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Cornelia Funke et l’Age d’Or

Par Nak, le mardi 23 septembre 2008 à 16:13:24

Cornelia FunkeCornelia Funke, auteur allemande à succès de fantasy jeunesse, revient sur la conception de Coeur d'Encre et de ses derniers projets en cours, à découvrir dans cette interview publiée par le Telegraph britannique.
Elle donne également son opinion sur l'état de la littérature fantasy d'aujourd'hui.

L'interview de Cornelia Funke

Pour les enfants anglais, votre voix est distincte et exotique. Cela vient-il de l’inspiration que vous trouvez dans la tradition germanique de la fantasy gothique ?
Ce n’est que lorsque j’ai eu mes premières interviews en Angleterre que j’ai réalisé la nature véritable de mon écriture et de mon imagination. Je me suis toujours vue dans la lignée de vos grands auteurs : Dickens, Kipling – mon livre préféré est toujours The Once and Future King de TH White – mais les journalistes britanniques m’ont montré combien mes livres pouvaient être emprunts d’un romantisme sombre et très allemand ; des traces de Hoffmann, Grimm, Rilke et Heine. Mon nouveau livre Reckless, sur lequel je travaille en ce moment, m’a confrontée encore davantage à ces origines et – surprise – l’inspiration est venue grâce à un ami anglais. Donc comme vous pouvez le voir, je dois à votre île brumeuse un tas d’éclairs d’inspiration et des aperçus de mon propre travail.
Vous êtes une conteuse très naturelle. Est-ce quelque chose que vous avez toujours fait ? Ou bien avez-vous commencé sur le tard ?
J’ai commencé à conter des histoires assez tôt, mais je ne les ai écrites qu’à l’âge très avancé (du moins aux yeux des enfants) de 28 ans. Enfant, je devais toujours raconter des histoires à mes jeunes frères. J’ai même inventé de nouveaux épisodes de Star Trek pour les amuser. Mais ce n’est que quand j’ai commencé à m’ennuyer, en tant qu’illustratrice, des histoires que mes éditeurs m’envoyaient, que j’ai décidé de vraiment devenir une romancière qui coucherait sur le papier ses propres histoires. Cela prend souvent beaucoup de temps pour comprendre ce qui attend de grandir en nous et pour réaliser nos vrais passions et talents. Parfois je pense que j’ai hérité de ce talent de ma grand-mère qui était une magnifique conteuse et qui pouvait inventer des histoires sans fin pour moi et mon cousin quand nous ne voulions pas dormir.
Cœur d’Encre semble très frais, presque comme si vous l’aviez créé au fur et à mesure. Est-ce que vous établissez vos intrigues très soigneusement à l’avance ? Par exemple, est-ce que ça a toujours été prévu comme une trilogie ?
Non, ce n’était pas du tout prévu comme une trilogie. En fait, j’ai été très contrariée quand j’ai réalisé que l’histoire voulait suivre ce chemin. Cornelia, je me suis dit, n’y a-t-il pas déjà assez de trilogies là dehors ? Est-ce que tu dois vraiment en ajouter une autre ? Mais mes histoires ont tendance à me faire ce genre de choses. Je prépare quasiment 20 chapitres et pendant que j’écris, l’histoire prend vie et m’apprend où elle veut vraiment aller. Pour moi c’est cela la véritable aventure de l’écriture. Chaque fois que cela arrive mon cœur bat plus fort et soudain je sens mes personnages respirer derrière moi. Mon nouveau livre Reckless m’a fait ressentir la même chose. La Fée Noire a soudain dit quelque chose à mon héros qui m’a alors dit qu’il y aurait sans aucun doute une deuxième partie et même ce qu’il y aurait dedans. Et alors, après avoir admis que j’ai brisé le cœur de mon héros il m’a simplement jeté hors de l’histoire et il m’a dit : c’est tout pour le moment, Cornelia. Trouve la suite dans la Partie 2.
Vous semblez autant à l’aise avec Le mystérieux chevalier sans nom, qui est relativement simple, qu’avec Cœur d’Encre, qui demande davantage. Est-ce que c’est plus facile d’écrire pour les tous petits ?
Non, je ne pourrais pas dire ce qui est le plus facile. Pour un livre illustré la difficulté est qu’il vous faut l’Idée, une idée très courte et très claire de ce à propos de quoi l’histoire va être. Pour un roman comme Cœur d’Encre, il peut y avoir une idée originale comme : oh, et bien, il y avait cet homme qui pouvait donner vie aux personnages de romans, mais dans son ensemble l’histoire ne commence pas si simplement. La plupart du temps je vois un personnage ou juste une image du décor ou la scène en entier et ensuite je commence à jouer avec ce que je vois jusqu’à ce que l’histoire se révèle d’elle-même. Avec un livre d’images il n’est pas possible de jouer sans l’idée principale.
Vers quels livres vous êtes-vous tournée quand vous étiez enfant ?
Les livres de Michael Ende, surtout Jim Button et Lucas, le conducteur du moteur à vapeur, et les livre de CS Lewis sur Narnia, que j’ai découverts un jour dans une petite bibliothèque. Ils étaient presque inconnus à cette époque en Allemagne et ils me semblaient être mon très secret trésor à moi. La bibliothèque n’en possédait que trois parties, et ce n’est que quand j’ai demandé à mon professeur d’anglais, à l’âge de 17 ans, s’il connaissait une très étrange histoire à propos d’armoires, de lions et de sorcières blanches, que j’ai appris qu’il y en avait 7 parties ! J’ai aussi adoré lire toutes sortes de livres d’aventure, la plupart destinés aux garçons, et j’étais obsédée par Huckleberry Finn.
Quels écrivains pour enfants d’aujourd’hui admirez-vous ?
Oh il y en a plein. Aujourd’hui me semble être l’Age d’Or de la littérature pour enfants et j’ai vraiment l’impression d’être bénie pour pouvoir écrire en des temps si excitants et exaltants. Bien sûr il y a Rowling et Pullman, puis di Camillo, Markus Zusak et David Almond, Neil Gaiman, Eoin Colfer… la liste est sans fin et il y en a de nouveaux à découvrir tous les jours.
Pourquoi la plupart de vos livres sont-ils établis dans le nord de l’Italie ? Avez-vous un lien particulier avec ce pays ?
Oui, je parle italien et j’ai vécu pendant trois mois avec mon mari et ma fille Anna dans un petit village en Ligurie qui ressemble beaucoup au village où mon écrivain Fenoglio habite. Ca a pris à la Ligurie pas mal d’années pour faire son chemin dans les histoires de l’Encre. Comme pour Venise, j’avais une idée pour mon Maître des Voleurs et j’ai senti que ça pouvait être un bon décor pour montrer aux enfants combien de magie on peut trouver dans des endroits tout à fait réels. Je travaille sur un autre projet en ce moment qui prendra place à Salisbury et je suis impatiente que les enfants le lisent et aillent dans la cathédrale pour y trouver William Longspee, qui sera l’un de mes (défunts) héros.
Pourquoi les dragons sont-ils toujours si populaire, à votre avis ? Personne ne parle plus des griffons, par exemple.
Oui, quel dommage ! Je pense qu’il est vraiment temps de trouver une formidable histoire à propos d’un Griffon ! Mais vous avez raison – le dragon aussi m’attire particulièrement, peut-être parce qu’il est l’incarnation la plus pure des énergies de la nature et des pouvoirs et de notre peur de tout cela – un aspect qui se retrouve plus particulièrement dans la tradition occidentale. Mes dragons sont plutôt du genre oriental, qui est le plus souvent bienveillant.
Mort d’Encre, la dernière partie de la trilogie de Cœur d’Encre sera publiée cet automne. Est-ce que ce sera un déchirement d’enfin laisser Meggy entre les couvertures d’un livre ?
Non, en fait j’ai été à la fois soulagée et satisfaite, quand j’ai écrit la dernière ligne. J’ai passé tellement d’années dans le Monde d’Encre que j’étais avide de rencontrer de nouveaux personnages et de les emmener en d’autres lieux. Je n’étais pas sure que cette histoire voudrait se refermer sur ce troisième livre mais elle l’a fait. Bien sûr avec un monde comme celui-là on ne peut pas être sûr qu’il ne va pas vous tenter pour y revenir un jour, mais pour l’instant il m’a laissé partir, ce dont je suis très reconnaissante, et je suis déjà plongée dans un autre, qui est assez différent.
Et avez-vous d’autres romans en tête ?
Oh oui, je suis d’ailleurs assez certaine que je ne serai pas capable de tous les écrire dans ma vie. En ce moment je travaille sur le second projet de Reckless, une histoire qui, contrairement aux Livres d’Encre, aura un héros principal en la personne de Jacob Reckless. Cela m’a emmené dans un monde qui est un mélange entre le XIXème siècle en Europe et les contes de Grimm, et j’admets que j’ai rarement été aussi excitée pour une histoire. Je ne peux toujours pas croire que j’ai trouvé un nouveau monde si vite après avoir quitté le Monde d’Encre. De plus je travaille sur le livre dont l’histoire a lieu à Salisbury qui s’appelle pour le moment Le chevalier et le garçon. J’ai presque terminé le premier projet et je suis impatiente que les enfants rencontrent mes héros Ella et Jon et les fantômes de William Longspee et Lord Stourton. J’ai déjà reçu beaucoup d’aide pour celui-là de la part des enfants et des enseignants de l’école de Salisbury Cathedral et du formidable Doyen de la cathédrale qui m’a même aidé à trouver où Jon et Ella pouvaient se cacher la nuit pour rencontrer William Longspee. Ça c’est bien sûr l’avantage d’une histoire qui a lieu dans notre monde !

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