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Un entretien avec Pauline Bock

Par Gillossen, le mardi 2 avril 2013 à 11:19:10

HavenL'auteur des Lumières de Haven a répondu à nos questions !
Si jamais la chronique d'Aléthia ne vous avait pas convaincu, c'est Pauline Bock elle-même qui se prête à l’exercice de l'interview et nous parle de son roman, de l'écriture en général ou bien encore de ses projets.
Bonne lecture et encore merci à Pauline !

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Questions et réponses

Pourriez-vous nous dire qui est Pauline Bock ?
Bonjour ! J’ai vingt ans et je suis étudiante à Sciences Po Paris, expatriée à Londres pour mon année à l’étranger, où j’étudie le journalisme à City University. J’espère pouvoir par la suite continuer une formation journalistique, sans cesser d’écrire de la fiction en parallèle. Et même peut-être revenir vivre à Londres, parce que c’est une ville incroyable où je me sens déjà chez moi !
Que répondez-vous lorsque l'on vous demande de présenter Les Lumières de Haven ?
« C’est un roman d’aventure avec du fantastique dedans », suivi de « C’est l’histoire d’un bras de fer entre la paix et la vérité et d’une société utopique qui s’écroule par la faute d’un seul homme. »
Mais ça dépend beaucoup de la personne à qui j’en parle. Pour certains, c’est l’aspect fantasy qui prime, pour d’autres l’idée de l’utopie. J’aime pouvoir proposer plusieurs « pitchs » qui se complètent.
Pour votre premier roman, vous avez choisi de vous éloigner des sentiers battus. Pourquoi avoir choisi de bâtir une utopie basée sur le principe du Despote éclairé ?
En fait, la notion de despote éclairé décrite chez Voltaire est arrivée très tard. Elle était sous-jacente dès le départ, mais j’avais surtout accentué le côté « éclairé » de l’Intendant de Haven. Lui coller l’étiquette « despote » me semblait exagéré, car il faisait pour moi partie du « bien »… C’était assez manichéen... Heureusement, au fil de l’écriture, tout s’est complexifié. Sa politique utopique ne pouvait fonctionner que couplée au despotisme voltairien.
Avant la mention claire du « despote éclairé », j’avais déjà choisi de créer pour Haven l’utopie politique dont rêvaient les Lumières, qui peuplaient mes cours de français à l’époque. J’aimais l’idée qu’un autre monde parvienne à importer les valeurs humanistes terriennes et à les mettre en application. Et les Lumières, c’est le XVIIIe siècle : une période dont l’Histoire, les découvertes, la société et ses costumes charrient une mythologie qui me fascine. Je trouvais original de placer un récit de fantasy au milieu des jabots et talons rouges dignes de Louis XIV, là où le fantastique puise d’habitude dans l’imaginaire du Moyen-Âge.
Imaginez-vous (et espérez-vous) que le système politique de Haven - et ses secrets - puissent susciter une réflexion philosophique chez vous lecteurs ? Qu'ils puissent construire un parallèle avec notre univers ?
C’est tout à fait possible. J’ai voulu encourager plusieurs niveaux de lecture et plusieurs angles de réflexion. Au lycée, pendant l’écriture, j’étudiais les Lumières mais aussi Les Misérables ou Dom Juan, des œuvres qui se reflètent dans Haven. J’espère que cela poussera certains lecteurs à les relire, j’ai moi-même parfois été attirée par des classiques après avoir vu leur adaptation ou leur écho dans une autre fiction.
Haven fait constamment référence à notre monde : son histoire, son évolution technique, notamment au Musée des Arrivants qui est un de mes passages préférés. Chaque lecteur peut y construire un parallèle avec « sa » Terre à lui, puisque à Haven tous les Arrivants et leur passé se doivent d’être recueillis et archivés.
Je comprends tout à fait qu’on puisse lire le roman sans y chercher une réflexion philosophique. C’est avant tout un récit d’aventures. Mais j’espère que les différentes questions qui s’y posent (le parallèle terrien, l’utopie déchue, la paix contre la vérité…) encourageront les lecteurs à réfléchir une fois le livre refermé.
Vous avez choisi d'évoquer les Anges. Que représentent-ils pour vous ?
Les Anges de Haven ne sont pas du tout des anges dans le sens biblique du terme, et les religions sont autorisées mais très peu présentes à Haven. Je n’ai pas pour but de mettre en scène les anges du paradis, même si j’ai joué sur ce double sens : en effet « haven » (qui signifie « refuge » en anglais) ressemble beaucoup à « heaven » (« paradis ») et j’aimais le jeu de mots.
Les créatures de Haven ont été nommées « Anges » par les premiers Arrivants car elles représentaient une pureté semblable à celle du paradis. C’était le côté mythologique qui m’intéressait : ce n’était qu’une race évoluée d’oiseaux, jusqu’à ce que les hommes arrivent et ne les proclament « Anges ».
La symbolique de l’ange déchu rappelait celle de l’utopie en ruine, cela ne faisait qu’un. C’était aussi un choix d’esthétique : l’une des premières scènes que j’ai imaginée était celle de l’Ange dans sa cage. Cela résumait beaucoup de choses.
Vous faites également référence à l'Antiquité, notamment à travers les harpies et les chimères. Quel est votre lien avec l'Antiquité ? Pensez-vous qu'elle est source de tout imaginaire ?
Elle est source de beaucoup de récits fantastiques. J’admire la diversité des créatures mythologiques : quelle que soit la créature originale que l’on invente, la mythologie antique en est la base.
Plus généralement, l’Antiquité est une source incroyable de découvertes et fascine bien des scientifiques. Les passions croisées du paria Equinoxe pour les sciences et la mythologie me laissait le champ libre pour créer toutes sortes de monstres sans une once de « magie », ce qui était à la fois original et motivant !
Vous avez écrit sur l'exil avant de vous exiler vous-même. Est-ce qu'à présent vous écririez l'exil de la même façon ?
L’exil n’était pas mon principal sujet dans Haven, et même si le sentiment d’exil traverse le récit de bout en bout, je devais me concentrer sur l’action. Je crois qu’il y a beaucoup plus à en dire que ce que j’ai pu, en quelques références à la Terre, faire passer par les Arrivants. Si j’écrivais à nouveau sur l’exil, ce serait sans doute d’un point de vue interne, plus psychologique et développé. Et ce serait plus personnel, forcément.
Envisagez-vous votre âge comme un avantage ou comme un obstacle pour convaincre les lecteurs?
C’est un peu des deux… A vingt ans, on peut considérer que je n’ai pas l’expérience ou le recul nécessaire pour écrire certaines choses, par exemple pour rendre crédible des personnages plus âgés, ou décrire des situations que je n’ai pas encore vécues. Mais j’ai construit le monde de Haven avec les idées et les rêves qui étaient ceux d’une lycéenne, avant d’en complexifier les enjeux au fil de l’écriture et en grandissant. Je crois que c’est la force du texte de pouvoir se positionner quelque part entre les adolescents et les adultes. Mon âge étant entre les deux, je peux faire « pivot » en quelque sorte, et mon style avec.
Pensez-vous explorer plus avant l'univers de Haven ?
Pendant l’écriture, je me suis promis de ne pas faire de Haven une série. J’étais lassée des tomes multiples qui, souvent, rallongent inutilement l’intrigue. Si la fin du roman est ouverte, elle l’est pour l’imagination et la réflexion des lecteurs, car je ne considère aucune suite possible à un tel dénouement.
En revanche, je ne suis pas contre l’idée d’explorer les origines des personnages natifs de Haven, comme Fenn ou Old Jack. Mais c’est loin d’être décidé… Je doute fortement de l’intérêt réel d’un tel projet.
Quels sont vos projets littéraires ?
Je participe actuellement au magazine en ligne « Le Petit Pâté Illustré », qui rassemble des jeunes auteurs et illustrateurs (d’ailleurs, ils recrutent !), pour lequel je fournis des nouvelles et des brèves illustrées, très courtes. Le journalisme risque de m’accaparer dans les prochains temps, mais je pense de plus en plus à un autre texte de fiction. J’aimerais écrire sur Londres et ses légendes, ou sur le voyage, ou encore sur le passage à l’âge adulte… J’attends l’idée précise qui saura me convaincre de me lancer.
Certains aiment lire en musique. Quelle "bande originale" suggéreriez-vous pour Haven ?
C’est drôle, parce qu’à l’époque de l’écriture, j’avais moi-même créé un CD de « bande-originale » pour m’aider à écrire, en rassemblant des musiques de films qui correspondaient aux scènes importantes. Des films d’aventure surtout : ça allait de Pirates des Caraïbes à Narnia, en passant par The Dark Knight… Mais s’il ne fallait en citer que deux, ce serait la déchirante The Call, de Regina Spektor, qui fait écho aux adieux répétés des adolescents et à leur perte de repères, et Tears in Heaven (encore ce jeu de mots) d’Eric Clapton, qui est d’ailleurs citée dans le roman !
Très récemment, une amie m’a confié qu’elle se figurait le « chant des Anges » comme la chanson Run boy run, de Woodkid. Cela colle effectivement très bien, et j’espère que d’autres lecteurs se feront leur propre bande-originale !
Y-a-t-il une question que vous espérez en interview et que personne n'a encore posée ? Si oui, laquelle ?
Personne ne se demande comment les héros se sont connus ! (car ils habitent dans plusieurs endroits de France avant d’arriver à Haven) Des lecteurs ont trouvé leurs propres explications, mais le récit reste assez vague là-dessus, et c’est délibéré. Ce qui comptait, c’était leur amitié à distance, peu importait son origine.

Propos recueillis par Cyrielle Lebourg-Thieullent


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