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Roland Vartogue : interview à quatre mains et deux têtes

Par Oceliwin, le mercredi 6 mai 2009 à 09:00:17

La couvertureDerrière le pseudonyme de Roland Vartogue se cache deux jeunes auteurs : Romain et Nicolas. Leur premier roman, L'Offrande secrète, a été publié en mai 2008 par Mille Saisons. Après la critique de ce roman, nous vous avions annoncé une interview. Après 6 mois d'attente et l'impossibilité de réaliser l'interview autour d'une table, nous avons finalement opter pour la solution mail.
Vous pourrez retrouver les auteurs lors des Imaginales, à Épinal. N'hésitez pas à leur poser des questions supplémentaires, et de les rapporter sur le forum ensuite. Nous les avions nous-mêmes rencontrer lors des Utopiales, à Nantes, et l'échange fut fort sympathique.
C'est avec plaisir qu'on vous laisse découvrir les réponses de Roland Vartogue à nos questions, et nous remercions Romain et Nicolas pour celles-ci.

Les questions

Derrière le pseudonyme Roland Vartogue, se cachent en fait deux auteurs. Comment est née cette aventure à quatre mains ?
Romain : Nicolas et moi nous connaissons depuis qu'on devait avoir treize ou quatorze ans. Maintenant qu'on en a vingt-huit, nous avons passé assez de temps ensemble pour savoir que nos goûts en littérature sont très proches, ainsi que dans pas mal d'autres domaines d'ailleurs...
Ayant tous les deux un penchant prononcé pour le fantastique, c'est avec ce genre là que nous avons commencé nos petites élucubrations littéraires en commun. La première fois c'était avec un roman écrit en complète improvisation, quand nous avions 18 ans. Chacun écrivait un chapitre à tour de rôle. Le résultat fut une sorte de parodie de Lovecraft assaisonnée de références diverses et variées ; une expérience très amusante.
Après ça, l'idée de faire un « vrai roman » a fait son petit bonhomme de chemin. Se tourner vers la fantasy c'était une bonne manière de créer un monde bien à nous et de se donner le champ libre pour tout ce qui nous passerait par la tête.
Pourquoi ce pseudonyme ?
Nicolas : Puisque nous avions choisi de prendre un pseudonyme commun, il nous fallait choisir des noms qui nous parlaient à tous deux. Roland est en fait une référence au pistolero de Stephen King, le héros du cycle de la Tour Sombre. C'est en même temps le nom d'une des figures quasi-légendaires de l'histoire de France. Pour Vartogue, c'est notre petit secret. Disons simplement que le nom dérive de celui d'un animal.
Comment vous répartissez-vous les tâches ? Comment résolvez-vous vos éventuels points de « conflit » ?
Romain : En fait, ce n'est pas aussi difficile qu'on pourrait le croire. Cela passe avant tout par de (très) longues discussions au cours desquelles nous nous mettons d'accord sur ce que nous voulons raconter. Il nous arrive d'avoir des points de conflit, c'est sûr, mais rien qu'un petit débat approfondi ne puisse régler. Tout est affaire de compromis en somme...
Une fois d'accord sur le résumé, après avoir traqué les incohérences, réfléchi à toutes les ramifications de l'intrigue, nous pouvons faire un découpage chapitre par chapitre. Ensuite, il ne reste qu'à se les distribuer pour savoir qui écrit quoi. Nous avons tous les deux des personnages de prédilection dans l'Orbiviate mais c'est une tendance qui s'estompe avec le temps. Au final, je crois qu'on a rédigé chacun à peu près 50% du premier tome.
Comment avez-vous perçu l'accueil fait à votre premier roman ?
Nicolas : Après des années passées à écrire et corriger le roman, nous ne savions plus très bien ce qu'il valait. Nous pensions qu'il était bon, mais sans savoir si nous avions raison. En ceci, l'accueil du public a été plus que rassurant, les critiques ont été en grande majorité positives, et presque toujours constructives. Beaucoup également nous attendent au tournant, se demandant si nous avons donné tout ce que nous avions pour ce premier roman ou s'il présage de meilleures choses. C'est plutôt stimulant, puisque, forcément, nous avons envie de surprendre nos lecteurs et de leur en donner toujours plus.
Vous avez créé un univers particulièrement étoffé, structuré. Etait-ce pour vous une sécurité, une façon de « garder le contrôle » sur votre histoire ?
Romain : la création de l'univers est venue en premier, parce que les règles du monde de l'Orbiviate conditionnent toute l'histoire. Dès que nous avons eu l'idée des Terres Éphémères - ce domaine des dieux où les paysages et les créatures sont sans cesse refaçonnés - nous avions le coeur du récit. Les autres éléments se sont rajoutés progressivement.
Pour ce qui est de « garder le contrôle », nous avons voulu poser autant d'éléments que possible dès le premier tome de façon à donner une cohérence à ce monde. Nous prenons un malin plaisir à saupoudrer le récit d'indices et de références à des choses qui ne prendront de l'importance que beaucoup plus tard. Dans l'immédiat, le but est d'achever les trois premiers tomes, mais nous en avons quatre autres de planifiés avec chacun leur lot de révélations.
Vous êtes « qualifiés » « pour le deuxième tour du Prix Merlin 2009. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?
Nicolas : C'est une formidable récompense en soi. Cela prouve que nous avons réussi à toucher les lecteurs, assez pour qu'ils choisissent de voter pour le roman. Tous ceux qui ont aimé l'Offrande secrète n'ont pas l'occasion de venir nous en parler ; voter pour le roman, c'est une façon pour beaucoup de nous dire combien ils ont apprécié l'Orbiviate. Alors nous profitons de l'occasion pour remercier ceux qui nous ont soutenu et continuent de nous soutenir.
Qu'avez-vous appris de l'écriture de ce premier roman ?
Romain : Une fois l'enthousiasme de la fin du premier jet passé, nous avons pu prendre un peu de recul sur ce que nous avions écrit et ça a été l'occasion de voir tout ce qui n'était pas à la hauteur de nos espérances. Les Terres Éphémères étaient paradoxalement l'élément le plus sous-exploité et c'est là-dessus que nous avons dû le plus travailler, pour leur donner ce gigantisme et ce sentiment de danger omniprésent que nous voulions générer à l'origine. Mis à part ça, les dialogues en particulier sont quelque chose qui s'apprend. On se rend vite compte qu'il faut les remanier encore et encore jusqu'à ce qu'ils sonnent juste, et ça demande un regard aussi détaché que possible sur ce qu'on écrit.
Sur le plan de l'efficacité, le premier jet était nettement plus long que le livre publié (qui pèse déjà assez lourd), car on se censurait très peu. À la longue, nous avons fini par supprimer et raccourcir une multitude de scènes, dont certaines nous plaisaient énormément. Cela dit, elles ne fonctionnaient pas dans le contexte du livre, alors il n'y a pas à les regretter. Nous avons aussi appris à soigner nos transitions, à affiner les points de vue sur les personnages... Quatre réécritures plus tard, nous avons obtenu un résultat qui nous satisfait enfin pleinement.
À quoi peut-on s'attendre dans la suite ? Quand doit-elle arriver ?
Nicolas : Le tome suivant, la Tribu bannie, opère en quelque sorte une transition entre l'Offrande secrète et la suite du récit. Une partie de l'intrigue se déroule à nouveau sur les Terres Éphémères. Néanmoins, afin de ne pas user le concept et lasser le lecteur, nous avons choisi de les explorer selon des méthodes bien distinctes. Ce sera d'ailleurs notre dernière incursion sur les Terres Éphémères ; après ce tome nous en aurons fini avec elles. Elles restent présentes, car elles font partie intégrantes du monde, mais elles ne seront plus mises en « vedettes ».
Le tome 2 amorce également une intrigue plus axée sur les protagonistes principaux, notamment sur Joris. Beaucoup de personnages du premier volume sont absents de celui-ci, de nouveaux apparaissent... Il est actuellement en phase de relecture et devrait arriver courant 2009, mais pour les lecteurs les plus impatients, nous rappelons qu'avant chaque tome nous publions gratuitement en ligne sur notre site une série de nouvelles servant d'introduction au récit. Celles qui précédent la Tribu bannie ne vont plus tarder.
Comptez-vous poursuivre votre collaboration sur la durée ? Aimeriez-vous par exemple fonctionner seul avant de vous retrouver plus tard ?
Nicolas : Tant que notre collaboration se déroulera pour le mieux, je ne vois pas de raison d'y mettre un terme. Il est vrai cependant que nous avons l'un ou l'autre des projets plus personnels qui nous tiennent à coeur et que nous souhaitons écrire seuls. Pour le moment j'ai autant d'histoires à raconter en collaboration avec Romain qu'en solitaire. De la façon dont je vois les choses, nous mènerons de front nos carrières en duo et en solo.
Romain : Il est clair que ça nous manquerait de ne plus écrire ensemble. Nous avons déjà pratiquement achevé l'écriture d'un roman jeunesse tous les deux, une histoire qui se passe dans notre monde cette fois. Il y aura des pirates, de la magie noire et ça sera un livre d'aventure assez sombre, même s'il est destiné avant tout aux adolescents.
Personnellement, j'ai quelques projets en tête pour des futurs romans en solo. Le fantastique jeunesse m'intéresse particulièrement.
Comment êtes-vous venu à travailler avec Mille Saisons ?
Romain : Mille Saisons est une maison d'édition qui cherche activement des auteurs de fantasy et de fantastique encore inconnus, avec un ton bien à eux. Quand nous avons appris qu'elle se montait en 2005, cela semblait une occasion en or de voir si notre livre pouvait convaincre quelqu'un d'autre que nous. Mais à l'époque, nous étions encore très loin de notre manuscrit final et ce n'est qu'en 2007 que nous avons envoyé le roman définitif à Mille Saisons.
Le gros avantage d'une structure comme celle-ci c'est que nous avons pu avoir notre mot à dire sur des points comme la mise en page, le résumé, la couverture... Ça a été un plaisir de choisir un illustrateur en accord avec notre éditrice. On ne dira jamais assez de bien de Bruno Laurent et de ses illustrations. Il a dépassé nos espérances de très loin.
Comment se passe le contact avec les lecteurs ? Notamment sur les salons par exemple.
Nicolas : À merveille. C'est sans doute une des facettes les plus enthousiasmantes du travail d'un auteur. Cela permet de mettre des visages sur nos lecteurs, de les voir s'enthousiasmer quand nous leur parlons du roman. Certains nous demandent même des conseils ! Il y a aussi ceux qu'on retrouve d'un salon à l'autre... C'est toujours très agréable de discuter avec des gens qui ont une véritable passion pour les romans et la fantasy. Quant à ceux qui ont déjà lu le roman, ils sont toujours très positifs, et en tout cas, aucun ne nous a demandé de le rembourser, c'est déjà ça.
Quels sont les auteurs ou oeuvres qui ont façonné vos goûts littéraires ? Lisez-vous beaucoup de fantasy ?
Romain : Quand j'avais 11 ans, Bilbo le hobbit et Le Seigneur des anneaux m'ont énormément impressionné. Je ne voyais pas vraiment ce qu'on pouvait ajouter à une oeuvre aussi colossale et je n'ai pas cherché à lire autre chose dans le genre à l'époque. La fantasy que j'aimais c'était tout simplement les livres dont vous êtes le héros, particulièrement populaires à la fin des années 80. Les auteurs de ces livres devaient se creuser la tête pour renouveler l'action vu le nombre d'ouvrages qui sortaient à l'époque. Du coup, on pouvait vivre des aventures très variées allant du défi entre pirates pour amasser le plus de trésors possible jusqu'à la créature autrefois humaine qui s'efforce de découvrir ce qui lui est arrivé... Encore aujourd'hui je garde ces livres précieusement.
Depuis cette époque, j'ai quand même pu dénicher quelques ouvrages de fantasy qui m'ont captivé : le cycle des Princes d'Ambre de Zelazny, celui des Portes de la mort de Weis et Hickman, l'Assassin royal de Robin Hobb... Zelazny en particulier nous a appris à revoir à la hausse nos ambitions en matière d'environnements manipulés par magie. Pour ne rien gâcher, il avait aussi un style dynamique, d'excellents rebondissements et des personnages emblématiques...
Nicolas : Je lis assez peu de fantasy pour ma part. Je me suis arrêté aux piliers du genre : Howard, Tolkien, Moorcock, Zelazny. Et bien sûr, comme Romain, les livres dont vous êtes le héros. Pour les grandes influences fantastiques, il faut lorgner du côté de Stephen King et Lovecraft, qui ont tous deux profondément marqué notre façon d'écrire. Sinon je suis plutôt classique : Gogol, Dickens, Carroll... Il y en a tant d'autres, mais en général j'aime les auteurs qui savent distiller de l'humour ou de l'absurde dans leurs textes.
Avez-vous un récent coup de coeur de lecture, fantasy ou pas, à faire partager à nos lecteurs ?
Nicolas : Récemment j'ai lu les Neiges du Kilimandjaro d'Hemingway. Je l'ai ressenti comme un coup dans l'estomac, j'ai été subjugué par la justesse de l'auteur. L'impact que peut avoir un récit dépend bien sûr de qui le lit, mais aussi du moment où il le lit. À l'instant précis de ma vie où je l'ai lue, cette nouvelle répondait parfaitement à mes attentes, elle m'apportait des réponses. C'était comme lire les pages de ma propre vie, une expérience très déroutante mais formidable.
Romain : Ça n'a rien d'une nouveauté mais l'un des derniers livres de fantasy que j'ai lu était l'Enchanteur de René Barjavel. J'apprécie le cycle arthurien en général mais la manière dont Barjavel l'a modernisé tout en y apportant un souffle et un humour bien particulier est remarquable. Si on me demande ce qu'est pour moi de la bonne fantasy française, je cite systématiquement l'Enchanteur maintenant.
Et justement, que représente l'outil internet à vos yeux ? Pour vous comme pour votre éditeur, est-ce la possibilité de faire de la promotion à moindre frais (il ne s'agit pas là d'une remarque négative !) ? : Romain : Internet nous a donné une possibilité fabuleuse
celle de compléter notre univers en ajoutant du contenu à celui des livres. Sur notre site, nous avons mis en ligne des fiches sur les personnages, sur les dieux, sur les lieux de l'action. Au fil des mises à jour c'est devenu une petite encyclopédie sur l'Orbiviate qui s'étoffe de mois en mois.
Mais ce qui nous intéressait le plus c'était de pouvoir écrire des récits inédits pour internet. Nicolas y a fait allusion plus haut. Il s'agit de diffuser en ligne des nouvelles qui se suffisent à elles-mêmes et qui donnent en même temps un éclairage différent sur les évènements des livres. Avant que ne sorte l'Offrande secrète, nous avons donc choisi de raconter l'histoire des émeraudes du point de vue du concurrent de Taléron, le marchand Fareng. Nous avons adoré faire ça. Nous referons ce genre de feuilleton à chaque fois que sortira un nouveau tome de la Fortune de l'Orbiviate. C'est une bonne manière de faire patienter nos lecteurs tout en nous donnant l'occasion de traiter des personnages méconnus.
En dehors de l'écriture, quelles sont vos passions ? Vos activités ?
Nicolas : Rien que du très classique pour un auteur, je crois : la lecture et le cinéma, deux moyens de nourrir son imaginaire pour n'être jamais à court. D'ailleurs, nous avons constaté que depuis que nous nous sommes mis à écrire, notre regard avait changé sur les oeuvres que nous regardions/lisions. C'est plutôt difficile de rester simple spectateur quand on est soi-même engagé dans un processus de création, alors on regarde, on critique, on note : « tiens c'est une bonne idée » ou « je n'aurais pas fait comme ça », mais au final on trouve toujours quelque chose dont on va pouvoir se servir plus tard. Les choses n'ont pas changé depuis l'antiquité, quand Pline l'Ancien disait « Il n'y a pas de livre si mauvais qu'on ne puisse en tirer quelque chose de bon».
Romain : J'ai personnellement un faible pour la musique orchestrale et chorale. J'en écoute beaucoup, aussi bien pour écrire, que simplement pour décompresser un peu. J'ai des quantités de morceaux classiques, traditionnels, des bandes originales de films, de séries, de dessins animés...
Concernant mes talents cachés, je ne me débrouille pas trop mal en dessin. Mais le fait de rencontrer Bruno Laurent m'a fait un peu relativiser l'étendue de mon art...

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