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Aujourd’hui en salles : Thor !

Par Gillossen, le mercredi 27 avril 2011 à 13:31:41

Le déroulement

L’histoire commence à Asgard, royaume galactique, dirigé par le roi vieillissant Odin qui s’apprête à léguer son trône à son fils Thor. Odin est parvenu à imposer un traité de paix à l’ensemble de l’univers, en dépit des revendications de plus en plus agressives de son ennemi Laufey, à la tête du désert de glace de Jotunheim. Le jour du couronnement de Thor, un petit groupe de soldats de Laufey pénètre par effraction dans le palais, en violation du traité de paix. Scandalisé, Thor ne songe qu’à se venger, et ses actes provoquent une catastrophe. Odin bannit Thor et l’envoie sur Terre – un royaume subalterne connu sous le nom de Midgard – dépossédé de tous ses pouvoirs et attributs, y compris Mjolnir, l’impressionnant marteau qu’il arbore au combat.

Thor tombe du ciel et atterrit en plein désert du Nouveau-Mexique, où l’astrophysicienne Jane Foster, son mentor le Docteur Selvig et la stagiaire Darcy étudient les dérèglements célestes. Mjolnir tombe également sur Terre, créant un impressionnant cratère aux environs de la petite ville de Puente Antiguo. L’agence gouvernementale S. H. I. E. L. D. se précipite sur place, tandis que les habitants du coin tentent de soulever l’énorme marteau. Rien à faire : il ne bouge pas.

Sur Asgard, Odin est tombé malade et Loki, qui nourrit envers son frère Thor une sorte de syndrome d’amour-haine irrationnel, a hérité du trône. Bien décidés à empêcher Loki de soumettre Asgard à sa volonté quand il aura obtenu le pouvoir absolu, un groupe de guerriers, dont le chevronné Volstagg (Ray Stevenson), rejoint Thor sur Terre, grâce à l’aide du gardien de la porte d’Asgard, Heimdall (Idris Elba). Mais à leur arrivée au Nouveau-Mexique, alors qu’ils recherchent leur chef, ils découvrent qu’ils ne sont pas les seuls visiteurs à avoir échoué dans ce coin désertique. Thor doit désormais affronter l’un des ennemis les plus redoutables auxquels il ait jamais eu affaire, mais cette fois il ne dispose d’aucun des pouvoirs qui pourraient lui garantir la victoire.

Cette histoire met donc en jeu trois mondes. Et pour les auteurs du film, chacun de ces univers devait sembler des plus réalistes. Tâche d’autant plus ardue que l’un des trois mondes – Midgard, ou la Terre – est tout à fait réel. Quant à Asgard et Jotunheim, la tradition Marvel les présente comme diamétralement opposés. Asgard est resplendissant et au sommet de sa puissance : sous l’égide d’un souverain respecté par ses sujets, la paix y règne depuis des siècles. Tandis qu’Asgard brille sous les feux de la victoire, Jotunheim se complaît dans l’ombre de la défaite – ou du moins Laufey et son peuple en sont-ils convaincus. C’est une terre inhospitalière, habitée par des Géants des Glaces au teint bleuté, qui n’ont d’autre rêve que de se venger des citoyens d’Asgard. Ne dit-on pas que la vengeance est un plat qui se mange froid ? Le temps viendra donc, sans doute bientôt, où Laufey renversera Odin pour prendre le contrôle d’Asgard.

Pour combler le gouffre qui sépare Midgard d’Asgard et Jotunheim, Branagh a senti le besoin de «rapprocher le monde grandiose des dieux et l’apparence de notre planète». Il explique : «Nous devions trouver un style qui les unisse mais qui permette aux personnages d’évoluer d’un monde à l’autre, de sorte qu’on ressente l’émotion, le sentiment de dépaysement et l’humour qui caractérisent Thor».

Le scénariste Don Payne présente cela autrement : «Circuler d’Asgard à Jotunheim, puis sur Terre et revenir à Asgard, c’est un sacré voyage. Il fallait donner aux spectateurs, qui ne sont pas forcément fans de la BD comme moi, la possibilité d’embarquer dans ce périple avec les personnages et d’en éprouver du plaisir. Il fallait donc que les trois mondes soient nettement différenciés mais qu’ils appartiennent à la même réalité>».

Branagh a confié la création de ces univers au chef décorateur Bo Welch, lauréat de quatre Oscars. «Ce que j’attendais de Bo, et qu’il a réussi à la perfection, c’était qu’il fasse preuve d’une imagination sans bornes», explique le réalisateur. «La difficulté consistant à représenter la Terre, le royaume cosmique d’Asgard et l’inquiétante planète glacée de Jotunheim ne l’effrayait pas davantage que la nécessité de voyager à travers ces trois dimensions et de trouver un moyen de les réunir. Sa formation est très riche et il est prêt à tout».

Bien qu’il dispose d’archives considérables fournies par Marvel et qu’il ait fait ses propres recherches, le chef décorateur ne pouvait en aucun cas se contenter de reproduire les croquis contenus dans la documentation pour réinventer Asgard. «Bo a suggéré de nombreuses pistes visuelles pour la planète Asgard», raconte Branagh. «Il s’est inspiré d’images de la Terre, des BD et des prises de vue du télescope Hubble – ou plutôt, de l’idée qu’on s’en fait. Bo et son équipe ont ainsi pris en compte l’état des recherches en matière d’astrophysique, de voyages dans l’espace et de vie extraterrestre. Et puis, nous avons créé cet univers de toutes pièces».

Welch se réjouissait à l’idée de devoir créer ces mondes mais s’est vite rendu compte que le processus serait pour le moins complexe. En effet, de nombreux auteurs et illustrateurs ont collaboré à la BD Thor au fil des ans, et chacun d’eux a imprimé sa patte personnelle sur le style visuel d’Asgard et de ses habitants.

«Un décorateur travaille normalement autour de repères visuels très précis mais la BD Thor avait tant évolué d’une parution à l’autre que les repères visuels étaient très nombreux», explique-t-il.

Il a fallu de longs mois pour construire, dans les studios Raleigh de Manhattan Beach, en Californie, les immenses décors conçus par Welch pour représenter Asgard et Jotunheim (puis qui allaient ensuite être plus spectaculaires encore grâce aux effets spéciaux). Welch précise : «Le plus difficile a été de s’accorder sur l’esthétique d’Asgard. Nous ne nous sommes pas fiés à notre première, deuxième ou même troisième intuition. Pendant des mois et des mois, mon équipe de décorateurs et moi avons réfléchi, fait des repérages, poussé notre réflexion jusqu’aux confins de l’univers… pour finalement aboutir, de façon assez amusante, à quelque chose de relativement simple».

«Avec Ken», poursuit-il, «on s’est dit qu’étant donné que cet univers est habité par des dieux guerriers surplombant les neuf royaumes, ils devaient avoir une perception de l’univers très évoluée, pacifique et noble – et non pas encombrée des vicissitudes propres à l’esprit humain. Cela a donc donné cette architecture minimaliste, comportant simplement quelques détails de style scandinave, pour ancrer l’environnement dans la mythologie viking».

Mais l’aspect nordique n’a pas été le seul à influencer les décors de Welch : «Nous avons tenu à retrouver le style de Jack Kirby (le concepteur de Thor) dans le mobilier d’Asgard, comme en témoignent le lit et le trône d’Odin, par exemple. Ce sont des meubles qui tranchent avec un cadre très dépouillé. Je crois que nous avons trouvé le bon équilibre entre la vision de Kirby et un style plus moderne, avec une touche viking pour faire bonne mesure».

Welch poursuit : «Au début, on se place seulement du point de vue visuel : que doit-on voir à l’écran ? Puis il faut se poser la question de ce qui sera construit en dur et de ce qui relèvera de l’infographie. Il est préférable pour tout le monde de construire autant de choses concrètes que possible : cela donne aux acteurs, au metteur en scène et à l’équipe des repères tangibles».

La consigne générale étant de privilégier le réalisme, les acteurs ont été enchantés de pouvoir évoluer dans des lieux réels. Anthony Hopkins avoue avoir été inspiré par les décors d’Asgard et considère que ceux-ci ont contribué à rendre son personnage vraisemblable : «Les décors de Bo sont stupéfiants. Je suis passé voir le plateau où on les construisait et je me suis dit que je n’aurais pas grand-chose à faire : juste à me laisser pousser la barbe, à apprendre mon texte et à enfiler mon armure – le reste viendrait tout seul».

Hiddleston a également été bluffé, notamment par le décor construit pour l’Observatoire de Heimdall, porte par laquelle doivent passer tous les visiteurs et les émigrants qui quittent Asgard. C’est aussi là qu’ont été tournées la plupart de ses scènes. «L’Observatoire est à proximité d’une ville céleste où vivent les dieux. Idris Elba, qui joue Heimdall, le gardien des dieux, est assis là et surveille tout ce qui se passe dans l’univers. On n’a pas fait les choses à moitié dans Thor : tout est aussi imposant que possible».

L’Observatoire de Heimdall témoigne de l’ambition artistique de Branagh et de son équipe : en effet, cet élément de décor n’apparaît dans aucun épisode de la BD. Le chef décorateur signale : «Dans la BD, on ne voit que Heimdall assis sur le Pont Arc-en-ciel, qui veille sur Asgard, que l’on aperçoit au loin derrière lui. Mais au cinéma, on est obligé de tout représenter visuellement. Nous avons donc décidé de donner vie à un décor qui n’apparaît pas dans la BD et nous avons passé des mois à imaginer comment fonctionne l’Observatoire».

Le chef opérateur Haris Zambarloukos a joué un rôle-clé dans la conception de l’atmosphère de chaque royaume et y a travaillé avec Welch et Branagh dès la création des décors. «Asgard est un univers chaleureux», déclare Zambarloukos. «En raison du caractère réfléchissant des peintures métalliques et des matériaux brillants utilisés dans les décors et les costumes, il était évident que cet espace ne devait pas être éclairé de manière directe mais devait utiliser la lumière pour la réfléchir. Il n’y a aucune lampe, uniquement quelques feux et un soleil éblouissant, avec beaucoup de couleurs tirant vers l’or et des vues panoramiques qui vous donnent l’impression de flotter dans l’espace».

Mais Thor ne se limite pas à un récit lumineux et paisible. «Jotunheim est aux antipodes d’Asgard : c’est une planète glaciale», poursuit Zambarloukos. «C’est sans doute ainsi que les Vikings se représentent l’Enfer : se retrouver coincé dans une forêt sous une neige tenace et un froid vigoureux et aucune chance de trouver un abri ou une source de chaleur».

Le chef opérateur ajoute : «Cette planète devait être crépusculaire, sombre et inquiétante. Nous avons travaillé très en amont avec Dan Sudick le superviseur des effets spéciaux et sommes arrivés à l’idée d’utiliser de petites nappes de brume, qui donnaient un aspect à la fois glacial et menaçant. Il y a un peu de lumière mais elle n’est pas rassurante».

Pour sa vision des cieux, Zambarloukos a trouvé son inspiration en cherchant dans une direction radicalement opposée : «L’une de mes influences majeures», dit-il, «a été le travail du photographe sous-marin David Doubilet. Il est parvenu à obtenir ce que nous cherchions aussi à représenter : un monde inconnu et visuellement stupéfiant, sans presque aucun recours à des éléments artificiels. La façon dont il photographie un lit de varech, par exemple, vous donne l’impression d’être au fin fond de l’espace».

Né à Chypre, Zambarloukos a fait ses études en Grèce : il a grandi en étudiant la mythologie… et en lisant des bandes dessinées. «Thor était l’une de mes préférées, car elle faisait appel à des récits que j’avais appris, enfant», se souvient-il. «Lorsqu’on adapte un livre, une pièce ou toute autre œuvre que les gens peuvent connaître, je crois qu’on s’efforce d’emmener le spectateur là où il n’a jamais mis les pieds, tout en le maintenant en terrain connu. Dès qu’on voit Thor avec sa cape rouge et son marteau, on sait où on est».

Zambarloukos a multiplié les plans larges à la grue pour dépeindre les royaumes parcourus par Thor. «On voulait retrouver la fluidité et la beauté des grands films d’aventure hollywoodiens», explique-t-il. «C’est l’un des dispositifs de tournage les plus complexes qui soient mais cela embarque le spectateur et correspond bien à un univers comme celui de Thor. Après tout, on raconte l’histoire du dieu viking du tonnerre : la moindre des choses est d’être aussi audacieux que le personnage et de ne pas hésiter à tenter des mouvements de caméra spectaculaires».

Comme le savent les fans de Thor – et comme le sauront bientôt les spectateurs –, les dieux voyagent d’un royaume à l’autre par un portail céleste (ou, comme le dirait Jane Foster, par un «trou de ver»). Ils sont propulsés grâce à une décharge d’énergie issue de l’arc-en-ciel Bifrost, à partir de l’Observatoire de Heimdall, à proximité d’Asgard. C’est ainsi que Thor et son petit groupe de guerriers se rendent à Jotunheim pour se venger, puis que Thor se retrouve au Nouveau-Mexique, en guise de punition.

Auteur de la BD Thor pendant deux ans, J. Michael Straczynski a été le premier à avoir eu l’idée d’envoyer Thor sur la Terre d’enchantement qu’est le Nouveau-Mexique. «Il fut un temps selon la mythologie gréco-romaine», explique Straczynski, «où dieux et humains vivaient côte-à-côte. Ils partageaient la même vie, le même espace. L’idée de faire évoluer Thor au Nouveau-Mexique semblait donc logique. Quand j’ai vu que cette idée a été reprise et qu’elle a ensuite été portée à l’écran, j’en ai tiré une grande fierté».

Si Asgard et Jotunheim ont été créés sur des plateaux, et en infographie, l’équipe du film a passé six semaines au Nouveau-Mexique pour tourner les scènes se déroulant sur Terre, au printemps 2010. Mais quand on connaît le climat de cet état, on sait que si mars et avril font officiellement partie du printemps, la météo n’y est pas très favorable à un tournage. Acteurs et techniciens ont dû affronter la neige, la grêle et des vents violents, mais cette expérience a encore ajouté à l’atmosphère féerique qui régnait sur le plateau.

Selon Branagh, l’ambiance du Nouveau-Mexique a donné une dimension étrange au film. Il plaisante : «Il s’agit d’une région du monde où les gens observent vraiment le ciel. Si on vient d’une autre planète et qu’on souhaite être bien accueilli sur Terre, c’est un bon choix pour se poser».

Cette optique plaisait aussi à Welch : «Nous nous sommes décidés très tôt. Comme les royaumes célestes causent des troubles dans le ciel, il nous fallait un lieu pour représenter Midgard d’où l’on puisse filmer de larges pans de ciel. Cela impliquait donc de tourner dans le désert et une petite ville au milieu du désert nous a semblé la combinaison idéale».

Le scénario de Thor comportait aussi un autre élément qui confortait l’approche de Welch. Selon lui, «l’affrontement final entre Thor et le Destructeur ressemble à un duel de western». Il ajoute : «J’ai donc pensé au ranch de Tom Ford, où ont été tournés Silverado, Wyatt Earp et 3h10 Pour Yuma. Notre règlement de comptes final est un hommage au duel classique qui se déroulait dans la rue principale d’une petite ville de l’Ouest sauvage».

La ville imaginaire de Puente Antiguo est donc située sur les 12 000 hectares du ranch de Ford, à la sortie de Galisteo, au Nouveau-Mexique, à 15 kilomètres au sud de Santa Fe. Il existait déjà au sein du ranch une ville typique de western, à laquelle Welch et son équipe ont apporté d’importants aménagements.

Une version antérieure du scénario plongeait Thor dans le Far-West des années 1850. Mais il était important que le spectateur puisse s’identifier aux protagonistes et se retrouver dans l’environnement où ces personnages évoluent. Welch explique : «Plutôt que de filmer cet endroit comme une ville des années 1850, nous avons décidé de la rendre réelle. Elle devait être un personnage à part entière. Ce qui fait que quand le Destructeur commence à la démolir, on est triste pour les habitants».

Zambarloukos considère que «le style retenu pour Puente Antiguo appartient à la veine de l’Americana façon Edward Hopper, que Ken, Bo et moi-même adorons». Il poursuit : «On a toujours essayé d’avoir un nuage cotonneux dans le ciel, des cadres à l’intérieur de nos plans, un élément de décor construit par l’homme au premier plan et la nature sauvage en arrière-plan».

Welch voulait aussi qu’on retrouve un écho d’Asgard à Puente Antiguo. «L’Observatoire de Heimdall est la porte d’entrée du royaume céleste. Au-delà du Pont Arc-en-ciel, on débouche sur un palais central entouré d’immeubles», explique-t-il. «À Puente Antiguo (qui signifie «vieux pont» en espagnol), on trouve une rue qui arrive du désert, entourée d’immeubles, et menant à un concessionnaire de voitures d’occasion. Smith Motors, dans une certaine mesure, rappelle la forme du palais d’Asgard… mais dans une version plus modeste et émouvante».

Après avoir conçu les mondes fantastiques d’Asgard, de Jotunheim, l’Observatoire d’Heimdall et le Pont Arc-en-ciel, Welch a eu le sentiment de «prendre des vacances» en travaillant sur le décor de Puente Antiguo. «Mais», ajoute-t-il, «il fallait que le lieu s’accorde à l’univers du film et aux autres royaumes».

Ceux qui connaissent les sites censés pouvoir accueillir des engins et des créatures extra-terrestres savent que les appareils et leurs pilotes ont besoin d’espace pour atterrir, quelle que soit leur planète d’origine. Welch et son équipe ont donc conçu un site d’atterrissage approprié, pour lequel ils ont fabriqué un pochoir inspiré par les ruines antiques et l’architecture celtique. Une fois ce pochoir étendu sur 30 m² et des gravillons de lave répartis dans les lignes tracées par le pochoir, une zone circulaire est devenue un lieu adapté à un atterrissage asgardien.

L’assistant décorateur Richard Bloom était responsable de la mise en place du pochoir. Il arrivait avant l’aube avec son assistante Megg Fleck, alors que l’équipe était déjà à l’œuvre pour préparer le sol. «On pénétrait toujours dans le cercle avec des chaussures à semelles plates pour ne pas laisser de traces», dit Bloom. «Mais le vent nous obligeait de toute façon à remettre le dispositif en place plusieurs fois par jour».

  1. Synopsis
  2. Les origines
  3. Le déroulement
  4. D'un monde à l'autre
  5. Tournage
  6. Un héros Marvel
  7. La critique de Witch