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Nom d’un Dodo : Jasper Fforde se confie à Elbakin.net !

Par Aléthia, le samedi 23 juillet 2011 à 15:00:00

JasperFfordeLe mois dernier, Jasper Fforde est venu à Paris dans le cadre de la sortie de Moi, Jennifer Strange, Dernière Tueuse de Dragons. Nous avons eu la chance de pouvoir le rencontrer en exclusivité pour Elbakin.net et c'est avec grand plaisir que nous partageons à présent cette interview. Il n'y a pas à dire, l'homme est à la hauteur de ses livres : drôle, fin et cultivé. J'espère que vous apprécierez cette interview autant que nous avons eu de plaisir à la réaliser.
Merci à Christine Colinet pour cette belle opportunité et à Aoife qui s'est chargée de la retranscription et de la traduction de cette interview.
Propos recueillis par Aléthia.

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L'entretien en français

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons vient tout juste de sortir en France. Je trouve cela assez difficile de trouver une 4ème de couverture qui garde un réel suspense. Alors sans en dévoiler trop, comment présenteriez-vous votre livre à un lecteur potentiel ?
Wouah ! C'est une question délicate. Surtout pour démarrer ! Ce qu'il faut surtout savoir sur mes romans, c'est que je prends le fantastique et que j'essaie de le rendre ennuyeux. Si, pendant les 700-800 dernières années, vous aviez vécu entouré par la magie, celle-ci aurait fini par devenir vraiment fade et sans intérêt et vous réaliseriez alors que la magie n'est pas parfaite. Elle crée des injustices, des problèmes et beaucoup exprimeront leur méfiance à son égard.
Ce que j'essaie de faire c'est de chercher la fantasy dans la réalité plutôt que dans le fantastique. Dans le monde de Jennifer Strange, la magie existe mais elle implique aussi beaucoup de bureaucratie. La majeure partie des habitants se montre soupçonneuse à son encontre. Jennifer Strange, elle-même, n'est pas magicienne. Elle est agent de magiciens. Les magiciens sont du genre incompétents, ils ne sont pas bon à grand chose, alors Jennifer Strange doit s'occuper d'eux. Ce livre s’intéresse à ce qui se passe dans un monde magique qui semble pourtant si ordinaire.
En parlant d'agents. Vous dites dans ce livre qu'un bon magicien a toujours un bon agent. Est-ce un parallèle avec le monde littéraire ?
Non, je pense que c'est plutôt un parallèle avec le monde des célébrités et du sport. Le monde se souvient toujours des célébrités mais jamais de leurs agents. Jennifer a très bien compris cela. Le plus grand magicien de tout les temps fut le Puissant Shandar et elle est convaincue que le Puissant Shandar ne put être « puissant » que parce qu’il avait un agent extraordinaire. C'est ma façon de donner un côté réaliste à la fantasy.
J'aime beaucoup le fait qu'elle doive s'occuper de tout, même des tâches quotidiennes essentielles que les magiciens ne savent pas gérer. Ils sont perdus dans leur propre monde et ils ne savent même pas faire des choses simples.
En fait, c'est comme les célébrités. Je veux dire que beaucoup de célébrités ne savent même pas faire leur lessive, conduire une voiture, ou bien même se préparer à manger. Ils ont toujours besoin que l’on s’occupe d’eux, qu’on les soutienne et c'est ce dont traite mon histoire.
Bien des gens écrivent sur la magie, c'est un genre fatigué qui existe depuis longtemps. Alors j'ai choisi un aspect de ce genre et je lui ai fait prendre un chemin légèrement différent. C'est ma façon de voir la magie avec un regard un tant soit peu neuf.
Nous savons tous comment vous avez trouvé le prénom « Thursday Next » pour le personnage éponyme. Mais quelle est l'histoire derrière celui de Jennifer Strange ?
Je ne suis pas sûr qu'il y ait une histoire à ce sujet. Le nom m’a plu, tout simplement. Je trouvais que ça sonnait bien, comme Thursday Next. Ce qui est intéressant, c'est que ce livre a été écrit en 1997. Je ne l’ai pratiquement pas retouché depuis, à part deux ou trois détails. Mais il existe aussi un livre intitulé Jonathan Strange et Mr. Norrel par Susanna Clarke. Nous avons écrit ces livres à peu près au même moment. Il est donc clair que ce nom a un certain attrait. Il y a clairement quelque chose dans le nom « Strange » qui plaît aux auteurs pour que deux d’entre eux y pensent.
Vous avez écrit la série de Thursday Next, les Nursery Crime Division, la Tyrannie de l'arc-en-ciel mais aussi REM qui arrive (NdR : en 2012). Mais cette fois-ci, il s’agit de votre premier roman de fiction pour jeunes adultes. Qu'est ce qui vous a poussé à écrire pour la jeunesse ?
Ce n'est pas si éloigné de ce que j’écris déjà. Pour moi, mes livres ont toujours représenté beaucoup d’amusement, peut être un peu frivoles en apparence, mais pour nous, ainsi que pour les enfants, ils permettent de percevoir les choses sous un angle différent. C'est un divertissement quasi enfantin et innocent, si vous préférez.
Pour moi, écrire des livres pour enfants n'est pas un si grand challenge, car je pense écrire des livres pour les enfants de tout âge. Je n'ai jamais écrit de livre véritablement sérieux. Si j’écrivais des livres sérieux, alors là, ce ne serait pas une mince affaire mais la grande différence, c'est que les enfants sont très malins, très intelligents. J’ai découvert que des enfants de douze, treize ans lisent mes Thursday Next et que cela les amuse beaucoup. Les enfants comprennent très facilement les intrigues, ils peuvent appréhender des idées réellement complexes ; cependant, ils ne comprennent pas aussi bien les allusions, et par là je veux parler des références culturelles. Les enfants ont une conception assez vague de la politique ou des affaires étrangères. Il me suffit simplement de conserver le ton habituel de mes livres et d’enlever les allusions que seuls les adultes comprendraient. Généralement je conserve la complexité des intrigues car je pense que les enfants aiment une bonne intrigue complexe. De toute façon, une fois que vous êtes à la fin du livre, vous comprenez ce qui s’y passe. Les enfants n'aiment pas être sous-estimés. Alors maintenant, j‘écris mon histoire normalement tout en prenant soin de retirer certaines références.
A la lecture de Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons les lecteurs vont clairement retrouver votre patte mais vous n’avez donc pas ressenti le besoin d'adapter votre écriture à l’âge de vos lecteurs.
Un tout petit peu. Je pense que les blagues stupides sont toujours là, peut-être sont-elles même un peu plus stupides. Les intrigues principales et secondaires sont moins nombreuses que dans la série des Thursday Next ou dans la Tyrannie de l'arc-en-ciel mais ce livre est aussi plus court. Je me rappelle avoir lu des livres très complexes, étant adolescent, et je ne me souviens pas avoir eu de problèmes. Je pense que les enfants sont vraiment intelligents.
C’est vrai, mais nous devons aussi admettre que beaucoup de livres destinés au jeune public les sous-estiment.
En effet, quand vous parlez à des enfants, vous souhaitez leur parler normalement mais c'est vraiment délicat. Il faut essayer de garder en tête qu’ils sont véritablement très intelligents. Il y a peu, au festival de Hay, j'ai parlé à des enfants âgés de 12 à 16 ans environ. Toutes leurs questions étaient pertinentes et intelligentes et portaient sur des choses vraiment précises. Je n'ai pas vraiment vu de différences avec les adultes.
A propos de la manière dont vous écrivez vos romans. Dès les premières lignes de Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons nous sommes tout de suite plongés au cœur de l'action comme c’est le cas dans la série de Thursday Next ou les Nursery Crime Division. Avez-vous un problème avec les chapitres d'introductions ?
Car je plonge immédiatement dans l'histoire ? J'ai juste envie d'y aller directement. Je pense que cela devient vite fastidieux si l'on commence à tout expliquer dès le début. Quand on invente un nouveau monde, on imagine qu’il existe, tel qu’il est dans le livre, depuis des centaines d’années. J’ai donc pris le parti de n’en expliquer que des pans. Mes romans se déroulent le plus souvent sur une période 4 jours ou sur une semaine. La plupart de mes livres se passent sur 4 ou 5 jours. Le monde est déjà là donc il suffit d’y plonger, et si vous ne comprenez pas certaines choses sur le champ, elles seront éclaircies au fur et à mesure.
C’est une bonne façon d’écrire, car vous considérez que vos lecteurs sont intelligents. Les lecteurs ont déjà lu des livres par le passé et ils savent comment ils fonctionnent. Si vous ne comprenez pas tout de suite ce qu'il se passe, vous raccrocherez les wagons plus tard.
Si vous en mettez trop dès le début, c'est juste du largage d'informations. Dans les livres de fantasy, c'est le plus gros problème car un nouveau monde se crée et cela équivaut souvent à un largage gigantesque d’informations dès les prémices du roman. C'est pour cela que Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons s’ouvre sur les personnages vaquant à leurs occupations professionnelles quotidiennes. En quelque sorte cela suffit à expliquer le monde dans lequel on atterrit. Cela le dépeint sans avoir à rentrer dans les détails. C’est beaucoup mieux car lorsque l’on veut présenter des faits, il est plus efficace de montrer que de décrire Alors c'est que j'ai essayé de faire. A savoir présenter les faits plutôt que de tenter de les expliquer.
Évoquons à présent les Royaumes Désunis. D'où vous vient l'idée, car dans la série Thursday Next le Royaume-Uni est une république. Dans Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons, c'est une contrée divisée en un ensemble de petits royaumes. Avez-vous quelque chose contre la façon dont votre pays fonctionne ?
Non, je pense seulement qu'il était plus intéressant d'avoir une république dans Thursday Next, et je voulais que George Formby soit président, chose qui n'aurai aucun sens dans une monarchie. Mais j’aime l’idée de mélanger le monde moderne et le monde médiéval. J'aime l'idée que l'on puisse conduire une voiture mais que si l'on fait quelque chose de mal, on puisse être brûlé vif, empalé ou encore décapité et avoir sa tête en haut d’une pique accrochée sur un pont. Cela m'amuse de me dire que le Roi Snodd ne décapite pas les gens parce que ce n'est pas à la mode. Et j’aime aussi l'idée d'avoir une société vraiment barbare mais qui est aussi très moderne. C’est de la fusion des deux que naissent les idées intéressantes.
Voila pour le décor. Je souhaitais qu’il me permette de poursuivre la série des Jennifer Strange si les gens l'apprécient. Je voulais créer une bonne toile de fond. Quand vous écrivez de la Fantasy, Il faut toujours créer un univers suffisamment large pour pouvoir jouer avec. Comme on peut le voir sur mon site, j'ai créé ce royaume en un après-midi seulement car quelqu'un m'a écrit, « Oh, pourrions-nous avoir une visite guidée de votre royaume ? ». J'ai donc dû faire très vite et à présent je suis en quelque sorte coincé avec même si je m'en sors plutôt bien. Je peux décider de ce que je veux utiliser ou non. Dans le tome 2 que je viens juste de terminer, les personnages voyagent en Trollsylvanie qui se trouve très au nord …
Que pouvez-vous nous dire sur le prochain épisode de la série ? Conservera-t-il le titre Le chant du Quarkon?
Oui, tout à fait. Je viens tout juste de le terminer. Il poursuit l'histoire. La magie est revenue et elle se reconstruit peu à peu mais bien plus lentement qu'ils espéraient. Il existe deux maisons d'enchantement, Kazam et Industrial Magic, où Imagic comme je l’appelle maintenant parce que c’est tendance et moderne. La personne qui dirige Imagic veut fusionner les deux maisons. Le Roi Snodd veut quant à lui contrôler la magie et souhaite la vendre comme un simple bien de consommation. Il n'y a plus de téléphone portable car ils fonctionnaient grâce à la magie et quand celle-ci a disparu, ils ont dû les éteindre. Ils ont aussi dû éteindre les scanners médicaux, les radars et les micro-ondes parce qu’ils dépendaient également de l’énergie magique. Le Roi Snodd et Drax, qui dirige IMagic, ont donc pensé au profit qu'il y avait à se faire en rétablissant le réseau téléphonique. A l’inverse, Jennifer considère que la magie devrait appartenir à tous et non à une seule entreprise.
La véritable intrigue s’articule autour d'un concours de magie. Imagic défie Kazam. Le challenge ? Construire un pont à Hereford. Jennifer doit rester calme même si le Roi Snodd et Drax commencent à tricher. Très vite des gens sont arrêtés et le matin de la compétition plus aucun sorcier n'est présent pour participer. Ils ont été emprisonnés ou transformés en pierre. Cela pose un gros problème.
Et donc il y aura bien un nouveau Quarkon ?
Tout à fait. Nous en apprenons beaucoup sur le nouveau Quarkon et aussi sur une enchanteresse à la retraite nommée l’Autrefois Magnifique Boo (traduction d’Aléthia). Nous continuons donc dans un monde assez similaire, mais là encore, garder la magie loin des grandes entreprises est un véritable combat pour Jennifer Strange. Nous avons une fois de plus le thème des grandes entreprises qui s'intéressent de trop près à la magie et comment Jennifer endigue tout cela.
Si je ne me trompe pas, vous avez pour ainsi dire importé le Quarkon de la série des Thursday Next?
Non, le Quarkon est apparu dans Dragonslayer mais je pense y avoir fait référence une fois dans Thursday Next.
Oui, c’est ce à quoi je faisais référence.
Je laisse souvent ce genre d’indices très subtils. C'est une façon d'aplanir les choses car il y a beaucoup d'idées farfelues dans mes livres. J'aime introduire les choses en douceur plutôt que de sortir de nulle part une nouvelle information que je lâche au lecteur. Je cherche à faire des allusions à ce qui va se dérouler, c'est alors plus facile de placer des idées décalées. Une idée stupide en mode furtif.
Vous avez dit dans des interviews précédentes que n'étiez pas vraiment emballé à l'idée de voir votre travail adapté. Avez-vous changé d'avis ?
Je ne serai pas contre si quelqu’un décidait d’adapter Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons. Ça pourrait vraiment marcher. Mais j'ai travaillé pendant 20 ans dans l'industrie cinématographique alors je ne me laisse pas facilement aveugler par les charmes des producteurs. Dès la première phrase je peux dire s'ils sont sincères ou non. C'est comme pour un livre, dès le premier paragraphe vous savez si cet écrivain sait écrire. C’est un peu la même chose avec les producteurs. Si je rencontre un producteur ou bien s'il m'envoie un courriel - je ne suis pas autorisé à lui parler directement car ce n'est pas de cette façon que l’on approche un auteur. Mais si mon agent m'appelle et me dit « j’ai ce producteur qui a fait tel ou tel film » et que j'en ai entendu parler alors je lui demande de m'en dire un peu plus. Beaucoup de producteurs ont essayé de me contacter ces dernières années mais en dix ans, nous n’en avons rencontré que trois.
Nous sommes très exigeants car je peux dire oui et ensuite discuter de plein de choses mais au final, deux ans après, ils n'ont pas les fonds nécessaires et ça tombe à l'eau. Cela me fait perdre mon temps. Alors je ne parle qu'à des personnes qui sont parties prenantes et si ça veut dire que l’on va laisser des gens sur le bas côté… eh bien …. je ne suis pas si inquiet à l’idée de savoir si ça se fera vraiment ou pas. Je veux juste parler à des gens qui ont une vraie chance de voir leur projet se réaliser. Mais je ne suis pas disponible pour ce genre de chose parce que produire un film est une immense perte de temps. 95% de temps perdu pour 5% de tournage. Cependant, nous sommes en contact avec quelqu'un au sujet de Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons, mais nous ne savons pas où ça va nous mener, il n’y a encore rien de concret pour le moment.
Au début de la série Thursday Next, vous travailliez sur les couvertures de vos livres et vous en êtes arrivé à l'idée d'un dodo présent sur la version française. Voudriez-vous travailler un peu plus dans ce domaine, fournir des illustrations pour les livres et pourquoi pas un roman graphique ?
A vrai dire, je laisse ça aux éditeurs car ils savent ce qu’ils font. Ça n'est pas vraiment mon domaine, j'écris seulement les histoires. La cannette était déjà sur mon site et la personne en charge de la couverture l’a vue et m’a demandé s’il pouvait l’utiliser. Je n’avais fait que la mettre sur le site, juste pour m’amuser. Je pensais que ce serait drôle de dire « voici comment sont fabriqué les dodos, dans des cannettes ». J'en ai une dizaine à la maison. Ils en avaient fait afin que l’on puisse les offrir aux gens.
Un roman graphique ? Oui, ça pourrait être envisageable. Quelques personnes sont déjà venues me voir mais elles m'ont toutes dits qu'elles avaient besoin de moi pour écrire le script qui servirait de base aux artistes. Or, je n’ai pas le temps. D'autres personnes m'ont proposé de faire 10 épisodes d'une demi-heure pour la télévision, qu’ils me paieraient plus et qu'ils voulaient vraiment que je le fasse. Mais encore une fois je ne peux pas, je n'ai vraiment pas le temps. Alors je leur ai dit que s’ils voulaient s’en charger, écrire un script et ensuite en faire un roman graphique je serais accommodant mais qu’il fallait que je voie le script au préalable. Bizarrement, ils n'étaient plus si emballés car les romans graphiques ne rapportent pas beaucoup d'argent. Alors toujours rien pour le moment, même si nous en discutons car j'ai écrit de nombreuses nouvelles. J'ai aussi parlé à une grande maison d’édition américaine de romans graphiques. Nous allons leur fournir une nouvelle et ils vont l'adapter.
Le dernier Thursday next, One of our Thrusdays is missing est sorti il y a seulement trois mois. Vous êtes vraiment productif !
En effet, j'en suis à deux livres par an. Je viens de terminer la suite de Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons qui sortira certainement en février-mars prochain et pour la seconde partie de l'année je vais travailler sur un roman en un seul tome. Pour le moment, c'est top secret comme ce fut le cas avec la Tyrannie de l'arc-en-ciel lors de sa conception. Dès lors que j'aurai bien avancé dessus, je pourrai commencer à en révéler quelques détails.
Peut-être verrons nous aussi la suite des Nursery Crime Division?
Disons que l'année prochaine j'écrirai les troisièmes tomes de Jennifer Strange et des Nursery Crime Division. Ah non, en fait, je crois que je serai sur le deuxième volet de la Tyrannie de l'arc-en-ciel. Tout doit être planifié car c'est la première chose que les gens me demandent. Alors mes trois prochaines années sont parfaitement ordonnées. On ferme les portes, on met de la musique, de l’encens et on fonce tête baissée !
Quel genre de musique ?
De tout, j'ai des goûts assez éclectiques. La playlist de mon iPod va de The Humming Chorus par Puccini (NdR : le Coro a bocca chiusa) jusqu'aux Clash et j’ai la même affection pour les deux.
Alors vous ne choisissez pas la musique en fonction de ce que vous écrivez ?
Non, en fait, je crois que je n’entends même pas la musique. Cela me sert à effacer tous les autres sons qui m'entourent. Si je peux entendre tout ce qu'il se passe dans la maison, comme les enfants, vous voyez le genre, c'est très perturbant. Lorsqu'ils crient vraiment fort, je sais que je dois intervenir mais généralement, si je ne les entends pas, je mets le volume sur trois et tout va bien.
Une dernière question sur l'attente entre deux livres. Nous avons un sujet de discussion à ce propos sur notre site. Certains lecteurs disent qu'écrire ce n’est pas de la cuisine et que l'inspiration n'est pas quelque chose que l'on peut brusquer. A l’inverse, d’autres lecteurs se disent qu'attendre 6 ans pour un roman, comme ce fut le cas pour la suite du Trône de Fer, c’est beaucoup trop. Quel est votre avis à ce sujet en tant qu'écrivain mais aussi en tant que lecteur ?
Il me faut environ 100 jours pour écrire un roman. Vous pouvez lire mes livres en cinq heures. Vous les lisez donc 130 fois plus rapidement que je ne peux les écrire. C'est un problème qui ne pourra jamais être résolu car je ne peux pas écrire aussi rapidement.
En plus tout le monde veut un livre différent. Beaucoup de gens ont dit qu'ils avaient adoré les Nursery Crime Division et qu'ils en voulaient un autre. D'autres veulent un nouveau tome de la Tyrannie de l'arc-en-ciel ou encore uniquement des Thursday Next. Je dois trouver un équilibre et je dis donc que vous aurez un nouveau livre chaque année même si ce n'est pas forcement celui que vous espériez. Je n’y peux rien mais je ne peux pas écrire des Thursday Next pour toujours, année après année, j'ai besoin de faire des choses différentes. C'est la raison pour laquelle j'écris en ce moment un livre en un seul tome car cela me tient un peu à l'écart de ces autres mondes. Je peux travailler d'autres idées, d’autres intrigues. Après avoir écrit des livres comme la Tyrannie de l'arc-en-ciel qui sont très différents de ce que je fais habituellement, je trouve que mon travail s’améliore légèrement quand je reviens à des choses plus ordinaires. Mon travail s'améliore grâce à l'expérience glanée lors de l’écriture de romans de styles différents. Au final, cela fonctionne plutôt bien et avec un peu de chance le lecteur a un meilleur livre et un meilleur plaisir de lecture.
L'idéal est de découvrir mes séries tardivement. Si vous découvrez mes livres cette année, c'est super parce qu'il y en a maintenant 11 à lire, mais si vous êtes avec moi depuis 2001, alors là, c’est une sacrée longue attente !
  1. L'entretien en français
  2. L'entretien en VO

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