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Camille Renversade, profession : Chimérologue !

Par Izareyael, le jeudi 4 février 2010 à 18:15:59

Discussion avec Camille Renversade

Septembre 2009

Camille RenversadeBonjour, Camille, cette fois?ci, et non plus Gaston ! Pour entamer cette discussion, commençons donc par le début: pourriez-vous nous raconter d'où est venue l'idée d'un tel livre, entre Pierre Dubois et vous ?
C'est assez amusant. Je baignais dans toute cette ambiance scientifique avec mes grands?parents, entre autres mon grand?père, que j'ai cité dans le livre, qui était professeur de botanique. Depuis que j'étais tout petit, il m'emmenait visiter des musées d'histoire naturelle, herboriser, se balader dans la nature... J'ai donc eu un contact avec le côté très scientifique comme ça, et en même temps j'ai beaucoup eu de vieux livres autour de moi, ça y fait aussi tout de suite pour se plonger dans une ambiance ancienne.
L'idée du livre n'est pas venue tout de suite. En cours d'anatomie artistique à l'école Emile Cohl, où j'étais étudiant, on devait inventer un animal hybride, le créer de toutes pièces, et c'est là que je me suis amusé à faire un genre de petite bestiole étrange. Un ami m'a alors parlé de la cryptozoologie, il m'a dit: Tiens, tu sais, si ça t'intéresse, il y a une science qui étudie toutes les légendes comme ça, toutes les histoires d'animaux fabuleux. C'est la science des animaux cachées, qui est une science bien réelle ! Je me suis dit que c'était extraordinaire de voir que des scientifiques, des passionnés, peuvent s'intéresser aux choses qui pourraient pour tout le monde être simplement du domaine de l'imaginaire ! La réalité rejoint la fiction, c'est ce que j'ai trouvé super dans l'approche. Je me suis donc documenté, j'ai trouvé des bouquins là?dessus, et l'idée m'est venue. Mais au départ, je n'avais pas forcément envie de faire un livre. Mon idée principale était de monter un musée, carrément, le musée des animaux fantastiques et des créatures de légende, des dragons, des chimères, des monstres marins, des vampires... enfin de tout ! et présenté comme le musée d'histoire naturelle de mon enfance, que j'avais l'habitude d'aller voir à Lyon, le Musée Guimet, ainsi que celui de Grenoble – puisque nous y sommes, je peux dire que je suis allé très souvent au Musée d'histoire naturelle de Grenoble, qui m'a influencé aussi.
J'ai donc eu à ce moment?là envie de faire un musée d'histoire surnaturelle, si l'on peut dire, où l'on pourrait voir un squelette géant de dragon, à la place d'un lion empaillé on verrait une chimère, à la place de poissons on verrait un calamar géant... enfin que des choses comme ça. Et au moment de faire mon diplôme de fin d'études, il fallait monter un projet. Donc j'ai décidé de concrétiser cette idée et d'en faire un genre de petit journal de voyage, un petit carnet de voyage, et j'ai monté ce qui était le début de ce livre, mais qui n'était pas du tout aussi abouti, juste avec quelques photos.
La préface a été écrite par Nicollet, qui était mon professeur à Emile Cohl et qui a justement illustré Harry Dickson en se mettant en scène en costume d'époque: il s'est photographié et l'a refait à la façon des vieilles photos d'autrefois, des nouvelles, des petits journaux policiers... Il s'est mis en scène en photo. Ça m'a donné l'idée d'intégrer photo et dessin, et de présenter le fil conducteur de l'aventure racontée par les personnages en photos, et à côté de cela les dessins qui seront faits sur le terrain, sur le vif, par les explorateurs. J'ai commencé comme ça, à photographier mon père, mon oncle, les deux?trois personnes que j'avais sous la main, et petit à petit on a réussi à créer toute une ambiance autour.
J'ai présenté le projet à différents éditeurs, et finalement c'est en rencontrant Pierre Dubois qu'il est né. Il a décidé de monter un vrai livre?carnet, il l'a présenté à son éditeur, Hoëbeke, et ça s'est fait ainsi.
Donc c'est vous qui êtes allé le voir avec vos idées ?
Oui, j'ai fait la démarche d'aller chercher Pierre Dubois. J'ai fait toute une petite enquête pour trouver ses coordonnées, je lui ai écrit, je lui ai envoyé des planches, des dessins de ce que j'avais fait... et c'est lui qui m'a téléphoné juste après, en disant Ton projet m'intéresse, si tu n'as pas d'écrivain on peut le faire ensemble. C'était extraordinaire, parce que pour moi avoir un spécialiste aussi reconnu, aussi passionné à mes côtés m'a énormément appris.
Vous avez expliqué rapidement d'où vous venait cette passion pour la cryptozoologie... Mais en sortant d'Emile Cohl, vous avez eu un parcours professionnel qui suivait cette envie de faire des choses originales ?
Ce qui est drôle c'est qu'étant plus jeune, quand on est dessinateur ou écrivain, ou musicien, quand on a une passion, ça permet de se démarquer, on a quelque chose en plus des autres. Et quand on arrive dans une école d'illustration, on se retrouve noyé avec que des illustrateurs ! Au collège ou au lycée, j'étais le dessinateur, mais là le dessin est finalement commun à tout le monde. C'est à partir de ce moment?là que l'on peut se servir du dessin comme moyen de communication et chercher à faire passer quelque chose; c'est là qu'on trouve sa vraie passion, ses vraies ambiances, son univers, en fait. On peut s'y consacrer beaucoup plus. J'ai toujours été passionné par les histoires fantastiques, tout ce qui est étrange, tout ce qui sort de l'ordinaire, et en même temps le côté scientifique, l'étude, dont j'ai parlé. Je me suis dit qu'associer les deux pourrait être amusant et comme je n'ai pas fait d'études scientifiques, c'est une espèce de revanche, je me retrouve dans cette ambiance ! En effet, après cela j'ai pris contact avec l'Association française de recherches cryptozoologiques qui étudie toutes les histoires de créatures étranges et m'a donné énormément de documentation – le fondateur de cette association, Christian Le Noël, a même posé dans le livre... J'ai rencontré aussi des taxidermistes, des scientifiques... Ça m'a ouvert la porte sur tout ce milieu zoologique qui m'intéressait et que j'ai pu approcher de manière un peu détournée, sans avoir suivi un parcours professionnel scientifique.
Contrairement à toute votre famille...
C'est vrai, il y avait ça dans la famille, c'est amusant de le voir.
Est?ce que ça vous a aidé, par exemple pour trouver des objets ?
Oui, il y a une petite histoire comme cela avec la Jenny Haniver que l'on voit dans l'exposition. En réalité, c'est une raie séchée, mais les premières histoires apparaissant à la Renaissance les présentent comme des espèces de petits diablotins ou des dragons: en fait c'étaient les marins qui récupéraient des poissons, les tordaient, les transformaient, les ficelaient et les faisaient sécher au soleil, ce qui donnait un animal déformé, tout bizarre. J'en cherchais partout parce que j'avais envie d'en avoir une pour pouvoir l'exposer, mais impossible d'en trouver. Et puis un jour je fouille un peu dans les affaires de mon grand?père professeur de botanique, et en déballant des affaires dans un tiroir, j'en ai trouvé une ! Il en avait une, mais je n'étais pas au courant, et c'était très amusant de trouver cela dans des affaires de famille après avoir cherché partout un bon moment ! Je me suis dit que mon grand?père devait avoir les mêmes goûts que moi pour ce genre de choses...
A propos de créatures, une chose que l'on peut remarquer dans le livre est qu'il n'y en a aucune de votre invention, toutes sont issues de récits populaires, sont attestées dans la tradition. Quelles sources avez?vous choisies ? Par exemple, le griffon est très connu dans le grand public, mais le Mokélé M'Bembé quand même moins.
En fait j'ai fait un petit mélange: d'abord, le côté cryptozoologie que j'aime beaucoup et que j'ai beaucoup étudié. Il y a énormément de bouquins qui traitent de ces sujets, même s'ils sont durs à trouver – le monstre du Loch Ness, le yéti, plein d'autres ! Le Mokélé M'Bembé est très célèbre dans le milieu cryptozoologique, c'est un peu le monstre du Loch Ness africain. Mais il n'est effectivement pas très connu du grand public. Lui par exemple vient donc plutôt du côté cryptozoologique. Mais il y a aussi beaucoup d'autres créatures, comme le griffon ou le phénix, qui font plutôt partie du domaine fantastique. Un lecteur m'a dit que ce que j'avais fait était presque du cryptofantastique, et c'est vrai qu'il y a vraiment un mélange. La petite différence, c'est que, pour le griffon, par exemple, on a des histoires dans le folklore et les légendes, mais on n'a pas de témoignages, pas de personnes qui disent J'ai vu un griffon. Alors que pour le monstre du Loch Ness ou le Mokélé M'Bembé, beaucoup de témoignages de différentes populations les décrivent: le serpent de mer a été décrit par des centaines de marins qui disent par exemple que c'est une espèce de serpent qui nage verticalement, qu'on voit passer à côté des bateaux, qui a la tête hors de l'eau, de grandes nageoires... des descriptions qui peuvent d'ailleurs être assez différentes, mais qui sont plutôt précises.
Voilà la différence entre les deux, mais je voulais un peu tout mélanger, pas choisir ni démystifier en disant La licorne n'existe pas, en réalité les explorateurs se sont trompés, ils ont vu un rhinocéros unicorne en Asie et quand ils l'ont décrit les gens ont interprété en disant que c'était un cheval avec une corne... Je n'avais pas envie de faire ça mais je voulais présenter l'animal qui serait entre les deux, c'est?à?dire que l'explorateur aurait vu la licorne et aurait raconté avoir vu cet animal que j'ai représenté dans le livre. J'ai essayé de revenir un peu aux sources, décrire l'animal comme il aurait pu être... dans les rêves, mais tel qu'on aurait pu le découvrir si on y avait été.
PhénixC'est vrai que le grand intérêt du livre est que ce soit présenté comme complètement vrai, à aucun moment on ne dit au lecteur Attention, on ne vous raconte que des histoires, c'est n'importe quoi !
Oui, j'ai la démarche de me dire Tout est possible, pourquoi pas, il y a certainement des choses qu'on ne connaît pas..., et j'essaie de présenter, en gros, l'expédition que tout cryptozoologue, tout chercheur aimerait faire et le genre d'animaux extraordinaires qu'il aimerait trouver !
Oui, les membres de l'expédition ont beaucoup de chance dans leurs découvertes !
(sourire) Effectivement, ils trouvent plein de choses ! Mais il y avait sûrement encore beaucoup de choses en 1897?1900, alors que de nos jours c'est peut?être plus difficile... La même expédition trouverait moins de choses, entre la pollution, la chasse, de moins en moins de territoires inconnus... Ça fait moins rêver !
Il y a beaucoup de créatures présentées dans le livre, mais j'imagine que vous en aviez beaucoup plus en tête... Comment avez?vous choisi ?
Eh bien, le choix n'a pas été facile... Là, il y a déjà un condensé, on a fait une grosse sélection, mais le problème c'est que plus on en met et moins on peut décrire chaque animal... Pour ce premier livre, j'avais envie de faire un peu le tour des plus connus, mais c'est sûr qu'il faut faire des choix.
Vous avez d'abord choisi un thème général pour pouvoir orienter votre sélection ?
Oui, nous avons tout de suite décliné les deux chapitres, Dragons d'un côté et Chimères de l'autre, mais en fait, ce qui est difficile, c'est qu'il y a à la fois les différents animaux à étudier et les lieux géographiques. On retrouve des légendes de ces animaux dans plein d'endroits du monde, mais dans l'histoire nous étions obligés de nous retrouver dans un périmètre un peu plus réduit, donc de condenser un peu tout ce qui pouvait se trouver sur place.
C'est vrai que, par exemple, les histoires d'hommes sauvages se retrouvent partout : Big Foot en Amérique, le Yéti en Asie...
... l'Almasty dans le Caucase... Il y en a plein, dans tous les pays. On est obligé d'en choisir un, sinon ce serait répétitif.
Et le faire par lieu est plus intéressant que le faire par thème comme c'est souvent le cas, avec un livre sur les dragons, un livre sur les fées...
Ce qui m'a plu surtout dans la cryptozoologie, c'était l'approche qu'on avait. Il y a une enquête, presque à la Sherlock Holmes; il y a toute une démarche: on étudie, on va questionner les gens sur place, on essaie de trouver une empreinte, on écoute une rumeur, une légende... et finalement toute cette approche pour trouver l'animal me paraît presque plus intéressante que la découverte elle?même.
Oui, dans le livre c'est vraiment une expédition de scientifiques, préparée longtemps à l'avance !
Et Pierre Dubois a bien réussi dans les textes à rendre cette dimension?là, pour ne pas faire simplement un bestiaire. C'est ce qui n'est pas forcément facile, puisqu'il faut un peu de cela pour avoir à la fois l'aventure, le fil conducteur de l'histoire avec les personnages et la découverte des différents animaux.
Il me semble que ce n'est pas si courant, des livres sur les créatures extraordinaires avec une histoire suivie qui ait autant d'importance, et avec autant d'illustrations que de texte...
En fait, il y a le livre illustré classique, avec beaucoup plus d'illustrations que de textes, et le roman, les nouvelles. Là, on a essayé de faire un mélange entre les deux, ce qui n'est pas forcément facile à doser, effectivement.
A titre personnel, j'ai d'ailleurs souvent trouvé que les textes étaient un peu courts, sans doute à cause des contraintes éditoriales... On a l'impression parfois qu'il y a vraiment eu des coupes.
Oui, on aimerait qu'il y ait plus, c'est vrai. A la base, Pierre Dubois avait écrit beaucoup plus, mais on a dû en enlever. Le livre fait 128 pages, et ça me paraissait énorme quand j'ai commencé, mais finalement ça fait très peu, parce qu'on est vite bloqué... Par exemple, il devait normalement y avoir une longue introduction de Pierre Dubois, avec la photo des membres du Club, où nous devions raconter son histoire depuis sa fondation, mais nous l'avons retirée par manque de place. J'aimerais bien l'intégrer pour le tome 2, parce qu'elle est vraiment sympathique.
J'ai fait une grosse sélection pour tous les éléments prévus dans le livre: rien qu'au niveau des photos, j'en ai encore plein, plein, plein ! qui ne sont pas utilisés dans des tiroirs... peut?être pour le tome 2 !
nullD'ailleurs, à propos d'images, comment s'est passée la réalisation pratique du livre, avec les photos, les croquis, etc. ?
La plupart du temps, je prépare la partie photo en premier, parce que les dessins peuvent venir après, c'est plus facile parce qu'il n'y a pas besoin de monopoliser autant de choses. En général je réfléchis un peu au scénario dans les grandes lignes, j'essaie de trouver les ambiances et les images que j'imagine. Ensuite, il faut réfléchir à tout ce qui est nécessaire pour ce qui est en fait presque une mise en scène: trouver des costumes, les fabriquer, les reconstituer; trouver les personnes qui veulent bien poser pour les photos; trouver les lieux, il y a un petit repérage à faire avant... Après, on fait une séance photo – j'en ai encore organisé une il y a quinze jours pour le tome 2 justement, on a dû boucler en un week?end pour que tout le monde puisse être là. On fait des prises de vue dans différents lieux, on change de costume, enfin c'est la grosse séance photo ! A partir de là j'ai du temps pour les retravailler, donc je retouche les photos, je les vieillis, les patine et leur donne vraiment un aspect de photographies anciennes; je fais aussi des sculptures...
Par exemple, pour la photo de groupe du Club (visible dans l'exposition, NDLR), nous avons passé une journée dans un château en 2008, avec vingt?cinq personnes toutes en costume d'époque pour incarner les personnages que j'avais imaginés. Donc il y a moi, mais aussi mes parents, deux oncles, des amis de mon ancienne école – dont un habillé en majordome ! –, des amis de la famille... ainsi que Pierre Dubois, qui incarne Pétrus Barbygère, le directeur du Club; Nicollet, illustrateur et écrivain, celui qui a rédigé la préface du livre; un naturaliste que j'ai rencontré dans un salon des insectes à Lyon et qui part parfois en Afrique, seul, pour chasser, récupérer des insectes, minéraux, fossiles, etc., les étudier sur place et les rapporter en France – je l'ai invité à venir nous rejoindre pour la séance photo.
Il y a aussi des montages dans certaines photos, par exemple des photos anciennes sur lesquelles vous rajoutez un personnage...
Oui, après il y a du montage, je mélange des choses: j'intègre certaines créatures aux photos en les sculptant en miniature, par exemple. Il y a tout un travail de retouches à faire, petit à petit. Une fois que j'ai les photos, j'ai déjà la base de mon travail, et l'histoire se construit autour, avec tout ce qui est dessins, documents... Après, bien sûr, il faut trouver tous les vieux papiers, les vieilles cartes, les vieilles lettres...
D'ailleurs, tous les vieux documents présentés sont?ils authentiques ?
Oui ! A part quelques?uns qui sont des faux que j'ai créés moi?même, comme la gazette du Club, bien sûr, ou les tickets de bateau... Il y a un mélange, encore une fois.
Il y a aussi des extraits de livres de zoologie, des choses assez surprenantes comme cela...
Ce sont de vrais bouquins que j'ai réussi à trouver, en cherchant la bonne page qui correspond à l'animal qu'on étudie.
Ça vous prend énormément de temps, non ?
Oui, mais j'aime bien l'idée d'être polyvalent: quand on en a marre de dessiner, hop, on va faire une sculpture !
Et du point de vue du lecteur c'est ce qui fait le plaisir du livre aussi: il y a de tout, même des petits bouts de ficelle avec une plume ou une griffe !
C'est très sympathique à faire aussi ! Je me suis énormément amusé, et tous ceux qui ont posé pour les photos aussi.
Mais du coup, comment les choses se sont?elles passées avec l'éditeur ? Est?ce qu'il avait des exigences très strictes, en dehors de la taille du texte ?
Sachant que Pierre travaille avec lui depuis assez longtemps, il nous a quand même bien laissé faire ce dont nous avions envie. Pour le format du livre par exemple, un peu en longueur, je lui en avais parlé et il était tout à fait d'accord, comme avec l'idée de faire un carnet de voyage. Par contre, bien sûr, on est toujours limité au niveau du nombre de pages, on a dû supprimer des choses comme je l'ai expliqué... Mais dans l'ensemble cela s'est très bien passé, et le rendu est tout à fait ce que j'avais imaginé.
En effet, j'ai l'impression que c'est typiquement le genre d'idées que l'on trouve formidable au départ et qui peut donner quelque chose de complètement différent si l'éditeur restreint beaucoup les auteurs.
C'est vrai, mais je pense qu'il a vraiment fait un bon travail de ce côté?là.
Oui, s'il est d'accord pour un autre, c'est qu'il doit être satisfait ! Et justement, puisqu'on parle de vos projets... Vous m'avez parlé d'un calamar géant...
Oui, nous sommes en train de préparer la suite. Cette fois, nous parlerons des monstres marins, d'où le calamar ! Ce serait en fait un tour du monde. Je travaille en ce moment sur le scénario et ce n'est pas évident parce qu'il y a énormément de choses: je trouve de tout, entre le monstre du Loch Ness, les serpents de mer, les sirènes, les calamars géants... C'est très riche, et du coup ça ne va pas être facile de faire un condensé de tout ça ! Mais bon, je pense que l'histoire sera bien.
En fait, on a envie de partir sur d'autres ambiances que dans le premier. Déjà, on va essayer de ne pas repartir en Inde ni en Afrique, de visiter d'autres coins, par exemple on a prévu qu'il y ait toute une partie à la recherche du serpent de mer au Pôle Nord et au Groenland, donc dans la neige, dans une atmosphère complètement différente du premier, qui était plutôt exotique, plutôt équatorial. Il y aura encore un petit peu ça, mais je pense qu'on va essayer de partir sur d'autres choses qui m'intéressent tout autant, d'autres pays, plus au nord, peut?être. Et puis la mer: il y a une partie qui se passe sur un vieux bateau. En fait, le serpent de mer est une des histoires qui m'intéressent le plus; dans le premier on a pu commencer à en parler sur deux pages, mais là il y en aurait beaucoup plus sur toutes ces histoires très intéressantes.
Et maintenant, la grande question que l'on se pose en voyant tant le livre que l'exposition... Comment faites?vous pour fabriquer tout ça ? Tous les petits modelages, les grands squelettes d'animaux étranges...
En fait, je fais de la sculpture depuis que je suis petit, j'ai toujours bien aimé ça, et j'ai suivi une formation dans une petite entreprise à Lyon, Dasplet Monsters, qui fait de la reproduction d'ossements paléontologiques: ils moulent des crânes de tyrannosaure, des ossements de dinosaures... Le stage chez eux m'a permis d'avoir toutes les bases pour les techniques de moulage en résine, silicone... tous les matériaux utilisés pour la reproduction d'animaux. J'ai aussi pu avoir pas mal de conseils de taxidermistes, parce qu'à la base j'ai repris un peu les principes de cette technique aussi. Mais après, il y a beaucoup de bidouillages et d'invention: il faut trouver les moyens pour que ça ne soit pas trop cher, etc. J'utilise pas mal de résine, un peu patinée et vieillie, du latex pour tout ce qui est souple (comme le calamar géant), de la cire à modeler... plein de trucs comme ça. Ce sont pratiquement les techniques employées au cinéma pour les monstres. Et puis après, c'est une petite cuisine personnelle pour arriver à arranger ça. C'est ce que j'aime bien, je récupère des choses un peu partout et je trouve mon inspiration à partir de là.
J'ai une démarche assez différente pour la fabrication des machines. Par exemple, dans le premier livre, on voit le paralapidescoscope, l'appareil qui permet de regarder le basilic sans être pétrifié par son regard, mais j'en ai prévu beaucoup d'autres: j'ai fabriqué des lunettes, des tas d'appareils d'optique... Et là je fabrique dans une autre démarche: je récupère depuis longtemps tout ce qui me paraît un peu original ou étrange, des lunettes, des paires de jumelles, du cuivre, toutes sortes de choses que je mets dans des caisses. Quand je fabrique, je pose tout et je fais un genre de puzzle en me disant: Tiens, cette pièce est géniale, on va la visser avec ça ! , et souvent ça tombe bien, chaque chose s'emboîte, se visse, se perce... et ça me permet de tout assembler et d'inventer ainsi une machine extraordinaire. Je préfère ne pas la dessiner avant, parce que je me dis que si je l'invente avant je ne trouverai jamais ce qu'il faut pour la fabriquer. Je sais à peu près ce que je veux faire, mais après ça se crée, c'est presque un jeu de Lego. C'est certainement des restes de l'enfance !
C'est la première fois que vous montez cette grosse exposition pour la présenter au public, quel sont vos sentiments pour le moment ? Que pensez?vous de ce salon du Fontanil, Fantastique et Légendes ?
Je suis vraiment très content ! Le cadre est magnifique, la salle est superbe (moderne, très peu bruyante, avec un beau plancher et une très belle vue sur la vallée ! NDLR), et j'ai été surpris en installant l'expo de voir en plus que les ambiances des murs correspondaient au ton que j'avais donnés à ma pièce. Et c'est très sympa, il y a une bonne ambiance entre l'organisation et tous les auteurs invités.
Oui, en faisant le tour d'un stand à l'autre, on peut vraiment bien discuter, c'est très chaleureux !
Ce qui est original aussi dans ce salon, c'est qu'ils ont mélangé à la fois la littérature, le dessin, la bande dessinée, l'illustration, et le camp médiéval qui est extraordinaire; à l'étage en dessous il y a toutes sortes de jeux de société et de jeux de rôle; il y a également de la musique, des maquillages... bref, un peu de tout ! Et tout le monde, dans chaque domaine, est passionné par ce qu'il fait, donc les rencontres se passent bien puisque tout le monde apporte sa motivation: ça ne peut que marcher.
Entrée du Cabinet de CuriositésD'ailleurs, le public suit, nous avons vu beaucoup de monde depuis hier sur notre stand, et chaque fois que je suis passée vous aviez du monde autour de vous aussi ! Apparemment le public circule bien dans le Cabinet de curiosités aussi.
Pour une première édition, ça démarre plutôt bien, oui. On va voir cet après?midi: le beau temps est là, ça devrait être pas mal. Je n'ai pas trop pu voir les visiteurs du Cabinet puisque je suis en dédicace à côté, mais il faudrait que je regarde, je crois qu'il y a toujours du monde en effet.
C'est parce que ça attire l'oeil, on a envie d'y rester un moment !
Je trouve que l'idée de faire une pièce fermée comme cela est assez amusante, on peut y entrer, franchir une porte, et se retrouver plongé dans l'univers.
Il faut dire que c'est une pièce à part, mais construite au milieu de la salle, donc pas du tout isolée du reste du salon pour que les visiteurs y passent.
Je crois que c'est ce qui marche: si ce décor était installé dans un château ou un vieux bâtiment, il serait moins impressionnant. Ici, c'est le décalage qui est amusant: on est dans un bâtiment très moderne, et d'un coup on entre dans un autre décor. Je pense que ça marchera bien dans un salon comme ça, parce qu'il y a le petit décalage qui fait que ça nous change vraiment d'ambiance.
Ce livre et cette exposition sont nés d'un vieux rêve de musée dont vous parliez tout à l'heure, et cela ne semble pas mal vous réussir... Vous en avez d'autres comme ça pour l'avenir ?
Je rêve toujours de cette idée de musée, pourquoi pas ! Ça peut être intéressant de monter un gros truc . Sinon, ce que j'aimerais bien, c'est partir vraiment en expédition ! Parce que finalement, pour tous les livres que nous avons faits, nous n'avons quasiment pas bougé, c'est une expédition imaginaire. C'est sûr que si je pouvais carrément embarquer avec un groupe de scientifiques, forcément, je ne serais pas exactement dans ce genre d'ambiance, mais je pense qu'aller sur le terrain pourrait être amusant ! Ou alors, encore mieux, monter une expédition en costumes ! (rires) Ça, ce serait pas mal: remonter une expédition à l'ancienne ! Mais bon, on parlait bien de rêves... Quoique vivre ça en vrai, ce serait bien.
Mais, déjà, venir en costume au salon est une originalité, vous êtes en chemin ! D'ailleurs, vous portiez ce genre d'habit à chaque fois que je vous ai croisé, même en dehors de tout salon...
Oui, je suis toujours plus ou moins habillé comme ça, j'essaie d'avoir une certaine allure ! Mais dans un salon on peut encore plus se permettre de jouer le jeu. Jusqu'à présent, j'ai changé de tenue dans chaque salon: ici je suis en vert, mais à Etonnants voyageurs j'étais en blanc, puisque c'était une tenue d'été, plutôt coloniale... Bon, c'est toujours un peu le même genre, mais j'ai toute une collection de casquettes pour changer !
Pierre DuboisCostumé jusqu'au bout des moustaches, d'ailleurs, je me permets de le souligner !
(rires) Pierre Dubois lui aussi est toujours habillé avec de grandes manches bouffantes, son gilet et son manteau noir à brandebourgs... De ce côté?là on s'est bien trouvés ! Dommage qu'il ne soit pas là.
Oui, j'aurais beaucoup aimé le rencontrer également... Ce sera pour une autre fois, malheureusement. Pour le tome 2 peut?être ?
A ce sujet, cette exposition devrait être au salon de Cluses en Haute?Savoie (c'était bien le cas les 21 et 22 novembre derniers, mais sans Pierre Dubois malheureusement, NDLR), mais installée un peu différemment puisque avec Pierre Dubois, justement, nous prévoyons de faire une conférence dans le décor. Il y aura plusieurs petites conférences en tenue d'époque, donc cela devrait encore plus donner vie à la pièce. Je vais présenter une nouvelle créature inédite, la fameuse chimère, qui n'a pas été présentée ici mais qui le sera à Cluses.
D’ailleurs, je suis en train de monter une très grosse expo qui sera à Blois tout l’été, pendant six mois, d'avril à septembre, avec une partie consacrée aux Chimères au Musée d’Histoire Naturelle de la ville. On va recréer le Cabinet de curiosités et le laboratoire du Club ainsi qu’un décor de campement d’aventuriers !
Les dragons seront présentés sous la forme d’une fête foraine side-show à la Barnum à la Maison de la Magie, le musée de l’illusioniste Robert Houdin !
Ce sont de gros projets, de grosses exposition montées avec des musées et qui vont rester un moment, alors qu'ici au Fontanil c'est plus de l'installation éphémère. Nous monterons donc un décor un peu plus conséquent. C'est encore en projet, donc je ne saurais pas dire exactement ce qu'il va y avoir, mais je pense que ça vaudra le déplacement. Nous avons prévu de faire l'inauguration en costumes d'époque; la Société Sherlock Holmes de France dont je fais partie va apparemment faire une réunion en tenue victorienne, avec une conférence, toujours de Pierre Dubois et moi, à la lanterne magique, comme une fausse conférence scientifique... Nous invitons également Christian Le Noël et Michel Meurger. Je pense que ça va être assez amusant aussi !
En effet, vous n'allez pas vous ennuyer à préparer tout cela... Ces projets prennent tout votre temps, non ? Ou avez?vous d'autres activités ?
En fait, je suis sorti de l'école il y a peu de temps, et pour le moment je me suis lancé à fond dans l'illustration et l'édition. Il m'est arrivé de faire, en plus du livre, des planches ou des dessins dans des magazines ou d'autres choses: par exemple, j'ai fait une planche pour Deyrolles, la boutique de taxidermie à Paris. Bien sûr, il y a toujours de petits passages à vide, c'est normal dans le métier d'illustrateur, mais heureusement ça démarre bien. Le seul souci, c'est que quand on n'a pas grand?chose avant, tout arrive d'un coup, donc je me retrouve avec trois ou quatre projets à mener de front cette année, et je pense que je vais être bien occupé.
Après, je ne suis pas contre l'idée d'enseigner, de faire d'autres présentations ou d'autres choses encore... Ce qui me plaît dans ce métier, c'est en fait de pouvoir être polyvalent. J'ai beaucoup de projets, et dès que l'on me propose quelque chose qui sort de ma routine je suis d'accord. A la base, je suis quand même illustrateur, mais vu que je pars aussi dans la photo, l'exposition... ça me permet de découvrir d'autres choses aussi.
Finalement, j'ai envie d'exprimer mon univers, d'exprimer des choses que je veux faire passer au grand public, mais le dessin, la photo, le cinéma, n'importe quoi, sont des moyens de transmettre cela. Je ne suis pas forcément bloqué dans le dessin non plus, j'ai envie de m'exprimer sur différents supports, pourquoi pas.
Et quand on voit une exposition comme celle?là, on se dit Heureusement qu'il ne se cantonne pas au dessin ! C'est vraiment quelque chose d'original et de différent.
Oui, ce qui est bien avec ce Cabinet de curiosités, c'est qu'il fait prendre vie à toutes ces idées qu'on peut voir dans le livre. Je suis donc vraiment content d'avoir pu monter pour la première fois au Fontanil cette grosse exposition. En lisant, on imagine déjà l'histoire, on y entre, on a l'impression de vivre l'aventure, mais quand on peut permettre aux objets du livre d'en sortir, c'est encore mieux ! C'est pour cela que je viens aussi en costume, avec les petites sacoches, le matériel, pour que l'on ait un peu l'impression de remonter le temps en rentrant dans le décor. Pour cette exposition, j'essaie vraiment de me plonger complètement dans l'ambiance de l'époque, pour faire rêver et permettre aux gens de sortir un peu de ce qu'on voit tous les jours.
Je crois que ce sera le mot de la fin ! Merci beaucoup pour cet entretien, c'était vraiment un réel plaisir de discuter avec vous, Camille.

Propos recueillis et mis en forme par Izareyael

  1. Visite guidée avec M. Gaston Renversade
  2. Discussion avec Camille Renversade

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