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Teliam Vore, un entretien avec les auteurs !

Par Gillossen, le mercredi 13 avril 2011 à 14:02:27

TVRaphaël Lafarge, Vincent Mondiot et leur complice Matthieu Leveder sont à l'origine du projet des Chimères de Mirinar.
Lancé sur la toile en 2007, cet univers ambitieux donne finalement naissance à un premier roman publié en ce début de printemps chez Pygmalion. Pour l'occasion, Raphaël Lafarge et Vincent Mondiot ont aimablement accepté de répondre à nos questions.
Ils reviennent sur la genèse de Teliam Vore, évoquent l'écriture à quatre mains ou donnent franchement leur sentiment sur l'outil que peut représenter internet en pareil cas, avec ses avantages mais aussi ses défauts.

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L'interview proprement dite

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l'aventure Mirinar, pourriez-vous nous rappeler les débuts de celle-ci ?
Raphaël : Vincent, Matthieu et moi-même avons commencé à réfléchir à un univers commun en 2007. Nous avions déjà travaillé ensemble, nous avions expérimenté beaucoup de choses graphiques et narratives. Il était temps de construire un univers solide.
Matthieu Leveder a été dès le départ un élément essentiel. Tandis que ma vision chimérique, stylisée, se confrontait à l’approche plus pragmatique et humaine de Vincent, il fournissait des idées autant visuelles que narratives. L’image s’est nourrie de la prose et la prose de l’image. Quand nous avons commencé l’écriture du premier roman, nous savions déjà quelle histoire nous allions raconter.
Nous avons dévoilé notre travail pour janvier 2008 : les premiers chapitres de Teliam Vore, les illustrations de Matthieu, au sein du site qu’il avait conçu… Depuis, nous n’avons cessé de fournir des textes au site, tandis que Matthieu continuait les dessins.
Nous nous étions croisés à Grenoble lors de la dernière convention de Science-Fiction et Fantasy en août dernier et vous n'aviez pas encore d'éditeur. Comment les choses se sont-elles accélérées ces derniers mois ?
Raphaël : Les surprises de la vie. Un tapuscrit posé dans un berceau, emporté par les flots le long des roseaux… Le roman, envoyé par la poste chez Pygmalion, a été repéré par Célia Chazel, toujours à la recherche d’auteurs francophones. Les choses ont avancé très vite à partir de là.
Vincent : Voilà. La bonne vieille méthode de l’envoi postal aux éditeurs. C’est ça qui a payé, et aucune de nos autres démarches promotionnelles. Il y a probablement une leçon à en tirer !
Vous êtes partis sur une trilogie, a priori ?
Raphaël : Tout à fait. L’histoire de Mirinar pourra se poursuivre au-delà, mais les trois premiers livres constitueront un cycle complet, tout comme le roman Teliam Vore est une histoire complète, avec un début et une fin.
Chaque livre comprend ses propres antagonistes, enjeux et révélations.
Une question convenue, mais l'écriture à 4 mains est souvent présentée comme compliquée. Comment procédez-vous tous les deux ?
Raphaël : Nous avons pour avantage d’avoir planifié l’univers à long terme avant de commencer l’écriture. Nous savions ainsi déjà que les personnages, les évènements et les thématiques allaient nous passionner.
Pour chaque roman, nous préparons ensemble un plan global de deux pages contenant le résumé de chaque chapitre, les points les plus importants que l’on doit y amener. Nous écrivons ensuite à tour de rôle, un chapitre chacun.
Quand l’un de nous a terminé un chapitre, il l’enrichit de commentaires afin d’éclaircir ses intentions, les informations importantes qui y sont dissimulées, le sens caché de telle réplique… Puis l’autre auteur reçoit le chapitre, le lit attentivement et le renvoie, re-commenté de fond en comble.
Tous nos échanges et nos corrections successives prennent beaucoup de temps. Occasionnellement, un chapitre est entièrement ou partiellement réécrit. Mais quand on y est habitué, le processus est simple et instinctif.
Quelles sont vos références en fantasy, vos dernières lectures en date aussi ?
Raphaël : Même s’il ne constitue pas de la fantasy, techniquement, je dois citer Frank Herbert. Un univers à la richesse hallucinante, au sens du détail permanent, au service de récits d’une efficacité éblouissante. Le dictionnaire entier des superlatifs ne lui rendrait pas justice.
En vraie fantasy, Michael Moorcock et ses mondes baroques, Le Trône de Fer de George R.R. Martin, tous les récits de Robin Hobb, Glen Cook, China Miéville …
J’ai beaucoup trop de favoris en fantasy pour tous les citer. Je préfère les univers qui s’éloignent du médiéval-fantastique classique : les dragons et les elfes me donnent des boutons. J’ai été ravi le jour où j’ai découvert Le Dit de la Terre Plate, et aussi Le Lion de Macédoine. Des inspirations hindoues ou une approche dark fantasy de l’Antiquité grecque, on n’en a pas assez.
En ce moment, je dois l’avouer à ma plus grande honte, pas de magie à l’horizon. Je lis des textes judéo-chrétiens apocryphes et je redécouvre Bob Morane… Mais tout ça est beaucoup moins loin des mondes imaginaires que ça en a l’air !
Vincent : Je n’en lis pas. Comme tout le monde ou presque j’ai eu ma période Tolkien au collège, mais je n’ai jamais poursuivi dans la fantasy. Non pas que papa Ronald m’ait à ce point marqué que je l’aie considéré comme insurpassable, mais simplement parce qu’assez vite ça n’a plus été ce qui m’attirait dans la littérature. Mes références n’ayant donc rien à voir, je vais juste les citer sans les commenter : Charles Bukowski, Ryu Murakami, Stephen King, William Faulkner, Anthony Burgess et James Joyce. Entre autres.
Le roman a-t-il beaucoup changé par rapport à la version que l'on pouvait vous acheter ?
Raphaël : Rien dans les évènements ou les personnages n’a changé. Les modifications sont plus précises, plus subtiles. Nous avons supprimé des petites scènes, en tout, l’équivalent de deux chapitres. Certains passages ont été réécrits, surtout l’attaque du monstre-machine. Des réflexions ont disparu, d’autres ont été soulignées. Le sens du roman reste identique, il est juste clarifié.
Le roman avait déjà été corrigé auparavant, mais jamais dans une telle proportion.
Vincent : Pour préciser un peu, on a quand même éliminé quelque chose comme trois cent mille signes. Pour ceux qui ne voient pas ce que ça représente, disons qu’une cinquantaine de pages a été élaguée. Et ce sans toucher aux intrigues ou aux personnages. C’était un exercice nécessaire et vraiment intéressant, d’un point de vue technique.
Et comment est né un personnage comme Elsy ? Les personnages féminins forts se multiplient en fantasy.
Vincent : Elsy est un archétype. Elle est forte, sexy, grande gueule, démerdarde. Pour peu que vous lisiez des comics, de la fantasy ou que vous soyez un peu habitués à la culture dite « bis », vous connaissez en fait déjà ce personnage. Ça permet de rentrer directement dans l’action, sans avoir à la « présenter ». Le pari, pour nous, a ensuite été, sur la progression du roman, de lui donner son identité propre, de craqueler l’archétype pour se l’approprier, la transformer en humaine.
Raphaël, vous faites des études de cinéma. Cela se retrouve-t-il d'une façon ou d'une autre dans vos projets d'écriture ?
Raphaël : Écriture et cinéma sont fondamentalement différents et ce serait une erreur de trop les rapprocher. Mais tout type de support narratif m’intéresse, des plus anciens au plus modernes. Et parfois, décaler des éléments est le meilleur moyen d’apporter quelque chose de rafraîchissant. Placer des terroristes dans un monde quasi-médiéval, leur mettre des monstres dans les mains en guise de bombes, fournir une mentalité presque contemporaine à des mercenaires munis d’arbalète…
Pour parler plus précisément de mon rapport au grand écran, je ne peux pas résister à l’envie de transposer certaines méthodes cinématographiques dans la littérature. Le plus symptomatique est mon habitude d’établir un décor avant d’y placer une scène d’action. Cela permet au lecteur d’être moins perdu dans la situation. L’approche est directement tirée d’un principe de Piège de Cristal : chaque étage est d’abord présenté dans une scène calme et ensuite envahi par le chaos. McTiernan est extrêmement technique et méthodique, c’est un cinéaste que j’admire.

Mirinar a commencé à faire parler de lui sur internet. Pour vous, est-ce un outil négligé par les éditeurs, ou au contraire une loupe grossissante plus que de raison ?
Raphaël : Nous avons été choisis par les voies les plus traditionnelles, je ne pense pas que nous puissions vous éclairer beaucoup sur ce point… Mais l’avis de Vincent sur la question est plus avancé que le mien.
Vincent : Sans aller jusqu’à regretter l’exposition sur internet, je ne pense pas qu’elle nous ait servis. Peut-être même au contraire. Si la musique a su tirer son épingle du jeu et utiliser le médium à son avantage, la littérature a du mal, et donc nous avec. L’écriture est un art qui apparaît comme facile, ou au moins « accessible ». N’importe qui peut écrire, il suffit d’un clavier ou d’un stylo. N’importe qui ne peut pas jouer de guitare, par exemple. De fait, l’écriture sur internet, surtout à une époque ou tout le monde a son blog ou son site, a direct un statut « amateur » collé sur le front. Et il est difficile de s’en défaire. En fait, je vais aller au bout de mon raisonnement : à moins qu’ils aient un projet particulièrement pensé pour le net, je déconseille aux auteurs débutants de tenter de se faire connaître par ce biais. Ça fait passer pour des éternels wannabes, et risque de mettre une barrière de jugement entre vous et un éditeur potentiel.
Vous remerciez votre compère Matthieu Leveder à la fin du roman. Êtes-vous malgré tout satisfaits de cette couverture dans cette version Pygmalion ?
Raphaël : Notre seul choix envisageable pour une couverture de Teliam Vore était, est et sera toujours Matthieu Leveder. Cependant, en l'occurrence, la décision n'a pas été la nôtre, mais celle de Pygmalion.
Vincent : Notre éditeur est une grosse machine, et nous un tout petit rouage. Nous aurions voulu que Matthieu fasse la couverture, ça n’a pas été possible. On fait avec. Concernant la couverture actuelle, je ne peux pas répondre : si je dis que je l’aime, c’est insultant pour Matthieu, si je dis que je ne l’aime pas, c’est insultant pour Stéphane Desbenoît, l’auteur de la couverture définitive ! Donc je vous laisse vous faire votre avis de votre côté.
Raphaël : Nous pouvons cependant préciser que seuls les dessins de Matthieu sont canoniques. Par exemple, Teliam Vore n’a pas des yeux à pupilles, et c’est très important pour l’histoire ! Une illustration de Mirinar par Matthieu a valeur de description, au sens où c’est l’un des concepteurs de l’univers, au même titre que nous deux. A contrario, la couverture actuelle est une libre interprétation de monsieur Desbenoît.
A quoi peut-on s'attendre dans la suite ?
Raphaël : On retrouvera les mêmes personnages dans une ambiance plus douce, plus pâle. Teliam Vore était un feuilleton, avec un rythme soutenu et des cliffhangers réguliers. Dans le roman suivant, chaque chapitre constituera quasiment une nouvelle indépendante. Cette structure en épisodes s’associera à un fil rouge, celui de la descente aux Enfers d’Élodianne, tandis qu’elle découvre la véritable nature des mondes-miroirs.
Beaucoup d’éléments « anodins » du premier roman se révèleront d’une importance déterminante.
Vincent : Moins d’action, des relations plus approfondies entre les personnages, une Elsy avec les cheveux longs… Et plein d’Asparences, les étranges insectes déjà évoqués dans le premier roman.
Et pour conclure, auriez-vous un film, un roman, etc, de fantasy ou non bien sûr, à recommander à nos lecteurs, dernièrement ?
Raphaël : Black Swan m’a agréablement surpris. C’est un drame très simple dans son discours, mais il ose employer beaucoup d’artifices du registre fantastique sans éprouver le besoin de les expliquer. De nombreuses scènes pourraient appartenir à un film d’épouvante, et le résultat est magnifique, tant l’horreur psychologique autant qu’organique a sa place dans ce récit.
Vincent : Dernièrement j’ai adoré le roman Player One, de Douglas Coupland. Une histoire d’apocalypse vécue en temps réel sur cinq heures, racontée par le prisme de quatre personnages enfermés ensemble dans le bar d’un hôtel. Également, je conseille fortement le comics Battle Chasers, de Joe Madureira, qui m’a pas mal influencé dans l’écriture de Teliam Vore, et qui ressort bientôt en version intégrale aux éditions Image.
Merci et bon courage à vous.
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