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Le Déchronologue

ISBN : 978-291715705-3
Catégorie : Aucune
Auteur : Stéphane Beauverger

Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.
Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l’impensable : un Léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher la foudre et d’abattre la mort !

Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !

Critique

Par Izareyael, le 30/03/2011

Dans la mer des Caraïbes, au XVIIe siècle, vogue le Chronos, navire flibustier du capitaine français Henri Villon. Nous sommes à la veille de la prise de la fameuse Île de la Tortue par les Français, et l’Histoire commence à déraper : des burbujas, de mystérieux engins de transport, planent près des côtes, et d’étranges objets d’origine inconnue font leur apparition. Certaines de ces maravillas sont utiles ou amusantes, comme celles qui éclairent ou jouent de la musique, d’autres sont mortelles, et d’autres encore peuvent guérir des maux habituellement incurables… Pour le capitaine Villon, trouver la source de ces merveilles qui déferlent peu à peu dans les ports caraïbes devient une quête essentielle, un objectif à atteindre quel qu’en soit le prix – un but qui donnerait un sens à toute une vie d’errance, de crime et de désespoir.
C’est donc en apparence un récit de pirates – ou plutôt de flibustiers, puisque nous sommes au XVIIe siècle – très classique que Stéphane Beauverger nous invite à lire, même avec un trésor plus de symbole et d’idéal que d’or et de doublons. Classique, mais déjà d’une grande qualité : l’auteur nous présente en effet le journal du bord du capitaine. Ecrit à la première personne, le roman nous donne donc à voir tous les doutes, les sursauts et les espoirs trop souvent déçus de Villon, entre interrogations existentielles sur la barbarie des hommes et jurons fleuris d’un mécréant ivrogne. Des bouges de Port-Margot aux cérémonies itza de Noj Peten, des ruines de Santa Marta aux geôles puantes de Carthagène, son récit nous fait parcourir avec lui les mers caraïbes perturbées à la recherche de ces fameuses maravillas et de ceux qui les ont apportées. Car elles ne sont pas venues seules, et en plus des étranges Targui qui défendent jalousement leur secret sont aussi arrivés un immense et glaçant bâtiment d’acier que nul ne peut voir sans périr, ainsi que de violentes perturbations temporelles qui menacent dangereusement l’équilibre déjà relatif de la région caraïbe. Le capitaine Villon, pris au piège de sa quête, devient finalement l’instrument de forces qui le dépassent pour tenter de remettre les choses dans l’ordre.
Vous l’avez certainement constaté à ce stade de ce que l’on ne peut même plus appeler une critique, difficile d’évoquer ce livre de façon moins désordonnée, et s’il est malvenu d’en dire plus pour préserver la découverte, il est également difficile d’en dire moins. Car l’une des principales originalités du Déchronologue réside dans la phrase suivante : « Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt. »
Ne partez pas en hurlant au spoiler, car il s’agit de la toute première phrase du roman, même s’il est vrai que c’est aussi une des dernières de l’histoire. Mais Stéphane Beauverger ne s’est pas contenté d’utiliser ce classique ressort qui consiste à annoncer la fin dès le début : le récit tout entier est, comme son nom l’indique, dans un ordre déchronologique. Mais n’allez pas croire que ce n’est là qu’un délire d’auteur, une lubie inutile qui n’aurait d’autre intérêt que celui d’embrouiller le récit dans l’espoir déçu de lui donner une apparence plus ambitieuse, exercice où certains auteurs de fantasy excellent. Ici, tout est maîtrisé de bout en bout, et la forme sert admirablement le propos. En effet, le récit d’Henri Villon suit non seulement ses changements d’humeur, mais également les changements de temps : dans un monde bouleversé de toutes parts, dont le flux temporel est si perturbé, comment la narration pourrait-elle être classique et linéaire ? L’auteur a donc choisi de découper son histoire en chapitres désordonnés comme les pages mélangées du journal de bord. Les lieux, les époques, les navires et les pensées du capitaine Villon s’entremêlent, se répondent, se font écho de chapitre en chapitre et d’année en année dans le chaos du monde à l’agonie, plongeant le lecteur dans une expérience intense, exigeante et passionnante. Sans jamais devenir informe ni obscure cependant, car le talent de Stéphane Beauverger et son travail formidable (et son attention délicate d’avoir glissé un sommaire complet à la fin !) permettent de se laisser emporter par le récit sans perdre de vue ses enjeux. Malgré l’absence quasi-totale de suspense, désamorcé dès la première phrase, et des péripéties et une fin attendues puisque leurs conséquences sont déjà connues, on n’a pas pour autant d’impression de déjà-vu, tant la force de l’écriture entraîne l’histoire. Si la déchronologie a été vue par certains lecteurs comme un artifice, elle permet plutôt, en brisant plusieurs conventions littéraires, de donner une profondeur supplémentaire à cette quête inéluctablement vouée à l’échec qui ressemble tant à une fuite, et de rendre si émouvante l’impossible recherche du capitaine Villon, un fou qui se bat seul contre la folie des hommes et du temps.
Nous pourrions disserter encore longtemps sur Le Déchronologue, car il reste tant à dire… Nous pourrions rappeler qu’il a été plusieurs fois récompensé, notamment par le Prix européen Utopiales des Pays de la Loire et par le Grand Prix de l’Imaginaire, ou qu’il est édité par La Volte, qui nous avait déjà fait découvrir La Horde du Contrevent. Nous pourrions faire remarquer, pour les lecteurs férus de l’histoire de la conquête des Indes occidentales, que l’auteur s’est énormément documenté pour donner à son récit un aspect aussi réaliste et historiquement exact, et saluer l’heureuse idée qu’il a eue en proposant en fin de volume ses références bibliographiques. Nous pourrions décrire la langue du XVIIe siècle, expressive et fort agréable, extrêmement soignée par Stéphane Beauverger. Nous pourrions surtout évoquer maints personnages qui accompagnent Villon, tous aussi intrigants et émouvants : le grand Fèfè de Dieppe, évidemment, son indéfectible fidélité et son langage si… particulier ; le discret Baptiste, le maître artilleur qui marche aux carrefours du temps ; la froide et douce Sévère – une seule femme, mais quelle femme !…
Mais nous préférons aller relire encore cette œuvre, alors nous nous contenterons de l’affirmation suivante, en espérant que le long argumentaire qui précède vous ait convaincu : Le Déchronologue est un excellent roman.

Buvez une rasade de tafia et faites retentir l’hymne du Déchronologue, le plus formidable navire qui ait jamais vogué dans les eaux caraïbes.

9.0/10

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