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Un entretien avec Harriet McDougal

Par Julie, le mercredi 5 mai 2010 à 15:40:32

HarrietRichard Fife, blogueur, écrivain, a eu la chance de pouvoir interviewer Harriet McDougal, éditrice de La Roue du Temps, et veuve d’Oliver Rigney Jr, plus connu sous le nom de Robert Jordan, lors de la récente JordanCon.
C'est la retranscription en français de cet entretien que vous pouvez maintenant retrouver ci-dessous, avant, peut-être, d'en discuter sur le forum.
Bonne lecture !

L'interview traduite

Quel a été votre plus grand challenge en tant qu’éditrice de votre mari?
Au fur et à mesure que nous avancions dans La Roue du Temps, le fait est que nous étions toujours en mauvaise posture, à l'approche de la date butoir pour rendre chaque tome. C’était un des plus gros challenges, faire en sorte qu’il ne ressente pas la pression, tout en la gérant moi-même, et en faisant mon propre travail.
L’autre gros challenge a été d’empêcher Tom Doherty de faire des suggestions éditoriales à Jim, parce qu’à chaque fois qu’il l’a fait, le pauvre Jim a été coupé net dans son élan. Il perdait presque un mois à ressasser ça. Alors finalement, j’ai dit à Tom, « arrête, à moins que tu ne veuilles qu’on soit encore en retard pour un autre livre. » Une fois que je lui aie expliqué le problème, je trouve que Tom a été parfait. Je ne sais pas pourquoi c’était si difficile pour Jim d’accepter ça de la part de Tom, mais c’était comme ça.
Avez-vous jamais ressenti un conflit entre la relation mari et femme et celle d’écrivain et éditeur ?
Non. Non, jamais. J’ai respecté son travail d’écrivain dès le début, et il respectait mon travail d’éditeur. Et si on avait des désaccords, ce qui arrivait, c’était réglé dans la journée.
Dans une relation classique auteur-éditeur, l’éditeur reçoit généralement le manuscrit en une seule fois. J’imagine que pour vous et Jim ce n’était pas le cas ?
En effet. Il amenait un chapitre ou deux avec lui le soir, puis on dînait, et le lendemain je le corrigeais, et je le déposais sur la table en attendant le chapitre suivant. C’est ce qu’on appelle « des corrections faites sur un coin de table », mais ça ne pouvait pas fonctionner autrement. Et s’il y avait quelque chose de vraiment important, je lui en parlais. Une fois je lui ai dit « ça fait trois chapitres où il n’y a que des discussions. Peut-on avoir un peu d’action ? » Alors quelqu’un a été assassiné au cours de ces chapitres. Je ne vous dirai pas de qui il s’agit, mais ce n’était pas Asmodean.
Jim vous disait-il dans quelle direction il allait avec son histoire au fur et à mesure qu’il écrivait ?
Non, c’était une surprise, parce que c’est comme ça que ça devait se passer. S’il me parlait de quoi que ce soit à l’avance, une fois que je le lisais je pensais « j’ai déjà vu ça, ce n’est pas nouveau », en oubliant que c’était lui qui m’en avait parlé.

Mais une fois, nous sommes sortis déjeuner, il finissait L’Invasion des Ténèbres, et il m’a dit « Je veux te parler de personnages qui vont arriver dans la série, » et j’ai dit OK. Il voulait discuter des Aiels et comment ça se passerait si une Vierge de la Lance avait un enfant. Bon, vous savez que les Aiels n’apparaissent pas avant le troisième livre, à l’exception de l’homme dans la cage. Il planifiait donc très à l’avance, et il voulait me soumettre tout ça.
Et à la fin, il se posait des questions quant à la réaction d’une jeune fille vis à vis de la relation amoureuse de sa mère, et voulait mon avis en tant que femme. Il ne faisait ça que très rarement, ses personnages féminins étaient géniaux. En fait, lors d’une de ses premières séances de dédicaces, des femmes voilées sont venues le voir et lui ont demandé « Vous êtes Robert Jordan ?  Nous étions sûres qu’il s’agissait du pseudonyme d’une femme, vos personnages féminins sont si bien écrits. » Ca lui a fait un plaisir immense. Il a adoré ça.

Pensez-vous qu’il a déjà eu des difficultés pour écrire de personnages féminins forts, ou qu’il a eu à se battre pour ça ?
Non, c’était inné chez lui. Il aimait dire « Les femmes dans ma famille sont des femmes fortes, et les hommes sont forts parce que les femmes ont tué et mangé ceux qui étaient faibles. » Enfin, c’est ce qu’il racontait. Ce n’était pas vrai. En tous cas je n’ai jamais vu aucun squelette.
Parlons un peu de Brandon Sanderson. Cela fait plusieurs années maintenant que vous travaillez de façon rapprochée avec lui.
Oui, et il est formidable.
Y a-t-il eu une sorte de période d’adaptation à sa façon de travailler par rapport à celle de Jim ?
Et bien, il y a eu une période d’adaptation pour nous deux. Je n’avais jamais été son éditrice avant, et la première fois qu’il m’a envoyé son travail, j’ai été incapable de m’en occuper. J’avais encore trop de chagrin. Je n’ai pas pu m’en occuper pendant environ deux mois, et Brandon a très bien réagi et m’a dit « Harriet, est ce que ça a été vraiment, vraiment difficile pour toi ? » Et j’ai répondu « oui ». Ce que je veux dire, c’est que c’est vraiment quelqu’un de gentil, de génial. C’est un plaisir de travailler avec lui. Il n’est pas qu’un simple professionnel et un écrivain talentueux, il est fondamentalement bon. Travailler avec lui a été au-delà des toutes mes espérances.
Vous avez changé de position en tant qu’éditrice avec son roman à venir, The Way of Kings. Qu’est ce que ça a changé de travailler sur quelque chose qui est uniquement du Brandon Sanderson plutôt que sur La Roue du Temps ?
Les personnages de La Roue du Temps, je les connais depuis toujours, pour la plupart d’entre eux depuis vingt ans. Je sais comment ils s’expriment, alors je suis un peu plus vache en ce qui les concerne, en disant « NON ! Ce n’est pas Aviendha ça! Recommence! » Et c’est ce qu’il a fait, et il l’a compris. Mais là, ce sont ses personnages, alors c’est différent. Je ne dis pas « Je n’aime pas ce personnage », parce que c’est son personnage, et son monde.
Brandon a souvent déclaré que Jordan était l'une de ses plus grandes sources d’inspiration. Pouvez-vous le voir à travers ce qu’il écrit ?
Et bien, Brandon a dit qu’il avait décidé que ses propres livres se dérouleraient dans une seule ville car il ne pouvait pas faire ces trucs de « galop par-delà le paysage » aussi bien que Robert Jordan, comme il définissait lui-même la fantasy de Jordan, si vous voyez ce que je veux dire.
Oui, il essayait de trouver sa propre voix.
Oui, oui, et il y a des très belles scènes de courses folles à travers la nature dans son livre.
J’ai aussi remarqué, en lisant The Way of Kings hier soir, qu’il a vraiment adopté le flair de Jordan pour les descriptions.
Oui, c’est vraiment très bon. Il est différent de Jordan, mais il débute une carrière qui ressemblera à celle de Jordan. Je me sens vraiment très chanceuse d’avoir pu le faire travailler sur La Roue du Temps à ce moment-là, parce que comme vous pouvez vous en apercevoir en lisant ses romans, Brandon a sa propre voie, et elle est immense.
En effet, après tout, il dit depuis le début que The Stormlight Archives sera composé de dix romans.
Oui, mais ce n’est pas qu’une question de quantité, mais aussi de qualité. Son monde fictif est merveilleux.
Pour en revenir à La Roue du Temps, nous venons tout juste de passer le vingtième anniversaire de L’Invasion des Ténèbres. Certaines personnes sont allées très loin en comparant La Roue du Temps à Tolkien et à son influence sur la fantasy. Quelle incidence pensez-vous que cela ait eu sur la fantasy en général ?
Oui, c’est certainement le Times qui les a comparés. Mais c’est tellement génial. C’est réellement de cette façon que ça l’a inspiré. Un ami écrivain a dit qu’il pensait que ce que Jim faisait de particulier c’était de prendre Tolkien à une extrémité de la fantasy, et Conan de l’autre, et de les combiner.
Une sorte de compromis entre low fantasy, pulp fantasy et high fantasy ?
Et bien, pas low fantasy, mais de la fantasy barbare. Le cimmérien musclé, et ces livres sont vraiment bons. Je suis en train de les relire, et dans le premier volume des Chroniques de Conan, il me parait vraiment évident, avec du recul, que Jim broyait du noir à propos des évènements en Afghanistan à cette époque. Il est en plein dedans. Ce n’est pas quelque chose de courant dans la pulp fantasy ; que l’auteur intègre ce qu’il pense d’évènements en cours dans un monde de fantasy. Et bien sûr, c’est ce qu’il a fait : Les Enfants de la Lumière, vous faites le rapprochement ?
On pourrait même aller plus loin avec La Roue. Même le système de magie, qui s’appuie beaucoup sur des éléments scientifiques, nous amène à appeler ça de la SF magique. Peut-être que d’autres concepts de la SF sont présents ici également, comme des commentaires sur la société, ou des points de vue différents sur les problèmes.
Oui! Et LE truc avec la fantasy, c’est que vous pouvez traiter des questions du bien et du mal sans que les gens, en voyant la couverture, se disent “Oh mon Dieu, il va se prendre pour un pasteur d’une minute à l’autre. » Mais faire de son thème majeur le fait de prendre des décisions sans avoir assez d’informations est si vrai.
Et j'avais remarqué que ces premières lettres de fans venaient de deux grandes catégories d’adultes : des gens travaillant dans le droit ou la médecine : docteurs, infirmières, policiers, procureurs. Qu’ont ces groupes en commun ? Ils prennent des décisions de vie ou de mort, tous les jours, sans avoir les informations nécessaires. Le policier, doit-il tirer ? S’il le fait, il se fera probablement tirer dessus à son tour. Le docteur, face à quelqu’un qui est en train de mourir, et vous n’avez jamais assez d’informations.
Et parfois, vous devez juste agir.
Oui, et la façon de le faire est un thème majeur dans la série, et comment on peut attendre de vous que vous le fassiez.
OK. Sans utiliser les lettres R-A-F-O (Read And Find Out, lisez et vous saurez), qui a tué Asmodean?
Je ne vous le dirai pas! Ca ira, au lieu de RAFO ?
Ah… Un nouvel acronyme: JNVLDP. Harriett Mc Dougal, merci.
Je vous en prie.

Article originel.


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