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Un entretien avec Saladin Ahmed

Par Nak, le vendredi 23 mars 2012 à 16:35:59

CouvertureDe ce que l'on peut lire sur le forum, il est évident que Throne of the Crescent Moon (que l'on traduira Trône du Croissant de Lune si vous le voulez bien) de Saladin Ahmed était l'une des nouveautés en fantasy les plus attendues de 2012.
Merci à Pat pour avoir rencontré cet auteur, et merci à lui d'avoir répondu à ces quelques questions et de s'être présenté à ses lecteurs potentiels.
Bonne lecture !

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L'interview traduite

Que dit-on sur Saladin Ahmed ? Dites-nous en plus sur votre parcours.
Né à Détroit dans les années 70. Élevé dans une communauté d'immigrés Arabes. Un fondu de fantasy depuis le premier jour ou presque. Ces derniers temps, un papa débordé.
Sans trop en dévoiler, pouvez-vous nous donner un aperçu de l'histoire du Trône du Croissant de Lune ?
C'est toujours difficile, mais bon : Les royaumes du Croissant de Lune, terres de djinns et de goules, de Khalifes et d'assassins, sont au bord de la guerre civile. Pour rendre les choses plus tendues, une série de meurtres surnaturels brutaux a eu lieu au cœur des royaumes. Et c'est au docteur Adoulla Makhlood de les résoudre.
Le dernier vrai chasseur de goules de la grande cité de Dhamsawaat, Adoulla veut juste boire tranquillement son thé. Mais quand la famille d'un ancien flirt est tuée, il reprend le chemin du chasseur. Recrutant des anciens compagnons et des nouveaux, Adoulla court contre la montre – et lutte contre ses propres appréhensions – jusqu'à découvrir un complot contre le Trône du Croissant de Lune qui menace de transformer Dhamsawaat, et le monde tout entier, en un champ de ruines ensanglanté.
C'est une version modifiée d'un quatrième de couverture. Mais honnêtement, je préfère le résumé de Scott Lynch :Des épées flamboyantes, des bandits bondissants, de la magie sainte, des monstres assoiffés de sang, et de la cuisine somptueuse… qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'autre, vous dessiner une carte ? Lisez ce truc.
ECOUTEZ CE TYPE ! :)
Comment a été reçu du Trône du Croissant de Lune jusqu'ici ?
Les critiques ont été incroyablement positives. Des critiques élogieuses de Kirkus, Publishers Weekly et Library Journal (dans lequel le Trône était aussi la nouveauté du mois). Un soutien très sympa de Barnes and Noble et d'Amazon. Et des bloggeurs de livres géniaux et des libraires indépendants se sont vraiment mis en quatre pour le Trône. Toutefois, plus gratifiante que tout cela a été la réponse des lecteurs. Des emails de merci, des idées de cosplay, des recettes inspirées du livre – ce genre de réponse enthousiaste constitue une bonne part de la formule qui me permet de garder mon esprit et mon âme totalement investis dans ce monde que j'ai créé.
Ceci dit, laissez-moi aussi préciser que c'est très très très dur là dehors pour un nouvel auteur. Pour n'importe qui d'autre qu'une poignée d'auteurs chanceux, la fiction est une horrible façon de gagner sa vie. Particulièrement depuis que je suis papa, je garde toujours un œil sur le nombre des ventes. Et la situation, en général, n'est pas belle à voir. Même pour les livres qui ont l'air particulièrement surfaits à première vue, c'est très difficile de transformer le buzz en ventes. Ce n'est pas le genre de choses dont la plupart des auteurs veulent s'inquiéter, mais la nouvelle économie nous laisse peu de choix…
Pouvez-vous nous en dire plus sur la route qui l'a vu passer de l'état de manuscrit à celui de roman abouti ?
Et bien, certaines des idées et des personnages du Trône me trottaient dans la tête depuis des années. Mais quand j'ai finalement décidé d'écrire un roman, il m'a fallu près de trois ans et demi (à temps partiel) pour écrire le manuscrit. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir autant de bêta lecteurs aguerris pour le manuscrit. Après ça, j'ai aussi eu la chance de trouver très vite un agent (l'incroyable Jennifer Jackson de l'agence Donald Maass Literary) qui a rapidement vendu le livre (et deux suites !) à mon éditeur de rêve (Betsy Wollheim de DAW Books).
Et ensuite il y a l'attente entre la vente du livre et le voir finalement atterrir sur les étagères des magasins. Personne ne parle jamais de cette période, mais mec, ça pourrit la tête.
Comment décririez-vous votre travail pour quelqu'un qui n'a jamais lu vos livres ?
Quelque part entre la sword and sorcery et la fantasy épique. Quelque part entre l'hommage et un come-back accrocheur. Quelque part entre Lankhmar et une Bagdad médiévale. Quelque part entre la fantasy ingénue des années 80 et le nouveau réalisme.
Qu'est-ce que les lecteurs peuvent espérer des suites à venir ? Une idée du titre et de dates de sortie ?
Les séquelles vont élargir considérablement le champ de l'histoire, allant vers de grandes batailles, des intrigues de cour, de la haute fantasy montant du continent – tandis qu'on conserve l'âme de la sword and sorcery plus terrestre du premier livre. Une bonne partie de la superbe carte de Priscilla Spencer sera explorée. Les lecteurs en apprendront beaucoup plus sur les djinns, auxquels il n'était fait qu'allusion dans le premier livre. Et finalement, ils assisteront à la version royaumes du croissant de lune-sque des croisades…
Oh et des ninjas. J'ai failli oublier les ninjas.
Pas de titres pour l'instant. Le livre II devrait sortir au printemps prochain, le troisième un an après.
Est-ce que vous ferez la promotion du Trône du Croissant de Lune pendant l'hiver/printemps prochain ? Si oui, est-ce que des dates ont déjà été confirmées ?
Je serai à la Penguicon (Michigan) en avril, à la Wiscon (Winsconsin) en mai, et à la conférence de la Science-Fiction Research Association (Michigan) en juin. Je ferai également une lecture à l'université de Michigan-Dearborn à la fin avril et au musée national arabo-américain (tous les deux dans le Michigan) à la fin mai. Un peu plus tard, je serai très probablement à la Worldcon à Chicago et/ou à la World Fantasy de Toronto. Les dates exactes seront annoncées sur mon blog.
Vous avez été un auteur prolifique de nouvelles ces dernières années. Est-ce que votre approche est différente quand vous écrivez des nouvelles que quand vous écrivez des romans ?
Pour moi c'est quasiment le même processus, et ce n'est qu'une question d'échelle. Tracer les contours de l'intrigue, réfléchir à la motivation des personnages, créer de bonnes répliques… La grosse différence pour moi est de faire tout cela pendant deux semaines ou pendant un an.
Il y a différents points de vue concernant le rôle que les mondes secondaires ou la fantasy épique jouent auprès des lecteurs. Le Guin a écrit un jour qu'un tel type de fantasy approfondit et intensifie les mystères de la vie, tandis que R. Scott Bakker a mis en avant le fait que l'humanité est mal équipée neurologiquement pour un monde moderne et rationaliste. Cela a conduit certains à chercher à posséder une vision du monde pré-moderne (ou la fiction d'une telle vision), où la réalité s'ajuste à l'irrationalité de l'esprit, à ses attentes profondément évolutionnistes. D'autres ont dénigré cette vision, la considérant comme une simple évasion, un narcotique alternatif pour le peuple.
Quelle est votre vision de la fonction de la fantasy ?
Le pouvoir de l'évasion est important pour moi, mais le désir de l'évasion contient en lui-même une critique implicite. Donc je dirais qu'une bonne fantasy emmènera le lecteur loin de notre monde, mais l'aidera aussi à regarder le monde d'une autre façon.
J'ai trouvé que le Trône du Croissant de Lune était une réplique, une réminiscence de romans de sword and sorcery et de fantasy d'action/d'aventure des années 1970 et 1980. D'une certaine façon, il semblait que votre entrée était un hommage aux travaux de cette époque, avec les tropes traditionnels et tout ce qu'il faut là où il faut. A une époque et dans un marché où tout semble fait pour contourner et détruire ces tropes, y avait-il des raisons pour lesquelles vous avez choisi cette approche particulière ?
Mmmh, je pense que réplique va un peu trop loin.
Il y a certainement des choses dans le roman qui sont en résonnance avec Weiss et Hickman ou Jordan. Il y a un pouvoir fondamentalement MAUVAIS derrière nos méchants. Nos héros, malgré les complications, leurs failles, les dégâts et les mesquineries, *sont* des héros au bout du compte. La magie est partout, et il y a des influences RPG brillantes comme des néons partout. Il n'y pas la moindre bombe dans le livre.
Mais le Trône est au moins autant un rejet qu'un hommage. La notion même de royauté est éventrée plus que romancée. Le héros principal est l'opposé du jeune fermier qui découvre ses pouvoirs. Notre bande de compagnons traine avec des fumeurs de haschich et des prostituées. La quasi-Arabie est au centre de l'histoire, plutôt qu'être reléguée au rang de terre exotique de l'autre côté du Grand Désert de l'Est, etc.
Donc ouais, des parties équilibrées entre lettre d'amour et du rap de bataille peut-être ?
Le dessin des couvertures est devenu un sujet brûlant depuis quelques temps. Qu'est-ce que vous pensez de cet aspect d'un roman, et de la couverture qui illustre votre livre ?
Je l'adore. Je la trouve superbe. C'est du pur art, honnête, bien ancré dans la fantasy de gamer fanboy. Jason Chan est le Larry Elmore du XXIe siècle. Et c'est ce que j'ai toujours voulu.
De temps en temps, je me demande si la couverture ne décourage pas certains lecteurs de prendre le livre au sérieux. Est-ce que le Trône ferait l'objet d'une attention différente si la couverture était plus posée ou abstraite ? Aucun moyen de le savoir et c'est stérile de s'en préoccuper… Je préfère simplement admirer la naissance de ma fantasy fanboy de Dragonlance-qui-rencontre-les-Mille-et-une-nuits.
Voici une citation de ma critique : Du fait que l'intrigue se déroule dans un monde pseudo-Islamique, et du fait que Saladin Ahmed lui-même soit Musulman, j'espérais davantage d'aperçus et de profondeur en ce qui concerne la religion, les traditions et les coutumes des différentes races et sociétés. La grande majorité d'auteurs de SF-F est chrétienne, et donc leurs représentations de l'Islam ou de pseudo-variations de cette religion sont entachées de leurs propres croyances religieuses et spirituelles. Donc j'espérais que l'auteur creuserait un peu plus profondément et nous offrirait quelque chose d'un peu plus différent, quelque chose d'un peu plus authentique à cet égard. Cela dit, mes attentes découlaient du fait que je pensais que le Trône du Croissant de Lune serait un roman de fantasy épique et pas de sword and sorcery. La profondeur laisse généralement la place à l'action et à l'aventure dans la sword and sorcery. De plus, d'un point de vue marketing, publié un roman de fantasy islamique aux États-Unis n'est pas forcément la meilleur façon de réussir commercialement en ce moment. Mais bon, ça sera très intéressant de découvrir plus de choses sur le monde et ses peuples au fil de l'histoire dans les prochaines suites.
Bien que la religion fasse partie de l'histoire, est-ce votre intention de l'atténuer, de peur de décourager certains lecteurs ?
Absolument pas. Et je pense que la religion tient une part relativement centrale dans le roman. Bien sûr, chacun pense ce qu'il veut, mais la magie d'Adoulla, les prouesses surhumaines de Raseed, les pouvoirs incroyables de Zamia – ils sont tous explicitement divins. Le discours des personnages et même la connaissance intérieure reflètent une vision du monde croyante. Mais ce n'est *pas* une vision du monde Islamique parce que c'est un monde secondaire – donc peut-être que la religion est différente de ce que les lecteurs en attendent ? C'est assez marrant, parce que quelques lecteurs ont été découragés par ce qu'ils ont considérés comme des expressions religieuse *excessives*…
Le fait qu'un site internet soit dédié à votre travail est une indication que l'interaction avec vos lecteurs est importante pour vous en tant qu'auteur. Qu'est-ce que ça fait d'avoir la chance de pouvoir interagir directement avec vos lecteurs potentiels et fans en devenir ?
C'est à peu près le meilleur truc qui soit. J'ai énormément bénéficié de la communauté des lecteurs en ligne, et je ne sais pas ce que je ferais sans eux.
Si on vous donnait le choix, vous prendriez le bestseller du New York Times ou un World Fantasy/Hugo Award ? Et pourquoi, exactement ?
BESTSELLER BESTSELLER BESTSELLER ! J'adore le World Fantasy Award en particulier pour la mise en avant du travail d'auteurs importants, mais pas forcément de bestseller. Mais j'ai deux jumeaux à la maison, donc celui-là c'est une promenade de santé.
De plus en plus, les auteurs/éditeurs/publicitaires/agents découvrent le potentiel des forums/blogs/sites internet de SF-F sur Internet. Est-ce que vous surveillez d'un œil ce qui se dit là-bas, surtout si ça vous concerne ? Ou est-ce que ça fait trop de distractions ?
Internet est sans aucun doute une distraction, mais c'est aussi un outil nécessaire pour moi à la fois socialement et du point de vue de la promotion. Je suis un lecteur de critiques et je me recherche compulsivement sur google. Je suis quasiment sûr que bien 50% des écrivains qui disent ne pas lire les critiques sont des menteurs.

Interview originelle
Traduction réalisée par NAK


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