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Notre entretien avec Hervé Jubert !

Par Gillossen, le jeudi 1 mai 2008 à 08:45:21

La couvertureSur Elbakin.net, on peut dire que nous avons apprécié, à différents niveaux d'ailleurs, la sortie en poche des deux premiers tomes de la trilogie Morgenstern, en attendant le dernier ce mois-ci !
Vous pouvez d'ailleurs découvrir la couverture ci-contre. Toujours est-il que nous ne pouvions manquer d'interviewer l'auteur de ces trois ouvrages et de bien d'autres romans déjà, Hervé Jubert ! Les agendas étant ce qu'ils sont, il nous aura fallu un certain temps pour trouver l'occasion de mettre en ligne ses réponses, vacances des uns et des autres obligent...
Mais, aujourd'hui, les voici !

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Questions et réponses avec l'auteur

Comment vous est venue l’idée de la trilogie Morgenstern ?

Tout est parti du personnage de Roberta, née lors d’une discussion à bâtons rompus avec mon épouse. Je voulais écrire un roman à cheval entre la fantasy et le thriller. Je cherchais un caractère radicalement éloigné d’un certain garçon à lunettes avec une drôle de cicatrice sur le front. Roberta est née en dix minutes par voie naturelle. Puis Clément est arrivé et le hérisson et leur monde. En fait, avec cette trilogie, j’ai décidé dès le départ de m’amuser. De quoi avais-je envie ? Quels décors brûlais-je de restituer ? Quels types d’ambiances me titillaient ? A la Schuiten pour le Quadrille, à la Blade Runner pour le Tango... D’où ce côté agrégat d’univers dans lequel j’ai déroulé ma trame.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur ces trois romans ?

De la tendresse et de la reconnaissance. Les bouquins ont bien marché en grand format. Ils ont été traduits. Ils m’ont permis de développer mes projets suivants. Grâce à eux, j’ai rencontré des lecteurs très chouettes. Et puis, ils correspondent (surtout le Quadrille) à une période de ma vie lumineuse. Aujourd’hui, elle est loin d’être sombre. Mais en 2001, quand j’ai écris le premier, je venais de quitter Paris avec femme et enfant pour tenter la vie en province, au soleil. Vie dont je rêvais depuis longtemps. En même temps, il y avait un risque financier… Le quadrille a été écrit dans un état d’euphorie et d’angoisse. Je pense que son énergie vient de là. Et puis, j’étais comme Martineau. L’ancien citadin que j’étais s’extasiait devant le côté pudique d’un mimosa en fleurs. Y a de quoi rire non ?

Comment jugez-vous cette parution en poche ? En êtes-vous satisfait ? Avez-vous été contacté sur les nouvelles illustrations de couverture, ce genre de choses ?

Les éditions Points ont fait un super boulot. Les couvertures sont classes (merci m’sieur Carré), la promotion réelle. Les deux premiers volumes ont eu droit à une très belle boîte, une PLV ("Publicité sur le lieu de vente", note de Gillossen). Ma première. Et je n’ai pas été contacté pour les couves. J’aurais dit oui de toutes façons. Même si j’aime beaucoup ce qu’a fait Marc Moreno pour les versions grand format.

Contrairement à cette classification en poche, Albin Michel avait fait paraître vos romans dans une collection plutôt typée « ados ». Cela vous avait-il surpris, ou bien amené à quelques « concessions » par la suite ?

La parution dans la collection Wiz m’avait inquiété. Du fait, d’une part, de me retrouver dans une collection… ados. La suite m’a donné tort quand je me suis rendu compte que les lecteurs de la trilogie allaient de 11 à… allez… 50 ans. Mais j’étais surtout inquiet de me retrouver dans une collection nouvellement créée. Deux de mes bouquins préférés (Les aventures de Georges Beauregard, que je compte bien reprendre) avaient fait les frais de la collection Abysses aux éditions du Masque, collection morte au bout d’un an. Il s’est avéré que Wiz a trouvé sa place assez rapidement et qu’elle est loin d’être moribonde. Avant qu’Albin ne s’engage sur le Quadrille, j’étais prêt à signer chez Payot Fantasy ou chez Flammarion. Dans la niche SF adulte, donc. Je ne sais quel aurait été le destin de Roberta. Mais je suppute quelque chose de moins cool que ce qui lui est arrivé.

De façon plus générale, qu’est-ce qui définit pour vous une bonne histoire ?

Une bonne histoire est celle qui est racontée avec cœur et esprit. Tout le reste, originalité, suspens, rythme, c’est du décorum. Le cœur et l’esprit. Ça suppose une certaine énergie à l’écriture. Et une certaine envie qui doit être cultivée avant de se lancer dans l’écriture. J’essaye (mais c’est financièrement parfois un peu chaud) d’écrire en état de manque, quitte à reculer le lancement d’un projet jusqu’au dernier moment.

L’Histoire avec un grand H semble également vous passionner. Se baser sur une certaine réalité était-il important pour vous, et encore maintenant avec la trilogie Blanche ?

Je pars souvent du réel pour extrapoler dans l’imaginaire. Par exemple, mon prochain Wiz, un thriller fantasy, se déroule dans l’Expo universelle de 1900. Parce que je suis tombé, en vide-grenier, sur un petit guide de l’Expo. Parce qu’y étaient décrites les attractions hallucinantes qu’on pouvait y visiter. Pareil pour un autre projet qui parlera de Zeppelin. L’Histoire ou le Réel. Je navigue en ce moment entre deux envies : cette histoire de Zeppelin ou un road-movie contemporain, fantastique, en camping-car. J’ai un fourgon aménagé et, quand je pars avec ma petite famille vers des cieux exotiques, je note frénétiquement ce que je vois, ce que j’entends, ce que je mange. Un exemple : sur la Costa Brava, en Espagne, on passe à côté d’une pub énorme pour le Café Disaster avec cet argument : serez-vous capable de boire à 7.8 sur l’échelle de Richter ? Impossible que je ne mette pas cet endroit dément dans mon road-movie.

Avez-vous de fait une méthode d’écriture bien précise, de roman en roman ? Vous laissez-vous porter par l’intrigue de départ ou tout est-il planifié à l’avance ?

Mon écriture est une popote façon ragoût. Je cherche les ingrédients. Je mets dans la cocotte. Je retire. Je goûte. Je laisse mijoter. Quand j’ai la saveur adéquate, j’écris. J’ai souvent un plan, plus ou moins lâche. Plus ça va, plus je vais vers le lâche. En tout cas, j’aime connaître la fin et les nœuds principaux. Mais je ne me refuse plus, comme dans mes premiers bouquins, le plaisir de prendre une bifurcation, quitte à me retrouver dans une impasse.

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec la Fantasy, s’il s’agit bien sûr pour vous d’un souvenir important ?

J’ai deux souvenirs de lecture importants, môme. Deux moments qui m’ont fait penser : je veux faire ça quand je ferai 1 mètre 76. Malpertuis de Jean Ray. Là, on est dans le fantastique et je devais avoir douze ans. Vers dix ans, ma première claque m’a été donnée par Tolkien. Je me souviens même du lino gris de la bibliothèque du collège où j’allais me planquer pendant la récré pour suivre Frodon au Mordor. Après, bizarrement, j’ai plus lu de SF, de polar, de fantastique que de fantasy. Peut-être était-ce une influence des jeux de rôle auxquels je jouais beaucoup. Dungeons and Dragons m’ont toujours gonflé. Par contre, j’adorais jouer à Chtulu, à Empire galactique, à Mille et une nuits…

Et pour en revenir à votre situation actuelle, sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Comme je le disais plus haut, je suis à cheval entre deux projets. Le road-movie fantastique contemporain -j’attends d’accomplir un voyage en Grèce cet été pour donner à ce ragoût une saveur hellène et peut-être écrirai-je ce bouquin à la rentrée- ou un roman d’aventure se déroulant dans les années 20 à bord d’un Zeppelin. Ce deuxième me chauffe aussi beaucoup. Mais il suppose pas mal de recherches. Et il faudrait que je le signe avant de me lancer dans l’écriture. Sinon, en ce moment, je prépare une bio de Stevenson pour la jeunesse.

En vous lisant, les situations et les personnages semblent souvent bondir d’eux-mêmes hors des pages. Seriez-vous intéressé par une adaptation de l’un de vos romans au cinéma, ou même en BD ? Avez-vous été déjà approché ?

Et comment que je serais intéressé ! Je suis obsédé par l’image et il ne se passe six mois que je ne me rêve dînant en compagnie de Steven Spielberg, Ridley Scott ou Terry Gilliam. Il doit y avoir un nom pour ce genre de pathologie. Revenons au réel. Il aurait fallu ajouter un zéro aux chiffres de ventes des Roberta pour qu’ils intéressent un producteur. J’ai été approché pour d’autres projets qui n’ont pas vu le jour malgré le travail accompli. Une bonne claque… C’est comme ça qu’on avance paraît-il.

Vous avez abordé aussi bien le fantastique que la Science-Fiction en passant donc par la Fantasy. Quelle est votre opinion sur la situation actuelle du genre, plus particulièrement en France ?

Holà ! Question pointue. J’en sais trop rien. Je ne suis pas assez fan pour savoir réellement ce qu’il en est. D’après ce que j’entends, la fantasy est celle qui s’en sort le mieux. Et encore, pas forcément la française.

Et est-ce important selon vous de voir la fantasy (et la SF, etc…) « investir » un domaine d’analyse universitaire, d’être étudiée ?

C’est sûr, j’aurais adoré étudier Le seigneur des anneaux plutôt que Le rouge et le noir. En tout cas, si ça peut décrasser les programmes de lecture des collèges et des lycées, ce ne serait pas un mal.

Une question plus en rapport avec le domaine qui nous intéresse à présent : internet occupe-t-il une place importante pour vous, que ce soit dans le cadre de recherches, ou bien de contact avec vos lecteurs ?

Pour trouver les infos, les textes épuisés, pour échanger avec mon éditeur, pour développer mon univers numérique[1], pour acheter des pilules miracles... En même temps, on vivait sans avant. J’essaye de restreindre ma consommation. Mais c’est dur.

Histoire enfin de faire profiter nos lecteurs de vos conseils, y-a-t-il dernièrement un roman qui vous ait marqué, qu’il appartienne ou pas au genre fantasy ?

Le Maître de Ballantrae de Robert-Louis Stevenson.

Notes

1. Blanche Paichain, le site officiel d'Hervé Jubert.

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière.


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