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En salles : La Belle et la Bête

Par Gillossen, le mercredi 12 février 2014 à 12:30:30

Entretien avec Pierre-Yves Gayraud, Créateur costumes

Qu’avez-vous trouvé de particulier au projet de LA BELLE ET LA BÊTE ?
J’ai la chance de faire beaucoup de films d’époque, mais aussi des films contemporains, et j’ai toujours essayé de trouver un bon équilibre entre les deux pour ne pas me répéter. Là, le challenge consistait à jouer avec les codes d’un film d’époque, à les revisiter pour trouver un bon équilibre entre stylisation et féerie. Quand je suis arrivé sur le projet, il était déjà établi que l’action se situerait sous le Premier Empire, avec une incursion dans la Renaissance pour créer l’univers de la Bête. J’ai commencé en août et on a tourné fin octobre, ce qui représente très peu de temps. L’atelier a démarré à Paris et ensuite, nous avons tout transféré à Berlin pour pouvoir continuer pendant le tournage la réalisation des costumes. J’avais déjà fait plusieurs films à Babelsberg, donc je n’étais pas du tout inquiet, bien au contraire, c’est un lieu formidable pour travailler. Notre équipe était assez mixte dès le départ, avec des Allemands et des Français. Un gros problème s’est posé dès le départ, qui valait aussi bien pour les robes de Belle que pour les costumes de la Bête, c’est qu’il fallait concilier la volonté de faire des costumes très couture et les contraintes liées aux effets spéciaux et aux prises de vues de la seconde équipe. J’ai essayé de ne pas trop tenir compte des contraintes.
Vous voulez parler des différentes versions du même costume ?
Oui. La majeure partie des scènes de Léa Seydoux était tournée en première équipe avec elle. Mais dans certains cas, pour des passages de corridors, ou des gros plans, il fallait en parallèle tourner avec des doublures et donc avoir des copies conformes des costumes. Ça a un coût et c’est compliqué dans le choix des matériaux. Je n’en ai pas vraiment tenu compte, dans la mesure où je ne me suis pas interdit certaines choses sous prétexte qu’elles seraient difficiles à dupliquer. Par exemple, Belle devait courir sur la glace, tomber dans l’eau, monter à cheval. Pour ces scènes, elle portait une robe rouge en organza qui est un matériau très délicat et fragile. Nous savions qu’elle allait tourner des scènes d’action, mais nous n’avons pas pour autant modifié nos plans dans ce sens. Ça a simplement impliqué un peu plus de maintenance et de contraintes pour les habilleuses.
De quelle liberté disposiez-vous ?
Il y avait des directives au départ, mais ce n’est pas un secret, Christophe est un cinéphile hors pair, et à partir du moment où il choisit un technicien, c’est parce qu’il connaît très bien ce que celui-ci a fait. Il m’a laissé beaucoup de liberté avec pour seul credo : élégance, spectaculaire, merveilleux, richesse des textures et foisonnement des couleurs. Une bien belle feuille de route ! Je fais appel en général aux mêmes chefs d’ateliers depuis plusieurs années, et ma façon d’aborder les costumes est plutôt artisanale, c’est-à-dire que je travaille directement aux mannequins, sans forcément passer par le dessin. J’ai conçu un lookbook, qui est une compilation de documentation, aussi bien sur l’époque que sur des références venues de la mode, sous forme de collage infographique. Il y avait une centaine de pages qui reprenaient toute la thématique des robes, couleur par couleur, les différents univers liés au Premier Empire et à la Renaissance. J’ai soumis ce premier gros travail de documentation à Christophe ainsi qu’aux comédiens, à Léa notamment. On a ensuite travaillé les silhouettes avec des toiles sur mannequins et petit à petit les choses se sont construites. J’essaie toujours que les costumes ne vampirisent pas les comédiens, ne les contraignent pas trop, en laissant place au jeu, à l’expression, que ce ne soit pas non plus un défilé qui soit une fin en soi mais bien un élément participant à la dramaturgie.
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans la Période Empire ?
C’est une mode assez moderne qui fait une silhouette très longiligne, très épurée. Ça posait bien le caractère des personnages et ça permettait d’être assez sobre tout en étant charmant et frais. En contrepoint, on pouvait passer à des costumes beaucoup plus imposants et spectaculaires pour la Renaissance. L’équilibre était assez bon.
Comment les acteurs ont-ils habité les costumes ?
Avec les comédiens, nous avons fait des essayages de toiles, de volumes et de silhouettes. Ensuite, on a fait des échantillonnages avant de passer à la réalisation des costumes. Il y avait une thématique de couleur très précise pour les robes dont la Bête fait cadeau à Belle : première robe ivoire, deuxième robe bleue, puis verte et rouge. Ce n’était pas une contrainte, mais une donnée scénaristique, donc toutes les planches de styles que j’avais proposées en tenaient compte. Léa bouge magnifiquement dans les costumes, elle les vit bien sans être empruntée, c’est important. Pour la Bête, nous sommes partis du Prince, puisque c’est lui qui devient la Bête à la suite d’un événement particulier. C’est donc le costume du Prince qui se transforme en costume de Bête. Son corps va se transformer et par un effet de morphing, le costume se transforme lui aussi, mais pas de façon numérique, il a été vraiment réalisé. Nous l’avons préparé en kit, et nous l’avons ajusté et monté sur le corps de la Bête qu’allait endosser Vincent Cassel. Et donc ce costume se modifie, s’écarte, révèle une épine dorsale dans le dos de son pourpoint, et met en valeur sa musculature. C’est très inspiré des costumes de samouraï japonais. Nous avons eu très peu de temps pour le réaliser et nous avons eu quelques longues nuits pour que tout soit fin prêt.
Comment avez-vous choisi les matériaux ?
En fonction des effets recherchés. Il fallait que la première robe de Belle soit comme un carcan, une espèce de vierge espagnole très hiératique, une geisha, très travaillée en broderie et en applications, avec un côté très couture. La robe bleue devait être scintillante, il y avait beaucoup de déambulations avec cette robe, donc il était important qu’elle bouge bien, et dans l’eau et sur la glace. La robe verte, en velours, savant jeu d’origamis, devait faire corps avec la luxuriance végétale du domaine de la Bête. Et la robe rouge finalement, tout en sophistication et fragilité. C’est celle qui subit le plus d’altérations et le plus de scènes d’actions. Nous en avons confectionné trois exemplaires qu’on a modifiés selon la façon dont elle était endommagée. Je savais que Christophe aimait le cinéma de Powell, mais aussi qu’il est très sensible à tout ce qui vient du Japon, donc nous nous sommes inspirés des origamis, tout un système de pliage papier, et nous l’avons intégré sur le détail des costumes, le travail des manches, les incrustations de pierre et les embellissements de broderie. Mais ce mélange d’univers très différents a fini par donner une direction artistique cohérente.
Comment vous coordonnez-vous avec les autres départements ?
Le chef décorateur Thierry Flamand avait commencé bien avant moi sur le projet. Quand je suis arrivé, l’univers était établi, donc c’était confortable. De toute façon, les références de Christophe pour ce film-là c’était beaucoup l’univers de Michael Powell, Les Chaussons Rouges, LE NARCISSE NOIR, des couleurs très fortes, très contrastées, que l’on retrouve aussi dans les films du japonais Myazaki, de belles sources d’inspiration pour orienter les recherches textiles pour le film. C’est pour rester fidèle à cet univers que j’ai fait un peu de résistance quand la production m’a suggéré de louer les costumes pour la scène du bal. Là, j’ai insisté pour fabriquer des costumes comme si nous tournions en technicolor. Nous avons trouvé un accord avec un fabricant de textile allemand qui nous a beaucoup soutenus dans ce sens. Michael Powell est très présent aussi dans les extensions de décors, avec de vraies belles couleurs profondes et contrastées. D’après les images finalisées que j’ai vues, le tout est magnifiquement mis en valeur par la lumière de Christophe Beaucarne.
  1. Synopsis
  2. Entretien avec Christophe Gans
  3. Entretien avec Vincent Cassel
  4. Entretien avec Léa Seydoux
  5. Entretien avec Richard Grandpierre, producteur
  6. Entretien avec Thierry Flamand, Chef décorateur
  7. Entretien avec Pierre-Yves Gayraud, Créateur costumes

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