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Interview de Catherine Dufour - Utopiales 2008

Par Luigi Brosse, le jeudi 20 novembre 2008 à 20:15:24

Catherine DufourAprès près d'un an depuis notre dernière interview de Catherine Dufour, les dernières Utopiales étaient l'occasion de revenir sur un auteur qui a du style (et cela n'a rien à voir avec son sémillant blouson rouge).
Mais pour l'occasion Elbakin.net s'est prêté à un petit jeu dont nous n'avons pas vraiment l'habitude : une double interview en compagnie de Nathalie / Kalys de chez Psychovision.
Deux intervieweurs, cela veut donc dire deux fois plus de questions. Ce fut donc l'occasion d'aborder des sujets aussi variés que l'accouchement coté pile, le style qui fait ricaner, le complexe du sérieux en France ou bien la jeunesse des écrivains... Nous espérons que vous saurez apprécier ces morceaux choisis !

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L'interview

Nathalie : En lisant L'Accroissement mathématique du plaisir, j’ai été frappée de constater que vous abordez des genres très différents, mais que votre langue, votre style se coulait dans ces « moules » et prenaient eux aussi une forme variée. Je me demandais si, pour vous, le genre impliquait un style particulier ou si le style coulait de source et revêtait son apparence par hasard, en dehors du thème abordé ?
Je dirais que du thème découle un style. On peut même écrire une nouvelle rien que pour un style. C’est le cas d’une nouvelle comme La Confession d’un mort qui est dans le style d’Edgar Poe. Pour l’écrire, j’ai beaucoup relu Edgar Poe et j’ai essayé de faire un « à la manière de ». Dans ce cas, c’est du style que découle toute l’histoire.
Un style génère une ambiance et il arrive qu’une nouvelle vienne davantage d’une ambiance qu’on a envie de camper que d’une histoire. A l’inverse, si on a l’idée d’une histoire, on va immédiatement voir autour d’elle se dresser le décor et le style qui lui convient.
Nathalie : J’ai remarqué que, quelque soit le type d’histoires que vous décidiez de raconter, votre écriture est toujours extrêmement cruelle, parfois un peu triste, un peu cynique. Il n’y a rien qui vous semble juste beau ?
Si, mais le problème est que l’on s’ennuie terriblement dans ce qui est beau, bon et juste. Comme on dit : les gens heureux n’ont pas d’histoires. C’est pour cela que lorsque les gens racontent leur vie, on a l’impression d’une collection de catastrophes.
On ne peut absolument pas commencer une histoire par Ce matin, je me suis levé, tout allait bien, la vie me souriait. Il faut qu’il y ait une rupture dans le ronronnement du quotidien pour que cela devienne intéressant. Ce qui fait que dès que les gens essaient d’écrire des utopies, on s’ennuie. Ce qui marche bien, ce sont les dystopies ; lorsque quelque chose déraille.
C’est un problème qu’on rencontre aussi dans la vraie vie, notamment dans le journalisme, qui fait souvent du catastrophisme. Si un journaliste commence son article par la bourse va bien, les gens sont contents, ça ne se vend pas. On ne parle pas de Stéphanie de Monaco quand elle fait tranquillement des enfants avec son mari. Par contre, quand il la trompe salement, d’un coup, les ventes explosent. C’est désolant mais c’est comme ça.
Nathalie : J’ai découvert votre travail l’année dernière ici, aux Utopiales. Vous vous présentiez alors comme une version française de Pratchett. Je vous ai lue ensuite, et j’ai constaté que vous aviez écrit des choses autrement moins drôles. Pourquoi avoir commencé par la parodie, était-ce vraiment par la parodie que votre écriture débutait, et était-ce plus important que des textes disons plus « sérieux » ?
Une version française de Pratchett ? Si j’ai dit ça, c’était pour rire. Je n’ose pas me comparer à lui.
Pour répondre à votre question : Non, mes textes parodiques ne sont pas plus importants que les autres, ni moins. Il existe une certaine adoration du sérieux (Est-ce un défaut français ?) qui fait que l’on peut considérer Proust comme plus important que Coluche. Les Britanniques n’ont pas ce défaut ; pour eux Douglas Adams, Terry Pratchett sont des artistes aussi importants que Shelley et Byron. Faut-il vraiment qu’un humoriste soit mort pour que l’on commence à réaliser qu’il délivrait un message ? Il est évident qu’un auteur, qu’il vous fasse rire ou pleurer, n’a d'intérêt que s’il traite d’une problématique humaine d’intérêt général.
Je ne considère pas tellement mon Pratchettisme comme du pastiche. C’est encore un « à la manière de ». Je fonctionne beaucoup par imprégnation (on peut aussi appeler ça du pillage). Pratchett a été très important pour moi parce que j’ai réalisé qu’il pouvait être utile d’écrire tout en restant léger.
Luigi : Dans l’interview que tu as accordée pour L'Accroissement mathématique du plaisir, tu confiais que lorsque tu as écrit Quand les Dieux buvaient c’était pour faire ricaner. Quelle a été la justification pour Le Goût de l'immortalité et L'Accroissement mathématique du plaisir ?
Le Goût de l'immortalité, je l’ai écrit pour qu’on me prenne au sérieux. Car un certain nombre de gens qui ont lu ma trilogie en quatre volumes m’ont dit Quand est-ce que tu fais un vrai livre ? (sotto voce - Toujours ce complexe du sérieux). J’ai donc écrit un livre très sérieux même si je trouve qu’au final Le Goût de l'immortalité est assez drôle. Mon héroïne est d’une telle mauvaise foi que ça m’amuse. Alors que dans ma trilogie burlesque, il y a des passages pas drôles du tout. Au fond, je n’ai pas l’impression d’avoir deux écritures complètement différentes.
Concernant les nouvelles, ce n’est pas parce qu’elles sont réunies en un seul volume qu’elles ont un rapport entre elles. Certaines sont assez vieilles, d’autres toutes récentes. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à y trouver un fil conducteur. Ce sont donc les lecteurs qui le trouvent. Et ils en profitent pour me faire une psychanalyse gratuite !
Il y a une lectrice qui m’a dit Tu as une vision très négative de la nature. Dès qu’il y a une plante, une fleur... c’est la catastrophe ! On sent que tu habites en territoire urbain (et que tu appelles l’exorciste dès que tu vois un arbre). Il va falloir que j’y réfléchisse.
Une autre m’a fait remarquer que les cheveux avaient une place particulière dans mes textes.
En fait, certains analystes de mon œuvre sont plus intelligents que moi et m’expliquent qui je suis ! C’est parfois bizarre, mais c’est extrêmement intéressant.
Nathalie : J’aimerais revenir sur une nouvelle de ce recueil : L’Immaculée conception. Quand je l’ai lue, je me suis dit que je n’avais rien lu d’aussi glauque depuis Glamorama. Quel sens revêt ce texte pour vous ?
Dans L’Immaculée conception, il y a un aspect très positif qui est qu’on suit les faits et gestes d’une jeune femme qui ne ressemble à rien, qui n’existe pas d’un point de vue personnel et qui, à la fin, se révèle à elle même : physiquement, sensuellement, sexuellement, intellectuellement... La chute est un peu triste, parce que j’aime bien les chutes tristes. Mais sinon, c’est plutôt une histoire positive : mon héroïne vient au monde, et apprend aussi à esquiver les embûches de ce monde.
Évidemment, le thème est un peu sensible. Pour l’écrire, c’est tout simple : j’ai acheté J’attends un enfant de Laurence Pernoud et j’ai recopié le chapitre « Complications ». B - brûlures gastriques, C - croûtes sur les seins, H - hémorroïdes, etc. Dans cette nouvelle, j’essaie de lutter contre la vision un peu Bambi-Fleurs-Papillons que l’on a de la grossesse. Parce que moi-même, je me suis faite avoir. Pendant mes grossesses, je me suis aperçu que ce que l’on présente comme un moment mièvre est un moment de lutte. On lutte pour sa propre survie et pour celle de l’enfant. Il ne s’agit pas de pouponner, il s’agit d’une épreuve de force et je trouve très important de le dire. Or on n’en parle pas, sous prétexte que cela fait partie de l’intimité. Par conséquent, un nombre considérable de filles arrivent devant des obstacles dont elles n’ont jamais entendu parler. On aurait du leur dire 20 fois que ça allait se passer comme ça, mais elles n’en savent rien et elles tombent de l’armoire, du building, des nues ! C’est ce qui m’est arrivé. Une amie m’a dit tout récemment que mon texte l’avait aidée pendant son propre accouchement. Elle a pensé à moi pendant les 24 heures de contractions en se répétant : Elle a raison, Catherine ! C’est guerrier, c’t’affaire. J’ai servi à quelque chose et j’en suis fière.
Et encore, je n’ai pas tout raconté, et surtout pas le plus sordide.
Luigi : Je ne suis pas concerné au premier plan.
Si. Les garçons imaginent que c’est facile, qu’il leur suffira de tenir la main de la future mère et d’attendre. Résultat, on voit les jeunes pères sortir de la salle d’accouchement blancs, décomposés, disant Je n’ai jamais assisté à quelque chose d’aussi violent. Avis à ceux qui aiment le sang, le sexe et la drogue : Ce n’est pas la peine d’aller dans des clubs spécialisés, allez plutôt dans une salle d’accouchement. Il y a du sang plein les murs, on file de la morphine par litres et les futurs pères tournent de l’œil. Le jeune père doit être au courant de tout ça, il doit savoir qu’il y a des choses à ne pas faire. Par exemple, aller voir côté pile. Il n’est pas obligé de voir ce que ne voit pas la femme. Le jeune père a intérêt à s’accrocher, à rester du bon côté et ne pas hésiter à s’asseoir s’il se sent verdir.
Luigi : Pourquoi avoir intitulé le recueil L'Accroissement mathématique du plaisir ? Je sais que ce n’est pas le titre que tu aurais choisi toi, mais pourquoi alors choisir le titre d’une des nouvelles ?
Ce n’est pas moi qui ai choisi. En titre, je suis incompétente, c’est donc l’éditeur qui se débrouille, en général. J’avais proposé Différentes visions de l’enfer, je trouvais ça très joli. En plus, ça faisait écho à « Visions dangereuses » d’Harlan Ellison, un recueil très célèbre qui a symbolisé en son temps le renouvellement de la science-fiction. L’éditeur a refusé.
Richard Comballot, l’anthologiste, avait d’abord choisi comme titre Mémoire morte, qui est le titre de la nouvelle qu’il préfère. Tous les mois, depuis 7 ans, il m’appelle en me disant Elle est trop géniale, cette nouvelle. Et tous les textes que je sors depuis, il les trouve pas aussi bons. Et puis Gérard Klein a sorti son recueil Mémoire vive, mémoire morte. Or il existe un mécanisme de dépôt de titres : on ne peut pas utiliser un titre qui a déjà été déposé, du moins dans un délai de quelques mois. Il a donc fallu changer. Olivier Girard, l’éditeur, a fait « am-stram-gram » dans le sommaire de mon recueil et je trouve qu’il est très bien tombé.
Luigi : Très bien parce que tu penses que tes nouvelles vont graduellement et lorsque tu arrives à la dernière, c’est la jouissance absolue ?
Non, simplement ce titre a un côté un peu intrigant, un côté un peu sexe tout en restant scientifique. Et dans le classement Amazon, il a eu une très bonne place dans la rubrique des livres de mathématiques. J’imagine qu’il y a des mathématiciens qui se sont dit : Tiens... ça a l’air plus marrant que Les intégrales de Riemann.
Nathalie : Quelles différences faites-vous entre romans et nouvelles ? Pourquoi vous choisissez l’un plutôt que l’autre ?
Xavier Mauméjean disait hier que c’est la même différence qu’entre une pêche melba et une entrecôte marchand de vin. Ce n’est pas le même souffle, ce n’est pas la même dynamique, ce n’est pas la même manière d’écrire. Ça n’a rien à voir. Une nouvelle, c’est une idée marquante. On visualise une ambiance et on a envie de bricoler un petit bijou avec. Un livre, c’est un travail sur le long terme. On peut croire qu’un livre, c’est seulement plusieurs nouvelles mises bout à bout mais ça consiste davantage à créer un univers. Il est possible d’écrire une nouvelle en un mois - enfin moi, je peux écrire une nouvelle en deux jours mais ensuite, je vais passer un an à la corriger – alors qu’un livre, on passe quand même dix-huit mois dedans, au minimum. Quelqu’un comme Damasio y a passé sept ans. On vit dans un livre, pas dans une nouvelle.
Luigi : Pour rebondir sur ce point, Délires d’Orphée tu le vois comme une nouvelle d’ambiance en un peu plus long ou bien comme un roman ?
C’est une novella d’ambiance. Ça a été fait exprès. J’ai prévenu le directeur de collection, Xavier Mauméjean Je veux faire un anti-héros dans une anti-histoire. Xavier a répondu Super ! Mon but était de prendre un peu à contre pied le côté série B de la collection.
Luigi : On revient à une phrase que tu as dite. En parlant du style, tu confiais qu’une suite de jolis mots ne ferait jamais un bon texte. Que penses-tu de l’inverse (une bonne histoire mais sans style) ?
Un bon livre, une bonne nouvelle, ce n’est pas comme un pot au feu. Ce n’est pas parce qu’il n’y a que des bonnes choses dedans que c’est réussi. Un être humain, c’est un peu de cet ordre là. On ne sait pas pourquoi certaines personnes vous font craquer et d’autres pas. Objectivement, certains jeunes gens bien sous tous rapports - les gendres parfaits - sont sexy comme des crayons tandis que des gens beaucoup plus imparfaits plaisent bien davantage.
On peut même lire une mauvaise histoire dénuée de style et la trouver super. Je pense là à Bukowski. La vérité est que pour arriver à ce genre de « manque de style », il faut être très, très bon. Quelqu’un comme Houellebecq a un style très plat mais si vous lisez ses poèmes, vous vous apercevez que ce type maîtrise vraiment la langue. Et quelqu’un comme Bukowski, avec soixante mots de vocabulaire, écrit des histoires passionnantes. Il raconte qu’il va au Wal-Mart du coin, achète de la dinde aux marrons et rentre chez lui, puis il boit et il vomit. C’est tout et pourtant, c’est génial. Mais je suis incapable de vous dire pourquoi.
Nathalie : Je me demandais ce qui vous poussait à écrire. Certains le font pour divertir, d’autres pour créer des mondes, pour d’autres c’est une nécessité vitale. Qu’est-ce qui vous donne envie d'aborder telle ou telle idée ?
Je n’en sais rien. Ce n’est pas moi qui choisis, ce sont plutôt les idées qui me choisissent. C’est pareil pour les personnages d’un roman ; on peut les mettre au monde mais on ne peut pas leur dire ce qu’ils ont à faire. J’ai eu des romans complètement détruits par les personnages. J’avais un plan et ils n’ont jamais voulu y rentrer... Il faut les laisser faire.
Pourquoi écrivez-vous ? Tous les gens qui vous disent qu’ils savent ne savent pas. D’après ce que j’ai pu entrevoir en discutant avec des gens comme Noirez ou Marchika, je sais que nous avons tous des souvenirs enfantins communs de dimanches après-midi de novembre hyper tristes. On s’emmerdait à crever et on n’avait pas forcément la télé. On a donc eu l’idée d’écrire pour passer le temps, entre autres distractions zarbi. Je rampais par terre pour avoir l’impression d’être une souris ou je prenais une échelle et je me mettais au plafond pour avoir l’impression d’être une mouche. Je crois que Marchika rampait dans le jardin pour imiter les limaces. Il me semble que Noirez se mettait un miroir sous le menton pour avoir l’impression de marcher au plafond. Je ne sais plus qui mettait les lunettes de son grand-père pour voir le monde tout déformé. A la fin, il se cassait la gueule et il vomissait. On s’est tous aperçu que l’écriture était un antidote à une forme de déprime infantile. Au fond, je crois que l’écrivain est quelqu’un qui s’est beaucoup ennuyé quand il était petit. Et qui s’est créé, pour compenser, un monde plus « fun ». Derrière tout ça, il doit y avoir une vieille névrose.
Luigi : Ça m’étonne quand même car, en citant toujours l’interview, tu dis avoir grandi entourée de grands textes et tu conclus en disant que lire cela évite toute morosité. Si tu lisais beaucoup, comment expliques-tu avoir eu des dimanches après-midi aussi tristes ?
Quand tu t’ennuies, tu prends un grand livre. Et là, tu arrêtes de t’ennuyer. Et un jour, tu te dis Ouais, moi aussi, je serai l’auteur qui désennuiera les enfants le dimanche après-midi. Il y a beaucoup de narcissisme dans le fait d’écrire. Mais je me demande si, quand on a la chance de vivre des dimanches après-midi sympa remplis de bons jeux-vidéos ou de bon home cinéma, on peut développer le goût de l’écriture. Quelqu’un de vraiment heureux va-t-il prendre la peine de vraiment développer sa créativité ?
C’est un peu comme les gens très beau : quel imaginaire peut développer quelqu’un de vraiment beau ? De toute façon, lorsqu’il sort dans la rue, tout le monde se roule par terre. Est-ce que l’on peut, à partir du moment où on a reçu ce cadeau empoisonné, développer une personnalité ? C’est ce qui fait que parfois, les gens très beaux ont l’air un peu creux. Ils n’ont rien à faire, juste à se poser et toutes sortes d’aventures agréables leur arrivent. Souvent, bien sûr, la vie se charge de leur meubler l’intellect, car elle n’est pas avare en vacheries. Mais je ne pense pas du tout qu’écrire et lire soit un sport pour des gens qui nagent dans le bonheur. C’est certainement une façon de combler une faille de l’existence.
Luigi : On change complètement de sujet. Comment est-ce que tu fais pour avoir des couvertures aussi magnifiques (Caza et Graffet) ?
J’ai du bol. Graffet, je l’ai choisi sur un « book » chez Nestiveqnen, et ce type est extrêmement doué. Caza, par contre, a toujours été mon idole. J’ai en permanence bassiné mes éditeurs en disant Je veux Caza, je veux Caza, jusqu’à ce qu’il y en ait un qui craque et depuis, je ne le lâche plus. Dernièrement, j’ai revu un des « books » de Caza des années 80, le dessin était déjà très typé, mais la colorisation était laiteuse. Elle est très datée, avec des oppositions de couleurs en rose / orangé. Caza a vraiment évolué de ce point de vue là. Et c’est l’un des rares graphistes actuels qui est reconnaissable du premier coup d’œil. En plus, il est super sympa.
Luigi : Pour revenir à L'Accroissement mathématique du plaisir en lui-même, j’ai trouvé cela très intimiste (sans aller jusqu’à te psychanalyser). J’ai même parfois eu l’impression d’être un voyeur. Comment tu réagis à ce genre de choses ? Est-ce que cela te fait peur que les gens rentrent dans ton imaginaire à toi ?
Non, pour plusieurs raisons. D’abord parce que jamais personne ne se plante en face de moi en me disant Là, on voit ton Œdipe.
Deuxièmement, parce que je ne m’en rends pas tellement compte.
Troisièmement, parce que lire, c’est forcément entrer dans l’intimité de quelqu’un. Il ne faut pas écrire si on refuse cette intrusion. De même, si Britney Spears ne veut pas qu’on montre sa foufoune sur internet, il faut qu’elle mette une culotte. On ne peut pas écrire et, en même temps, tout cacher de son intimité.
Mais le problème est moins aigu qu’il n’y parait parce que l’intimité dévoilée n’est pas la vraie. On grossit des traits, on en pique au voisin, voire on se sert de l’écriture pour régler des comptes. Donc la personne que le lecteur croit distinguer à travers l’écriture est toujours en décalage par rapport à la vraie.
Luigi : Je vais conclure en citant quelques phrases qui m’ont énormément plu dans l’interview. Il n'empêche que ceux qui aiment lire ont de la chance car ils ne se sentent jamais seuls, et ils ne s'ennuient jamais., Je me fous du genre pourvu que j'aie l'ivresse., Je me suis aperçu que ricaner bêtement est un facteur de survie., L'écriture est un onanisme quotidien : on se retrouve face à soi-même et c'est bon., Le monde est un endroit glauque. À part en rire, je ne vois pas quoi en faire.. Ton prochain livre sera-t-il un recueil de maximes ?
Non (rires). Ça va être un livre punk, la suite du Goût de l’immortalité. Ça se passera vingt ans après dans le même univers, mais il y aura moins d’imparfait du subjonctif. On retrouvera l’héroïne, ainsi que le Marc à qui est dédiée la lettre du Goût de l’immortalité. Ça sort chez Denoël en mars.
C’est un livre de réparties assez « gore ». Je le trouve plutôt drôle, mais on va encore me dire que c’est sinistre. Une de mes béta-lectrices a lu la première partie et a fondu en larmes. Alors que je l’ai écrit pour rire, j’espère juste qu’il est marrant.
Techniquement, il s’agit d’une succession d’interviews. On y trouve quelques gros mots (va-t-on me dire qu’il y en a trop ?). J’interviewe des tas de gens qui font des vannes, ce ne sont pas tous des intellectuels, certains sont même de parfaits abrutis. J’ai cherché le bon mot, et aussi un certain effet-de-réel.
Luigi : Et donc tu arrives à maintenir le style « Catherine Dufour » sur ce genre de livre ?
Malheureusement. C’est le reproche que je me fais tout le temps, je voudrais réussir à changer de style mais je n’y arrive pas. J’ai peur de ne pas avoir ce talent qui consiste à faire croire que c’est quelqu’un d’autre que moi qui parle. Je suis déjà persuadée que certains lecteurs vont bien s’amuser à cette lecture et que d’autres vont la trouver détestable. Alors que Le Goût de l'immortalité était un peu plus consensuel.
Merci à tous les deux pour vos questions.

Interview réalisée par Nathalie / Kalys et Luigi Brosse
Disponible également sur Psychovision

Psychovision


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