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En salles : Jack et la mécanique du coeur

Par Gillossen, le mercredi 5 février 2014 à 12:27:15

Entretien avec Mathias Malzieu

Un projet personnel

«Après avoir écrit Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, j’ai voulu conserver le personnage de GIANT JACK. Je me suis penché sur ses origines et j’ai imaginé qu’il pourrait être né en Écosse le jour le plus froid du monde, si bien que son cœur aurait gelé. Ce personnage avait une horloge dépassant de sa poitrine et souffrait d'une fragilité : il ne pouvait pas tomber amoureux. Il avait été sauvé mais il lui était impossible d’éprouver des sensations fortes. C'est l’histoire de Jack. C’est ce qui m’a permis d’aborder tout ce dont je voulais parler dans le livre, à savoir la passion amoureuse et le rapport à la différence».

Le choix d'Edimbourg

«Il est intimement lié au personnage : Giant Jack est une créature de la nuit, un genre de doux vampire, qui a surtout besoin d’aider les autres et je l’imaginais bien avec l’accent écossais. Je m’étais rendu à Edimbourg il y a une quinzaine d’années et l’ambiance de la vieille ville m’avait beaucoup touché par son côté ‘château de cartes’ à la fois fragile et effrayant. Cette ville m’a assez inspiré pour y situer l’action. Je me plaisais à imaginer la maison de Madeleine - qui répare le cœur de Jack - en haut de la colline où l’on raconte qu’est enterré le Roi Arthur. Il m’a semblé que j’avais trouvé un bel équilibre entre cette réalité chargée de repères historiques inspirants et la grande place qu’elle laissait à l’imaginaire. J’aime faire des ponts entre le réel et l’imaginaire, à des degrés différents, et la ville d’Edimbourg s’y prêtait formidablement».

De Pinocchio à Fellini

«Je souhaitais parler de la passion amoureuse et du rapport à la différence qui sont deux thèmes très forts, derrière lesquels se cache l’idée de l’aventure. J’avais envie de me rapprocher, sans prétendre leur arriver à la cheville, du Petit Prince ou encore de Pinocchio, en y ajoutant un côté un peu plus surréaliste et une imagerie plus débridée. On me parle souvent de Burton - que j’aime beaucoup pour son rapport à la beauté et à la monstruosité - mais je me sens plus proche de Jim Jarmusch et de ses personnages un peu brisés, de Fellini pour son côté baroque et tendre, ou encore du Freaks de Tod Browning qui traite aussi du rapport à la différence, de manière un rien inquiétante mais avec poésie et douceur. Je pourrais encore citer Edward Gorey ou Jean-Pierre Jeunet, qui est un créateur libre que j’apprécie énormément et à qui j’espère rendre hommage à travers ce film. J’aime le mélange des tonalités, c’est pour cela que s’entremêlent le conte et la réalité d’Edimbourg, et que j’ai essayé de faire surgir des émotions très humaines, bien réelles, à partir des images».

Un rêve de cinéma

«J’ai écrit le bouquin, j’ai composé les chansons en ayant à l’esprit d’en faire un film par la suite mais sans aucune certitude. Quand j’ai choisi les voix pour incarner les personnages sur le disque, je me rêvais déjà réalisateur : Rochefort en Méliès, Rossy De Palma en Luna, Arthur H en SDF le plus alcoolique de la ville, sauvé le jour le plus froid du monde car il a trop bu... Ces idées-la germaient déjà dans ma tête au moment de l’écriture. J’aime bien passer d’un moyen d’expression à un autre et je trouvais génial d’aller explorer l’univers du cinéma avec cette matière en tête. J’ai alors eu la chance incroyable de rencontrer Luc et Virginie Besson qui m’ont aidé à développer ce projet».

Rencontre magique

«On s’est rencontrés sur le plateau du Grand Journal. Ça a été un joli hasard de calendrier et d’étoiles bien alignées... J’ai parlé de mon fantasme de cinéma et Luc m’a demandé ‘Tu veux vraiment en faire un film ?’ Et je lui répondu : ‘J’adorerais ! Mon rêve, c’est de faire un film d’animation à partir de mes chansons et de mon livre, parce que j’aimerais utiliser le côté poétique de l’animation’. Je voulais créer des personnages qui soient de vrais petits bijoux, comme des jouets cassés extrêmement touchants, capables de susciter une émotion profondément humaine : l’idée a plu à Luc et Virginie. Nos échanges ont été très naturels : on était vraiment dans l’élan et la magie du possible créatif. Rien n’était formaté et on ne s’est pas dit ‘ C’est pour les enfants ou c’est pour un public adulte’. On voulait simplement raconter une histoire en espérant qu’elle plaise au plus grand nombre. À cette époque-là, j’étais en tournée avec ‘La Mécanique’ – je jouais les chansons toute la semaine, sauf le lundi où je me retrouvais à travailler le scénario avec Luc et Virginie et à leur montrer les premiers visuels. On a validé le script en quelques mois de façon extrêmement simple, alors que cela représentait tout de même un très gros projet».

Un joli défi artistique

«En matière d’écriture scénaristique, j’ai écouté les conseils qu’on a pu me prodiguer : je n’avais pas beaucoup de recul par rapport à cette histoire personnelle, dont je connaissais très bien les personnages. Quand on a parlé de l’adaptation, le défi était de restituer l’esprit du livre et du disque en un film. J’étais très excité par ce projet mais je me suis rendu compte que pour rester fidèle à l’ambiance du livre et du disque, j’étais obligé d’emprunter d’autres chemins. Et puis, j’étais contraint de prendre des décisions car Luc m’avait prévenu que mon livre adapté tel quel correspondait à 5 h de film et qu’il fallait donc hiérarchiser les personnages et les intrigues secondaires. J’ai ressenti quelque chose de très étrange : en tant qu’auteur du livre et des chansons, je portais mes protagonistes en moi, qui avaient donc une résonance affective, mais je me retrouvais obligé de faire des choix et des coupes, ce qui n’était pas toujours évident. Heureusement, Luc était présent pour me guider, en jouant le rôle d’un accompagnant bienveillant. J’ai adoré ce travail d’adaptation car je suis un conteur d’histoires. Finalement, être sur scène, c’est aussi une façon de raconter des histoires».

Une expérience inédite

«Dans le studio d’animation, je me sentais un peu comme un pilote de Boeing 747 face à son tableau de bord : je pouvais activer différents leviers pour changer la couleur des cheveux des personnages, modifier la texture d’un sol ou d’un canapé, rajouter des cordes à une guitare, etc. Cette étape n’était pas évidente pour moi car je devais à la fois garder ma fraîcheur émotionnelle et me pencher aussi sur l’aspect technique, en veillant à ce qu’elle ne prenne jamais le pas sur la fiction. C’est une mission quotidienne, où l’on en apprend chaque jour davantage non seulement sur la technique mais surtout sur les relations de travail avec l’équipe : il m’a fallu apprendre à collaborer avec une équipe si nombreuse que je ne connaissais même pas le prénom de chacun ! En général, j’aime me laisser aller à l’improvisation et travailler à l’instinct, et si je ne procède pas ainsi, j’ai le sentiment que le résultat n’est pas abouti mais il fallait bien que les différentes tâches soient organisées et structurées. J’ai eu la chance d’être incroyablement bien accompagné par Luc et Virginie, mon coréalisateur Stéphane Berla, l’illustratrice Nicoletta Ceccoli, et par le directeur de production Jean-Baptiste Lère. Sans parler de notre formidable équipe de graphistes. Je dois dire que c’est magique de se retrouver dans un open space avec 120 personnes qui essaient toutes de prêter vie aux personnages dont on a rêvé...»

La beauté du regard

«On voulait que le regard de nos personnages soit photo-réaliste. Stéphane Berla et moi avons fait des tests en ‘trackant’ les yeux des comédiens pour restituer leur regard dans le film. Sauf qu’il s’agit d’une très belle idée pour un court métrage ou pour un clip, mais qu’à l’échelle d’un long métrage de 1270 plans, c’était beaucoup trop risqué. C’est sur les yeux des personnages que nous avons concentré une part importante de nos efforts pour qu’ils soient le plus réalistes possible. Même si on a choisi que ce soient des personnages minéraux, semblables à de petites porcelaines fragiles, on voulait se permettre de filmer les personnages de près et qu’ils soient beaux. On assumait totalement le fait qu’ils aient de grosses têtes et qu’ils soient légèrement déformés, quitte à dégager une certaine étrangeté, mais il fallait qu’ils soient élégants malgré tout. Il était donc essentiel que leur peau de porcelaine et, encore une fois, leurs yeux, soient parfaits. Je suis très reconnaissant envers les artisans belges qui ont accompli cette prouesse».

  1. Synopsis
  2. Les personnages par Mathias Malzieu
  3. Entretien avec Virginie Besson-Silla
  4. Entretien avec Mathias Malzieu
  5. Collaborations

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