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Un entretien avec Samantha Bailly

Par Gillossen, le vendredi 10 mai 2013 à 14:23:46

SamanthaA l'occasion de la parution en intégrale d'Oraisons de Samantha Bailly il y a quelques semaines aux éditions Bragelonne, nous avons saisi l'occasion d'interviewer à nouveau l'auteure.
Nous avons ainsi pu aborder avec elle le comment de ce retour, ses prochaines parutions ou bien de façon plus générale le marché de l'imaginaire et l'avenir de celui-ci.
Merci encore à Samantha pour sa disponibilité !

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L'entretien

Comment s’est passée votre arrivée chez Bragelonne ?
Cette arrivée chez Bragelonne est un bon concours de circonstances. En mai 2012, j’étais une auteure assez démunie. Mille Saisons s’arrêtait, ce qui signifiait la fin de la publication d’Oraisons (anciennement Au-delà de l’oraison) et l’avortement du projet de publier mon autre roman de fantasy basé dans le même monde, Métamorphoses. Je venais de terminer un roman contemporain, Ce qui nous lie, et je ne savais pas à qui l’envoyer. J’étais perdue, je continuais à écrire, mais j’ignorais dans quelle direction aller côté édition.
Lors des Imaginales, je continuais à dédicacer beaucoup d’exemplaires d’Oraisons, je recevais des témoignages de lecture poignants. J’avais démarché quelques acteurs de l’imaginaire : en avoir déjà vendu 2000 exemplaires en micro-édition, me disait-on, cela signifiait que le roman avait achevé sa vie. Un constat assez déprimant. J’étais assise à côté de Magali Ségura et Marika Gallman, qui m’ont conseillé de parler à Stéphane Marsan.
J’ai mis plusieurs heures avant de prendre mon courage à deux mains et d’aller vers lui lors du cocktail organisé en l’honneur des nouvelles auteures Bragelonne. Il connaissait déjà ce que je faisais, et m’a dit de lui envoyer mes romans de fantasy et Ce qui nous lie. Autant dire que je l’ai fait sans aucun espoir, plutôt par acquis de conscience. Le 13 août 2012, j’ai reçu un email, l’un de ceux que l’on garde bien précieusement, où Stéphane Marsan me disait qu’il avait lu Ce qui nous lie, tout le bien qu’il en pensait, et que la question n’était pas de savoir si ce roman devait être publié, mais comment… Il a donc ensuite enchaîné avec la lecture d’Oraisons et Bragelonne a décidé de le republier sous forme d’intégrale.
Pour cette intégrale, vous avez dû vous replonger dans votre texte. Quel regard porte-t-on sur une histoire que l’on a « laissée de côté » ainsi plusieurs années ?
C’était un sentiment assez étrange, étant donné qu’Oraisons me paraissait très loin derrière moi. J’ai eu le choix de le retravailler ou non, mais j’ai demandé à pouvoir le réviser avec l’aide d’Hélène Jambut, éditrice chez Bragelonne. Cette dernière avait déjà lu et apprécié la précédente édition du diptyque, qu’elle connaissait depuis un moment. C’était donc la configuration parfaite. Néanmoins, il faut rester raisonnable : revoir n’est pas réécrire. Ce roman correspond à une période, il faut aussi savoir accepter de ne pas tout bousculer. L’idée a été alors de le réviser sur certains points vus avec Hélène, qui restent de l’ordre du style et des transitions. Le scénario reste le même.
Quelle fut le plus grand défi de cette réédition ?
Le plus grand défi fut justement de trouver un juste milieu entre vouloir tout revoir et apprendre à accepter le roman tel qu’il était, c’est-à-dire la photographie d’un projet à un instant T. Chaque fois que je prends du recul sur un texte, je pourrais avoir envie d’exploiter le concept différemment, puisque mon angle d’attaque évolue au fil du temps. Ce n’est pas forcément une bonne chose. Un roman est aussi le reflet de nos problématiques passées. Le fait que l’on s’y retrouve moins aujourd’hui ne signifie pas que d’autres ne s’y retrouveront pas.
Vous faites aussi cette année votre entrée dans la Romance, un genre qui a souvent une image assez particulière. Comment le dépoussiérez (si vous estimez cela nécessaire bien sûr) ?
Cette appellation de « Romance » reste assez délicate et peut induire en erreur. En fait, le problème se pose à l’envers : j’ai rédigé un roman contemporain, Ce qui nous lie, qui a été accepté par Milady/Bragelonne. La seule « case » dans laquelle il pouvait entrer chez eux, c’était la collection Romance, ce qui correspond compte tenu de la féminité assumée du roman. Les lectrices de romance elles-mêmes disent que le roman ne correspond pas au genre, je pense qu’il faudrait plutôt le qualifier de fiction féminine. Ce qui nous lie n’est pas une histoire d’amour, c’est l’histoire que l’héroïne, Alice, entretient avec son don, celui de pouvoir voir les liens qui unissent les individus.
Concevez-vous l'écriture de la même façon pour les deux genres ? Les thèmes sous-jacents sont-ils proches même si les genres et le traitement diffèrent ?
Très honnêtement, je ne pense pas souvent à la question du genre. Une histoire surgit dans mon esprit, sous forme de concept, d’idée, d’images, et il me faut ensuite la faire sortir. La différence majeure dans l’exécution est que la Fantasy pose la difficulté de transmettre un référentiel inventé, que n’a pas le lecteur. Si je parle de notre monde, le lecteur saura déjà où il a atterri. En revanche, créer un univers, son système politique, ses croyances, etc, implique de devoir ensuite permettre au lecteur de s’en emparer sans pour autant l’assommer. C’est une alchimie assez complexe, distiller de nombreuses d’informations sur le macrocosme tout en développant l’individualité des personnages.
Concernant les thématiques, certaines reviennent en filigrane dans chaque roman, consciemment ou non. Être dans notre monde ou non permet simplement de proposer un prisme différent.
Pouvez-nous dire un petit mot sur Métamorphoses ? Ou sur votre nouvelle dans l’anthologie Cœurs de loups ?
Métamorphoses est une trilogie dont le premier tome sortira en septembre chez Bragelonne. C’est un projet qui mûrit depuis 2007, mettant en scène Sonax, le trafiquant d’Objets Tabous dans Oraisons. Ce roman peut se lire complètement indépendamment du diptyque mais le lecteur averti retrouvera évidemment de nombreux clins d’œil. L’histoire se déroule 35 ans avant les faits d’Oraisons. L’action a lieu durant tout le premier tome à Lynneroy, une ville commerçante aux accents baroques, où les banques sont légion. Sonax, le personnage principal, est destiné à suivre une voie marchande, mais suite à un drame, il intègre une troupe d'acteurs. Il choisit les pièces de théâtre plutôt que les pièces de monnaie.
C'est un roman-personnage, nous suivons l'évolution de Sonax depuis le théâtre, où il passe d'enfant introverti à androgyne excentrique, jusqu'au trafiquant d'objets illicites et magiques que l'on connait dans Oraisons. Tout cela est bien sûr relié à différentes arches d'intrigues intimement liées à la politique d'Hélderion. Et certains éléments vont d’ailleurs bouleverser la vision de certitudes qu’ont pu avoir les lecteurs d’Oraisons…
Concernant Cœurs de loups, c’est une très belle initiative mise en place par Valérie Lawson, Charlotte Bousquet et les éditions du Riez. Il s’agit d’une anthologie réunissant seize auteurs décidés à offrir leurs voix pour une cause, la protection des loups. Le livre est édité en partenariat avec Ferus, et 2 euros par exemplaire sont reversés à l’association. Étant particulièrement touchée par la cause animale, j’ai voulu proposer ma petite pierre à l’édifice.
Quel est votre regard sur la situation actuelle du marché des littératures de l’imaginaire ?
J’écoute, j’observe, j’apprends. Les éditeurs ont des points de vue très différents sur la question, et au final, mon rôle reste avant tout d’écrire des histoires. Je me renseigne pour avoir les clefs afin de naviguer dans ce contexte, mais je n’ai pas d’opinion très tranchée. Je crois surtout que ce que l’on appelle le « marché des littératures de l’imaginaire » regroupe tout un tas de romans étiquetés autrement. On dit que le marché de la Fantasy perd du terrain, mais d’un autre côté, on ne compte parfois pas de très grosses locomotives qui ont été marketées différemment et qui n’en restent pas moins des histoires se déroulant dans un univers autre.
Avez-vous une position particulière sur le numérique ?
Je lis à la fois des livres papier et des livres numériques. Je pense que cela correspond surtout à deux habitudes de lecture différentes. J’achète des livres numériques pour mes recherches, afin d’annoter, de grappiller par-ci par-là. Ce sont souvent des ouvrages très spécialisés, de sociologie, psychologie, etc. Je reste très attachée au livre physique pour tout ce qui est fictionnel : rien ne remplace pour moi le contact du papier, l’envie de se faire dédicacer un ouvrage. Je pense sincèrement que les deux formats peuvent cohabiter, et qu’ils correspondent à des façons de lire différentes.
Quels sont vos derniers coups de cœur du moment, en fantasy ou dans un autre genre littéraire bien sûr ?
Kafka sur le rivage, de Murakami. Un véritable bonheur, une délicieuse ambiguïté. J’ai refermé ce livre le cœur tout enflé, des pensées plein la tête, avec le sentiment d’être changée.
Que vous a apporté (ou que vous apporte) votre travail dans le jeu vidéo sur le plan de l’écriture ?
Travailler dans le jeu vidéo m’a surtout appris sur le plan de la collaboration et non pas de l’écriture en elle-même. Ubisoft est une très grande entreprise, autant dire une formation bien concrète quand on sort d’un Master en Littérature Comparée. Cela m’a permis tout d’abord de comprendre comment fonctionne une entreprise liée au divertissement, les enjeux d’un marché, la gestion d’un projet, les deadlines, etc. Cette expérience me permet donc de ne pas me restreindre à mon point de vue d’auteur, mais d’envisager le roman, passé la phase solitaire de l’écriture, comme une aventure collaborative. Même si après la création, le roman appartient à d’autres sphères, j’aime tenter de les comprendre, mais sans avoir envie d’y basculer !
Comment gérez-vous votre « promotion » ? Les auteurs semblent désormais « obligés » d’investir eux-mêmes les réseaux sociaux par exemple. Même s’il est intéressant de dialoguer avec ses lecteurs, tout ça doit parfois être pesant, non ?
À ma connaissance, il n’y a rien d’obligé ! Mais vous commencez à me connaître chez Elbakin, vous qui êtes le premier site à m’avoir soutenu en 2009 ;) Vous savez bien que j’adore le contact avec les lecteurs. Personnellement, animer mon site et ma page Facebook, faire des salons, est un véritable plaisir. Cela me permet de garder un contact avec l’extérieur, de ne pas me sentir trop isolée dans mon propre processus créatif. Parfois, il faut savoir couper, mais c’est bien d’avoir les retours de lecture, de pouvoir montrer aussi les coulisses. C’est un lien qui m’est cher, et qui m’encourage. L’écriture d’un livre créé une temporalité assez déroutante : on passe toutes ses journées investi dans un projet duquel on ne peut pas vraiment parler, sauf à son éditeur. Le roman sera dans la lumière un an plus tard, lorsque l’on est soi-même loin des personnages, en train de se lancer dans autre chose. La phase d’écriture reste un moment en souterrain, d’autant plus à présent que je m’y consacre à plein temps. Internet ou les déplacements permettent de partager. Et pour moi, l’écriture tend à cela : une rencontre avec autrui.
Et enfin, que peut-on vous souhaiter pour la suite de cette année 2013 ?
Que l’aiguille de ma boussole intérieure reste pointée sur l’authenticité. C’est ce que Bragelonne me permet aujourd’hui : me lancer dans la rédaction de projets qui m’animent, me passionnent, et ce peu importe les cases. Ils ont su me créer un espace qui est le reflet de mes mondes intérieurs, et c’est très précieux. J’ai refusé les propositions de commande, je ne veux pas tomber dans l’alimentaire. C’est le risque lorsque l’on souhaite se consacrer à sa passion. Peu importe si les romans marcheront ou non, mon cap reste la sincérité. Et avoir un éditeur qui m’accompagne dans cette démarche est l’une des plus belles choses qui me soit arrivée.

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