La Fantasy au quotidien
Par Foradan, le 17/07/2008 à 22:15
En tenant compte des différences inhérentes à chaque support, l’effort de construction, d’imagination créé par les lectures et relectures contre l’immédiateté des images projetées, voici une étude sur le traitement des figures féminines sur papier et à l’écran.
En somme, là où le livre fait des femmes des valeurs protectrices, des repères fixes garant de force et de stabilité, le film augmente leurs capacités guerrières, leur mobilité, mais aussi leurs faiblesses (selon l’idée qu’il est plus confortable de les savoir à l’abri que de courir le danger sur les routes de la guerre, ce dont l’Ennemi peut faire une arme).
Les nains ont toujours été présents dans les écrits de Tolkien, mais leur statut a considérablement évolué au fil des années. Ceci dit, les nains restent, par nature "autres, étrangers", à ce point que même des études renommées les oublient, allant jusqu’à omettre Gimli fils de Gloin parmi le recensement des "elf-friends". Au tout début de l’écriture du Silmarillion, tel qu’on le voit dans HoMe 1 et 2, les nains passent de créatures maléfiques à un statut d’êtres "neutres" dans HoMe 3 et 4, affiliés à Aulë dans HoMe 5 (à l’époque d’écriture du Hobbit), puis considérés comme faisant partie des peuples libres dans Le Seigneur des Anneaux (HoMe 6 à 9 et le Silmarillion final de HoMe 10 à 12). Parmi tous les a priori sur les Nains, on trouve leur classement entre hommes et bêtes, parmi les êtres de la terre, pour ainsi dire, des êtres proches des esprits défunts, vivants dans des demeures souterraines, producteurs, mais se reproduisant si peu qu’on racontent qu’ils sont enfantés par la terre.
Même peuple "ami" dans le Hobbit, les Nains ne sont pas apparentés aux elfes et aux humains, les Enfants d’Illuvatar et peuvent évoquer le golem (élément terrestre sans esprit par usurpation du pouvoir du Créateur), mais leur parenté avec Aulë les rapprochent des Noldor, malgré leur langue étrange et étrangère. Ce statut du "nain errant" en diaspora permanente apparaît nettement quand on note la comparaison que Tolkien fait parfois avec les Juifs. Quand au sort des Nains après leur trépas, contrairement aux EruhÃni, il est hors du temps, il faudra attendre la guérison d’Arda pour que le Peuple de Durin participe à sa reconstruction, comme co-agents d’Eru. L’altérité du Nain permet aux elfes et aux hommes de prendre conscience d’eux-mêmes et de se repérer.
Comment devenir soi-même créateur de la mythologie de son pays ? Tolkien n’est pas un cas isolé, il y a eu des tentatives en Norvége, en Ecosse, ainsi que le Kalevala, par le biais de collectes de contes populaires et d’une littérature intégrée en transformant l’oral en écrit et en cherchant les légendes dans les espaces les plus reculés (et supposément les plus purs). Entre la découverte d’un conte et son élévation dans l’histoire, il faut créditer historiquement la fiction : créer les fragments d’un mythe fondateur par une recréation linguistique (notamment) afin de créer des "preuves historiques", plus le fond est épais, plus la véracité est probante. En Norvège, le nationalisme romantique relance une littérature nationale en résistance à l’occupation danoise. En Ecosse, c’est une tentative de retour aux sources d’une religion ancienne préchristianique basé sur une histoire ancienne. Le procédé est celui d’un récit documenté et fictionnalisé, profitant de la puissance heuristique du faux structuré.
Le fait du film de Peter Jackson permet l’expérience d’un nouveau monde, rendant presque la lecture superflue ; cependant, la relecture protège un livre du risque de disparition. Mais malgré son succès, malgré le film, Tolkien ne trouve pas facilement sa place dans l’histoire littéraire ; entre mythes et modernités, les historiens littéraires peinent à le cataloguer, le genre étant assez limitatif. Mais la littérature, en tant qu’étude, est fragile : que vaut l’histoire littéraire si l’on méconnaît Tolkien, que faut-il pour que Tolkien devienne un sujet d’agrégation ?