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Utopiales 2013 : Rencontre avec David Chauvel

Par Izareyael, le mercredi 19 mars 2014 à 13:49:55

David ChauvelContinuons notre série d’interviews nantaises ouverte avec Orson Scott Card
Parmi les auteurs rencontrés lors de la dernière édition du salon de science-fiction, du 31 octobre au 3 novembre derniers, nous avons eu le plaisir d’interviewer David Chauvel. Le scénariste et éditeur de bande dessinée a eu l’amabilité de répondre à nos questions sur les séries Wollodrïn et 7 – sans spoilers, pour ceux parmi vous qui s’en inquièteraient – et sur ses deux métiers…
Vous pouvez également admirer ci-dessous les couvertures de parutions évoquées à la fin de l'interview. Merci à David Chauvel qui nous a permis de vous les présenter, tous droits étant bien entendu réservés à leurs auteurs respectifs et aux éditions Delcourt, de même que pour toutes les couvertures de parutions Delcourt reproduites sur cette page.

Discuter (entre autres) du Magicien d'Oz, de 7 et de Wollodrïn sur le forum

L'interview exclusive

Tout d'abord, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore ?
Je fais de la bande dessinée depuis 24 ans en tant que scénariste – j'ai signé mon premier contrat quand j'avais 20 ans – et depuis huit ans en tant qu'éditeur – ce n'était pas au départ mon activité principale mais ça l'est devenu… Je suis éditeur externe aux éditions Delcourt, c’est-à-dire que je ne suis pas salarié et ne travaille qu’une partie du temps au sein des éditions Delcourt, et que je publie les livres que j'ai envie de publier. Un éditeur salarié, lui, va évidemment publier des livres qu’il apporte, mais aussi des livres dont on le charge de s'occuper au sein du catalogue de la maison. Pour ma part, je ne publie que les livres coups de cœur, les livres des amis, les livres de projets que j'ai initiés…
Au départ, je me suis principalement fait connaître en tant que directeur de collection (enfin, sans collection, car j’édite en fait des livres dans la plupart des collections Delcourt), avec une série concept qui s’appelait 7. Pendant un temps, ça a un peu été ma spécialité : j'ai fait ensuite une série concept qui s'appelait Le Casse, une autre sur le thème de La Grande Évasion, une deuxième saison de 7. En 2014, je lance une série concept d'albums entièrement écrits par le scénariste italien Luca Blengino (qui a également écrit pour 7, NDLR) autour des Sept Merveilles. zeus
Votre travail de scénariste vous aide-t-il ou vous influence-t-il en tant qu'éditeur ?
Oui, très fortement. C'était mon point fort et ça l'est encore puisque de toute façon, par nature, j'aborde les projets de bande dessinée par le scénario, alors que je pense qu'un éditeur plus orienté vers le dessin aura une tendance, non pas à privilégier l'un sur l'autre, mais à avoir une approche différente. C'est-à-dire qu’il commencera à rencontrer des dessinateurs et trouvera ensuite des scénaristes pour travailler avec eux. Pour ma part, j'ai instinctivement tendance à faire la démarche inverse. Je rencontre ou je vais chercher des scénaristes, et une fois qu'on a bâti les projets, on va chercher les dessinateurs. Je sais qu'il y a beaucoup de gens qui ont travaillé avec moi qui apprécient le regard du scénariste sur leur travail. La seule difficulté est que ce regard ne soit pas trop pesant, et c'est ce qui n'a pas toujours été simple pour moi au début : savoir où mettre la limite dans le regard de scénariste que je portais sur le regard des autres, décider dans quelle mesure je devais intervenir et à quel moment il fallait savoir s'arrêter. Je pense que le bon équilibre est qu'il faut pointer les problèmes du doigt au scénariste, mais qu'il ne faut pas lui donner les solutions. Même quand on y pense soi-même. Il faut faire preuve d'une certaine autocensure. On peut suggérer une ou deux fois de temps en temps mais la plupart du temps il ne faut pas le faire. La suggestion est parfois induite dans la critique, mais c'est le stade où il faut savoir s'arrêter.
Après, c'est un statut qui peut aussi se retourner contre moi. Je sais qu'il y a parfois des auteurs qui m’apportent des projets dont ils savent que le scénario n’est pas assez abouti. Et malheureusement, ils viennent chez moi aussi parce qu’ils se disent que je vais faire une partie du boulot à leur place. Et ça, quand je le sens, je ne suis pas très content… J'ai déjà mes propres albums à écrire ; leur boulot devient une charge de travail qui dépasse celle de l'éditeur et devient celle de script doctor, une fonction que je ne me sens pas du tout capable d'assumer et qui ne m'intéresse pas. Et puis il y a surtout un côté professeur qui rend sa copie, avec des annotations en rouge et une note à la fin. Je ne supporterais pas qu'on le fasse avec mes scénarios, je ne le ferai pas aux autres.
Et dans l'autre sens, votre travail d'éditeur a t-il changé votre travail de scénariste ?
Complètement. La première chose, c'est que je n’écris plus autant que je le faisais avant. Cela faisait 15 ans que j'écrivais beaucoup… moins que certains de mes collègues, mais j'ai 24 ans de BD ; en 2014, j'aurai publié 100 bouquins. Ce qui n'est pas énorme finalement, cela fait quatre par an, on connaît des gens qui carburent à beaucoup plus. Mais quatre par ans pendant 25 ans, et il faut savoir que pour sortir quatre albums par an il a fallu en écrire au moins dix. Au moins pendant les premières années, parce qu'il y a beaucoup de choses qui ne sont pas terminées, qui finissent à la poubelle, des projets abandonnés, des choses qu'on écrit pour soi et qui ne trouvent jamais preneur, que ce soit un éditeur ou un dessinateur… C’est donc beaucoup d'écriture.
Et c'est vrai qu'au bout de 15 ans, j'étais usé d'écrire autant, sans jamais m'arrêter. À un moment, je pense que c'est bien de pouvoir s'arrêter, de prendre du recul et de questionner sa propre pratique. Et de se demander encore ce qu'on veut faire, pourquoi on le fait. Écrire, ce n’est pas un métier qu'on peut faire en pilote automatique, sans se poser de questions, en se levant le matin et en se disant Tiens, je vais écrire, et tant pis je réfléchirai plus tard…. Ça peut être bien à une période, mais il y a un moment où il faut quand même s'arrêter et se poser des questions. Or, on n’a pas forcément le temps d'arrêter… Si vous interviewez des dessinateurs de bande dessinée aujourd'hui, à part ceux qui vendent beaucoup, la plupart vous diront qu'ils ressentent la même chose. Ils aimeraient bien s'arrêter et prendre trois, six mois pour rechercher de nouvelles pistes graphiques et questionner leurs propres pratiques et ils n'en ont jamais le temps, pour de simples raisons économiques, bien entendu. C'est dommage, parce que ce ne sont pas des métiers que l'on devrait faire comme ça.
Donc ça n'a pas réduit ma quantité de travail, ça l'a plutôt multipliée par douze – la preuve que je ne travaillais pas beaucoup avant, ah ah – mais ça m'a permis de questionner ma pratique, de la ralentir et d'y réfléchir. Ensuite, le fait de travailler sur le scénario des autres, d'être dans leur cuisine, ça m'a boosté, ça m'a permis de reconsidérer la mienne, cela m'a permis de prendre du temps, de me poser des questions. Je pense que pour l'instant je suis trop fraîchement arrivé dedans pour pouvoir analyser quels sont les effets concrets que cela a eu mais j'ai bien senti que cela avait tout changé. Mais de quelle manière exactement, je ne sais pas. Il y a une chose dont je suis certain, c'est que cela a changé mon regard sur le monde éditorial et le monde de la bande dessinée.
Blind Dog Avant, j'étais assez isolé, je voyais mon éditeur de temps en temps, comme tous les auteurs, et je travaillais surtout seul sans me préoccuper beaucoup de l'accueil des livres en librairie et du marché. Cette chose horrible, le marché, maintenant, c'est ma vie, je suis dedans, on en parle tout le temps, le marketing, la promotion, les lancements des bouquins, la forme des bouquins, leurs forme éditoriale, le bon moment dans le calendrier, la manière de les vendre, de les présenter, etc... Et du coup, forcément, ça influe sur ma manière de travailler en tant que scénariste. Ça a changé la manière de penser mes projets, de réfléchir à ce que je vais faire, ce que je dois faire, ce que je peux faire, ce que je ne peux pas faire, etc... avec ma connaissance du marché.
C’est parfois une démarche qui peut être dangereuse, parce qu'en fait on peut se retrouver bridé, par le fait de tout ce qu'on voit, par les choses qui ne marchent pas. Et au bout d'un moment on peut avoir trop d'idées qui passent à la trappe. Il faut y faire attention, et cela peut être très démotivant car globalement on est aujourd'hui dans un marché où 90 % des nouvelles séries ne marchent pas. On est de temps en temps tenté de baisser un peu les bras, mais il ne faut pas. On se nourrit beaucoup de l'enthousiasme des auteurs, des nouveaux auteurs qui arrivent et qui ont envie de faire des livres. Il faut toujours garder en tête l'envie que ça marche, mais il ne faut pas en faire une condition sine qua non à la création. Et surtout pas au bonheur que l'on retire de la création. Personnellement, je n’ai pas plus d'estime pour des livres que j'ai vendus à 50 000 exemplaires que pour d'autres que j'ai vendus à 2 000. Les critères ne sont pas là. Je sais ce que ça a produit en termes de notoriété dans le milieu, en reconnaissance et en argent, mais pour moi ce n’est pas un critère de qualité pour mon boulot.
Comment est venue l'idée de passer de l'univers créé pour Sept Voleurs à une série de diptyques comme Wollodrïm ?
Avec Jérôme Lereculey, le dessinateur, que je connais depuis que je suis ado, nous avions une grosse série celte autour du Roi Arthur, des origines d'Arthur, etc... Ensuite, nous voulions travailler sur le Seigneur des Anneaux de Tolkien qui était pour nous le livre fondateur de tout notre imaginaire de préadolescents. J'avais beaucoup lu après, Moorcock, Fritz Leiber, plein de choses, mais lui n’a rien lu après, il est resté complètement scotché sur Tolkien. Pendant toute notre jeunesse, nous avons fantasmé sur le fait de l'adapter, ce qui aurait un peu été pour Jérôme le projet de sa vie, et même un peu pour moi, car l'on imagine le nombre de volumes. Au bout d'un moment, j'avais un peu plus de recul car j'avais très envie d'adapter une légende dont on trouve des bribes dans le Silmarillion et qui a été redéveloppée ensuite par le fils Tolkien, la légende de Túrin Turambar, une histoire que j'adore et qui me semblait plus faisable en six ou huit volumes. De plus, il y avait moins d'enjeu pour les héritiers Tolkien, etc. Bon, en fait, on ne pouvait rien faire du tout, puisqu'entre-temps est arrivé un monsieur qui s'appelle Peter Jackson et qui a commis l'irréparable. Pour nous, tout est mort à ce moment-là, quand on a vu qu'il faisait ça. Et une fois qu'on en a eu fait notre deuil, on s'est dit qu’on voulait quand même faire de la fantasy et on a fait Sept Voleurs.
C'était un peu le premier brouillon, pas en tant que scénariste pour moi, parce que l'univers fantasy qu'on voulait développer est un univers fortement inspiré de Tolkien – bien qu’il ne soit pas non plus identique, loin de là – et j'avais donc déjà les idées de base, mais c'était surtout une première mise en place graphique pour Jérôme. Parce que créer un univers médiéval-fantastique comme ça, ça paraît simple, mais graphiquement parlant ça l'est moins. Il faut arriver à trouver son propre style, à se détacher de tout ce qui a été fait par les autres. Jérôme est quelqu'un de très classique, qui avait donc une vraie envie de classicisme. Il ne voulait pas partir dans une fantasy délirante avec des choses impossibles. Quand il dessine quelque chose, pour lui, il faut que cela soit possible. Quand il dessine un château, il faut que le château puisse tenir architecturalement parlant, il ne va pas faire des tours sur les côtés qui partent n'importe comment et qui défient les lois de la pesanteur – Jérôme est comme ça pour tout. Quand on a travaillé sur les orcs, il m'a demandé : Où est-ce qu'ils dorment ? Où est-ce qu'ils vivent ? Quand est-ce qu'ils mangent ? Qu'est-ce qu'ils mangent ? Avec quoi ? Il faut qu'ils aient leur barda sur le dos !, etc. C'est un dessinateur très concret, très académique, dans le bon sens du terme. Donc on avait besoin de mettre plein de choses en place et Sept Voleurs était un premier brouillon.
Et comme ça s'est bien passé, pour nous et pour l'accueil des lecteurs, on a embrayé sur le début de cette saga.
Quand vous dites saga, combien de volumes avez-vous en tête ?
Pour le premier cycle, je pense qu'il y en aura huit ou dix. Quatre ou cinq diptyques qui racontent un premier arc. Au départ, ce n’était pas forcément évident pour les gens, puisqu'au début il y a un groupe de personnages et qu’une fois la quête terminée on repart avec deux autres personnages qui faisaient partie de ce groupe. On peut penser qu'à chaque fois, cela va être des histoires indépendantes comme ça, et en fait ce n’est pas le cas. Non, dans Wollodrïn, derrière des histoires indépendantes dans chaque diptyque, il y a une histoire globale qui se dessine et qui se prépare. Son achèvement prendra à peu près dix albums.
Les scénarios de Wollodrïn m'évoquent ceux des vieux westerns. Qu'en pensez-vous ? Y a-t-il des titres qui vous ont inspiré en particulier, ou bien seulement les grands schémas du genre ? Je pense aux grands espaces, aux conflits territoriaux entre Indiens (orcs) et Américains (humains) dans le premier diptyque, au village assiégé dans le deuxième diptyque…
wollodrinIl y a beaucoup de points communs entre le western et la fantasy. Il y a le parallèle des orcs avec les Indiens, que l'on a poussé dans le premier diptyque, et avec un convoi de pionniers dans le second. C'est vrai que tout cela a imprégné de notions de western le début de la saga, mais on va s'en éloigner maintenant. Dans le tome 4, il y a des zombies, donc on s'en éloigne beaucoup...
Mais c'est quelque chose qui a bercé notre imaginaire. Jérôme et moi avons tous les deux 40 ans et quand nous étions gamins on passait encore beaucoup de western traditionnel des années 50, les John Wayne, Rio Bravo... Et nous avons vu tout ça, ce que les enfants d'aujourd'hui ne voient plus ; leur imaginaire est nourri par autre chose – mieux ou moins bien, je ne sais pas et je n'ai pas de jugement – mais pour nous c'est encore très fort. À l'époque, la plupart des gamins de mon âge qui regardaient la télé le mardi soir, le samedi ou le dimanche en ont mangé, du western, vraiment beaucoup. On a vu tous les classiques, on a dû en voir au moins une centaine chacun, et finalement cela a fondé notre imaginaire à cet âge-là autant que Goldorak quelques années plus tôt. Même si dans Wollodrïn on retrouve plus de western que de Goldorak, ah ah... Mais c'est une vraie influence, venue naturellement au départ, que j’ai ensuite accentuée comme un point d'appui scénaristique et stylistique et dont on s'éloigne maintenant.
Votre collaboration avec Jérôme Lereculey commence à être conséquente (Sept Voleurs, Wollodrïn, Arthur, Nuit noire...) Avez-vous d'autres projets BD avec lui, en plus de la suite de Wollodrïn ?
Jérôme fait deux albums par an. Actuellement, il travaille sur Wollodrïn et une série aux éditions du Lombard qui va bientôt se terminer.
Nous sommes en train de réfléchir à ce que nous allons faire en parallèle. Il aime beaucoup Wollodrïn et va certainement en faire deux ou trois d'affilée, mais à un moment il aura envie de faire autre chose et de trouver d'autres espaces graphiques pour s'exprimer, ce qui est légitime. Nous y réfléchissons beaucoup, nous avions fait il y a quelques années un livre qui s'appelait Séraphin le Lutin et les animaux de la forêt, un livre didactique pour enfants sur la vie des animaux de la forêt racontée par un lutin. Qui n’a pas très bien marché d’ailleurs, nous avons eu des problèmes de positionnement et d'accueil en librairie parce que le fait qu'une bande dessinée puisse être pédagogique ou documentaire ça n’est pas encore ça, et ça l'était encore moins il y a cinq ans. Nous avons eu d'excellents retours de ceux qui l'ont acheté et lu… mais ils sont peu à l'avoir acheté et lu. Ceux qui font ces livres l'aiment beaucoup, mais les gens ne vont pas naturellement vers eux. Les gens qui font œuvre de pédagogie, les instituteurs, etc., ne vont pas naturellement vers une bande dessinée pour instruire les enfants. Il y a encore aujourd'hui un espace de tabou, d'interdit. Ça vient petit à petit, les mangas ont aidé à décloisonner ça, les mangas servent à expliquer et à raconter tout et n'importe quoi et c'est très bien.
Nous allons certainement y revenir, car ce que Jérôme adore le plus au monde, c'est dessiner des animaux, et c'est une des choses qu’il fait le mieux, donc on va essayer de lui donner de l'espace pour exercer ce talent. Que cela soit en tant que scénariste ou en tant qu’éditeur, il ne faut pas que cela devienne une contrainte ou il ne faut pas s'y plier, mais en tous cas, dans les obligations de ce métier, il y a celle non pas de donner au dessinateur ce qu'il aime dessiner, mais d’essayer de lui offrir l'espace où il pourra s'exprimer le mieux – là où il pourra être le meilleur. Et quand un scénariste ne sait pas faire cela avec le dessinateur avec lequel il travaille, et a fortiori avec lequel il travaille depuis longtemps, c'est qu’il s'est trompé quelque part. C'est une chose qu'il ne faut pas oublier. Mais après, il ne faut pas passer de l'autre côté, il ne faut pas que le dessin prenne le pas sur l'histoire, qu’il lui commande… Parce qu’alors c'est le début de la fin. C'est beaucoup arrivé en bande dessinée avec les résultats qu'on connaît. C'est un équilibre difficile à trouver, mais ça fait partie du cahier des charges. C'est évidemment plus facile à trouver quand on se connaît depuis longtemps.
Est-il prévu de faire une seconde saison pour Le Casse ? Et dans ce cas, pourra-t-on y voir un titre en fantasy ?
Eh bien, pour la série 7, je n’avais pas envie de faire une deuxième saison, et j'ai eu tellement de projets, tellement de propositions et tellement d'enthousiasme de gens qui voulaient que j'ai craqué. Ce que je ne supporte pas en bande dessinée, c'est les gens qui refont ce qui a marché. Quand quelque chose a marché, ils remettent un franc dans le cochon. C'est toujours moins bien, on en vend toujours moins, les gens sont toujours moins contents. Il y a deux exceptions pour des centaines qui suivent la règle. Je n'avais donc pas forcément envie de faire cela, mais il y a eu une pression de tout le monde, un enthousiasme des auteurs. Et je pense que quand on subit un enthousiasme et une pression des auteurs, quand les choses sont à leur initiative, au bout d'un moment, en tant qu'éditeur notre responsabilité est d'y répondre. Et 7 était une série dont le principe de base, 7 personnages ont une mission à remplir, est tellement vaste qu'en effet je pense qu'on peut vraiment raconter beaucoup d'histoires.
Le Casse ou La Grande Évasion, c'est déjà plus précis. Nous avons fait six histoires de casse. Est-ce qu'il faut en faire 12, 18, 20 ? Je suis moins sûr. On peut en faire des bonnes, mais on en fera forcément des moins bonnes, il y aura des redites, alors que sur 7, même s’il y a des difficultés, je pense qu'on peut moins en faire. Le concept de base de 7 est beaucoup plus large. On peut le retourner, le prendre par le petit bout de la lorgnette, il y a plein de choses à faire. Il faut chercher et aller chercher les bonnes personnes. Donc non, pas de deuxième saison sur Le Casse, pas de deuxième saison sur La Grande Évasion, pas de deuxième WW2.2. Non, ça va, je maudis assez mes collègues qui font ça à tour de bras pour ne pas faire la même chose qu'eux.
Vous avez d’ailleurs écrit Sept Pistoleros ; aviez-vous eu envie de vous confronter à un vrai western après Wollodrïn ?
Sept Pistoleros, c'est l'envie de mon coscénariste qui m'a envoyé ce projet, mais c'était son premier scénario ; c’était quelqu'un qui n’avait pas le même métier pour faire un bon album, mais en même temps de très bonnes idées, et pas la possibilité d'apprendre le métier très rapidement. Surtout pour intégrer une collection comme celle-là, où les gens attendent une certaine qualité de récit – à bon droit d'ailleurs. Donc soit on abandonnait, soit je lui proposais de le travailler à deux, ce que nous avons fait. Cela a été l'occasion pour moi de faire mon seul et unique western et d'y mettre tout ce dont on parlait tout à l'heure, toute ma culture côté western spaghetti, en très, très petit amateur. À part Sergio Leone, je ne connais rien, alors que lui avait une connaissance encyclopédique de tout le genre. Avec des choses qu'on connaît peu en tant qu’amateur et que connaissent que les spécialistes.
Je trouve que c'était le bon équilibre car c’était lui le spécialiste et pas du tout moi. Du coup, quand il me disait : Ah, cette scène, elle est bien car elle fait référence à…, je pouvais lui répondre : Eh bien, elle fait peut être référence à…, mais en attendant le quidam moyen qui ne connaît pas les références ne va pas la comprendre et il va se demander ce qu'elle fait dans le scénario. Cela nous permettait de nous rééquilibrer comme ça. Mais en même temps, il avait aussi plein de bonnes idées riches à utiliser qui venait de cette culture et de ces clins d’œil. Cela me permettait d'avoir un œil plus neuf, plus frais, pour faire le tri. Je pense que tout cela donnait un équilibre qui fait que l'on ne s'est pas trop mal débrouillé sur Sept Pistoleros. Qui est en apparence un bouquin pour les spécialistes et ceux qui s'y connaissent beaucoup et qui y trouvent beaucoup de références, mais que ceux qui s'y connaissent très peu peuvent aussi lire sans avoir l'impression de manquer quelque chose. Il y a peut-être de temps en temps quelques astuces dans les dialogues qui peuvent faire dire Ahah, je sens que cela fait référence à un truc mais je sais pas quoi…, mais ce n'est pas très grave, cela n'empêche pas de lire l'album. J'aurai écrit un scénario beaucoup moins riche si je l'avais fait tout seul, parce que je n'avais pas cette culture, et lui aurait été beaucoup trop spécialisé et perdu dans ces références s'il l’avait fait seul.
Quels sont vos projets pour 2014 ?
22-2Beaucoup de choses. En tant que scénariste, je lance une série qui s’appelle 22, coécrite avec un policier de la BRB, qui écrivait des histoires dans son coin depuis longtemps. Il avait été approché par des scénaristes pour être conseiller technique et en avait un peu assez de servir d'aide technique aux autres. Il disait qu’il avait lui aussi des histoires et je les ai lues ; elles m'ont plu mais n'étaient pas exploitables en tant que telles et nous avons donc tourné ensemble pendant un petit moment. Finalement, nous avons trouvé un moyen : nous allons faire une série avec beaucoup de publications, des bouquins de 92 pages au format comics et on en sortira deux par an, qui mélangent le quotidien des flics de la BRB et le quotidien des flics de Police Secours. On passe sans transition de l'un à l'autre, ils se croisent de temps en temps mais cela reste anecdotique, et cela permet d'avoir un récit très rythmé, très rapide, très inattendu, comme l'est le quotidien de la police.
Il y a aussi la suite de Wollodrïn.
Je suis aussi en train de préparer avec Tim BcBurnie, qui avait dessiné Sept Pirates, une adaptation de Pinocchio pour la jeunesse. Ça sera un gros bouquin de 90 pages. J'ai adapté quelques classiques comme ça, toujours une retranscription extrêmement fidèle car c'était à destination de la jeunesse. Pour mettre des images sur des beaux univers et encourager les gens à se plonger dans Le Magicien d'Oz ou L’Île au trésor. C'est vraiment le beau livre à l'ancienne, pour l'édification de la jeunesse de France. Après, je comprends tout à fait que cela ne soit pas intéressant en tant que tel pour les adultes, parce que faire une simple retranscription graphique, je trouve que cela n'a aucun intérêt. Quand on veut adapter quelque chose à un médium on le transforme – comme quand Kubrick adapte Shining de King et le transforme en objet de cinéma. Quand on confie son travail à un vrai artiste, il va forcément le transformer, sinon c'est juste un tâcheron, il va le retranscrire bêtement. Mais là, pour la bande dessinée, c'était une autre démarche, c'était vraiment pour illustrer des classiques pour la jeunesse. Si je devais adapter un roman à l'avenir, je pense qu'il faudrait le transformer pour la bande dessinée ou ne pas le faire. Quand je vois les centaines d'adaptations aujourd'hui qui se contentent de respecter le modèle originel, leur démarche artistique me laisse perplexe, je ne comprends pas.
Sinon, je travaille avec Alfred sur une bande dessinée documentaire – on y revient ! – qui raconte la création du prochain album d'Étienne Daho. Nous l'avons suivi depuis le début de l'écriture puis pendant tout l'enregistrement et nous allons donc raconter l'écriture, l'enregistrement, la sortie du disque et la tournée qui suit. C’est aussi le portrait d'un artiste. C'est vraiment un documentaire sur la façon dont on crée un album et sa vie à partir des premières brumes dans l'esprit du chanteur jusqu'à la dernière date de la tournée. Ce projet sera publié à la fin de l'année 2014.
SuperWorld 2 En tant qu'éditeur, il y a la grosse série concept de Luca Blengino, les Sept Merveilles, qui raconte à chaque fois une histoire qui se passe autour de la merveille en question, à l'époque où elle encore debout. C'est une série historique dans lequel il a mis des petits éléments ésotériques et fantastiques. On apprend à chaque fois un secret, soit sur la construction, soit sur la destination, un aspect caché sur chacun des monuments. Cela fait quatre ans que l'on travaille là-dessus. Les albums vont sortir en rafale, un tous les trois mois. Cela fait beaucoup de travail depuis très longtemps, je suis content qu'on le publie enfin.
Il y a plein de belles séries qui vont arriver. En comics français, on va continuer Bad Ass et SuperWorld ; on a aussi une nouvelle série, Attoneen. Une autre série va être créée par Serge Lehman et Gess, Le Nyctalope, qui reprend un des personnages qui apparaissait dans La Brigade chimérique, le tout premier super-héros français, inventé par Jean de La Hire au début du siècle (et maintenant libre de droits). Deux volumes sont à sortir l'année prochaine ; le premier raconte sa jeunesse. C'est une très belle série dans la lignée de la Brigade chimérique, et je sais qu'il y a beaucoup de fans de cet univers. Il a d’ailleurs pris une certaine dimension avec le jeu de rôle qui a été vendu dans pas mal de pays. On va donc leur donner de nouveaux éléments et de nouvelles choses à se mettre sous la dent. Je sais qu'il est très attendu !
Également le premier album d’Anne Teuf, Finnele, le retour des personnages de Sept Détectives, avec la série éponyme… Un album totalement ovni surgi de nulle part et qui ne ressemble à rien de connu : Lucy Loyd’s Nightmare… Et plein d’autres choses encore…
Nous n’allons donc pas manquer de lecture… Merci beaucoup pour vos réponses, David Chauvel.

Propos recueillis et mis en forme par Zaebas et Izareyael


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