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Histoires de feu et de glace

Titre VO: Elementals

ISBN : 978-220725120-1
Catégorie : Roman connexe
Auteur : Antonia Susan Byatt

Traduction de Elementals, paru en 1998 outre-Manche, Histoires de feu et de glace (2002) démontre tout l’art d’A.S. Byatt de conteuse comme de femme de lettres. Tout n’est pas de la fantasy ici. Sachez-le.
On trouve dans ce recueil six nouvelles, allant d’une dizaine de pages à près d’une soixantaine : Les Larmes du crocodile ; Une Lamie dans les Cévennes ; Le Froid ; La Clocharde ; Jahel ; Le Christ chez Marthe et Marie.

Un Anglais se fait construire une piscine dans les Cévennes. Dans ses profondeurs bleutées, il découvre une femme-serpent, créature mythologique de son enfance qui lui parle avec l’accent cévenol.

Une femme se souvient de sa vie d’écolière et se laisse lentement obnubiler par un épisode anodin : le coloriage d’un album d’histoire sainte, le rouge sang de la tunique de Jahel, héroïne biblique.

Une princesse d’un royaume de glaces épouse le prince d’un désert brûlant. Elle habitera un palais de verre soufflé, issu des grains de sable.

De ces microclimats réels ou féeriques, A.S. Byatt capte la lumière sensuelle et les arômes volatils. Avec un talent de conteuse qui mêle la trame du quotidien à la texture du rêve.

Critique

Par Macros, le 15/07/2002

Les Larmes de crocodile. Tony, le mari de Patricia, vient à décéder soudainement, alors que le couple visite une galerie de peinture. Le plus étonnant - ou le plus choquant - c’est que Patricia, à la vue de celui qui vient tout juste de mourir, décide de tout quitter, le mort, sa famille. Elle part, au loin, à Nîmes après avoir voyagé sans but précis. Dans son état de détachement presque inhumain, mortifère à tout le moins, elle fait la connaissance d’un norvégien, Nils Isaksen, qui demeure au même hôtel. Tous deux gens du Nord dans une cité où vont débuter les festivités annuelles de la féria, arpentant ses rues désertes aux heures les plus chaudes.
Détachement, mensonge, rédemption, avec en arrière-plan l’histoire de la cité, de contes ou de personnages légendaires. Un sentiment étrange nous habite à la lecture de cette superbe nouvelle, belle et troublante, douce et cruelle. Enfin, on notera que l’auteur semble beaucoup aimer la France, pays qu’elle apprécie, juge, jusque dans ses aspects qui peuvent sembler anodins.

Une Lamie dans les Cévennes. Comme dans la nouvelle précédente, il est question de peinture. Les couleurs des lieux, des êtres sont elles aussi mises en avant, chantées, fantasmées.
Un anglais quitte son pays du temps de Thatcher pour la solitude des Cévennes. Il se consacre à la peinture, à capter les subtiles nuances des couleurs de ce qui l’entoure, jusqu’à devenir une obsession. Il a droit un jour à une bien étrange visite dans la piscine qu’il s’est fait construire. Mais comme dans le conte Le Compagnon qui, dans sa version norvégienne - que vous lirez dans la première nouvelle -, voit le héros rompre le pacte, le peintre en fera de même avec la lamie, poursuivant sa quête picturale dans la quiétude.

Le Froid. Un joli conte où l’amour a priori impossible entre une princesse des glaces et un prince artiste du désert peut néanmoins se réaliser, grâce à l’art de celui-ci. Une vie tantôt languissante, tantôt passionnée, entre ombre et lumière, froid et chaleur. En prime on y trouve l’évocation de superbes constructions de verre.

La nouvelle suivante, La Clocharde, est davantage fantastique que fantasy : une bonne dame anglaise, épouse d’un directeur d’une compagnie dont tous les directeurs se réunissent en Extrême-Orient, part faire du lèche-vitrines dans un centre commercial labyrinthique et bientôt désert, et se voit devenir peu à peu une clocharde.

Jahel. A partir d’un souvenir étrangement obsédant, la narratrice de cette histoire dresse un portrait cruel du milieu de la publicité et des externats de jeunes filles en Angleterre. Surtout que ce n’est pas spécialement un “ange” !

Le Christ chez Marthe et Marie. Un peintre, s’aidant pour cela de l’histoire du Christ chez Marthe et Marie, réconcilie avec elle-même une jeune cuisinière, artiste à sa façon, talentueuse mais pas vraiment belle.

Au final, une série de petits récits, qui, à défaut de ne pas toujours être de la fantasy, portent en eux un fort pouvoir onirique. Les différentes histoires se mêlent bien souvent à d’autres que l’on peut rencontrer dans des contes. L’écriture est particulièrement soignée, tout comme les évocations des lieux, des sensations, des couleurs.

8.0/10



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