personnages, je ne vois pas l'intérêt. Chaque fois qu'une nouvelle idée d'histoire me vient à l'esprit, elle se présente sous la forme Voila quelques personnes, voila les problèmes auxquels elles doivent faire face et comment elles vont les résoudre. Et la question que je me pose est Qui est cette personne et quelle place tient-elle dans ce monde ? Et quel est son problème, et que veut-elle ? Pour moi, tout est à propos des personnages ! Premièrement, deuxièmement et troisièmement.
Je ne suis pas une personne qui se laisse guider par ses idées, je suis un écrivain qui se laisse guider par les situations de mes personnages.
J'ai également remarqué qu'il y avait une prédominance forte de personnages masculins dans ce premier livre. Était-ce quelque chose de conscient ou pas ?
Non, c'était juste la façon dont l'histoire voulait être racontée. Je pourrais discuter en disant que les deux principaux personnages féminins, Dathné et Veira - vous n'avez pas encore vraiment rencontré Veira, elle apparait davantage dans le second livre - sont également très forts. Mais les évènements principaux, dans cette histoire, tournent effectivement autour des deux personnages masculins.
Mais d'autres livres que j'ai écrit sont plus concentrés sur les femmes. Et les hommes sont un peu plus en arrière-plan, ou bien c'est un tirage équilibré.
Asher (l'un des principaux personnages masculins) a un fort accent. C'est une façon pour lui de se souvenir d'où il vient. Donc pourquoi de temps en temps à la fin du premier livre le perd-il ?
Parce qu'il essaie de s'intégrer, sans s'en rendre compte. Je pense que chaque fois que vous vous éloignez de l'endroit où vous avez vécu, et que vous allez ailleurs, soit vous essayez consciemment de vous adapter soit vous essayez consciemment de ne pas vous adapter. Mais peu importe la force avec laquelle vous essayez, si vous restez suffisamment longtemps dans un nouvel endroit, vous ne pouvez pas nécessairement l'entendre mais vous commencez à changer. J'ai vécu en Angleterre pendant trois ans. Donc je suis arrivée avec un peu d'accent australien, mais quand je suis revenue, je n'avais plus aucune trace d'accent australien. Et je n'ai pas essayé de parler à l'anglaise, c'est simplement arrivé.
Je pense aussi que pour Asher, il n'est pas idiot, il s'est aperçu qu'à certains moments il devait ressembler davantage aux autres. Sans cela, les gens n'auraient fait qu'écouter l'accent et n'auraient pas fait attention à ce qu'il disait.
Vous avez dit à plusieurs reprises qu'Asher était le personnage le plus facile à concevoir alors qu'à l'opposé, Gar vous avait causé beaucoup de soucis. Est-ce que c'est parce que votre moi intérieur est plus proche d'Asher que de Gar ?
Je pense que la façon dont Asher voit le monde est plus proche de mon expérience personnelle. C'était plus facile pour moi d'entrer dans sa peau. L'autre chose avec Gar c'est qu'il s'agit d'une personne silencieuse qui est en lutte avec soi-même. Quelques-unes de ses difficultés sont un peu trop proches de certaines des miennes, donc peut-être que je résistais à vraiment l'embrasser. Je pense qu'en tant qu'écrivain, on n'écrit pas simplement des copies carbone de nous-mêmes, et c'est quelque chose qu'on ne doit pas faire. Mais tout comme un acteur doit trouver un fil d'expérience qui est commun entre lui-même et le personnage qu'il joue, afin qu'il puisse vraiment se glisser dans sa peau, je pense que les écrivains doivent faire la même chose. On croisent des personnages, et il y a des éléments, des choses à l'intérieur de nous qui répondent à des choses à l'intérieur d'eux. Quelques-uns des problèmes dont Gar a fait l'expérience ont recoupé certains des miens auxquels je ne voulais pas faire face. Donc ça m'a pris pas mal de temps pour prendre une espèce de profonde inspiration et d'explorer complètement ses douleurs. Tandis qu'Asher est bien moins blessé. Il a des questions, il a des problèmes mais il est en meilleure santé psychologique que Gar pour plusieurs raisons. Donc il y avait un peu de résistance de ma part pour embrasser complètement ses difficultés.
Concernant la carte au début des livres. Ce n'était pas votre idée et quelqu'un attaché à la géographie la qualifierait probablement d'absurdité. Néanmoins, dans un sens, elle suit la règle de l'endroit unique du théâtre classique. Était-ce un choix ?
Oui, c'était le mien. Moi qui ne voulais pas croire à ma capacité à raconter une histoire située dans un vaste ensemble géographique. C'est une histoire qui est tellement centrée sur les personnages, c'est une pièce sur les personnages bien plus que qu'une bataille épique. C'est plus une pièce autonome. Et parce que c'était mon premier roman majeur, je ne voulais pas essayer d'en faire trop et de me tromper complètement. Je voulais rester à l'aise avec ce que je faisais et je suis restée concentrée sur ce que je pouvais gérer.
Je dépasse cela en ce moment même. J'ai ôté en partie les petites roues de mon vélo. La prochaine trilogie est bien plus importante en termes de géographie. Et le prochain projet sera encore bien plus important. J'apprends à faire cela.
Mais à nouveau, pour moi, ça a toujours été une histoire très intime, à propos d'une amitié et de l'impact que cette amitié a eu sur de nombreuses personnes. Ça a toujours été à propos d'un petit groupe de personnes.
Donc la présence de la carte c'est parce que vous n'aviez pas le choix.
Ouais ! Je n'ai jamais pris un cours de géographie de ma vie. Je ne regarde pas les cartes, je ne les apprécie pas. Quand je lis de la fantasy écrite par d'autres personnes, je ne regarde jamais les cartes, je m'en fiche. Mon sentiment c'est Coucou, je suis écrivain, pas cartographe.
Vous avez aussi dit que concernant la construction du monde, vous avez eu beaucoup de difficultés au début. Pensez-vous que vous auriez pu améliorer votre travail sur le premier livre ?
Oh mon Dieu oui ! Je viens juste de relire les deux livres dans le but d'écrire la première partie des deux séquelles. Et tout le temps, c'était Donnez-moi un stylo, laissez-moi corriger ça. Parce que ça faisait 5 ans que je l'avais écrit et que je me suis améliorée. Donc vous retournez sur votre premier travail et On non, je n'ai pas fait cela aussi bien que je l'aurais voulu. C'est très frustrant, mais beaucoup de gens continuent de l'apprécier donc clairement ils ne voient pas les fautes que moi je vois. Dieu merci !
Pensez-vous que ça continue de marcher parce que votre histoire est surtout basée sur les personnages ?
Je pense que ça marche pour le genre d'histoire que j'ai raconté, mais la construction du monde que je fais en ce moment est plus compliquée et plus importante. Ceci dit, c'est vraiment un monde simple que celui dans lequel ils vivent. Ils vivent cette existence dans un petit bateau en bouteille et rien n'a changé depuis 600 ans. Donc de bien des façons c'est assez statique et stagnant.
C'est quelque chose qui se reflète également dans la façon dont les deux populations interagissent l'une avec l'autre.
Oui.
J'ai entendu dire que le livre 2 (qui sortira en mars 2009) sera plus sombre. A quel point ?
Beaucoup plus sombre. Je ne veux pas dévoiler ce qui se passe à la fin du livre 1, mais quelque chose d'assez important a lieu. Donc une grande partie du livre 2 est la conséquence de ce qui est arrivé précédemment. Et aussi les choses sont allées de mal en pis parce que le grand méchant se trouve dans une position où il peut obtenir ce qu'il souhaite. Et cela devient une course contre le temps pour les gentils, Asher et son équipe. Ensuite toutes les relations et les amitiés qui se sont construites dans le livre 1 commencent à se briser, à cause des résultats des évènements qui ont lieu. Il y a de nombreuses choses qui se brisent et il ne semble pas qu'elles pourront se recoller.
Est-ce qu'il gardera son ton conventionnel (prophétie...) ? Aura-t-on droit à une fin heureuse ?
Oui, le livre 2 continue avec les mêmes thèmes. Mais la fin sera douce-amère. Je ne suis pas une fille qui aime les fins heureuses. Je reconnais l'impulsion des humains à vouloir que chaque chose aille pour le mieux, mais cela n'arrive pas dans la réalité. Donc disons juste que tout le monde n'y survivra pas.
Et c'est la même chose avec tout ce que je fais. Il y a toujours des gens qui perdent, les gentils perdent même s'ils gagnent.
C'est le cas également dans la trilogie Godspeaker ?
Oui. Le premier tome de cette trilogie est très très sombre. Il y a beaucoup de sang et de violence. C'est une culture difficile, qui met mal à l'aise. Et le personnage principal n'est pas une personne facile. Certaines personnes l'ont trouvées si difficile qu'ils ne peuvent pas traiter avec elle, d'autres ont reconnu qu'elle est horrible mais l'aiment quand même. Je dois admettre qu'elle est horrible mais je l'adore. Il y a d'autres personnes bien sûr, de bonnes personnes, mais elles n'ont aucune chance contre elle.
Et c'est aussi une série de fantasy classique. Le deuxième livre nous emmène dans un endroit ayant une localisation différente, avec d'autres personnages, qui affrontent des problèmes similaires, mais je les gère de façon très différente. Et ensuite, il s'agit du conflit entre la culture du premier personnage, et de ce qu'ils veulent, contre ce que le reste du monde veut. C'est une culture et des personnages plus conséquents qui me font repousser mes limites un peu plus loin.
Donc cette nouvelle trilogie est plus ambitieuse ?
Oui clairement. Je me suis terrorisée à en être stupide en l'écrivant. Mais je pense que c'est bien, si vous ne vous effrayez pas vous-même en tant qu'auteur, avec chaque nouveau projet, alors vous devenez trop confiant. Et je ne crois pas que vous vous fassiez une faveur en vous laissant vous mettre à l'aise.
Et la prochaine étape ?
J'ai une autre série de fantasy en Australie sous un nom de plume, et qui devrait arriver aux Etats-Unis et au Royaume-Uni en janvier. L'arrière-plan culturel est un peu plus moderne, je me sers de l'Angleterre de la fin de l'ère victorienne, et du début de l'ère edwardienne. Ce sont des personnages récurrents qui vivent des aventures indépendantes. C'est un peu plus comme une série criminelle, chaque livre forme un tout. Mais quelques éléments, quelques histoires continuent à travers les livres. Il y a davantage de comédie, plus d'humour, plus de légèreté à cause de la façon dont les personnages interagissent.
En plus mon premier roman Star Wars sort à Noël et je dois en faire deux de plus entre maintenant et 2010.
Comme je l'ai dit également, je suis en train d'écrire les deux livres des séquelles de La Prophécie du Royaume de Lur et je suis aussi en train de travailler sur une préquelle unique. Au final ça fera une série de cinq livres.
Et j'ai des projets pour quelque chose d'autre mais je ne veux pas encore trop en parler.
Savez-vous si ceux-là seront publiés en France bientôt ?
Non, pas encore. Mon éditeur a acheté le livre 1 de Godspeaker mais elle n'a pas encore décidé de quand elle le sortira.
Une question un peu plus générale maintenant. Tout le monde sait en France que les écrivains Australiens sont très bons pour la fantasy. Quelle est l'auteur australien qui mérite le plus de louanges mais qui ne les reçoit probablement pas ?
Glenda Larke. Sa trilogie des Iles Glorieuses a été publiée en France. Glenda est une auteure douée - je ne dis pas cela parce qu'il s'agit d'une bonne amie - je pense qu'elle mérite bien plus de reconnaissance qu'elle n'en a actuellement. Elle a vécu tout autour du monde, c'est une écologiste, une ornithologue, elle travaille sur des projets sur l'éco-tourisme pour le gouvernement malaisien. Et elle a une vision très particulière du monde et elle écrit des trucs supers.
Ca a été décevant quand elle n'a pas touché le public autant qu'elle aurait dû.
J'ai lu son premier livre cette année. Et comme pour vos livres, quelque part on peut aussi les définir comme de la fantasy classique. J'espère que cela devient un peu plus complexe dans les livres suivants.
Oui, oui ! Avec La Prophécie du Royaume de Lur, je savais pertinemment que je racontais une histoire conventionnelle. Mais avant de me laisser emporter, je devais être sure que j'avais les bases. J'ai senti fortement que même si c'était une histoire conventionnelle, les personnages la rendaient différente. Je pense que la plupart des gens n'aiment pas être trop abrupts sur leur premier essai. Mais Glenda a utilisé beaucoup de choses différentes : ce n'était pas un cadre médiéval...
Je pensais surtout aux évènements, à l'intrigue...
Oui c'est vrai. Cela rejoint ce que je disais précédemment. Quand je parlais aux gens dans ma librairie, un grand nombre d'entre eux appréciaient la fantasy classique. La grande majorité des gens qui venaient dans ma boutique achetaient de la fantasy classique parce que c'est ce qu'ils aiment. Et je dois admettre que je deviens un peu grincheuse avec les gens qui se plaignent des gens qui écrivent de la fantasy classique. Beaucoup de gens aiment ça, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de place, ou qu'il ne devrait pas y avoir de place pour la fantasy expérimentale. Je pense que c'est très important et les gens qui écrivent de la fantasy expérimentale devraient être applaudis et encouragés. Mais dans le même temps, ceux qui écrivent de la fantasy classique ne devraient pas être méprisés, critiqués et rabaissés pour ce qu'ils font parce que beaucoup de lecteurs apprécient sincèrement les standards solides de la fantasy.
Donc est-ce qu'on peut vous attendre comme un auteur expérimental un jour ou l'autre ?
Je ne sais pas, parce que les choses que j'aime faire sont tellement fondées sur les personnages et conduites par eux que je ne sais pas. J'adore l'histoire et j'aime utiliser l'histoire comme toile de fond. Quand j'explore l'histoire de ce monde, j'aime trouver des histoires très sympas et des choses très sympas auxquelles je peux penser. Donc je ne sais pas si cela me mènera à l'écriture expérimentale. Si je fais quelque chose d'expérimental, ce sera probablement davantage une pièce de théâtre.
Vous avez également dit dans une interview précédente qu' il y avait plus de place pour la fantasy aujourd'hui. Pensez-vous que votre travail suit cette même voie, que vous repoussez vos limites avec chaque nouveau livre ?
Oui, j'essaie de faire quelque chose que je n'ai jamais fait auparavant. J'essaie de compliquer davantage mes histoires, à la fois relationnellement, politiquement et géographiquement. Chaque fois que je commence quelque chose, j'essaie très fort de faire quelque chose qui n'a pas encore été fait. Inévitablement je pense, un écrivain seul a des thèmes et des motivations intéressants qui reviennent sous différentes incarnations dans son écriture. Je pense qu'il y a des histoires qui nous parlent très personnellement ou des problèmes ou des éléments du spectre humain que nous nous sentons obligés d'examiner.
Ceci dit, je pense qu'il y a des façons pour essayer de considérer ces éléments d'une façon différente, pour les présenter sous un jour différent. Donc vous réexaminez un territoire familier avec une perspective différente.
Et enfin une dernière question. Selon vous, quel est le plus gros piège auquel un auteur doit faire face avec chaque nouveau livre ?
Je pense ne pas vouloir risquer quoi que ce soit. Je pense que si vous avez fait un livre et qu'il a eu un certain succès alors la tentation est de ne pas faire de vagues. La tentation est de se dire Oh, j'ai écrit ce genre d'histoire, et les gens ont aimé ce genre d'histoire et je veux que les gens continuent de m'apprécier. Donc je vais continuer à écrire ce genre d'histoire.
Je pense que cela mène à l'immobilité dans votre travail et que vous commencez à vous sentir trop à l'aise. C'est l'une des raisons pour lesquelles je suis passée de La Prophétie du Royaume de Lur à Godspeaker. Le premier livre est tellement différent, je savais qu'il y avait un gros risque et je mesuis effrayée à en être stupide. Et comme je le suspectais, certaines personnes l'ont embrassé tandis que d'autres se sont senties offensées. C'est violent, et il y a beaucoup d'effusions de sang, il y a une certaine vulgarité, beaucoup de colère et de difficultés et il n'y a pas beaucoup d'amour, et en plus il y a des gens qui font de mauvais choix ce qui conduit à beaucoup de souffrance. Donc c'est très très différent. Et je me suis effrayée autant que possible. Dès que j'en ai été terrifiée, je savais qu'il fallait que je le fasse !
Merci beaucoup.
Merci à vous.

Interview réalisée par Luigi Brosse.
Traduction assurée par Nak.

  1. L'interview traduite
  2. L'interview originale

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