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Brendan et le secret de Kells, aujourd’hui en salles !

Par Gillossen, le mercredi 11 février 2009 à 12:45:46

La parole au réalisateur

L’île des Saints et des Savants

« Pour raconter cette histoire, le producteur irlandais Paul Young et moi-même avons associé des faits historiques avérés et établis, à l'imaginaire, aux légendes de l'antique culture irlandaise. Cette diversité des sources transparaît dans le récit qui se déroule tantôt dans un univers très quotidien, tantôt dans une dimension onirique. »

Le style « Livre de Kells »

« Le cadre historique est l'époque de la création du Livre de Kells, notre principale source d'inspiration. Cet ouvrage représente l'apogée de la connaissance et des influences qui traversaient alors l'Irlande. Il a inspiré maints artistes et on ne compte plus les motifs du Livre repris dans les objets les plus courants de la vie irlandaise, depuis les pièces de monnaie jusqu’aux blasons officiels, en passant par les souvenirs pour touristes et l'artisanat. Son iconographie est le produit d'influences du monde entier, certaines venues d'aussi loin que l'Afrique. Les encres étaient fabriquées à partir de matériaux rares et précieux, rapportés de contrées reculées comme l'Asie Mineure. C'était le temps où l'Irlande était connue comme “l'Ile des Saints et des Savants”. »

Les lieux du film

« Le quotidien de l’abbaye de Kells est morne et banal, ce qui se traduit par des couleurs sourdes et désaturées. Ce monde, plein de zones d’ombre hostiles et de bâtiments où l'on étouffe, est l’expression architecturale de l’esprit de l’abbé Cellach, en particulier la tour ronde où il met au point ses plans pour le développement de son abbaye. On y trouve cependant quelques espaces de clarté, le scriptorium par exemple, où travaillent les enlumineurs. Le monde réel n’est pas une simple représentation. Il a une dimension expressionniste en ce qu’il révèle quelque chose de la mentalité des personnages qui l’habitent. Les arrière-plans sont réalisés en utilisant des textures préalablement scannées à partir de diverses techniques picturales.
Par contraste, le monde extérieur, c’est-à-dire la forêt, est beau, lumineux et coloré, même s’il peut également se révéler effrayant. Ici, l’influence des arts celtiques est tangible dans tous les arrière-plans. Toute l’imagerie est inspirée par le Livre de Kells, lequel regorge de références à la nature. C’est cette nature que Brendan va découvrir en s’aventurant hors de Kells et c’est elle qui va devenir la source d’inspiration principale de l’enlumineur qu’il deviendra en grandissant.
L’univers onirique et imaginaire du jeune héros est représenté par des animations dans le style du livre originel, un travail complexe pour lequel nous avons associé images de synthèse et animation traditionnelle dessinée à la main. Tout au long du film, guidé par le talentueux Frère Aidan, Brendan acquiert un savoir-faire qui fera de lui l’artiste qu’il rêvait de devenir. D’un ouvrage assez grossier au début, on passe, à la fin du film, au style élaboré de la page de Chi Ro appelée “page Chrisme”. Dans notre histoire, cette page est le chef-d’œuvre de Brendan. Son élaboration spectaculaire marque non seulement l’aboutissement du voyage, mais aussi la beauté intrinsèque du Livre pour un public moderne.
Les figures nées de son imagination et de ses rêves semblent soudain transférées dans la réalité le jour où, se trouvant dans la caverne de Crom, il éprouve la plus grande peur de sa vie. »
« Les effets spéciaux, l’eau, le feu, etc... portent aussi l’influence manifeste de l’art celtique. Celtiques, les spirales qui se forment dans les flammes. Celtiques, les courbes des gerbes d’eau évoquant les poteries de l’époque. Celtiques enfin, les vagues sur la mer, telles des monstres tout droit sortis du Livre de Kells.
Pour Brendan, le monde est un lieu subjectif. Quand il se laisse guider par l’imaginaire, il voit les choses autrement, tout lui est source d’inspiration. Le contraste ne saurait être plus vif avec son oncle, l’abbé, dont l’esprit fermé n’admet rien hors des austères réalités du quotidien. »

Les personnages

« Afin de les rendre plus expressifs, les personnages ont été croqués d’un trait plutôt brut et spontané. Les animateurs ont en charge la totalité des scènes dont ils s’occupent ; ce qui permet de rendre visible leur “patte” à l’écran. Par exemple, lorsqu’un personnage est en colère, le trait peut se faire plus agité, plus agressif. Le coup de crayon de l’animateur vient ainsi enrichir l’expression du personnage. Ceci dit, la conception visuelle des personnages est simple et épurée. Bien qu’inspirés de l’iconographie même du livre, le graphisme des personnages demeure réaliste. En revanche lorsqu’ils apparaissent dans les rêves de Brendan, les personnages sont reconnaissables, mais représentés dans un style plus proche des humains dessinés dans le livre de Kells. »

Inspiré de l’Irlande

« Notre film traite du thème universel du passage de l’enfance à l’âge adulte. Comment trouver sa place et son rôle dans le monde ? Comment réagir aux attentes de ses parents ? Il aborde également des thèmes plus larges : l’art, l’importance de la spi- ritualité, la symbolique des rêves et le rôle qu’ils jouent dans notre vie. C’est le premier film d’animation sur l’Irlande de cette époque. Notre intention est véritablement de plonger le spectateur dans la culture irlandaise. A travers le personnage d’Aisling, la fille-louve, j’ai eu envie de réveiller les légendes les plus archaïques, de lever le voile sur la riche mythologie des temps préchrétiens. La représentation des peurs et des rêves secrets de Brendan en fut aussi l’occasion, par exemple dans l’évocation de Crom Cruach, être mythique du temps de Saint Patrick (vers 400 après J.C.). Les lieux où se déroule l’histoire, sont des sites historiques connus. Croms Caveest une tombe mégalithique du comté de Meath où se trouve le fameux tumulus de Newgrange, les idoles de pierre dans la forêt sont les têtes de Janus celtiques, l’une tour- née vers le monde réel, l’autre vers le monde des fées. Kells, enfin, est une reconstitution libre de la célèbre abbaye entourée de son village. Et bien sûr, la forêt n’est autre que l’immense forêt de chênes qui couvrait alors une grande partie du pays. Il paraît qu’un écureuil pouvait sauter de branche en branche, de Cork, au sud, à Donegal, tout au nord de l’Irlande ! Outre les peurs imaginaires que Brendan doit affronter, il existe des dangers bien réels, les Vikings. On ne les voit jamais clairement. Ce ne sont que des ombres ou des présences menaçantes et ils n’en sont que plus terrifiants. Leur traitement est différent de celui des autres personnages humains. Ils sont apparentés à des démons de l’ombre. On peut imaginer qu’à l’époque, ils étaient perçus ainsi par leurs victimes ! Le contexte historique offre une riche palette pour déployer le scénario à de multiples niveaux, au-delà de la quête personnelle du héros, Brendan. »

L’importance de l’art

« En tant que réalisateur, je travaille depuis de nombreuses années sur ce projet. Sa forme a connu moult modifications mais le thème de fond, l’importance de l’art dans notre monde éminemment pragmatique, n’a pas changé. Ce film n’est pas destiné seulement à de jeunes enfants, mais à un public de tous les âges et de tous les horizons. Bien que ce soit au départ un projet très personnel, le travail collectif a joué un rôle crucial dans sa maturation jusqu’à la forme actuelle. Il a bénéficié des idées et du savoir-faire d’un réseau de gens très talentueux. C’est toute une famille qui a grandi autour de lui. Mes collaborateurs se sont beaucoup investis dans son développement et c’est ce qui me rend très confiant pour l’avenir, car je suis convaincu que la passion que suscitent l’histoire et les personnages est perfectible dans le film. Je crois que le film aura une résonance particulière auprès des jeunes gens qui se trouvent à la période difficile de la vie où l’on doit prendre un chemin qui n’est pas nécessairement celui qu’avait prévu notre entourage. Beaucoup pourront se reconnaître dans ce dilemme. »

La culture « Irish »

« J’ai un profond intérêt pour l’Histoire, la langue et la culture de l’Irlande, ses mythes et ses légendes. Jusqu’ici, la plupart des projets que j’ai menés dans ce domaine, utilisaient la langue gaélique et étaient essentiellement destinés à un public irlandais. Je me fais une joie de partager cet intérêt avec un public plus large, notamment avec ceux qui découvriront cet univers pour la première fois.
En tant qu’animateur particulièrement attaché au dessin, à l’aspect artisanal du métier, je suis sensible à un thème sous-jacent de l’histoire. Les vicissitudes que rencontrent les enlumineurs ne sont pas éloignées de ce que peut vivre aujourd’hui un animateur qui met toute son énergie à créer une œuvre originale dans un monde parfois indifférent, voire hostile.
Mon ambition est de faire vibrer l’imagination du public en montrant toute la beauté d’un objet né d’une main créatrice, à la fois à travers l’histoire d’artisans qui comptent parmi les plus remarquables de tous les temps et grâce à l’objet qu’est le film achevé, projeté sur l’écran, fruit du travail d’une équipe d’artistes. »

Une histoire d’artistes

« On oppose souvent de nos jours l’animation traditionnelle et les images de synthèse. De grands noms du métier affirment que certaines histoires se prêtent mieux au dessin manuel et d’autres plutôt au travail sur ordinateur. Il m’a paru évident dès le début qu’un dessin à la main mettrait cette histoire plus en valeur.
Même si nous utilisons l’ordinateur pour de nombreuses techniques, tout l’enjeu est d’obtenir un aspect fait main très expressif. C’est un point fort de notre film et comme il s’agit d’une histoire d’artistes, cela semble particulièrement approprié. Le développement de ce projet court depuis si longtemps que j’ai aujourd’hui un fils (incidemment prénommé Brendan...) qui arrive à l’âge où cette histoire va prendre tout son sens pour lui.
Je crois que c’est le genre de film que j’aurais aimé voir à son âge et c’est un grand plaisir pour moi de l’imaginer découvrant ces images. »

  1. Le synopsis
  2. Kells, qu'est-ce donc ?
  3. Personnages
  4. La musique
  5. La parole au réalisateur
  6. La critique d'Alana Chantelune

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