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Interview de JV Jones

Par Luigi Brosse, le jeudi 13 décembre 2007 à 10:48:35

A sword from red iceJulie V. Jones on l'aime beaucoup sur Elbakin.net, surtout que cela fait un moment que l'on vous recommande ses livres, que ce soit Le Livre des mots ou The Barbed Coil. Alors quand Patrick de FantasyHotlist interview la demoiselle, on ne peut que vous en proposer la traduction.
Voici donc tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la trilogie en cinq volumes de JV Jones, dont le tome 3 vient de paraître et dont vous devriez retrouver prochainement la critique dans nos rubriques !

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L'interview traduite

Votre dernier livre est un des livres de fantasy les plus attendus de 2007. Qu'est-ce qui a rendu A Sword from Red Ice plus difficile à écrire que vos livres précédents ?
À un moment donné, A Sword from Red Ice est devenu trop gros pour moi. J'avais dix personnages dont j'écrivais le point de vue, et alors que je passais de l'un à l'autre, j'ai eu le sentiment de perdre le fil. Raif, son frère, sa soeur et son clan, et Ash sont les personnages principaux de la série, et j'ai dû arrêter et me recentrer sur eux. Cela signifiait supprimer des personnages auxquels je m'intéressais et repousser leur apparition pour plus tard dans la série. Ensuite j'ai repris le travail et restructuré le livre. Cela a pris du temps. Cependant, la raison principale pour laquelle le livre a pris tellement de temps, c'est que j'évoluais en tant qu'auteur. Mon travail est, j'espère, devenu plus souple et plus honnête. Je suis heureuse d'avoir pris le temps de réécrire et réviser : je pense que Sword est devenu un meilleur livre grâce à cela.
À quoi peuvent s'attendre les lecteurs des deux volumes à venir de la série ?
Les lecteurs devraient s'attendre à en apprendre plus sur les personnages ; ce qu'ils sont capables de faire sous la pression et ce qui a le pouvoir de les briser. J'aime mes personnages, mais ce n'est pas un amour aveugle. Ils ont des défauts, des défauts terribles, et le reste de la série va les révéler et les souligner. Les livres suivants leur offriront des occasions de grandeur, de bonté, et de rédemption. Pour le moment, même moi je ne sais pas qui va réussir et qui va échouer. En tant qu'écrivain, je m'intéresse aux conflits que nous portons en nous. Nous avons peur, et cependant nous agissons en dépit de cette peur. Nous aimons passionnément et cependant nous sommes rarement désintéressés. Les livres IV et V montreront Raif accepter des réalités assez dures. Comment vivez-vous lorsque vous êtes séparé de votre famille, de votre maison, de votre communauté ? Quelle est votre responsabilité lorsque vous pouvez tuer un ennemi avec si peu d'efforts, de si loin que vous n'avez pas à le regarder dans les yeux ?
Quels sont les principaux défis auxquels vous allez être confrontée pour finir la série telle que vous l'avez toujours imaginée ?
Le premier défi pour moi est de dire la vérité. J'écris de l'Epic Fantasy et c'est un genre qui a de fortes traditions, mon but est de garder l'histoire pertinente. Je ne veux pas que le monde et les personnages soient archaïques, sans aucun lien avec la manière dont nous menons nos vies de nos jours. Je veux que les lecteurs pensent « oui, je reconnais cela. J'ai ressenti cela. J'ai été dans une situation où j'aurais fait ce choix ». La série est écrite à grande échelle - pays, clans, continents, races - et mon principal défi est de maintenir le suspens à cette échelle pendant que je raconte les histoires personnelles à l'intérieur.
Quelles sont les dernières nouvelles concernant le quatrième volume de la saga Sword of Shadows ? Vous avez déjà un titre provisoire ou une date de sortie ?
Je suis en train d'écrire le livre 4 en ce moment. Si vous êtes allé au World Fantasy à Saratoga, vous avez eu une petite présentation du prologue, que j'ai utilisé pour une lecture. Le livre sera terminé l'année prochaine, et j'espère qu'il sortira en 2009.
Quelle à été, au tout début l'étincelle qui a fait naître en vous l'idée d'écrire la série Sword of Shadows ?
J'ai toujours été fascinée par les climats froids : la toundra arctique, les glaciers, la mer de glace, les forêts de pins recouvertes de neige. Pour moi, les endroits froids et lointains sont remplis de merveilleux et de possibilités. J'ai le sentiment qu'il y a des mystères enfouis sous la glace, que si l'on tombait dans une crevasse sur un glacier, on se retrouverait dans un autre monde. La série de Sword of Shadows a débuté, assez simplement, parce que je voulais situer une histoire sur une terre sinistre et balayée par le vent.
Les personnages prennent souvent leur propre vie en main. Quel a été le personnage le plus imprévisible ?
Les personnages qui manquent d'assurance sont les moins prévisibles. Ash, qui manque totalement d'assurance, et capable de changer complètement d'attitude. Il lui manque la base solide d'une famille qui l'aime, et cela la rend vulnérable. Chose curieuse, le Seigneur Chien, Vaylo Bludd, n'a jamais eu de famille qui l'aime non plus, mais il sait au plus profond de lui qui il est. Ash est beaucoup plus jeune et elle n'a pas encore développé cela. De plus, elle ne sait littéralement pas d'où elle vient. Le Seigneur Chien a toujours su qu'il était un fils illégitime abandonné. Lorsqu'un personnage possède ce sens de soi, son attitude devient plus prévisible. Quand il ne l'a pas, tout peut arriver.
Les intrigues ont-elles beaucoup changé depuis que vous avez commencé à écrire la série, ou bien aviez-vous toute l'intrigue plus ou moins tracée depuis le début ? Certains personnages ont-ils été créés, ou précisés au-delà de vos intentions d'origine ? Avez-vous apporté des changements à vos plans initiaux au cours de l'écriture de la série ?
J'avais une intrigue lorsque j'ai commencé mais je ne l'ai pas suivie. Les personnages ont bouleversé l'histoire d'une manière qui m'a plu. Je suis constamment surprise et amusée par l'écriture, et je ne suis jamais vraiment sûre de ce qui va se passer dans une scène. La joie d'écrire pour moi, c'est créer cette scène, cette occasion pour que les personnages interagissent et ensuite les laisser être eux-mêmes.
Le Seigneur Chien est un personnage qui n'était pas prévu. Un jour, j'ai eu envie d'une pause dans l'intrigue de Blackhail et je l'ai introduit dans l'histoire. De même avec Bram Cormac. Maintenant, je tiens beaucoup à chacun d'eux. D'autres personnages étaient déjà présents dans l'histoire, comme Marafice Eye et Effie Sevrance, et au bout d'un moment j'ai choisi d'écrire pour eux plutôt qu'à leur sujet. C'est un peu tout selon le moment. En tant qu'auteur, je veux me mettre à l'épreuve. Écrire de différents points de vues est une de mes manières de le faire.
Selon vous, quelle est votre force en tant qu'écrivain/conteuse ?
J'espère que ce sont mes personnages. J'ai une grande confiance en eux, et je n'ai jamais à me demander ce qu'ils seraient susceptibles de faire dans une situation donnée. Ils foncent juste droit devant et le font.
Le fait qu'il existe un site Internet dédié à votre travail montre bien que l'interaction avec vos lecteurs est importante pour vous en tant qu'auteur. À quel point est-ce spécial d'avoir l'occasion d'interagir directement avec vos fans ?
http://www.jvj.com est le site d'auteur qui dure depuis le plus longtemps sur Internet. Il dure depuis 1994, un an avant que L'Enfant de la Prophétie ne soit publié. À l'époque, nous n'avions pas notre propre nom de domaine, mais seulement une URL très longue et tout un tas de liens hypertexte bleu vif. C'est mon frère Paul et moi qui le gérons activement depuis le début. Et depuis le tout début, les lecteurs ont pu me contacter par email. C'est important pour moi. L'écriture est une profession solitaire. Lorsque tout va bien, vous pouvez passer une journée entière seul. Le contact est comme une bouée de sauvetage. Cela me rappelle pourquoi j'écris : je veux raconter une bonne histoire et avec un peu de chance amuser quelqu'un pour un petit moment.
Si vous aviez le choix, préfèreriez-vous avoir le titre de best-seller du New York Times, ou un World Fantasy Award ? Et pourquoi exactement ?
L'un ou l'autre ce serait bien.
De plus en plus d'auteurs/éditeurs/attachés de presse/agents découvrent le potentiel de tous les blogs/sites/forums concernant la SF et la fantasy sur internet. Gardez-vous un oeil sur tout ce qui se dit là, surtout si cela vous concerne ? Ou est-ce trop une distraction ?
Durant les quatre premières semaines après que SWORD est sorti, je cherchais régulièrement des critiques, mais à part cela, je ne m'en occupe pas vraiment. On ne peut pas contrôler ce qui est écrit sur soi ou son travail, alors il vaut mieux éviter de trop s'en inquiéter. Pour des informations concernant la science fiction, je vais sur locusmag.com et pour les critiques de livres, je lis publishersweekly.com et nytimes.com.
Honnêtement, pensez-vous que le genre de la fiction spéculative sera un jour reconnu comme de la véritable littérature ? À dire vrai, selon moi jamais nous n'avions eu autant de bons livres/séries que nous en avons maintenant, et pourtant il y a toujours très peu de respect (pour ne pas dire pas du tout) associé au genre.
Cormac McCarthy a gagné le prix Pulitzer cette année pour The Road, qui est de la science-fiction. En ce moment, le pays entier est en train de lire le réalisme magique de Love in the Time of Cholera de Gabriel Garcia Marquez, parce qu'Oprah l'a choisi ce mois-ci pour son book-club. La fiction spéculative est vivante, et avec assez d'honneurs. Le genre qui ne reçoit pas beaucoup d'égards, c'est l'epic fantasy écrite dans la tradition de Tolkien. Je ne pense pas que cela change dans l'immédiat. Le simple mot « fantasy » suffit pour faire pleuvoir les critiques. Comment cela se fait, je ne le sais pas trop. Jusqu'à un certain point, tous les « genres » - les histoires d'amour, les westerns, l'epic fantasy, les polars - sont injustement décriés par la critique.
On dit qu'il y a un certain manque de respect de la part d'auteurs (de fiction non-spéculative) envers les auteurs de fiction de genre, plus spécialement envers les auteurs féminins. Avez-vous été confrontée à de tels problèmes et quelle est votre opinion sur le sujet ?
On m'a souvent dit que, alors que les femmes achètent des livres d'auteurs masculins et féminins, les hommes préfèrent acheter des livres écrits par des hommes. Je ne suis pas sûre que cela soit vrai. Je pense qu'un livre trouve son public par le bouche-à-oreille, et un bon livre attire autant les hommes que les femmes.
Autre chose ?
J'écris l'histoire que j'ai envie de lire. C'est mon principe directeur en tant qu'auteur. Depuis mon plus jeune âge, j'ai été attiré par la fantasy épique. L'échelle m'attire, l'idée que tout ce que nous tenons pour précieux dépend de la décision d'une poignée de personnes. En tant qu'auteur, je joue avec les plus grands enjeux possibles - si tout se passe bien, la vie continue telle qu'on la connaît. Si la moindre chose importante tourne mal, tout est fini. Cela m'excite. Cela me donne des frissons, et j'espère transmettre ces frissons à mes lecteurs.

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