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Le Calice du dragon

Tome 2 du cycle : Le Dragon Griaule
ISBN : 978-284344119-6
Catégorie : Aucune
Auteur : Lucius Shepard

Richard Rosacher, un jeune médecin dévoyé, découvre par hasard que le sang du Dragon Griaule recèle une puissante drogue qui embellit la réalité aux yeux de ses consommateurs. Alors même que Méric Cattanay (« L’Homme qui peignit le Dragon Griaule ») entame son projet démesuré, Richard voit la fortune lui sourire et ses affaires prospérer. Bientôt, il devient tellement puissant que les autres forces qui se partagent la ville de Teocinte le considèrent comme un rival dangereux. À force d’alliance et de compromis, il se mêle malgré lui aux affaires du Conseil de Teocinte et à celles de l’Église. Et, bientôt, il va devoir intervenir pour décider du cours de la guerre contre le Tamalegua voisin… Mais agit-il dans des buts égoïstes ou n’est-il que la marionnette du Dragon Griaule ?

Critique

Par John Doe, le 06/07/2013

C’est avec une certaine appréhension que j’ai attaqué ce Calice du dragon, sorti en France avant même la parution anglo-saxonne. De manière amusante, le nom du traducteur Jean-Daniel Brèque est également celui de l’un des personnages du roman.
Quand un livre vous a beaucoup plu, il y a le risque qu’un retour dans un univers déjà fréquenté altère les souvenirs que l’on a gardés de la lecture précédente. Serait-ce exagéré de dire que la première phrase à elle seule m’a rassuré ? Sans doute. Elle laissait toutefois présager d’excellentes choses, qui ont été confirmées par la suite.
Le roman débute peu de temps avant l’arrivée à Teocinte de Méric Catannay (le protagoniste de la première nouvelle du cycle, « L’Homme qui peignit le Dragon Griaule »), et l’ensemble du récit se déroule parallèlement aux nouvelles du Dragon Griaule (il se termine longtemps avant le début du Crâne, cependant). Il vaut mieux donc avoir lu les nouvelles avant de lire le roman (comme dans la plupart des cas, mieux vaut lire les textes d’un cycle dans l’ordre d’écriture).
Le “héros” du récit est Richard Rosacher, un jeune médecin fasciné par Griaule, dont l’existence va prendre un tournant imprévu suite à un incident qui lui permet de créer une drogue induisant chez ses consommateurs un état d’extase et d’optimisme béat. Autant le dire tout de suite, Le Calice du dragon n’est pas un de ces romans dans lequel on se prend d’affection pour le personnage principal. Rosacher est un opportuniste, qui ne montre guère de scrupules à mettre sur pied sa « petite entreprise qui ne connaît pas la crise ».
Griaule n’est jamais bien loin : sa présence en arrière-plan influence, plus ou moins directement, Richard et les personnes qu’il rencontre au cours de sa vie, notamment Ludie, Amélita et le conseiller J.D. Brèque, politicien ambitieux.
Lucius Shepard fait un usage audacieux des ellipses narratives : à plusieurs reprises, le récit fait un bond de plusieurs années. S’agit-il du dragon lui-même qui manipule Richard, ou bien ce dernier s’arrange-t-il pour “oublier” certaines de ses actions les moins reluisantes ? D’autant plus que, si sa réussite matérielle est exemplaire, il ne connaît au bout du compte que quelques moments fugaces de bonheur.
Le talent de Lucius Shepard est de parvenir à brasser des thématiques ambitieuses sans qu’elles n’écrasent le récit. Il explore ainsi sans concessions le lien entre politique et religion, faisant  de l’axiome la religion est l’opium du peuple un usage à la fois littéral et allégorique. Le dialogue entre Rosacher et un prêtre de l’église, ébouriffant dans son cynisme et sa justesse, est à cet égard exemplaire.
Le corps politique n’est pas davantage épargné : les protestations initiales face au projet d’expansion de « l’empire Rosacher » ne durent pas longtemps et apparaissent bien hypocrites. Après tout, la conjonction des intérêts individuels aboutit à l’intérêt général, n’est-ce pas ?
L’écriture de Shepard est, comme dans le recueil précédent, fascinante et il nous piège (comme Griaule ?) dans sa toile, les illustrations de Nicolas Fructus achevant ce redoutable piège.
Le Calice du dragon est un roman exigeant, qui, malgré sa brièveté, demande un certain degré de concentration. Ce pré-requis posé, il est une superbe réussite, complétant admirablement Le Dragon Griaule.
Pour conclure, je laisse la parole à l’auteur lui-même : Regardez-moi cette gloire, Richard, dit-il en regardant le ciel. Vous n’êtes pas un peu triste, des fois, à l’idée que jamais nous n’entendrons un conte qui soit digne du ciel et de toutes ses étoiles ?

8.0/10

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