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David Bry répond à nos questions

Par Izareyael, le samedi 18 mai 2019 à 09:26:22

Couverture de Que passe l'hiver de David Bry, éditions L'Homme sans nomL'auteur de Que passe l'hiver est cette année l'invité « coup de cœur » du festival des Imaginales qui se déroulera à Épinal (88) la semaine prochaine, du 23 au 26 mai. Vous le connaissez certainement pour ses romans fantasy (Que passe l'hiver aux éditions de L'Homme sans nom, La Seconde Chute d'Ervalon chez Mnémos) ou non (Le Garçon et la Ville qui ne souriait jamais aux éditions Lynks), ou bien pour ses nouvelles par exemple dans l'anthologie Elfes et Assassins des Imaginales 2013. Si ce n'est pas le cas, gageons que vous aurez envie d'en apprendre un peu plus après cet entretien !
Merci à lui de s'être prêté à cette interview.

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Entretien avec David Bry, coup de cœur des Imaginales 2019

Comment vous présenteriez-vous à nos lecteurs qui profitent de votre mise en valeur aux Imaginales pour vous découvrir ? Et lequel de vos titres conseilleriez-vous de lire en premier à celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
Je crois que nous, les auteurs, avons tous notre petit monde intérieur autour duquel tournent nos histoires. Le mien prend ses racines dans le merveilleux médiéval autant que dans les tragédies shakespeariennes. J’aime le mystère et les légendes, j’aime l’amour, la mort et les trahisons ; j’aime les héros qui peinent, souffrent et échouent parfois, parce que je crois que c’est à l’image de la vie, et que la littérature sert à cela : parler de la vie, même magnifiée, même symbolisée.
S’agissant de mes propres romans, je conseillerais Que passe l’hiver aux lecteurs résistants à la dépression (rires), aux amoureux de la nature comme des mythologies celtes ou nordiques, à ceux qui peuvent s'imaginer marcher dans la neige auprès d'un roi cornu. Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus plaira je l’espère à ceux qui recherchent de l’aventure, de l’amitié, un monde plus citadin, et une histoire destinée à un public peut-être un peu plus young adult également.
D'ailleurs, qu'est-ce que ça fait d'être « coup de cœur » des Imaginales ? Vous aviez aussi été nommé au prix en 2018, est-ce que cela a changé quelque chose pour vous dans votre travail ou votre rapport aux lecteurs ?
Couverture de La Seconde Chute d'Ervalon tome 1C’est très impressionnant, vraiment, et j’ai mis du temps à réaliser. Les Imaginales, c’est le rendez-vous incontournable des fans de fantasy et d’imaginaire. Le festival a aidé à découvrir certains des auteurs majeurs de ces dernières années, il n’y a qu’à parcourir la liste des précédents coups de cœur pour s’en rendre compte. Me retrouver parmi eux, comme voir Que passe l’hiver dans la liste des nominés pour le prix Imaginales 2018, est extrêmement flatteur. Et aussi extrêmement obligeant : il faut tout faire pour être à la hauteur de la distinction.
C'est en cela que ces deux nominations, effectivement, m'ont changé. J’écris depuis des années, m'évertue à apprendre de mes faiblesses et trouver mon chemin. Être coup de cœur des Imaginales, c'est un encouragement incroyable à poursuivre, à travailler encore plus, encore mieux, parce que quelqu'un vous dit que ça en vaut la peine.
À la parution de Que passe l’hiver, vous indiquiez que ce livre était dans votre esprit le premier tome d'une tétralogie. Comme ce genre de choses dépend beaucoup de l'éditeur et du succès du tome 1, est-il à présent prévu de publier un jour ces suites ?
Pour être tout à fait juste, j'ai écrit ce roman comme un one-shot et n'avais pas imaginé du tout, à la base, faire de suite. C'est lorsque j'ai vu les retours des lecteurs qui, à ma grande surprise, n'étaient pas désespérés à la lecture de cette histoire ; qui, comme moi, voyaient la lumière entre les ombres et qui ont adoré le roman que je me suis autorisé à penser à une suite. Et il y a matière à cela. Que deviennent-ils, ceux qui restent, une fois la dernière page tournée ? J'ai beaucoup de réponses, des débuts de chemin, depuis longtemps. Et j'ai surtout un véritablement attachement pour le monde de la Clairière.
Il n'y a pour l'instant pas de projet concret, et je travaille sur d'autres sujets. Mais si le roman rencontre en effet suffisamment de succès, je suis certain que l'Homme sans Nom (l'éditeur grand format) et Pocket (l'éditeur poche) accueilleront avec plaisir la suite de cette histoire.
Vous avez écrit sur des sujets et dans des styles assez différents avec l'uchronie de Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus, la poésie sombre de Que passe l’hiver, l'heroic fantasy plus classique avec La Seconde Chute d'Ervalon… Aimez-vous surprendre votre lecteur ? Êtes-vous aussi éclectique dans vos propres lectures ?
J'aime surprendre, oui, le lecteur comme moi. Je suis un curieux, j'aspire à la nouveauté, au voyage. Écrire est un voyage. On découvre des paysages, on rencontre des personnages. Passer des années entières dans un seul univers ne m'attire pas du tout, au contraire. Je préfère continuer d'avancer, de me promener dans les différents genres de l'imaginaire. Mes thèmes de prédilection, cependant, restent les mêmes : les espoirs fragiles, les victoires aussi douces qu'amères, la force de ceux qui se relèvent, malgré tout.
Quant à mes lectures... elles sont plus éclectiques encore (rires) ! J'ai récemment lu quelques essais politiques (Mounck, Glucksmann) , la prose naturaliste de Henri David Thoreau, l'extraordinaire Né d'aucune femme de Franck Bouysse, ainsi que l'excellent Les Bras de Morphée, premier roman de Yann Bécu , une sorte de post-apo du sommeil. Ah. Et j'ai aussi refermé définitivement Sérotonine de notre Houellebecq national page 152. J'ai essayé, et détesté. Bref, mes lectures sont effectivement très variées.
Vous parlez souvent de votre goût pour la musique. Comment influence-t-elle, si c'est le cas, votre imaginaire et votre écriture ?
Il y a un lien extrêmement fort entre la musique et ce que j'écris. La musique me transporte, m'anime, me plonge dans la joie ou la tristesse rien qu'en quelques notes. Je ne suis malheureusement pas musicien. Alors j'écris à la place. J'écris pour faire comme de la musique, pour essayer de raconter, de partager tous ces sentiments qu'elle provoque chez moi. Je pense pourtant que c'est vain, qu'il est impossible de toucher l'âme comme le fait la musique. Mais je trouve ça beau d'essayer. Et puis, c'est tout ce que je sais faire.
C'est la deuxième fois que vous participez à l'anthologie des Imaginales ; vous avez aussi écrit pour d'autres recueils. La nouvelle est-elle un format que vous aimeriez davantage explorer à l'avenir ou le format long vous convient-il mieux ?
Elfes & Assassins, anthologie Imaginales 2013L'avantage de la nouvelle c'est qu'on peut, sur un temps court, présenter une idée forte, une sorte d'instantané. Les recueils comme celui des Imaginales permettent de proposer des auteurs, des mondes différents, un éventail de ce qui se fait dans les littératures de l'Imaginaire. J'aime beaucoup cela.
Certains auteurs sont plus nouvellistes que d'autres (qui, à l'inverse, vont être capables d'inventer des sagas sur dix tomes !). Je suis dans l'entre-deux, à l'aise avec des one-shots, ou que je construis comme tels. J'aime avoir de l'espace pour mettre en place un monde, une histoire, des enjeux, mais suis attentif à ne pas m'essouffler à vouloir en faire trop, ou trop long. J'aime les histoires resserrées. C'est donc logiquement ce que j'essaie d'écrire.
Outre les tables rondes et dédicaces, on pourra aussi faire connaissance avec vous lors d'un déjeuner avec les lecteurs, cadre particulier apprécié aux Imaginales. Comment abordez-vous ces rencontres ?
Il me tarde. J'aime beaucoup les salons et ces échanges avec les lecteurs. On parle des livres qu'on a lus, des prochains dans les piles à lire, on s'échange des conseils de lecture. Certains viennent me dire ce qu'ils ont aimé dans mes romans. C'est toujours un moment privilégié.
Les tables rondes sont une approche tout à fait différente. Il n'y a pas d'échange direct avec le lecteur sur le moment (mais on se retrouve souvent après, pour discuter !), mais elles permettent d'aborder des sujets de fond avec d'autres auteurs, de confronter des chemins différents, des points de vue, des expériences, c'est toujours passionnant. Elles permettent souvent d'illustrer ce qu'on écrit, pourquoi ou comment on l'écrit. Un peu comme les interviews, cela dit (rires).
Concernant le déjeuner, ça sera une première pour moi, et je suis très curieux et impatient de pouvoir échanger avec quelques lecteurs sur un temps plus long et plus détendu.
Entre les festivals et les réseaux sociaux, le métier d'écrire est-il toujours aussi solitaire qu'on le dit ?
J'aime le silence de l'écriture. J'aime ces journées, ces soirées et ces nuits passées au son de la musique et des touches sur le clavier, avec ce calme autour de moi. Je crois que la solitude est nécessaire au travail d'imagination et de création.
Les réseaux sociaux viennent bouleverser cela, d'une manière très différente des festivals. Ces derniers sont des moments choisis, où l'on sait pouvoir rencontrer des lecteurs, certains qui reviennent même chaque année, parfois juste pour dire bonjour, c'est une relation espacée et localisée (on verra dans les festivals du Sud principalement les gens du Sud, etc.). Les réseaux sociaux abolissent à la fois la distance et le temps. Un lecteur peut facilement nous envoyer un message, où qu'il vive, et n'importe quand. Cela crée d'autres liens entre le lecteur et l'auteur, et j'avoue trouver ça très chouette. Recevoir quelques mots de quelqu'un qui vient de terminer la dernière page de votre roman, qui en sort bouleversé et qui avait besoin de nous le dire... c'est une bénédiction. Vraiment. On écrit un peu pour soi... mais aussi pour les autres, pour partager nos histoires, nos sentiments, partager nos joies, nos peines, nos peurs et nos révoltes imagées, magnifiées, symbolisées. Partager de l'humain en définitive. Les réseaux sociaux facilitent ce partage. Je trouve ça magique.
Parmi les tables rondes auxquelles vous participerez – et notamment celle dont vous serez l'unique intervenant – s'en trouve une sur le thème « Fantasy, fantastique, SF : Un détour pour parler de nos sociétés ? ». C'est en effet une question qui revient souvent quand on discute de littératures de l'imaginaire : sont-elles une échappatoire, une métaphore... Pourriez-vous nous donner en avant-première un aperçu de votre perspective sur le sujet ?
La littérature – qu'elle soit classique, polar, imaginaire ou autre – est par essence échappatoire. Elle nous fait sortir de nous, de notre quotidien, de notre propre histoire pour s'imaginer celles d'autres que nous. Quand je lis la biographie de Marie Stuart de Stefan Zweig, je suis à la cour d'Écosse au XVIe siècle, quand je lis Nightwork de Vincent Mondiot, je suis un gamin de banlieue de 14 ans, bouleversant et mal dans sa vie.
La particularité de la littérature imaginaire est de brouiller notre référentiel. Nous sommes tous englués dans des schémas de pensée. À cause de notre éducation, de nos métiers, de nos vies, de nos études, des gens que l'on fréquente ou pas. La fantasy, la SF ou le fantastique, en nous déracinant dans un monde plus ou moins différent du nôtre, nous aide à sortir de ces schémas de pensées patiemment construits. Ces littératures permettent alors, avec des préjugés absents ou affaiblis, d'aborder des sujets qui, forcément, traitent de nous, de notre monde, soit directement soit par le biais de métaphores. C'est un peu comme si on enlevait les lunettes déformantes que l'on porte chaque jour. À partir de là, chaque auteur aborde les sujets qui lui sont chers. Nos sociétés, leurs travers, leurs futurs, leurs injustices sont en effet des thèmes passionnants – et indispensables.
Un festival comme les Imaginales, c'est aussi l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs… Auriez-vous envie de recommander une de vos lectures récentes en fantasy ?
Couverture des Centaures d'André Lichtenberger aux éditions CallidorCertainement !
J'ai lu en début d'année Les Centaures d'André Lichtenberger, un roman du début du XXe siècle réédité par Callidor. C'est magnifiquement écrit, poétique à souhait, triste un peu. Superbe !
J'ai aussi récemment beaucoup aimé le diptyque de Romain Delplancq, Le Sang des princes. C'est un premier roman très bien mené, l'épopée d'un peintre poursuivi par une famille ducale qui n'est pas intéressée que par le mécénat, dans un monde inspiré de la renaissance italienne. L'art y est omniprésent (et j'ai adoré ça !), les personnages sont touchants et, sur les deux tomes, il n'y a pas un seul temps mort. J'y ai perdu quelques heures de sommeil...
Pourriez-vous nous parler de vos projets en cours ou futurs ?
Après Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus (une uchronie young adult sortie en janvier dernier) et La Princesse au visage de nuit (un polar fantastique qui devrait paraître l'an prochain), je reviens à la fantasy avec un roman sur lequel je viens tout juste de commencer à travailler, qui traitera de l'amour, de la guerre, de la jalousie... et de la mort, bien sûr. Je veux essayer de parler de l'épique, du grand, là où Que passe l'hiver est plus intimiste.
Je travaille en parallèle sur un jeu de plateau (je suis un joueur invétéré !), dont la sortie est prévue d'ici un à deux ans.
Merci pour cet entretien !

Propos recueillis par Izareyael


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