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Interview de Steph Swainston !

Par Thys, le dimanche 15 mai 2005 à 17:00:58

Après avoir organisé notre concours pour célébrer la parution française de L'année de notre guerre, voici retranscrite une seconde interview de l'auteur. Celle-ci s'attarde sur la suite de ce premier roman, toute récemment parue en Angleterre, et sous peu critiquée ici même.
En attendant, cet entretien paraît de prime abord réservé à ceux qui ont lu le premier, à moins que les fameux spoilers ne vous dérangent pas !

Steph Swainston parle de No Present Like Time

Steph Swainston est impatiente de nous dire pourquoi Jant Shira de L'année de notre guerre « n'est pas seulement un guerrier insensible » et qu'il y a encore beaucoup de choses à venir.

17.04.2005

Couverture de No Present Like Time Le roman de Steph Swainston, l'Année de notre guerre a crée un certain émoi dans les cercles Fantasy lors de sa parution l'an dernier. Elégante, sensuelle, et somptueusement imaginative, l'histoire n'en a pas moins des côté obscurs, en particulier la personnalité bancale de son personnage principal, Jant Shira, messager Immortel, membre du Cercle privé de conseillers de l'Empereur, guerrier d'élite, coureur, drogué et inconséquent.

La dualité du personnage de Jant est associée avec des personnages et à un monde incroyablement vivants, le tout dans une trame prenante ? le monde est progressivement envahi par des hordes d'insectes aussi gros que des chevaux et bien plus mortels en combat ? et il revient au malheureux Jant et à ses collègues immortels d'enrayer le mouvement. Dans la suite, No Present Like Time (publiée par Gollancz en Angleterre le 21 Avril), nous retournons au Fourlands, et nous nous retrouvons en compagnie de Jant pour en apprendre plus sur son monde, sa vie et les sombres profondeurs de son personnage.

Nous avons pensé que c'était le moment idéal pour parler à Mme Swainston et lui demander de nous en apprendre un peu plus sur son travail, en commençant par le superbe, dangereux et auto-destructeur Jant Shira...

Avec No Present Like Time, vous semblez avoir envie de prouver que Jant fait plus que combattre des insectes et se shooter aux hallucinogènes?était-ce votre intention d'écrire cette suite comme un développement du personnage ou les choses se sont-elles arrangées d'elles-mêmes dans ce sens ?
Jant Steph Swainston: Non, le personnage de Jant n'a pas été écrit de cette manière. J'avais crée Jant et les autres personnages bien avant de commencer à écrire un livre. Le monde du Château a déjà 23 ans ? j'ai commencé à le créer en 1982 ? et mes deux livres sont simplement des tranches d'un monde qui est vraiment vaste. J'essaye de l'aborder à chaque fois sous un nouvel angle pour en révéler toujours un peu plus et montrer plus de choses de mes personnages.
Jant est pris dans différents événements dans No Present Like Time, qui l'obligent à faire appel à certains de ses talents qui sont seulement évoqués dans le premier livre. Par exemple, vous savez qu'il est un linguiste expert, il est donc utilisé en tant qu'interprète. Il a quelques connaissances en chimie, donc il apporte les premiers soins et quelques poisons désagréables. Il a de nouvelles opportunités en tant que diplomate, mais savoir voler le rend aussi utile en tant qu'éclaireur et espion.
Jant a aussi d'autres talents, goûts et dégoûts, prédilections et préférences. C'est frustrant pour moi que vous ne connaissiez pas les autres histoires dans lesquelles ces personnages ont été impliqués. Vous n'avez pas encore vu combien Jant a changé par rapport à l'époque où il a rejoint le Château. Il était bien plus salaud alors, il était bien plus effronté et hédoniste avant que les choses le fassent devenir plus mesuré. Mais j'espère faire apparaître tout ça petit à petit.
Quand Jant est hors des hautes sphères, il est encore différent bien sûr. Il se mêle bien plus de politique, comme lorsqu'il a fait de Jay 'Dara' le Gouverneur de Lowespass après la bataille de Pasquin's Tower il y a 30 ans. Quand il est sobre, Jant travaille dur en tant que Messager, il passe énormément de nuits blanches et prend du plaisir à l'étude des langages anciens.
Mais dans l'Année de notre guerre, Jant n'était pas qu'un guerrier insensible. Prenez la relation ? ou l'absence de relation ? entre Jant et Felicitia. Quand ils étaient à Hacilith, Felicitia l'a tripoté quelques fois, mais l'abus qu'il a fait de Jant est bien plus psychologique. Felicitia voulait que Jant lui fasse l'amour, mais il est quasi impossible de forcer quelqu'un à prendre le rôle dominant dans une relation. Felicitia y a réussi alors que leur association s'est développée car Jant était le dealer et Felicitia le consommateur de drogues.
Felicitia était issu d'une famille riche et puissante, il était le leader du gang et le cerveau derrière l'opération. Finalement, il a eu l'opportunité de jouer le rôle soumis qu'il voulait, mais malheureusement pour lui, il n'a jamais eu le sexe qu'il désirait. Jant en est venu a détester le rôle qu'on lui avait attribué. J'ai tenté de traduire cette situation complexe en seulement quelques scènes. Les lecteurs peuvent plonger dedans aussi profondément qu'ils veulent. Mais si un lecteur se plaint que les personnages sont superficiels, c'est qu'il a choisit une lecture superficielle. Beaucoup de lecteurs lisent trop vite ? parce que la plupart des livres sont bien trop longs.
Jant semble être soumis à beaucoup d'autres Eszai ? est-ce un côté de son personnage que vous avez volontairement développé ou, encore une fois, est-ce venu de son état psychologique et/ou de ses actions dans le premier roman ?
Jant Steph Swainston: Tout d'abord, c'est son travail ! Il est leur Messager. Jant a plus un rôle de soutien dans le Cercle, il apporte les lettres entre les Eszai et les gouverneurs, et c'est une position respectable.
Oui, Jant a été affecté par les événements de l'Année de notre guerre. Tous les personnages l'ont été. Mais même s'il a des remords lors des quelques occasions où il se rappelle qu'il serait approprié d'en avoir, il a triomphé dans l'Année de notre guerre et donc, il est plus déterminé à accélérer les choses. Son expérience grandit à mesure qu'il devient plus âgé. Mais il est toujours le 3ème plus récent Eszai et il est bien conscient que la plupart des autres immortels ont plus d'expérience que lui. Wrenn, le jeune escrimeur qui vient juste de rejoindre le Cercle n'a pas d'expérience bien sûr ? mais il est très dangereux !
Jant est bien conscient que même s'il est physiquement imposant, il paraît moins menaçant que les autres Eszai qui sont experts dans le maniement des armes. Sa réaction innée aux situations difficiles est de se mettre hors de portée rapidement (comme ferait un Rhydanne) ou d'utiliser sa gouaille pour essayer de s'en tirer. Mais à cause des difficultés de son passé dans les montagnes ou le gang de la ville, il est prompt à se mettre en retrait, arranger les chose et utiliser la violence seulement si c'est nécessaire. C'est une réaction qui amuse souvent les autres Eszai.
Tous les Eszai s'en remettent aux autres Eszai pour leurs spécialisations. Ata prend le contrôle en mer, mais Jant est l'interprète lors des négociations avec les Trisians, et même Ata s'en remet à lui. Il est au centre des choses au début, mais l'arrivisme d'Ata reprend le dessus parce qu'elle est stressée d'être directement sous les ordres de l'Empereur, ça la rend sans pitié. Elle est très douée pour observer les gens qu'elle pense importants ; c'est comme ça qu'elle réussit à séduire Lightning. Lightning décourage les femmes qui se jettent sur lui, mais Ata prétend qu'elle a besoin de réconfort. Mais elle sous-estime Jant parce qu'elle l'a catalogué comme un junkie.
Jant perçoit Lightning comme une figure paternelle et joue le rôle du fils rebelle, parce que ça lui attire l'attention. Jant sait que de nombreuses personnes le voit comme l'assistant de Lightning donc, peut-être fait-il apparaître Lightning plus prudent qu'il n'est en réalité ? pour qu'en comparaison, il ait l'air plus fougueux et excentrique. Il fait les choses pour choquer Lightning, parfois, il va trop loin et doit donc faire profil bas. Mais même si Lightning change trop lentement pour que Jant le voit, il peut changer. Il doit avoir 1430 ans mais il est toujours humain.
Dans la quête d'attention de Jant, il découvre que sa dépendance aux drogues l'aide. Il attire l'attention mais ses amis en ont marre de le retrouver minable tout le temps, surtout qu'ils sont au beau milieu d'une guerre. Il n'a pas de parents et sous beaucoup d'aspects il est encore immature. Cela fait quand même de lui un grand Messager, parce qu'il se sert du fait qu'il adore avoir une audience pour être grégaire et extraverti, et il a appris a mettre en scène ses différences physiques plutôt que de les dissimuler. Comme tous les Eszai, Jant a confiance en ses talents. Lightning peut se permettre d'être humble sans que ça lui porte préjudice, mais le Polearms Master est le seul Eszai vraiment modeste.
N'oubliez pas que tout est dit du point de vue de Jant, c'est sa perception. Il peut se sentir coupable de sa dépendance et malgré tout agir de manière subversive sans raison. Les drogues altèrent sa perception, et il est tentant pour lui de suivre les gens parce que ça lui demande moins d'efforts, donc il peut mieux se consacrer à sa dépendance. Jant veut que quelqu'un s'occupe de lui pour qu'il puisse sortir du cycle de la drogue qui l'épuise et le blesse. Malheureusement les autres personnages ont leur propres obsessions et problèmes. Dans No Present Like Time, Jant trouve finalement quelqu'un pour l'aider.
J'ai confiance en Jant en tant qu'historien qui s'en remet aux faits, mais pour ce qui est des relations avec les gens, je ne lui fais plus du tout confiance.
Le monde du Château est en partie l'étude d'une culture en quête d'accomplissement. Tout le monde dans le Cercle est poussé à accomplir des choses. Les Eszai travaillent tout le temps, comme Serein ou Lightning, ou sont bizarre à la base comme Tornado et Jant. Jant est entré dans le Cercle plus comme le résultat d'un accident génétique ? sa capacité à voler ? que par sa soif débordante de succès. Il trouve que c'est une atmosphère malsaine. Il trouve qu'être entouré par tous ces gens importants est une bonne raison de ne pas se prendre au sérieux.
Je ne dis pas que l'extrême méritocratie du Château est nécessairement une bonne chose. Bien sûr, nous voudrions tous d'un système honnête comme celui-là, ça nous sortirait de nos vies difficiles et nous garantirait l'immortalité, le champagne et le cochon grillé. Mais rien n'est si simple. No Present Like Time parle du moment où l'on réalise que l'on fait partie de l'Empire envahisseur. Je sais d'expérience que les gens sont entraînés dans des événements qu'ils ne peuvent pas contrôler, qu'ils sont soumis à de plus hautes autorités contre lesquelles ils ne peuvent rien, et qu'ils doivent faire des choses qu'ils n'approuvent pas pour survivre.
Dans une interview sur le site web de HarperCollins (US) vous parliez d'un amour de la poésie instinctive. Lisez-vous d'autres sorte de poésie, et si c'est le cas, pensez vous que cela vous soit utile en tant qu'écrivain, pour renforcer le lyrisme ou la prose ?
Steph Swainston: J'aime tous les genres de poésie ! J'ai commencé par écrire de la poésie ! En fait, haranguer de la poésie était une bonne façon de rentrer gratuitement au Festival de Glastonbury et vous fréquentiez tous les gens intéressants. Aimer la poésie vous aide assurément en tant qu'écrivain, votre prose peut devenir non seulement lyrique, mais succincte. La poésie utilise des mots en petits nombre, choisis avec attention pour évoquer des images immédiates (et, si elle est bonne, des émotions). Laissez le solvant s'évaporer pour ne laisser que la poudre avec toute sa force. C'est ce qu'on veut.
J'ai toujours été fascinée par les rimes et les rimes internes des mots. La poésie instinctive ma plait car elle ignore les règles. Elle manipule les sons des mots par delà leur signification, pour créer des images mentales vivantes. Ce genre de poète reconnaît que chaque lecteur va voir une image différente, donc ils n'essayent pas de sur-expliquer ce à quoi devraient ressembler les choses.
Les ballades et les poèmes gothiques ont aussi eu une influence sur moi. Si l'intrigue de mon roman me rappelle un poème, j'essaye de l'insuffler dans le livre. Il y a plusieurs ouvertures sur des poèmes dans mes livres. Par exemple, j'avais 'The Wreck of the Schooner Hesperus' de Longfellow en tête en écrivant la mort de Mist dans l'Année de notre guerre. Dans No Present Like Time il y a des influences de 'Rhyme of the Ancient Mariner' de Coleridge. Quand le marin voit des créatures marines et les bénit, il est libéré de l'albatros. J'ai pensé que si Jant pouvait aussi apprécier les serpents de mer, et ressentir de la bienveillance envers une autre créature, il pourrait trouver la force de se libérer de sa dépendance.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment, et si ce n'est pas sur la suite de ces romans, quand comptez-vous revenir au monde de Jant ?
Oui, je travaille sur la suite. Je vous montrerai plus du monde, les personnages continuent d'évoluer en fonction de leurs situations, je révèlerai plus de détails sur leur passé.
J'ai d'autre romans prévus dans ce monde qui ne parleront pas du tout de Jant. Malgré l'habitude qu'ont les éditeurs qui veulent regrouper les livres selon leurs contrats, je ne vois pas le monde du Château comme une trilogie ou quelque chose d'aussi contraignant. Pour moi, c'est une continuité, une masse de connections et d'histoires entremêlées. Il ne peut pas y avoir de sommet de l'iceberg s'il n'y a pas d'iceberg.

Jant

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