Vous êtes ici : Page d'accueil > L'Actualité fantasy

Fantasy et adaptation, examen et réflexions

Par Foradan, le lundi 7 janvier 2019 à 18:50:29

AdaptationLes adaptations existent depuis que la première histoire a été racontée, qu’elle a été répétée, dessinée, mise en scène, adaptée pour son public. L’histoire de départ peut venir d’une pièce de théâtre, d’un jeu vidéo, d’un roman, d’une bande dessinée ou d’un manga, d’un film ou d’une attraction et ainsi de suite. Même si « adaptation » est souvent synonyme de « passage sur les écrans », le schéma directeur fonctionne quels que soient les supports en question.
Et comme c’est devenu un sujet complexe nourrissant de nombreuses discussions, notamment sur notre forum préféré, j’ai décidé de m’y intéresser et d’y réfléchir : l’avis ci-dessous est donc le mien, avec des exemples tels que je les ressens. Je vous invite à lire les paragraphes qui suivent, ils vont présenter quelques arguments sur la question, ainsi que des visions différentes et variées, y compris celles qui ne sont a priori pas les miennes.
Notre forum vous accueille pour enrichir les échanges sur votre façon de concevoir une adaptation.

La fantasy et les adaptations : autopsie d'un terme trop large pour ses habits

Hypothèse : une adaptation a le même statut que le support d’origine (j’entends par là que l’adaptation se substituerait à l’original, qu’il serait superflu d’accorder son attention à un livre si on a vu son adaptation en jeu vidéo, ou le livre du film, ou que le visionnage d’un remake/reboot dispenserait de voir l’œuvre par laquelle tout a commencé…).
Pour reprendre l’essai Du conte de fées de Tolkien, l’auteur se retrouve créateur d’un monde secondaire en regard du monde primaire (celui dans lequel l’auteur et le lecteur vivent). En écho de cette théorie, une adaptation se fait à son tour en regard de ce monde secondaire ; une adaptation de cette adaptation sera donc un monde demandant une créance quaternaire, entendu que chacune de ces créations se doit d’être aussi crédible que possible, aussi cohérente à sa propre façon.
Il apparaît alors que le terme adaptation est très large : selon un ratio entre l’inspiration et la créativité, il y a d’une part le changement de forme impliqué par le changement de média et d’autre part la libre interprétation (avec toute la variété des copies, fan fictions, transpositions et parodies), un changement sur le fond. Je prends le parti que la volonté manifeste détermine la façon de concevoir l’adaptation : recherche de filiation ou recherche de créativité.
Comment distinguer ces diverses façons de concevoir une adaptation ? En tant que spectateur, lecteur, destinataire de cette production artistique, qu’est-ce que j’attends d’une adaptation ? Le fait de connaître une histoire influe-t-elle sur la réception des adaptations ?

1. L’adaptation considérée en tant que changement de media. : je connais l’histoire, j’ai envie de la découvrir autrement, sans que ce soit une révolution.

Une bonne traduction, comme une bonne adaptation, respecte les sources et l’esprit. Le réalisateur, traducteur, artiste, se fait transparent au service de l’œuvre première: « Traduire, être soi dans l’ombre d’autrui »(ainsi qu’il est exprimé dans cette émission pour discuter du statut du traducteur vis-à-vis de l’auteur, avec Christine Laferrière qui a notamment traduit les monstres et essais) : il faut être capable de créer sans se mettre en lumière, avec la pression d’être à la hauteur et attendu.
L’adaptation-changement de media est un changement de technique plutôt qu’une modification de l’histoire ; l’adaptation ajoute de l’image, de la couleur, du son, de l’interactivité, rend accessible autrement et on pourrait presque parler de conversion : un moyen de toucher un nouveau public, qui sera plus sensible à un animé, un film, un jeu vidéo, un roman. Nombreux sont ceux qui découvrent une histoire par la série ou le film avant le livre, ne serait-ce que par l’actualité de la nouveauté. Un tel changement peut mettre en relief un détail : entre montrer une épée de feu et la mentionner rapidement, ça ne marque pas l’esprit de la même façon.

Faute de pouvoir restituer tous les éléments évoqués dans l’histoire d’origine (un livre, une bande dessinée ou un jeu vidéo peuvent montrer ou suggérer des scènes que le cinéma ne peut reproduire au même budget ou avec le même casting), il s’agit avant tout de préserver l’esprit. Si l’acteur qui incarne un personnage dans l’imagination de l’auteur se retrouve hors de condition de tenir ce rôle le jour où l’adaptation cinéma devient une réalité, qu’est-ce qui est important ? Son apparence, son comportement ? Pour prendre un exemple précis, Stephen King a décrit son pistolero (dans La tour sombre) en pensant à Clint Eastwood, mais entre la parution et l’adaptation, plus de trente années passent. Voici ce que dit King au sujet des acteurs pressentis pour incarner Roland en lieu et place de Clint : To me, the color of the gunslinger doesn't matter. What I care about is how fast he can draw...and that he takes care of the ka-tet.

La personnalité du personnage, les caractéristiques qui le définissent au-delà de l’apparence, ce qui le distingue : voilà qui permet de le reconnaître dans chacune de ses apparitions, par ses mots et ses actions. Mais dans un format faisant la part belle à l’œil, comme une peinture, la reconnaissance du personnage se fera largement au paraître, la ressemblance comptera davantage, faute de le voir agir (un Gandalf sans barbe, est-ce toujours Gandalf ?).
Je note ici un cas particulier : quand un auteur crée un personnage dans un roman, lui consacre une pièce de théâtre, puis un roman, révise le script de la pièce, je considère que charbonnier est maître chez lui. L’auteur est dans son rôle de créateur, d’inventeur, le personnage vit et évolue selon ses idées. L’adaptation, proposée par autrui, ne possède pas la même légitimité et peut conduire l’auteur originel à estimer que lui seul connaît ce personnage et ce qu’il peut faire. Que ce soit J.M Barrie avec Peter Pan ou J.R.R. Tolkien avec ses balrogs (Lettre 210 «Z. may think he knows more about Balrogs than I do, but he cannot expect me to agree with him »), c’est en créateurs qu’ils révisent leurs textes et font de nouvelles propositions (dans un autre registre, Alfred Hitchcock a fait des remakes de ses propres films, avec une approche différente).

En regard de celui qui se met au service de l’œuvre première, il y a le cas de l’adaptateur qui devient un nouvel auteur, comparé à son prédécesseur et également soumis aux possibles altérations d’une tierce partie : imaginons l’illustrateur travaillant sur un livre. Ses dessins sont retouchés par l’infographiste de l’éditeur et publiés sous le nom de l’illustrateur : mais est-il encore l’auteur de cette œuvre hybride qu’on lui attribue ? Et comment faire le lien entre le livre, l’illustration et la version retouchée ? Chaque auteur, créateur ou adaptateur, peut se retrouver dans situation de confronter son œuvre à une version dérivée. Le débat se fera-t-il sur le film qui adapte le jeu ou bien le livre (dont est tiré le jeu) ? Est-ce le même film ? Le fait d’être un lecteur ou un joueur influera-t-il le ressenti à son visionnage ?

  1. La fantasy et les adaptations : autopsie d'un terme trop large pour ses habits
  2. 2. L’adaptation devient un alibi pour un changement de scénario : je connais l’histoire, j’ai envie de nouveauté, d’être surpris, que ce soit avec le même média ou un autre.
  3. Conclusion

Dernières critiques

Derniers articles

Plus

Dernières interviews

Plus

Le héros de la semaine

Retrouvez-nous aussi sur :