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L'encyclopédie de la fantasy

ISBN : 978-235425134-5
Catégorie : Aucune
Auteur : Jacques Baudou

Le Merveilleux existe depuis les premiers textes de l’Histoire, et toutes les mythologies regorgent d’un bestiaire fabuleux ou d’exploits surhumains. Plus tard, au Moyen-Âge, les chansons de geste fourmillent elles aussi de fées, de nains et de chevaliers s’aventurant dans des contrées étranges. Mais c’est avec J. R. R. Tolkien - qui commence à écrire dans les années 1930 - et le succès planétaire du Seigneur des anneaux que la Fantasy devient un genre littéraire. La Fantasy diffère du fantastique en ce qu’elle se situe dans un monde différent du nôtre, alors que le fantastique est l’irruption d’êtres différents (vampires, fantômes) dans un quotidien “normal”. Mais on voit tout de suite que les frontières sont floues, d’autant que les auteurs s’emploient à les dynamiter. Pour la première fois, un critique français, Jacques Baudou, critique au Monde, s’est employé à répertorier, trier, expliquer ce domaine extraordinaire (dans tous les sens du terme) rassemblant des auteurs et des œuvres aussi différents et aussi populaires que Tolkien, Alice au pays des merveilles, Harry Potter, Peter Pan, Conan le barbare, Shakespeare, Le Magicien d’Oz, les jeux de rôle, Robin Hobb, Terry Pratchett, Terry Goodkind, Robert Holdstock, Raymond Feist, L’histoire sans fin, Excalibur, Stephen Lawhead, ainsi qu’une école d’auteurs français qui connaît un succès croissant.

Critique

Par Akashar, le 05/09/2011

Il est des spécialistes de la fantasy qu’on ne présente plus, en France à tout le moins. Jacques Baudou est de ceux-là. Auteur des « Que sais-je ? » sur la fantasy et la science-fiction, l’auteur s’y était démarqué par son érudition et son esprit de synthèse. Ma lecture bienveillante avait pourtant buté sur un certain nombre d’assertions pour le moins discutables – et discutées – au sein des deux ouvrages. J’avais notamment relevé que
« (la) S-F et la fantasy (sont) de nature très différente. L’une procède d’un retour à la pensée magique, elle est donc régressive, tandis que l’autre s’appuie sur les conquêtes de l’intelligence et du savoir. L’une flatte l’irrationnel, l’autre est un outil de questionnement du monde. La fantasy est une pure littérature d’évasion, alors que la science-fiction est toujours en prise (…) avec le réel. » (2003 : 125)
C’est donc avec une certaine anxiété que, flambeur invétéré, je me suis dirigé vers la caisse de la célèbre enseigne aux trois consonnes et une voyelle dans les rayonnages de laquelle le bel ouvrage avait séduit mon œil d’esthète.
Premier constat : l’objet-livre est superbe. Couverture cartonnée, papier de grande qualité, illustrations nombreuses et variées – on saluera ici le travail de l’illustratrice, Krystal Camprubi –, bref, c’est beau, et c’est aux éditions Fetjaine, ce qui est encore mieux.
L’ouvrage est divisé en une vingtaine de chapitres. Outre les classiques questions de définition et de sources du genre, examinées dans les premiers chapitres, le début du livre traite bien sûr de Tolkien, mais n’oublie pas de replacer celui-ci dans un contexte plus vaste, en proposant un avant/après Tolkien plutôt intéressant. Le lecteur sera ensuite ravi de découvrir que justice est rendue, pour une fois*, à l’inclassable Mervyn Peake, chef-d’œuvre de la fantasy resté, dans l’ensemble, sans postérité.
Viennent ensuite des chapitres respectivement consacrés aux principaux genres de la fantasy. Jacques Baudou en dénombre sept: fantasy héroïque, épique, urbaine, humoristique, arthurienne, animalière et exotique. On pourrait longtemps discuter de ces taxinomies, parfois artificielles, et qui engendrent des conceptions quelquefois caricaturales. Ce serait mesquinerie : chacun de ces chapitres aborde la définition du genre, ses thèmes, ses auteurs majeurs, ses origines, ses développements ultérieurs… Certes, tout n’est pas dit, et l’on reste en de rares occasions sur sa faim au détour d’un paragraphe précipité. Mais Baudou, dans chaque chapitre, offre au lecteur quelques recommandations bibliographiques qui balaient de la main ce reproche.
Jacques Baudou aborde ensuite les francs-tireurs, catégorie d’écrivains qu’il avait déjà traitée dans son « Que sais-je ? ». S’il est vrai que les auteurs qui peuplent ce quatorzième chapitre s’avèrent inclassables, on pourrait se demander pourquoi n’y avoir pas intégré Peake ou, dans une moindre mesure, Moorcock. Quoi qu’il en soit, la section suivante, consacrée aux frenchies de la fantasy, est particulièrement bienvenue. De Gaborit à Pevel, de Colin à Fetjaine, le lecteur familiarisé avec une omniprésente fantasy anglo-saxonne découvrira, à travers une courte présentation, une quinzaine d’auteurs de premier choix. Un bon point pour cette encyclopédie, sans aucun doute.
Est ensuite étudiée la fantasy allemande. L’Histoire sans fin y occupe évidemment une place de choix, mais d’autres auteurs, pour la jeunesse y compris, y sont abordés. Il est un brin dommage de ne pas disposer, ici, de conseils bibliographiques, tant la littérature merveilleuse d’outre-Rhin est méconnue dans nos contrées.
Le chapitre 17 aborde la fantasy à travers les arts, pictural principalement. Sont évoquées les domaines anglais, américains et français. Intéressant, ce chapitre laisse toutefois un arrière-goût de trop peu, à l’instar du chapitre 19, qui traite brièvement de la fantasy jeunesse, presque exclusivement américaine. Entre les deux, le lecteur découvre un vaste panorama de la tradition britannique dans lequel Jacques Baudou, une fois posées les œuvres majeures (Mary Poppins, Narnia…), délaisse la perspective historique pour se centrer sur les décennies 1960-1970.
Rowling, Pullman et la « nouvelle vague » se voient logiquement attribuer un chapitre entier. Baudou présente brièvement une demi-douzaine d’auteurs, et propose une rapide critique de chaque œuvre, une joyeuse initiative.
Stéphane Beauverger signe les deux dernières parties de l’ouvrage, parties qui, unies dans un dernier chapitre, traitent du jeu vidéo et du jeu de rôle. S’il n’est pas délaissé, l’ancrage historique cède dans l’ensemble la place à un examen des thèmes, des mécaniques de jeu, des influences ou encore de la réception du loisir rôliste – et c’est tant mieux ! Gygax et Donjons & Dragons occupent dans ce chapitre la place qui leur revient, mais dans l’ensemble, le texte brasse étonnamment large : jeux de rôle, jeux de plateau, jeux de cartes, livres modulaires, jeux de figurines… Beauverger se montre aussi complet qu’on peut l’être en une demi-douzaine de pages. La partie consacrée au jeu vidéo surprend également par sa richesse, et le joueur chevronné sera ravi de voir mentionnés Baldur’s Gate, Diablo, Dark Age of Camelot ou l’incontournable WoW. Il est très rare, pour un lecteur parcourant un ouvrage théorique consacré à la fantasy, non seulement de découvrir des chapitres substantiels dédiés aux pratiques (vidéo)ludiques, mais aussi et surtout d’avoir l’impression – certainement fondée – que l’auteur desdits chapitres sait de quoi il parle.
C’est en définitive la richesse de l’ouvrage qui frappe. On y découvre des références à des festivals, à des adaptations cinématographiques, à des mangas, on y parle des poèmes irlandais et d’Oblivion, on aborde les thèmes, l’histoire, l’esthétique, la dynamique du genre… Encyclopédique, le livre de Baudou ne cherche pas à développer de longues analyses, mais à proposer un panorama qui soit le plus vaste possible, sans être pauvre dans ses commentaires. A cet égard, c’est une réussite. On pourra, tout au plus, reprocher au chapitrage certaines inconsistances ou bizarreries, et à l’encyclopédie de faire la part belle au trio Angleterre-USA-France. Mais l’Allemagne y trouve tout de même son compte, et l’on ne saurait reprocher à un ouvrage français de se concentrer sur la production francophone… peut-être pas encore assez, d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, au niveau de la critique francophone, cet ouvrage est à ranger aux côtés de celui d’Anne Besson. Sur l’étagère des incontournables.

* Anne Besson, dans La fantasy, avait elle aussi abordé Peake, bien qu’assez rapidement.

8.0/10

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