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Interview de Catherine Dufour

Par Luigi Brosse, le mercredi 28 novembre 2007 à 00:38:49

Interview avec Catherine DufourComme en témoignait notre page agenda, Catherine Dufour ainsi que Denis Bretin et Laurent Bonzon étaient en dédicace à Grenoble samedi dernier. L'occasion pour nous de rencontrer la gagnante du Grand Prix de l'Imaginaire 2007 (pour son roman de SF, le Goût de l'Immortalité) et 2008 (pour sa nouvelle L'Immaculée Conception) et surtout de lui poser quelques questions.
Voici donc un récit provenant tout droit du fond d'un canapé dans lequel intervieweur et interviewée était nonchalamment affalés, devant un appareil photo faisant office de micro.
En espérant que tout cela vous donnera envie de découvrir cet auteur !

L'interview exclusive

J'ai lu dans une précédente interview que vous disiez avoir brûlé votre production littéraire de vos 30 premières années, car selon vous, elle était nulle. En quoi était-elle nulle ?
Eh bien, c'est comme quand vous faites du dessin, de la peinture ou de la sculpture, il faut des années pour maîtriser la substance de votre art, le support de votre créativité.
L'écriture, c'est pareil ! Avant d'écrire quelque chose de lisible, il faut avoir écrit de toutes les façons illisibles possibles : l'obscur, l'abscons, le pédant, le grotesque, le lyrique, le pseudo-profond. Voilà !
J'ai fait toutes les erreurs qu'il y avait à faire. Résultat, aujourd'hui, ce n'est pas à moi de dire si j'ai du talent mais au moins, j'ai du métier.
Vous avez presque répondu à ma question suivante qui était : qu'est-ce qui a changé depuis ?
Ce qui a changé, c'est que j'ai rencontré Terry Pratchett et j'ai trouvé que c'était une écriture limpide et intelligente. J'ai découvert une façon d'écrire qui n'était pas pénible, pédante ou ampoulée, qui était légère, agréable, distrayante et en même temps, intéressante. Disons que j'ai trouvé un vent porteur pour mes idées, grâce à Pratchett.
Je l'ai éhontément plagié dans mes premiers livres de fantasy humoristique : Blanche Neige et les lance-missiles, L'ivresse des providers, Merlin l'ange chanteur et dernièrement, L'immortalité moins six minutes.
On peut dire que le déclic, c'était Pratchett ?
Oui.
Vous avez dit également que la poésie est le « degré premier » de l'écriture. Êtes-vous encore d'accord avec cette affirmation ?
Oui. Je pense qu'il y a un moment où les hommes préhistoriques ont découvert le bijou en se mettant des cerises sur les oreilles, la musique en faisant du rythme et la parole en scandant des sons, en essayant de chercher l'alliance entre le son et sa signification.
La poésie, c'est la parole magique. Je suis persuadée que c'est ce qui a créé le langage : la beauté du son allié à un sens.
Pensez-vous alors écrire suivant cette maxime ?
Non ! Non, être poète ne se décrète pas.
La poésie ne supporte absolument pas la médiocrité. J'aurais pu être un médiocre poète, mais pour être poète, on est obligé de devenir fou. C'est-à-dire que l'on est obligé d'avoir le nez dedans en permanence. La poésie ne supporte pas que l'on s'en évade. Elle beaucoup trop exigeante.
De toute façon, je ne pense pas que j'avais le moindre génie poétique. Donc j'ai laissé tomber la poésie, à mon grand regret. A mon avis, ça a sauvé ma santé mentale.
Entre vos différentes nouvelles, Le goût de l'immortalité, Délires d'Orphée et la série Quand les dieux buvaient, vous faites un peu le yo-yo entre les genres. Lequel vous donne le plus de libertés ou de plaisir ?
Certainement la fantasy burlesque. Là oui, c'est la liberté complète.
Maintenant, ça me pousse peut-être moins dans mes retranchements, donc le plaisir est peut-être moins profond.
Mais globalement, j'adore écrire. Le fond du problème, c'est que j'adore écrire. Les gens qui écrivent parlent beaucoup de l'édition, on a un peu l'impression qu'ils écrivent pour être édités, pour être lus, pour gagner des sous, pour gagner une reconnaissance sociale mais en vérité écrire, c'est d'abord un grand, grand panard et ça se suffit à soi-même. C'est pour ça que j'ai écrit aussi longtemps sans songer à être publiée, parce que j'adore ça. Il y a des gens qui aiment collectionner les timbres ou faire du jeux de rôles, moi c'est écrire !
Vous abordez souvent des thématiques sérieuses, je pense notamment à l'immortalité, qui revient assez fréquemment dans tous vos romans. Pourtant vous arrivez toujours à glisser une petite touche de comique noir, de cynisme à l'anglaise. J'ai un peu l'impression que, volontairement, vous essayez de remettre en cause certains principes. C'est dans ce but là ou pas du tout ?
Un, je trouve cela bien vu. Deux, ça me fait très plaisir que vous remarquiez ça car c'est ce que j'essaie de faire. Et trois, je me vois mal fonctionner sans au moins un peu d'humour - même si on peut appeler ça du cynisme quand c'est noir - parce que sans lui, la vie serait trop sordide.
L'humour, c'est ma façon d'affronter la réalité. Et je remarque que, face aux situations difficiles, les gens ont souvent tendance à se moquer. C'est à peu près la seule façon que l'on a sur Terre, avec les drogues, pour survivre à la réalité.
Peut-on dire que vous aimez être dans l'opposition, ou bien ce comique noir est là uniquement pour vous aider à survivre face au monde moderne ?
Je n'aime pas particulièrement être dans l'opposition puisque j'ai toujours l'impression d'être face à l'univers comme face à une grande carte avec une toute petite flèche, dans un coin, marquée : « Vous êtes là ». Être dans l'opposition m'est difficile, puisque je ne vois pas à qui et à quoi. Je n'ai pas fondamentalement une âme de rebelle, j'ai fondamentalement une âme « dépressive » ; quoique je dirais plutôt : « réaliste ».
Vous annonciez dernièrement un recueil de nouvelles au Bélial. À quoi faut-il s'attendre à ce sujet, à quel style ?
Il y a un peu de tout, parce qu'avec Olivier Girard, on a rassemblé la majorité des nouvelles qui sont parues plus quelques inédits. Il y a de la SF, parue dans Bifrost, il y a de la fantasy parue dans Faeries et dans certains recueils de nouvelles chez Mnémos, et il y a aussi du fantastique.
Cela couvre à peu près toute votre production ?
C'est de la SFFF, c'est-à-dire de la science-fiction, fantasy, fantastique.
Sinon, vous songiez aussi à un nouveau roman de SF. Les éditeurs vous ont-ils déjà promis le bûcher à ce sujet là ?
(Rires) Non, j'ai quelques propositions mais ils n'ont pas encore lu le livre. Et à mon avis, quand je vais le leur montrer, tout le monde va partir en poussant des cris d'horreur, parce que ça n'a rien à voir avec ce que j'ai fait jusque là. C'est une écriture dite blanche, c'est-à-dire sans recherche stylistique. Et ça se passe dans le même univers que Le goût de l'immortalité mais il n'y a pas la recherche littéraire qui a pu plaire dans ce livre. Donc je ne sais pas du tout, il ne sortira peut-être jamais parce que personne n'en voudra. Mais il me plaît bien, j'y mets beaucoup de choses que je trouve importantes. On verra ça dans un an ou deux.
Ça serait donc plus un livre à lire au niveau des idées qu'au niveau de la forme ?
Oui, la forme n'a pas l'aspect recherché qu'elle a pu avoir avec mon précédent livre de science-fiction.
Pouvez-nous confier votre oeuvre préférée dans le domaine de la littérature, de la musique, du cinéma et de la peinture ?
Littérature : American psycho et Les mémoires d'Hadrien.
Musique : Gimme shelter, des Stones, la meilleure chanson de tous les temps.
Cinéma : Brazil, de Terry Gilliam.
Peinture : Harlequin, de Brom. En fait, en peinture, il y en a trop. Si je pouvais voler un tableau, ce serait un Vermeer. Un Rembrandt. Un Boucher. Un Ben. Un Klimt. Ou ce fichu tableau dont je ne sais pas le nom, un portrait de jeune homme par Lebrun, planqué au fond d'un musée de Budapest.

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