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Audrey Françaix se livre à nos questions

Par Gillossen, le mardi 25 juillet 2006 à 10:14:22

Audrey Françaix a ouvert les éditions Octobre au genre érotique, et, sur Elbakin.net, nous ne pouvions évidemment laisser passer ça !
Après la critique de sa trilogie, voici donc dès maintenant l'interview, après quelques vacances bien méritées !

Interview d'Audrey Françaix

Par rapport à vos romans précédents, qu'est-ce qui vous a motivé dans le fait de choisir de vous lancer dans une trilogie érotique ?
C'est mon mari qui m'a soufflé l'idée d'écrire de l'érotisme parce que j'avais déjà, par le passé, rédigé une nouvelle érotico-fantastique qui avait reçu un petit prix. De mon côté, l'expérience me tentait. C'était une nouvelle aventure, radicalement différente de celles que j'avais vécues auparavant avec le public jeunesse. Je trouve intéressant et amusant de pouvoir explorer les nombreuses voies de l'écriture, de s'exprimer à travers plusieurs genres : fantasy, jeunesse, policier, roman historique, érotisme... ! Et je me suis réellement prise au jeu de ce dernier car, alors que je ne devais faire qu'un seul tome, j'en ai écrit trois. Mais le fait que ce genre n'existait pas chez les auteurs de fantasy français, à notre connaissance, m'a également encouragée car chez Octobre, nous avons décidé de publier des choses diverses, aux caractères fortement marqués.
Aviez-vous des références en tête dans ce domaine ? Pas forcément en fantasy, bien sûr.
Aucune. Je n'ai jamais lu de romans érotiques. J'ai vu quelques films dans le genre, mais dénués de fantasy.
Est-ce un genre qui peut rebuter d'office une partie des lecteurs, selon vous ?
Oui, ça ne fait aucun doute. Beaucoup de lecteurs amateurs de Tolkien, Eddings, ou Grimbert ;) redouteront la nouveauté, et préféreront sans doute rester sur une fantasy plus traditionnelle, que moi-même j'apprécie d'ailleurs énormément. Quand on aime réellement un genre, compte tenu du prix des livres à l'heure actuelle, on préfère lui rester fidèle plutôt que de prendre le risque de découvrir un style qui ne nous est pas familier. Cependant, je tiens à préciser que le sexe ne domine pas dans le Cycle de la Chair ; c'est la fantasy qui règne. L'appellation "érotisme" m'a simplement permis d'éviter les tabous, ce qui était indispensable puisque l'histoire se déroule dans un monde barbare, et que la sexualité des personnages qui le peuplent est violente. Mais si l'ouvrage peut rebuter certain, d'autres sont attirés par l'originalité et j'ai reçu nombre de courriers m'encourageant à poursuivre dans le genre. Donc, le cycle a trouvé son public !
A un moment ou un autre, vous êtes-vous imposée des limites ? Pas forcément vis-à-vis de la « décence », mais pour ne pas choquer outre mesure, etc...
Non, aucune. C'était le principe. Je n'ai jamais ressenti la moindre frustration en rédigeant ce cycle. Au contraire, je pouvais me permettre tout ce que je voulais, et pas seulement au niveau des scènes érotiques. Cela changeait, car on ne peut pas en faire autant quand on écrit pour la jeunesse (même si j'adore écrire pour les enfants). Le seul souci, comme toujours, était de rester logique, et donc d'aller jusqu'au bout de mes idées, fussent-elles les plus cruelles. Certaines scènes ont sans doute choqué, mais pour que l'histoire soit vraisemblable, je ne pouvais pas faire l'impasse sur les situations violentes, ni même les maquiller.
Mantii est un personnage assez ambivalent. Sa – relative – soumission était-elle un atout pour elle, ou un inconvénient ?
Les deux. C'est ainsi qu'est Mantii : elle souffre mais elle a du plaisir, elle éprouve de la haine pour les barbares mais elle partage leur couche... Elle ne sait pas ce qu'elle veut, elle est complètement instable, et de surcroît égoïste. Il est certain que si elle n'avait pas joué les soumises, et si elle n'avait pas eu ce côté sado-maso, Krel ne l'aurait sans doute pas remarquée, et peut-être qu'elle serait morte en début de roman. Mais finalement, n'aurait-il pas mieux valu qu'elle meure que de subir tout ce qu'elle a subi ? C'est là toute l'histoire de Mantii : elle ne sait jamais, et nous non plus !
En faire l'héroïne principale était en tout cas un choix ardu. Etant donné que l'on est souvent tenté d'avoir plus de sympathie pour sa sœur, par exemple...
Moi-même, je préfère nettement sa sœur, Ydelle. Elle est déterminée, franche, souvent juste et elle a des ambitions. Elle est capable de sentiments sincères, et elle connaît d'ailleurs une véritable histoire d'amour. Pour ma part, je trouve son parcours plus héroïque que celui de Mantii. Mais dans les romans, comme dans les films, j'ai toujours préféré les seconds rôles... Inconsciemment, c'est sans doute pour cela que j'ai fait de Mantii, l'héroïne, un personnage pas très sympathique, et moins attachant que sa cadette.
Mantii croise de nombreux personnages, au cours de ses aventures. Est-ce que l'un d'eux, ou un couple, a votre préférence ?
Je les apprécie tous, même si certains comme Mantii ou Grib m'agacent parfois, je l'avoue. C'est ce pourquoi il est amusant d'être cruelle avec eux. Mais ma préférence va sans hésitation à Ydelle et Näll, l'amazone. Elles ont chacune une forte personnalité, elles savent ce qu'elles veulent et je trouve qu'elles s'accordent assez bien. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié écrire la scène où elles s'unissent dans le lit d'un lupanar.
L'univers que vous avez crée est relativement développé, notamment par rapport à ce que l'on pourrait attendre en songeant à ce type d'histoires. Etait-ce important pour vous ?
Totalement. Il s'agit de fantasy avant tout. L'histoire et la richesse de l'univers avaient pour moi une grande importance. Les scènes de sexe venaient en troisième plan. Mais je ne m'imaginais pas non plus décrire un univers barbare en faisant fi des mœurs sexuelles, tout comme je n'ai pas omis les tortures ou les guerres de clans.
Pourriez-vous y revenir ? Par le biais de nouveaux personnages, par exemple ?
J'avoue que c'était une expérience assez difficile, car il fallait jusqu'au bout assumer la noirceur que j'avais installée. Etant enceinte durant la rédaction du second tome, j'avais plutôt quelques envies de douceur, et il m'était parfois pénible de rester fidèle à l'atmosphère malsaine de mon roman. Ce qui explique sans doute la pointe de légèreté avec l'arrivée de Toddi, le camelot, dans l'histoire. Désormais, je souhaiterais écrire quelque chose de plus optimiste. Mais je reviendrai sans doute un jour à l'erotic-fantasy, toujours sur un ton sombre probablement, car dans la réalité je vis l'amour si intensément que je me sens bien incapable de traduire sa puissance avec des mots ; il m'est plus facile d'imaginer la violence.
Quels sont vos projets d'écriture futurs ?
Un roman de fantasy plus traditionnelle qui me tient à cœur depuis des années. J'ai dix tonnes de notes, et je crois que je suis enfin prête à le rédiger. J'avais besoin de le mûrir longuement, car je voudrais qu'il soit le reflet de tout ce qui me fascine réellement dans la fantasy. C'est un truc énorme, pour moi, et j'ai une trouille monstre de l'écrire ! Je ne voudrais pas trahir les personnages qui vont le peupler et qui n'ont cessé de hanter mes rêves d'enfant et d'adulte.
Comment se passe la gestion d'une maison d'édition comme Octobre au quotidien ?
C'est une petite entreprise familiale, mais qui est dans un circuit classique, comme les autres maisons d'édition, avec imprimeurs, distributeurs, diffuseurs... Tous les plaisirs qui vont avec, et les soucis également. Nous la gérons en couple, Pierre (Grimbert) et moi. Parallèlement nous poursuivons nos écrits et nous élevons nos deux garçons. Bref, les journées sont trop courtes ! Mais c'est l'aboutissement d'un rêve : fabriquer nos propres ouvrages, choisir les formats, les illustrations, la mise en page, l'ambiance dégagée par la collection... Pierre et moi sommes d'accord sur tout. On discute beaucoup et au final, nos choix se rejoignent toujours. C'est un vrai plaisir de bosser ensemble. Et quand on rencontre quelques soucis dans le travail, nous sommes deux pour les affronter. Nous avons chacun nos bureaux : quand l'un écrit, c'est l'autre qui s'occupe de la maison d'édition et des enfants (ce qui explique les voix de schtroumpfs qu'on entend derrière nous au téléphone). Nous ne cherchons pas à agrandir Octobre, ni à publier des tonnes de livres. Nous préférons poursuivre tranquillement notre petite aventure, en nous faisant plaisir et en goûtant à toutes les joies de la vie. Nous avons la chance de pouvoir vivre ensemble de nos écrits, de notre passion, et cela nous suffit, c'est même un privilège !
Quelle est la dernière lecture coup de cœur que vous auriez envie de recommander à tous ? A nouveau, pas forcément en fantasy !
Bien évidemment, j'aurais envie de citer un des ouvrages d'Octobre, puisque ce sont mes lectures ces derniers temps... Mais j'aurais peine à choisir, alors je dirais un ouvrage de fantasy que j'ai lu il y a extrêmement longtemps, et qui m'a enchantée : Le Vaisseau Elfique de James P.Blaylock, et un hommage à la promenade, un livre magnifique sur la marche et les ambiances qui l'entourent Chemin Faisant de Jacques Lacarrière. Et si vous avez des bouts de choux, lisez-leur Les Deux Gredins, de Roal Dahl !

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