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Hal Duncan aux Utopiales 2009

Par Linaka, le vendredi 5 mars 2010 à 09:50:00

HalLes festivals français n'oublient pas Hal Duncan - et Elbakin.net non plus.
Nous avons profité d'un de ses passages en France, durant les dernières Utopiales, pour lui poser encore quelques questions, notamment sur son actualité après les deux événements que furent Vélum et Encre. Nous avons retrouvé avec un plaisir sans mélange cet auteur dont la gentillesse et l'entrain assurent toujours une rencontre mémorable. Il ne reste plus qu'à souhaiter son prompt retour sur le continent !
Et pour ceux qui désireraient poursuivre leur découverte d'Hal Duncan, nous vous invitons à flâner sur son blog très fourni, Notes from the Geek Show. Pour ceux qui ne lisent pas l'anglais, il reste toujours notre forum!

L'interview en français

Tout d'abord : vous êtes venu ici l'an dernier, vous êtes venu aux Imaginales en mai : êtes-vous content d'être de retour en France une fois de plus ?
Absolument ! J'adore la France, c'est génial d'être de retour. Quand j'ai quitté les Utopiales l'an dernier, j'ai dit à mon éditeur : J'ai passé un super moment, je serais vraiment content d'être invité à nouveau – vraiment, honnêtement, je serais vraiment content ! Vous voyez, je me suis bien assuré qu'il savait que j'en serais vraiment content.
Et je crois que j'ai dit exactement la même chose après les Imaginales, j'ai fait en sorte que ce soit bien clair. Et je pense qu'à la fin de ce festival, je dirai encore exactement la même chose, c'est-à-dire : Je serais vraiment content d'être invité aux Utopiales l'an prochain ! (rires)
A propos, pourriez-vous faire une comparaison entre les Imaginales et les Utopiales ? Est-ce qu'il existe de vraies différences entre ces festivals tous les deux fondés sur la littérature de l'imaginaire ?
Eh bien c'est étrange, car ils sont vraiment différents sur certains points. Les Imaginales, étant centrées sur la fantasy et situées dans un parc avec des tentes, ont une atmosphère très différente des Utopiales, qui se tiennent dans cet immense centre contemporain, avec leur technologie avant-gardiste, des casques comme à l'ONU, qui permettent la traduction simultanée ! Mais en même temps, mis à part cela, on y rencontre en grande partie les mêmes personnes.
Pour moi, la majeure partie du festival se résume à rencontrer à nouveau les gens que j'ai vus auparavant, et passer du temps avec eux. Donc, sous les différences de surface, il y a ces retrouvailles avec les personnes que j'ai rencontrées durant l'autre festival. Ce qui est génial !
Quand est-ce que Escape From Hell sera traduit en français ? Est-ce prévu chez Denoël ?
Oui, c'est prévu environ... Je ne me souviens pas à quelle époque de l'année prochaine, mais il sortira l'an prochain. Il est traduit par la même personne, Florence Dolisi, qui a traduit Vélum et Encre – donc la traduction sera excellente ! Je pense qu'il est presque terminé à ce niveau-là – et il devrait sortir dans le courant de l'année prochaine. (NdT : Escape From Hell sortira à l'automne 2010 chez Folio SF).
Encre vient de sortir en France, d'ailleurs. Que pensez-vous de l'édition française ? Je crois savoir que vous avez travaillé de façon rapprochée avec l'illustrateur français ; pourriez-vous nous en dire plus sur cette collaboration, et sur la première de couverture ?
Oui ! Avec Vélum, la couverture de Daylon me plaisait vraiment beaucoup, et j'ai envoyé un email à ce propos à mon éditeur, Gilles Dumay, en disant : Oh, c'est vraiment une couverture géniale et elle me plaît énormément !. Puis j'ai rencontré Daylon aux Utopiales l'an dernier, et nous avons commencé à en discuter à ce moment-là – il avait quelques idées sur ce que nous devrions faire de la couverture.
Après cela nous avons échangé des emails, et nous avons travaillé de manière assez rapprochée. J'ai suggéré l'Arlequin comme sujet principal, et il a eu l'idée d'utiliser la posture de Shiva, dieu hindou de la création et de la destruction – ce qui est merveilleusement approprié pour le personnage de l'Arlequin. Dans Encre, il est joué par Jack Flash, lequel est une force de la nature, qui tourne beaucoup autour de la création et la destruction. Avec en plus le cercle – qui pourrait être fait de feuilles ou de feu. C'est une superbe combinaison d'images, qui se rattache à l'imagerie des feuilles se trouvant à la fin de Vélum : les feuilles d'automne. Et elle se relie parfaitement à cette idée de transition – des feuilles d'automne au feu de l'hiver. Vous voyez, le rituel païen des saturnales, le solstice de la mi-hiver, ce genre de choses : au plus profond des ténèbres, vous allumez les feux de joie.
Donc en ce qui me concerne, je trouve que c'est parfaitement adapté et oui, c'est une super couverture.
De façon générale, est-ce que le livre en tant qu'objet est important pour vous ? Je songe à la nouvelle façon dont les gens lisent maintenant, avec les liseuses...
Je peux comprendre tous ceux qui utilisent des liseuses. Je suis moi-même habitué à lire des textes sur un écran d'ordinateur, portable ou non, car c'est ainsi que je travaille. Et une grande partie de la fiction que je lis – qui n'est pas publiée, mais qui vient du Cercle des Ecrivains de Sf de Glasgow dont je fais partie – me parvient habituellement par email, et je lis simplement les récits sur mon écran d'ordinateur, sur mon portable.
Donc je suis habitué à l'idée des liseuses, mais en même temps il y a quelque chose dans le livre – l'objet tactile, physique – qui est tout simplement merveilleux en soi. Il y a l'odeur d'un nouveau livre, particulièrement ceux qui ont encore une enveloppe plastifiée quand vous les achetez. Vous les ouvrez pour les sentir. Ou un vieux livre. Je pense que c'est assez évident si on lit le prologue de Vélum, avec ce personnage qui vole le "Livre de toutes les heures", et où il est question de ce vieux volume relié en cuir, cet ancien livre avec ses pages en vélin qui s'effritent.
Je pense que l'on pourrait probablement en déduire que j'ai une certaine affection pour cette idée du livre comme artefact, objet de mystère. En fait, une part de l'idée générale du Livre de toutes les heures tournait autour du principe de l'objet fantasy ultime – vous voyez, tout roman de fantasy contient un objet de pouvoir, une épée magique, un bouclier magique, un bâton, un anneau... Eh bien, quel est l'objet de pouvoir ultime ? Le livre ! Le livre qui est en fait entre les mains du lecteur au moment même, et dans lequel ce monde existe.
Depuis des années maintenant, vous écrivez régulièrement sur votre blog. Comment considérez-vous cet instrument ? Est-ce juste un passe-temps ?
Oui, plus ou moins. Un blog est un journal en ligne – c'est un web-log. Il s'avère juste que mon blog n'a pas vraiment fonctionné comme un journal ; il contient simplement beaucoup plus mes impressions à propos de l'écriture. La majeure partie de son contenu ressemble beaucoup plus à de la théorie et de la critique littéraire : les entrées peuvent faire 4000 mots, 5000 mots – parfois 10 000 mots !
Mais c'est juste ma façon d'explorer des idées... et sans doute ma façon de remettre à plus tard et d'éviter en fait de m'installer pour me mettre au travail ! (rires) Mais oui, je le fais, principalement, parce que j'aime ça. Je pense que c'est quelque chose de stimulant et de drôle, et cela clarifie mes réflexions sur ce que je suis en train de faire, simplement en les tapant sur le clavier.
Pensez-vous que vous appartenez à un sous-genre spécifique de la fantasy ? Est-ce que vous reconnaissez une quelconque appartenance ?
Pas vraiment. Je sais que j'ai été qualifié de new weird - c'est un terme qui s'est développé au Royaume-Uni, d'après ce que j'ai compris, avec des écrivains comme Ian John Harrison et China Miéville – je crois que c'est China Miéville qui a eu l'idée de ce terme : prendre l'étrange, le weird, de Lovecraft et dire non, c'est New weird. On peut y voir une comparaison avec le terme de New wave – c'est vraiment intéressant dans ce sens.
Et beaucoup des écrivains qui ont été regroupés ainsi, comme Jeff Vandermeer par exemple... Je sais qu'il n'était pas à l'aise avec cette étiquette, et qu'il disait qu'il ne lui semblait pas vraiment approprié de le classer dans ce mouvement. Pendant des années, il n'était pas convaincu que ce mouvement était vraiment un regroupement valide, ou que les écrivains qui avaient été mis ainsi dans le même panier s'accordaient bien. Ou du moins il trouvait cela problématique ; je ne veux pas lui faire dire quoique ce soit.
Je pense qu'il y a ici un groupe commun, mais je ne pense pas vraiment que j'en fais partie. Si Tolkien écrivait de la fantasy pré-industrielle dans une ère industrielle, ces écrivains écrivent de la fantasy industrielle dans une ère post-industrielle. Et il y a des similitudes dans leurs romans, ils sont centrés sur la ville, il y a parfois une atmosphère victorienne – on peut même en tirer une comparaison avec le steampunk.
Mais pour moi, je pense que mon travail ne tend pas à tomber dans cette catégorie, je pense que c'est plutôt tout simplement de la new wave, une new wave reconstruite. Je pense qu'on peut y voir une influence profonde de personnes comme Michaël Moorcock – ou, quand les choses deviennent différentes, le cyberpunk et Neil Gaiman et tous les Vertigo comics en général.
Donc je ne me vois pas vraiment comme faisant partie d'un quelconque mouvement en particulier dans ce sens.
Nous en avons parlé sur nos forums : pensez-vous que l'on peut parler d'une fantasy anglaise, américaine, australienne... et, dans votre cas, écossaise ? Est-ce que votre nationalité a un impact sur votre écriture ?
Je ne suis pas sûr que l'on puisse parler d'une science-fiction écossaise en particulier. Parmi les auteurs écossais que je connais, tous travaillent dans des idiomes assez radicalement différents. Par exemple, Charlie Stross (mais en fait il n'est pas écossais de naissance, il habite en Ecosse) écrit dans le genre de l'étrange, ou du moins c'est ce qui l'a fait connaître. Ken MacLeod : beaucoup de space-opera. Ian Banks : space-opera. Moi-même : complètement autre chose.
Beaucoup des auteurs prometteurs que je connais viennent du Cercle des Ecrivains de Sf de Glasgow, ou bien ils habitent à Edimbourg, comme Hannu Rajaniemi – un écrivain finlandais dont on a beaucoup parlé récemment pour son premier roman, et qui je pense sera vraiment un auteur à suivre prochainement. Ou des écrivains comme Neil Williamson, ou Phil Raines. Ils écrivent dans des styles tellement variés, ils sont très très différents.
Je dirais, néanmoins, que l'environnement a eu un gros impact sur ce que j'écris, personnellement. Une grande partie de l'Ecosse, et de Glasgow en particulier, s'est retrouvée dans Vélum et Encre. Beaucoup de scènes se tiennent au Rookery – qui est une sorte de version steampunk du quartier où je vis, la banlieue ouest de Glasgow, l'université, le quartier bohémien – et certaines scènes se situent même durant des périodes de l'histoire glaswégienne : la Red Clyde, qui était un mouvement socialiste du début du vingtième siècle, des soldats qui rentraient tout juste de la Première Guerre Mondiale et qui travaillaient dans les chantiers navals ; John Maclean. Et même, en fait, des œuvres comme celle d'Alastair Gray's Lanark, qui est un grand morceau de la littérature écossaise : cela a eu beaucoup d'influence sur Vélum et Encre.
Mais s'il y a une science-fiction écossaise cohésive...Je n'en suis pas sûr, je ne le vois pas moi-même. Je pense que les Écossais ont tendance à regarder vers l'extérieur, leur point de vue est plutôt internationaliste. Ils ont tendance à s'informer dans leur propre pays mais ils vont aussi chercher au-delà.
Quel est votre sentiment à propos de la situation de la littérature de l'imaginaire en général, actuellement ?
Je pense que c'est très positif ! Dans la littérature de l'imaginaire... j'ai tendance à me référer à la littérature de l'étrange – la littérature qui est étrange, qui utilise l'étrange. Je n'ai pas l'habitude d'utiliser des étiquettes comme science-fiction ou fantasy, des étiquettes de genre, des labels commerciaux – car ce sont des catégories commerciales la plupart du temps !
Et je pense qu'en quelque sorte nous entrons maintenant dans une nouvelle ère. Durant les cinquante dernières années, plus ou moins, il y avait une réaction de rejet contre un certain type de fiction moderne expérimentale. Beaucoup de gens pensaient que c'était élitiste, que cela ne parlait pas au lecteur lambda. Souvent c'était bizarre, inventif et expérimental, comme James Joyce avec Ulysse ou Finnegans Wake. Et il y avait une réaction contre cela. Je pense que pendant presque cinquante ans, il a fallu que la fiction soit complètement réaliste pour être prise au sérieux.
Mais je crois que nous sommes certainement en train d'en sortir. Je pense que dans la littérature de l'imaginaire, nous sommes séparés en deux tendances : d'un côté, vous avez les tours d'ivoire du monde universitaire, avec le postmodernisme – c'est-à-dire être badin et inventif, tout en gardant une distance ironique par excellence, comme pour signifier : Nous ne sommes pas sincères. Dans l'autre direction, dans les ghettos, il y a la même inventivité imaginaire, prise au sérieux mais sécurisée car nous disons : Nous sommes trash !
Encore une fois, aucune des deux tendances n'était vraiment prise au sérieux comme partie intégrante de la littérature blanche, du cœur de la fiction – mais je pense que nous atteignons désormais un point où les gens descendent de leurs tours d'ivoire, à travers le réalisme magique. Du côté littéraire, les gens commencent à prendre le fantastique au sérieux à nouveau, tandis que des auteurs de genre se déplacent vers la littérature blanche, avec des écrivains comme Michael Chabon ou Jonathan Lethem, qui jettent un pont entre les deux rives. Les murs entre la littérature de l'imaginaire et la littérature en général sont en train de tomber, et je crois que nous en sommes à un point où les forces se rassemblent, et où le lecteur lambda est assez content de pouvoir prendre chaque chose au même niveau, sans avoir à mettre de côté une œuvre parce qu'elle a une étiquette, un genre.
Pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de Jack Scallywag, et votre prochain roman ?
Jack Scallywag vient d'une expérience que j'ai tentée, avec la distribution en ligne. La première histoire s'appelait Scruffians stamp. A la base, j'ai un groupe d'histoires avec une même idée de fond, comme un concept de monde partagé. Quand l'idée m'est venue, j'ai commencé à écrire et j'ai écrit deux histoires très rapidement, puis bientôt trois histoires par la suite, puis quatre, avec encore trois ou quatre idées me venant à la même vitesse.
Et j'ai pensé que j'essaierais de les diffuser – en prendre une, et la mettre en vente via des donations Paypal. Ainsi pour quiconque ayant fait une donation, j'enverrais un fichier PDF de l'histoire, et si les donations atteignaient une certaine cible – comme deux tiers du montant que me rapporterait l'histoire à un taux professionnel, selon les standards de la SFWA – alors je la diffuserais gratuitement sur mon blog, pour que tout le monde puisse la télécharger quoiqu'il en soit.
Ensuite, une fois l'objectif des deux tiers atteint, si les gens continuaient à faire des dons, des gens qui ne l'avaient pas fait auparavant, mais qui avaient simplement téléchargé l'histoire gratuitement et s'étaient dit : Oh, tiens, ça m'a plu, je vais faire un don. - si cela arrivait et si les dons atteignaient le taux professionnel total, alors je ferais la même chose pour l'histoire suivante.
Et jusqu'à présent, d'ailleurs, j'ai jeté un oeil à mes mails ce matin, et Jack Scallywag vient d'atteindre le point où j'accepte de faire l'histoire suivante ! Donc, une fois revenu des Utopiales, je vais devoir mettre la prochaine histoire en ligne pour que les gens envoient des donations et reçoivent le PDF.
Merci beaucoup !
Merci.

Propos recueillis, traduits et mis en forme par Annaïg Houesnard

  1. L'interview en français
  2. L'interview en anglais

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