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Gordon Dahlquist prend la parole !

Par Thys, le samedi 18 novembre 2006 à 14:00:55

Gordon DahlquistAlors que le roman vient de paraître il y a quelques jours à peine en France, Les livres de verre des mangeurs de rêves, et en attendant notre critique qui ne va plus tarder, Elbakin.net vous propose cette interview de l'auteur, intégralement traduite pour votre bon plaisir !
La version originale peut se consulter ici.

Interview de l'auteur

Gordon Dahlquist est originaire de la côte nord-ouest des Etats-Unis, où il a travaillé pendant quelques années à écrire et à diriger des pièces de théâtre. Il vit à New-York depuis 1988.
Il a été membre des Nouveaux Dramaturges, fait parti des New York Theatre Workshop Usual Suspect et est l'un des membres fondateurs de CiNE. Son travail comprend Messalina (Evidence Room, Los Angeles : SPF, New York), des textes pour Babylon is Everywhere : a court masque (CiNE, Schaeberle Theatre ; Theatre Magazine ), Delirium Palace (Evidence Room, Los Angeles; publié dans Breaking Ground ), The Secret Machine (Twilight Theatre Company au Solo Rep), Vortex du Plaisir (Ice Factory '99 Festival à l'Ohio Theatre, WKCR'S Manhattan Theatre of the Air), Island of Dogs (4th Street Theatre), Severity's Mistress (Soho Rep Theatre, New York University ; vainqueur du Primary stages' Bug & Bub award), Mission Byzantium! (American Globe Theatre, NYTW's Just Add Water Festival), et Reitcence (Horace Mann Theatre).
Il a écrit et dirigé quelques films expérimentaux, qui ont été sélectionnés pour le Festival International du Film de San Francisco, Festival International du Film de Seattle, et le Festival de Film et Vidéo du Nord-Ouest. Il est diplômé du Reed College et de l'Ecole des Arts de l'Université de Columbia. Il a reçu deux Garland Playwriting Awards pour Messalina et Delirium Palace. Les livres de verre des mangeurs de rêves est son premier roman.

Votre roman est fascinant tant par son titre que par son envergure, quelle était votre intention en l'écrivant ?
Gordon Dahlquist : Ma première intention était d'écrire quelque chose que je considère moi-même comme un coup de pied dans le cul. Quand les gens me demandent de décrire The Glass books of the dream eaters, c'est très facile de retomber dans les étiquettes de genres qui connotent évidemment certaines sensations : le thriller, la Science-Fiction, la romance, le mystère, etc., et il est vrai qu'il y a de tout ça dans le livre. Mais je ne pense vraiment pas que ce soit l'une de ces choses, ou pas l'une d'elles plus que les autres. Nous vivons dans un monde où la SF, la romance et le mystère s'étalent dans nos journaux et nos vies quotidiennement, je pense donc que les gens savent à quoi cela ressemble - ce qui tend encore à décrire le livre comme une sorte de réalisme. J'aime les histoires complexes et immersives, et si je ne connais pas vraiment les dirigeables, les livres de verre bleu et les machines qui aspirent votre mémoire, je connais parfaitement les ordinateurs, les ferrobus et les podcast digitaux de Kyoto et cela m'apparaît comme fantastique et étrange. Et il me semble qu'un livre de verre est sans doute un meilleur moyen de parler de quelque chose comme l'ordinateur - ou de la place que l'ordinateur prend dans nos rêves et nos peurs - et puis ils me disent quelque chose d'intéressant à propos de l'envie de raconter des histoires au sujet « d'autre chose » comme un moyen de comprendre nos vies. C'est sûrement cette envie qui m'a poussé pendant un an dans les métros et les cafés.

Qu'avez-vous ressenti le jour où vous avez fini cette histoire ?
GD : Tout d'abord, du soulagement, d'avoir achevé une histoire aussi complexe d'une manière qui me plaisait, mais aussi cette sorte d'interrogation que tous les écrivains doivent ressentir en regardant ce qu'ils ont accompli - parce que bien sûr, c'est plein de différents éléments, petits et grands, que vous n'auriez pas pu imaginer auparavant, qui sont sortis du processus immédiat de l'écriture. Et puis en tant qu'auteur de théâtre - les pièces prennent beaucoup moins longtemps à écrire - je n'avais jamais passé tant de temps en compagnie de mes personnages, j'avais donc l'impression de les connaître d'autant mieux, et j'étais par conséquent un peu triste de les laisser s'en aller.

Avez-vous un personnage favori ? Ou avez-vous été surpris par la manière dont l'un de vos personnages a évolué ?
GD : Mon préféré des trois est probablement Miss Temple, simplement parce que, étant plus jeune, son personnage reste plus présent. Mais avec tous, je suis intéressé par la manière dont des éléments plus noirs de leurs personnalités (dans son cas, une relation non-vérifiée au privilège et à l'asservissement, avec Chang une immoralité sauvage, et avec le Docteur, une hésitation invalidante) peuvent co-exister à l'intérieur d'un personnage que l'on identifie néanmoins comme une héroïne - et bien sûr, plus on connaît une telle personne, plus ces éléments irrésolus deviennent dynamiques, et poignants.

Votre expérience en tant qu'auteur de théâtre doit avoir influencé la manière dont vous avez créé l'action de votre roman. Pouvez-vous nous donner des exemples de la manière dont votre expérience de la scène a enrichi ou défié votre création de roman ?
GD : Ecrire pour le théâtre a toujours à voir avec une pièce spécifique, un sens particulier de l'endroit (d'autant plus lorsque les détails de cet endroit sont exclusivement définis dans les dialogues). Je suis parti sans trop savoir ce qui allait se passer en écrivain The Glass books of the dream eaters, les solutions trouvées par les personnages pour résoudre leurs problèmes devaient venir physiquement de l'endroit où ils se trouvaient : quelle taille fait cette pièce, où sont les portes, qui se tient où, quelle est la luminosité, etc. à cause de ça, je pense que les scènes d'actions ont un déroulement assez organique, et cela même si les circonstances sont incroyables, cela reste crédible en termes humains parce que l'on a le sens de la personne qui prend les décisions au coeur de tout cela.
L'autre chose, évidemment, est l'habitude de raconter l'histoire à travers les dialogues, et donc The Glass books of the dream eaters contient une bonne quantité de discutions...

Comment avez-vous créé les lieux de ce roman ? Avez-vous fait des plans de la ville ? Dessiné des diagrammes du manoir ? Visité un dirigeable ?
GD : Tout cela, surtout pour la cité elle-même, a été réalisé entièrement au cours de l'écriture. Comme le roman a été écrit sans aucune ligne directrice, les lieux ont évolués en fonction de ce que demandait l'action - les voisinages dans la ville prenant corps à mesure que les personnages avaient besoin de les traverser, les diverses ailes et étages de Harschmort House se remplissant alors que l'action s'y déplaçait. Le dirigeable est basé sur d'anciens avions, donnant le bénéfice du doute en les autorisant à être un peu en avance sur leur temps. Je ne voulais pas que la ville soit un seul lieu - explicitement Londres, Paris ou Amsterdam - je me suis donc particulièrement amusé en imaginant les noms de lieux. Je crois que la seule vraie part de recherche que j'ai fait pour le livre a été pour savoir quand les mangues sont arrivées dans le Nouveau Monde (au XVIème siècle au Brésil, en réalité) pour voir si Miss Temple pouvait en avoir mangé lors de son enfance dans les Caraïbes.

Le concept des livres de verre est séduisant : un réceptacle pour les souvenirs, qui peuvent être revécus encore et encore. D'où est-ce que ça vient ? A quel moment dans l'écriture avez-vous décidé que les livres de verre devaient figurer dans votre titre ?
GD : Une grande part de la réflexion sur les livres de verre vient simplement d'une réflexion sur les ordinateurs, et spécifiquement de penser à eux comme quelque chose qui a profondément changé notre manière de nous percevoir nous-même, la manière dont nous communiquons, nos notions basiques de la société et des interactions sociales. Cela se passe à des degrés divers à travers l'histoire avec les nouvelles technologies, bien sûr, mais de nos jours, nombres de questions cruciales tournent plus explicitement autour de la manière dont les expériences intimes des autres nous sont bien plus accessibles - et si rapidement ! - et que les nôtres sont accessibles aux autres. Non que cela soit nouveau, mais de la même manière que ce que nous écrivons a été changé par l'arrivée de processeurs mondiaux (sans que les gens à ce moment sachent vraiment ce que cela signifiait), je pense que les technologies de la communication changent si vite que nos principes sociaux de base sont sans cesse bousculés sans que nous le réalisions. Je crois que les livres de verre sont apparus dans le titre dès ce moment dans le second chapitre où Chang trébuche sur la construction d'un livre. En fait, j'avais peut-être cette part du titre avant même que je sache ce qu'il allait trouver dans la pièce - j'avais certainement la notion d'un livre de verre avant même de savoir comment ils fonctionnaient, ou ce qu'ils étaient vraiment.

Quels livres, ou type de livres, vous inspirent ?
GD : Je suis assez équitablement inspiré par la littérature « classique » et par la fiction de genre, et puis quelques exemples - dont William S. Burroughs - qui se positionnent quelque part au milieu. J'admire beaucoup Joyce, Proust, Nabokov, Austen et Sterne - des écrivains qui prennent un réel plaisir dans le langage - mais j'aime aussi William Gibson, Ross McDonald, George Macdonald Fraser, Neal Stephenson, Roger Zelazny et Neil Gaiman (et lire Fraser constitue une bonne partie de mes recherches pour The Glass books of the dream eaters ). Mais mes plus grandes influences en tant qu'écrivain sont probablement les pièces - plus que quiconque Harold Pinter et Samuel Beckett, et puis Shakespeare, mais aussi William Congreve et Euripide, ce qui revient à dire, des écrivains dont le travail est terriblement intimidant lorsque vous essayez d'écrire vos propres travaux.

Y aura-t-il une suite à The Glass books of the dream eaters ?
GD : Je suis en train de l'écrire, et je sèche sur le titre. L'action reprend à peu près une semaine après la fin de The Glass books of the dream eaters.

Pouvez-vous envisager cela en tant que film ? Si oui, avez-vous déjà pensé à des acteurs, dans l'idéal ?
GD : Je peux certainement envisager un film, bien que pour faire un film il faille sans doute couper deux tiers du scénario, ce que - sans doute comme des dizaines d'écrivains avant moi - je trouve quelque peu déprimant. Mais le livre est plein de parties très visuelles qui n'attendent que d'être mises en scène, et ce serait génial de voir des acteurs planter leurs dents dans des rôles si riches. Et pour ce qui est de mon casting de rêve, c'est dur à dire - les rôles commencent à changer dès que l'on imagine des gens différents à l'interprétation, ce qui est assez marrant.

Vous êtes écrivain : de théâtre et de roman. Si vous aviez du choisir une autre carrière, quelle serait-elle ?
GD : La peinture me fascine, et j'ai quelques amis qui sont des artistes graphiques. C'est une manière de voir et de penser tout à fait différente, mais si je n'étais pas écrivain, c'est vraiment ce que j'aurai voulu faire.


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