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Les Pouvoirs de l'enchantement

ISBN : 978-236358354-3
Catégorie : Aucune
Auteur/Autrice : Anne Besson

Le maquillage du Joker a envahi les manifestations de lutte sociale, la cornette des « servantes écarlates » celles de défense des droits des femmes. Une déclaration de J.K. Rowling sur les femmes transgenres a déclenché le courroux des fans de Harry Potter. Quant à Game of Thrones, nombreux sont ceux qui y lisent l’invasion de marcheurs blancs comme une allégorie de la catastrophe climatique à venir.
Indubitablement, les littératures de l’imaginaire, longtemps perçues comme de simples moyens d’évasion, sont devenues un creuset de mobilisation civique, des arènes où se jouent de féroces affrontements militants.
On peut y voir l’affirmation exaltante d’une capacité des fictions grand public : celle de parler de notre époque, pour changer les mentalités ou rêver le futur. Mais ce mouvement va de pair avec une profonde transformation du statut des lecteurs et des spectateurs. Qui vont désormais jusqu’à contester l’autorité de l’auteur sur sa propre création…
Anne Besson, grande spécialiste des mondes alternatifs, décrypte les ressorts et les enjeux de ce rôle politique, à présent déterminant, que jouent la fantasy et la science-fiction dans nos sociétés.

Critique

Par Gilthanas, le 31/01/2021

L’imaginaire est de plus en plus présent dans l’espace public, et son pouvoir d’action s’accroit. Forte de ce constat, Anne Besson livre avec cet essai un tour d’horizon des influences de l’imaginaire sur le débat public, et sur l’évolution de la SFFF, aussi bien dans sa diffusion auprès de son grand public que dans son rapport avec les lecteurs/consommateurs. Un ouvrage dense, qui nécessite une attention constante dans sa lecture, mais éclairant, et qui questionne vraiment sur notre pratique de l’imaginaire.
Difficile de résumer ce texte en quelques lignes, tant sa richesse est grande, et les questions qu’il pose nombreuses. On y aborde tour à tour la SF des années 1970, l’évolution de la fantasy ces dernières années (allant vers un assombrissement général, en témoignent les sous-genres de la dark fantasy, de la gritty fantasy, ou encore la grimadark fantasy), le pouvoir forcément indirect des fictions, les happy-ending qui touchent « l’ensemble du corps sériel » hormis pour les one-shot comme Black Mirror, la porosité toujours plus forte entre l’espace public et son pendant imaginaire, l’usage idéologique des fictions de l’imaginaire, la force et l’influence de plus en plus marquées du « fandom « , le pouvoir des médias sur l’évolution globale des mentalités, etc. Les sujets abordés, nombreux malgré la taille de l’ouvrage (180 pages), n’en sont pas moins clairement exposés, et éclairent le lecteur sur sa consommation d’imaginaire. 
Le mot consommateur est clairement d’ailleurs utilisé (et l’explication du pourquoi donnée), car comme le souligne l’auteur, « la SFFF n’est plus aux marges mais aux centres des pratiques culturelle », pour le meilleur et pour le pire. 
Le meilleur, car le statut de fiction de ces récits leur donne paradoxalement une force : celle de ne pas mentir, dans une ère où les fake-news sont de plus en plus nombreuses. Ils permettent de questionner le monde et ses dérives, dans une logique de lutte de la nouvelle génération contre le story-telling de ses « Pères ». En mettant en avant les inégalités de notre société, ils mobilisent, sous différentes formes, une jeunesse aux aspirations de plus en plus revendiquées. Après tout, comme le souligne l’auteur, « les millenials sont tous des enfants de Poudlard ». L’exemple de l’œuvre de JK Rowling revient régulièrement au fil du texte, notamment pour illustrer les aspects positifs (force de mobilisation pour des causes jugées justes par ses membres) et négatifs (exemple parfait de la volonté d’une communauté de s’approprier entièrement une œuvre, au point de parfois rejeter le « canon » de l’auteur).
Le pire car Anne Besson souligne bien qu’aujourd’hui, « placés au cœur d’une culture commerciale, les amateurs d’imaginaire consomment de nombreux produits dérivés » (à l’exemple du Wizarding World) et que les œuvres les plus populaires sont aussi les plus rentables. Cet « engluement consumériste » entraine avec lui une fragmentation socio-culturelle, qui risque d’amoindrir la portée politique de l’imaginaire. Le système qu’entendent dénoncer certains auteurs de SFFF (et leurs fans) se nourrit en fait d’eux…
Pour l’autrice, l’appropriation des codes et des symboles de l’imaginaire (en témoignent les campagnes pour le droit à l’avortement où les costumes des Servantes Ecarlates étaient nombreux, ou encore les références nombreuses à Star Wars, Harry Potter ou au Seigneur des Anneaux dans les manifestations autour du monde) a placé l’imaginaire au cours du discours de société. Cette corrélation entre genres de l’imaginaire reste forte mais non-intuitive dans le traitement des sujets de société, et ne « saurait se substituer aux actions politiques ou aux avancées légales ou socio-politiques ». Mais il faut que ces imaginaires continuent de nous inspirer un futur meilleur.
Pour conclure, difficile de mettre une note à un tel ouvrage. S’il s’adresse clairement à des étudiants ou des chercheurs, sa lecture est conseillée à n’importe quel amateur de SFFF, car les questions qu’ils posent s’avèrent pertinentes, même à l’échelle individuelle.



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