Vous êtes ici : Page d'accueil > SdA Films & Bilbo

Le carnet de croquis d’Alan Lee

Par Guybrush, le jeudi 17 novembre 2005 à 08:00:20

Ain't It Cool News a interviewé l'artiste Alan Lee à propos de son carnet de croquis sur Le Seigneur des Anneaux. Il s'agit d'une série de croquis qu'il a fait pendant les six années durant lesquelles il a travaillé avec Peter Jackson et l'équipe conceptuelle de la trilogie. Il y a également un intérêt pour les monstres artistiques car Lee montre comment il travaille avec le crayon pour élaborer ses célèbres grands dessins à l'aquarelle, en utilisant des exemples spécifiques venant de son livre de travail sur Tolkien.

C'est un livre magnifique, de presque 200 pages, et il couvre chaque aspect de son travail en passant par les armes et la conception d'armures, au travail architectural, aux personnages et à la conception des créatures... il y a tout.

Interview d'Alan Lee

QUINT : J'ai fini de lire le livre la nuit passée. Je me demandais combien représentait globalement le travail au crayon sur les films du Seigneur des Anneaux.
ALAN LEE : Eh bien, le nombre total de croquis que j'ai réalisés pour les films atteint environ 2500 exemplaires. Il s'agissait juste de dessins. Il y avait également peut-être un autre millier d'exemplaires sous Photoshop que j'ai faits pour des études d'illustrations pour des effets visuels...
QUINT : Avec Gus Hunter ?
ALAN LEE : Ouais, avec Gus et avec Jeremy (je pense qu'il fait référence à Jeremy Bennett de Weta). Gus voulait me montrer comment utiliser Photoshop. (rires). Il est super.
QUINT : Gus est incroyablement talentueux. J'ai vu une partie de son travail quand j'étais là-bas pour King Kong.
ALAN LEE : Vous faites un reportage sur King Kong ?
QUINT : Ouais, j'ai écrits quelques comptes-rendus de plateaux et j'en ai quelques autres à terminer.
ALAN LEE : Je suis revenu travailler sur King Kong pendant quelques mois l'année passée. C'était super. J'ai fini de travailler sur Le Seigneur des Anneaux en avril dernier. J'étais presque la dernière personne travaillant sur le projet, en fait, parce qu'à cette période Peter (Jackson) et Richard (Taylor) étaient sur le point de travailler sur King Kong, et nous finissions à peine le travail conceptuel pour le packaging des DVDs. Donc ils étaient en train de fermer le studio et les bureaux de production autour de nous.
Ainsi, ce carnet de croquis représente vraiment une assez longue période. Ce n'est pas que le film, mais cela vient également du temps où je commençais à m'intéresser au livre lui-même et à son illustration. Donc c'est une période de... Eh bien, j'ai lu correctement le livre la première fois à 17 ans. Quand j'ai fini de travailler sur le film j'avais 56 ans, donc il y a des souvenirs d'environ 40 ans avec ce livre.
Evidemment la partie la plus intense était les 6 ans passés en Nouvelle Zélande pour travailler sur les films.
QUINT : Vous souvenez-vous du moment où vous avez mis votre crayon sur un morceau de papier pour la première fois et vous avez créé quelque chose qui vous a fait dire, « Je veux garder ça » ?
ALAN LEE : Hmmm... Je n'arrive pas à penser à un moment en particulier. Quand j'étais très jeune j'ai commencé à dessiner, vous savez... très jeune. C'était vraiment comme une forme de jeu, presque comme un jeu de réalité virtuelle dans lequel vous pouvez commencer à dessiner cette colline, puis vous dessiner une silhouette rampant au bord de cette dernière et ensuite une silhouette pointant un fusil de l'autre côté... en créant ces petits scénarios. Et puis en continuant à construire et dessiner des châteaux, en créant ces petits mondes imaginaires pour moi-même. Je ne me suis jamais vraiment arrêté.
Une autre chose que j'ai faite quand j'étais adolescent, quand j'avais environ 13 ou 14 ans, j'ai commencé à faire des bandes dessinées. Je trouvais ça irrésistible. J'ai réalisé toute cette espèce d'aventure amazonienne. Ce groupe d'aventures démarre au Bristol à travers l'Atlantique, voyageant vers les Amazones à la recherche de ce trésor. Il y a tous les styles de drames et cela se termine avec un gars flottant à moitié inconscient sur un raft. Je ne les ai plus, mais ça donnait simplement l'impression de ce qu'on peut faire avec des dessins, la façon dont vous pouvez raconter une histoire.
QUINT : En parcourant les croquis j'ai remarqué que plusieurs de vos réalisations mettaient plus en valeur le monde de Tolkien que l'aurait fait un dessin en couleurs. Avez-vous découvert un lieu, un personnage ou un événement particulier qui fonctionnait mieux comme un dessin au crayon pour vous ?
ALAN LEE : Ce qui est assez intéressant avec les dessins au crayon, c'est qu'il s'agit, pour la plupart, presque d'une peinture, ce sont en quelque sorte des squelettes d'étalonnage. Mais pour un film l'image finale est l'image animée qui va être réalisée par toutes ces autres personnes. Les dessins... Je ne considère jamais aucun d'entre eux comme étant terminé. Ils sont juste amenés au point où ils communiquent ce qui est nécessaire pour la personne ou le groupe particulier qui les regarde.
Evidemment, la première chose consiste à faire un dessin qui montre à Peter ce que vous avez en tête et voir si ça correspond à ce qu'il pense. Une fois qu'il est d'accord vous faites un tas de dessins. Certains d'entre eux sont faits spécifiquement pour se faire une idée de la largeur d'un plateau. Vous commencez avec une sorte de carte terrestre, plusieurs sortes de vues aériennes du tout et beaucoup de détails dessinés. Ainsi, un plateau peut avoir peut-être 50 dessins ou plus explorant chaque aspect de ce dernier. Mais j'adore dessiner. J'adore les croquis parce que d'une certaine manière, la personne qui regarde un croquis complète l'image avec son imagination. Vous suggérez des choses et il leur donne de la consistance. Et c'est plutôt bien de ne pas trop restreindre les choses. L'aquarelle est également très bien pour ça. C'est en quelque sorte un moyen fluide avec lequel vous pouvez créer une atmosphère sans vraiment être précis sur chaque petit détail. J'aime assez cet aspect.
Mais avec les croquis pour le film, chaque petit détail devait être très précisément fixé, mais c'était le cas pour plusieurs dessins différents. Chaque petite poignée de porte et chaque morceau de sculpture... tout.
QUINT : Avez-vous un personnage favori du monde de Tolkien que vous continuez de dessiner, qui est important pour vous ?
ALAN LEE : Je suppose que je trouve encore des créatures amusantes venant d'un autre monde. J'ai fait ce livre, Faeries, avec Brian Froud. Je ne sais pas si vous le savez, mais cela a impliqué le fait de dessiner beaucoup de fées, de gobelins et de nains. En fait, la création de personnage des bois a toujours été un plaisir pour moi parce que leur anatomie est en quelque sorte étirée et déformée, au point que vous pouvez beaucoup vous en amuser.
Donc je découvre souvent que je dessine toutes sortes de créatures étranges ou demi humaines dans les coins de mes carnets de croquis.
QUINT : J'ai deux passages favoris dans votre livre. Le premier est le combat entre Sam et Arachné, et l'autre c'est simplement cette petite chose sur la bordure... ce n'est pas du tout le point principal de la page, mais c'est cette petite chose avec des jambes humaines jusqu'à la ceinture, mais à la place de l'estomac se trouve un crâne !
ALAN LEE, Oh, ouais !
QUINT : Quand découvrez-vous que vous créez ce genre de choses ?
ALAN LEE : Eh bien, tout le temps. Ce n'est vraiment que du gribouillage et je ferai souvent une feuille de dessins sans vraiment être complètement conscient de ce que je suis en train de faire. Je n'y pense peut-être qu'à moitié. Je commence ces choses sans savoir comment cela se termine. C'est un autre aspect que vous appréciez, cet élément d'improvisation. Quelques fois je fais des dessins que j'oublie complètement parce que je n'y ai pas vraiment réfléchi, vous voyez ? (rires) Donc en parcourant mon carnet de croquis et en découvrant toutes ces étranges petites créatures, je me dirai, « Mon Dieu... je ne me souviens pas avoir fait ça. »
Très souvent c'est une excuse pour ne pas faire les dessins que je suis supposé faire. Donc je suis devant une feuille de papier sur laquelle je suis supposé travailler une couverture de livre ou quelque chose d'autre, et dans tous les coins de la feuille, parce que j'arrête de penser au livre, il y a ces étranges petites créatures.
QUINT : Alors, au final aimez-vous le résultat global du livre ?
ALAN LEE : J'étais très heureux de la façon dont il a été imprimé. Un des avantages d'avoir travaillé sur Le Seigneur des Anneaux est le fait d'avoir acquis quelques compétences en informatique, donc j'étais capable d'assembler moi-même le livre. J'ai fait tous les modèles et un ami à moi a fait la typographie, donc c'était en quelque sorte du travail maison. J'étais très heureux de la manière dont il a été imprimé. Cela a été fait par une société en Italie.
QUINT : Avec vos illustrations vous proposez également des résumés qui montrent votre expérience lors de la création du film, en testant chaque film avec les croquis sur la page...
ALAN LEE : Il n'y avait pas de raisons d'éviter cela, vraiment, parce que tout était si frais dans ma tête et c'est simplement une grande aventure. Je voulais équilibrer cela avec le reste, mais je suppose que je parle plus du film que quoique ce soit d'autre parce que tant d'autres choses sont arrivées. (rires) Il y a tellement de manières de raconter l'histoire où vous vous êtes assis dans votre studio et vous avez fait un dessin. (rires)
QUINT : J'ai toutefois vraiment aimé la façon dont vous décrivez les étapes pour la création de vos aquarelles. C'était une surprise de voir comment c'est réalisé, en particulier pour quelqu'un comme moi qui n'y connaît rien en art. Etait-ce la partie la plus intéressante du livre pour vous ?
ALAN LEE : Je pense que la partie la plus intéressante pour moi est vraiment le passage sur Minas Tirith parce que c'était en quelque sorte une quête d'exploration. J'ai commencé à la visualiser depuis le sol, en entrant par la porte et en parcourant les rues, m'imaginant à la fin de ce dessin en particulier et observant une autre rue, puis en la dessinant. Vraiment une sorte d'improvisation, mais en gardant tout le temps l'idée que l'architecture va en quelque sorte se cristalliser et devenir plus claire dans mon esprit quand je fais cette quête.
Donc je pense que Minas Tirith, vue comme un tout, était vraiment satisfaisante. J'ai réussi à concevoir une cité ! (rires)
QUINT : Y a-t-il quelque chose en particulier que vous vouliez vraiment mettre dans le livre, et qui n'a pas pu être retenu ?
ALAN LEE : Il y a énormément de choses que nous n'avons pas vraiment laissé tel quel dans ce livre, mais il y a certaines choses conçues pour le film qui ont été en quelque sorte supprimées à un moment de l'écriture du script. Il devait y avoir un épisode à la maison du Fermier Maggot, donc j'ai fait quelques dessins de chaque aspect du Fermier Maggot, donc j'ai vraiment l'impression d'avoir construit ça dans ma tête. Ca n'a pas été plus loin que des dessins, mais il y avait environ une douzaine d'images. Peter a décidé que nous ne pouvions pas nous permettre de perdre du temps, que cela ralentissait trop l'action.
Je pense que lorsque Peter fait un film il juge en quelque sorte sa réaction par rapport à ce qu'il voit et s'il commence à s'ennuyer... Vous le voyez dans la salle de montage. Il juge la longueur d'un plan par images, vous savez ? Trois images de plus et vous vous ennuyez. Des modifications très fines. Il a ce sens incroyable pour savoir ce que retiendra le public.
QUINT : Y a-t-il d'autres livres ou histoires connus sur lesquels vous aimeriez faire des illustrations ?
ALAN LEE : Il y a tant de grandes histoires. Mon prochain projet sera de revenir à la Mythologie Grecque, la Mythologie classique ? Rien que dans le monde de la Mythologie il y a tant d'histoires fantastiques. Il y a plein d'autres choses supers. Je ne sais pas si je vais continuer à faire du Tolkien pour le reste de ma vie... (rires) bien que cela fut fantastique.
QUINT : Vous arrive-t-il lorsque vous êtes assis, en lisant quelque chose juste pour le plaisir, de commencer à dessiner des scènes venant du livre ?
ALAN LEE : En fait c'est probablement plus lent... Je laisse en quelque sorte les choses mûrir un peu, et ensuite ça sort. Ce n'est pas vraiment un problème d'interruption de la lecture du livre, parce qu'en général si je lis quelque chose qui me plait, j'ai simplement envie de continuer.
Mais, ouais... Ces images stagnent pendant un moment, puis ressortent quand je griffonne la fois suivante.
QUINT : Pensez-vous à des exemples particuliers ?
ALAN LEE : Probablement de tout ce que j'ai lu et apprécié. Un de mes romans favoris est Gormenghast. Il s'agit en fait d'une trilogie écrite par Mervyn Peake. Sting avait les droits d'en faire un film à une époque. Il voulait jouer un personnage plutôt diabolique et dérangé qui entre dans ce château nommé Steerpike. Il est très astucieux et ambitieux. Il y a plusieurs personnages fantastiques. Il y a un majordome nommé Flay, qui est un gars vraiment grand, maigre et grinçant. Il y a un super cuisinier nommé Swelter... Et tout tourne autour de cette famille. Cela a donné une série sur la BBC et c'était vraiment joliment fait, mais il y a toujours du potentiel pour un film.
Il y a un auteur, Robert Holdstock, qui a écrit un livre nommé Mythago Wood, qui je crois a un grand potentiel pour un film. Cela concerne ce bois en particulier et c'est une très ancienne forêt dans le Kent. Quand vous y entrez, votre subconscient est en quelque sorte infecté par ces choses appelées Mythagos qui sont comme des archétypes, donc vous créez en quelque sorte ces créatures fantastiques qui habitent les bois. Il y a eu quelques tentatives pour obtenir un script, mais c'est une histoire qui m'est très proche parce qu'elle parle des forêts, des créatures et des personnages qui y habitent.
Un sacré couple !

Article originel


Dernières critiques

Derniers articles

Plus

Dernières interviews

Plus

Le héros de la semaine

Retrouvez-nous aussi sur :