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Marie Pavlenko nous parle de ses romans

Par Izareyael, le mardi 29 octobre 2013 à 20:28:15

La Fille-SortilègeÀ l'occasion de la parution de La Fille Sortilège et de la remise du prix Elbakin.net 2013 du meilleur roman jeunesse francophone à Marie Pavlenko pour cet ouvrage, l'auteur a répondu à nos questions sur ses livres, son arrivée dans la nouvelle collection "Pandore" du Pré aux clercs ou encore ses projets à venir. Merci à elle pour cette interview !
Marie Pavlenko sera présente le samedi 2 novembre aux Utopiales de Nantes et le dimanche 3 au Salon fantastique à Paris.

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L'interview

Alors que ta série Le Livre de Saskia s'inscrit plutôt dans le genre ‘‘urban fantasy’’, ton nouveau roman La Fille Sortilège est, lui, de la pure fantasy. Pourquoi ce changement de genre ?
J'avais envie de me confronter à un exercice merveilleux et en même temps assez casse-gueule : la création d'un monde. Celui des Enkidars, dans Saskia, est un tout, riche et complexe, mais il s'enracine dans la réalité. Là, je pouvais divaguer à mon aise, planter un décor, inventer des fleurs, des animaux, bref, c'était différent... et ça se prêtait, par ailleurs, au personnage d'Érine.
Le livre est publié par ‘‘Le Pré aux clercs’’ dans la collection Pandore, qui a une ligne éditoriale bien définie. Comment ton roman s'est-il retrouvé publié dans cette collection ? Y a-t-il eu des contraintes particulières : taille maximale, style d'histoire particulier ?
Xavier (Mauméjean, le directeur de collection) est venu me voir lors d'une dédicace et m'a expliqué qu'il cherchait des auteurs. On a discuté, je suis partie en vacances, et j'ai commencé à réfléchir. Quand je suis rentrée, j'avais un synopsis. Xavier a aimé, et zou, c'était parti. Il m'a laissé beaucoup de liberté. J'avais envie d'écrire pour un public plus âgé que celui de Saskia (donc environ 15 ans minimum). C'était ce qu'il cherchait : écrire de la fantasy YA, en un tome.
Saskia se passe dans un univers réel, plus ou moins réaménagé, alors que La Fille Sortilège se passe dans un univers complètement inventé. Quels sont les contraintes de situer une histoire dans l'un et l'autre ? Est-il plus difficile d'écrire dans un genre que dans l'autre ?
D'après moi, la contrainte principale ne réside pas dans le décor mais dans la cohérence globale de l'univers, indispensable dans les deux cas de figure, dans le ton (une ado naïve de 18 ans ne s'exprime pas comme une fille de 21 ans avec le passé d'Érine), et surtout, surtout, dans cet exercice vital : essayer d'insuffler un peu d'originalité au récit. Des dizaines de milliers de romans fantasy sont parus. C'est ça, la difficulté : parvenir à ne pas s'enliser dans le déjà-vu, forger des personnages et des univers qui emportent le lecteur tout en résonnant avec sa vie, et ne sont pas qu'une pâle resucée d'autres bouquins... On n'invente rien (inutile de rêver), mais apporter une touche perso, ça, c'est un gros, gros challenge !
La Fille Sortilège a-t-il une genèse particulière ? Comment t'est venue l'idée de cette histoire ? Comment as-tu construit cette cité dirigée par 6 clans ayant chacun un don différent ?
Tout est parti d'Érine. Je voulais créer un personnage a priori peu aimable : une déterreuse de cadavres. Je trouvais intéressant de réussir à mettre le lecteur en empathie avec un perso qui ne fait pas envie, de l'extérieur. Le livre étant un roman YA (donc jeunesse), je me voyais mal faire évoluer Érine dans le monde moderne. Une déterreuse de cadavre en 2013, c'est un peu gore. Alors je me suis... décalée, et j'en ai profité pour tailler à Érine un monde à sa mesure : pas trop vaste pour ne pas la perdre, suffisamment grouillant et important pour qu'elle puisse s'y perdre !
L'idée des clans m'est venue à Sienne. J'y suis allée pendant le Palio, une course de cheval ancienne très fameuse là-bas. Chaque quartier arbore pendant quelques jours son emblème (la tortue, la chouette, la licorne...), ses couleurs, et la population défile dans les rues avec des drapeaux, exécute danses et musique. Les quartiers d'habitude soudés s'affrontent soudain. Lors de la course, courte et violente, c'est la ruée, avec un cheval par quartier.
Le reste, j'ai brodé :)
Ce nouveau roman est, comme Saskia, écrit à la première personne du singulier, qu'est-ce que ça apporte en termes narratifs ? N'as-tu jamais envisagé d'écrire un roman à la troisième personne du singulier avec plusieurs points de vue ?
En outre, c'est encore un personnage féminin qui est la narratrice. Pourquoi toujours des filles ? Pourrais-tu écrire avec un narrateur masculin ?
J'aime beaucoup la première personne parce qu'elle permet d'être au plus près du personnage, de partager ses émotions, ses pensées. Si on ne rate pas son coup, le lecteur est vite en empathie avec le personnage. Les odeurs, les couleurs, la douleur, la peur, le désir... tout est partagé ! Un livre est réussi quand le lecteur est attrapé, quand il a envie de plonger dans le livre pour rester à côté du personnage, avec lui, qu'il rêve de s'immerger totalement dans l'histoire.
Or la première personne facilite ce genre de ressenti.
Mais elle prive aussi d'une palette de narration plus large. Il faut donc développer des stratégies pour divulguer certaines informations, par exemple (puisqu'on se contente d'un unique point de vue, subjectif).
Je réfléchis en ce moment à écrire à la troisième personne, ce serait une découverte pour moi ! Dans ce cas, un personnage masculin, pourquoi pas.
Mais à la première personne, c'est inenvisageable. J'ai besoin, moi aussi, d'être proche du personnage pour qu'il soit crédible. Je peux me projeter dans des personnages féminins, il y a un socle commun. En revanche, pour l'instant, je me sens incapable de me transformer en homme.
Le livre est sombre avec un rythme assez soutenu. L'atmosphère a quelque chose d'oppressant et de confiné. Il fait beaucoup plus adulte que Saskia. Comment choisis-tu l'atmosphère de tes romans ? Et comment arriver à rendre l'atmosphère choisie ?
L'atmosphère découle du personnage. Je l'adapte à lui, enfin, c'est une façon de parler, ça se fait tout seul. C'est lui qui influence le reste, qui dirige. Quand je travaille, tout, tout, tout émane du personnage, de ce qu'il est, sa personnalité, sa façon de réagir aux événements, et ce dont il a besoin pour avancer, grandir, progresser.
Tu n'es pas tendre avec tes héroïnes. Déjà, tu ne ménageais pas trop Saskia, même si le ton de cette série était moins sombre, mais alors la pauvre Érine, qu'est-ce qu'elle prend ! Malmener ses héros, ça permet quoi ?
De les faire grandir.
Sous un vernis fantasy, ton roman aborde des sujets tels que la discrimination sociale, l'épuisement des ressources naturelles, la corruption politique… C'est très actuel comme thématiques tout ça, non ?
Est-ce que ce n'est pas l'essence de la fantasy ? Une façon de mettre en scène notre monde, de chausser des lunettes différentes pour l'observer. La fantasy est un filtre, une gigantesque métaphore. Elle parle de nous, profondément, de nos doutes, de notre souffrance, de nos espoirs, de notre quotidien. Elle est réussie quand elle résonne avec ce que nous sommes.
La Fille Sortilège est un ‘‘one-shot’’, est-ce que tu l'as toujours vu comme ça ? Est-ce plus difficile d'écrire un ‘‘one-shot’’ qu'une série ? D’autre part, la fin reste assez ouverte, as-tu pensé à écrire une suite ?
Maintenant que j'ai fini la trilogie de Saskia, je dirais : le pire, c'est un dernier tome de série, qui doit se finir en beauté et en même temps refermer la grande majorité des portes ouvertes dans les tomes précédents... Mais j'avoue que tout dérouler et clore en un tome, c'est coton !
Et oui, pour être honnête, j'ai planté quelques petites graines pour une éventuelle suite. Par ailleurs, je suis très attachée à Érine, et j'aimerais bien savoir ce qui va lui arriver. Mais ce n'est pas du tout à l'ordre du jour... Ne jamais dire jamais ! :)
Tu as écrit La Fille Sortilège avant d'écrire le tome 3 de Saskia, est-ce que cela t'a apporté quelque chose pour l'écriture de ce dernier tome de Saskia ?
Oui, je pense. Mais quoi, précisément... Un peu plus d'expérience, sans doute.
D’autre part, le tome 3 de Saskia sort très bientôt (il est maintenant disponible, depuis le 10 octobre, NDLR). Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Non. Oh là là, je plaisante. Bon, alors... il est épais, je l'aime beaucoup et ça va être super. Sans rire, j'avais écrit les deux premiers tomes le nez au vent, sans savoir trop (enfin, vaguement) ce qui allait se passer, et je pense que ce dernier tome déchire pas mal ! :)
On a une vraie fin, où les choses se résolvent, où chacun (re)prend sa place.
Ce serait cruel d'en dire plus. :)
J'ajoute que si une part de moi est heureuse de terminer cette histoire, l'autre est triste de quitter Saskia...
Et après, as-tu d'autres idées ou projets ? Un roman adulte ?
J'ai plusieurs projets, dont un adulte, mais surtout des projets jeunesse. Un roman pour plus petits, un autre de YA... D'autres encore, un peu flous. Je réfléchis à tout ça en ce moment. Mais je trouve que la jeunesse est un domaine formidable où le champ des possibles est vaste. Le lectorat est précieux, attentif, généreux, j'adore. Aujourd'hui, c'est là que j'ai envie d'être.

Propos recueillis par Siriane


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