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C.S. Lewis, ce héros…

Par Altan, le jeudi 11 octobre 2007 à 19:04:28

Nombreux sont ceux qui ont écrit sur Clive Staples Lewis, la plupart d’entre eux ont vu l'auteur des Chroniques de Narnia comme un érudit isolé. Ici, à l’occasion d’une nouvelle représentation de Shadowlands, une pièce narrant une partie de la vie de l’auteur, son beau-fils Douglas Gresham s’exprime une nouvelle fois sur le sujet. Voici notre traduction intégrale de son témoignage touchant accordé au journal The Guardian.

Interview de Douglas Gresham

La pièce Shadowlands (Les Ombres du cœur) aujourd'hui célèbre, qui est sur le point d'être rejouée au quartier West End de Londres, est l'une des plus anciennes parmi les nombreuses oeuvres dédiées à mon beau-père, CS Lewis. Il y a eu des livres (beaucoup de livres, dont deux sont de mon fait), des pièces de théâtre, des films et même des chansons écrites pour lui. Ils varient entre bons, mauvais et abominables, la plupart d'entre eux étant écrits par des personnes qui le connaissaient à peine voire ne l'avaient jamais connu du tout. Ils peuvent vous dire (avec différents degrés d'exactitude) ce qu'il était, où il était, quand il était et ce qu'il a fait, mais presque aucun d'eux n'est capable de vous dire qui il était.De son vivant je n'ai jamais connu C.S. Lewis, le nom sur le dos des livres, dans la vie, le délicieux homme qui a remplie de joie mon enfance par sa présence était « Jack ». Ma première rencontre avec lui fut extraordinaire. J'étais alors un écolier américain de huit ans, straight off the boat, débarqué à Oxford peu de temps après mon arrivée sur cette terre étrange au nom d'Angleterre, où le peuple s'habille si curieusement, parle si bizarrement et mange de la nourriture étrange et inconcevable.

J'étais impatient de rencontrer l'homme qui, autant que je le savais, connaissait pour de vrai le Roi Peter le Magnifique de Narnia et le grand lion Aslan ; un homme qui, selon moi, pourrait être un membre de la cour du Roi Arthur. Je me suis pour ainsi dire attendu à une grande et puissante silhouette en armure, portant une épée à double tranchants, mais la réalité fut bien différente. Dans la cuisine de sa maison The Kilns, nous avons été reçus par un homme légèrement voûté, avec une calvitie naissante, de longs doigts et des dents tachés par la nicotine, et vêtu avec les vêtements les plus minables que j'avais jamais vus.

Passé mon anxiété initiale, Jack remplaça bientôt le C.S. Lewis imaginaire pour devenir réel. Je perdis une illusion pour gagner d'abord un ami, puis, plus tard, un beau-père bien-aimé.

Peu de temps après, j'étais en haut d'un tas de bois que venait de couper Jack et Warnie (le frère aîné de Jack, Warren Hamilton Lewis) pour la cheminée. Jack et Warnie, quoique tous deux universitaires, ne rebutaient pas à salir leurs mains pour de telles tâches inférieures.

Jack m'a montré les bois et le lac derrière The Kilns, et m'a appris à chercher faunes et dryades parmi les sycomores rayonnants et les hêtres miroitants. De lui j'ai appris une considération pour les plantes, comme les prêles géantes dans le marais au-dessus du lac ; de lui je tiens un amour pour les champs, les forêts et les animaux ; un plaisir dans le temps, du rugissement du vent au calme imperturbable, de la pluie torrentielle au soleil brillant ; tous ont une place dans mon cœur. Et cela, je l'ai appris de Jack.

Jack m'a aussi appris à lire. Pas comme nous lisons depuis l'école primaire, mais lire pour l'amour de la lecture et de la connaissance, pour toute la sagesse du monde que l'on se doit de chercher dans les livres. Jack m'a enseigné cela. La maison était pleine de livres, et aucun ne m'a été interdit.

D'abord j'ai vécu à Londres et j'allais rarement à The Kilns, mais durant la brève période où nous nous étions déplacés à Headington, si loin, Jack m'avait dit que je serais toujours le bienvenue. De là sont venus certains des mythes qui tournent autour de Jack, dont plusieurs proviennent d'ailleurs de sa propre plume. Il ne sait pas y faire avec les enfants, a-t-il dit de lui-même, et pourtant je n'ai rencontré que rarement des hommes plus gentils avec les enfants. Je pense qu'il a probablement voulu dire qu'il n'était jamais à l'aise avec eux, mais même alors, qu'il ait été mal à l'aise avec les enfants des autres ne signifie pas qu'il en allait ainsi avec ses propres enfants. De misogyne certains l'ont aussi diffamatoirement étiqueté, et pourtant je n'ai jamais connu un homme si prévenant avec les femmes, ni encore si charmant et amusant en leur compagnie.

Je pense que dans le monde triste et sombre d'aujourd'hui, beaucoup de personnes auront du mal à croire en ce Jack-là. C'était un homme qui avait grandi dans la pensée du 19ème siècle. Il croyait en l'honnêteté, la responsabilité personnelle, l'engagement, le devoir, la courtoisie, le courage, la chevalerie et toutes ces grandes vertus dont la société, dans sa sagesse, s'est passée au 20ème siècle, parce que soi-disant d'une façon ou d'une autre périmées, et qu'aujourd'hui elle doit si désespérément se rappeler et s'y remettre. Jack était aussi venu pour tenter de comprendre l'humanité et la nature de l'espèce. Il n'a pas été étranger à la souffrance : il a perdu sa propre mère à l'âge de neuf ans et a éprouvé les horreurs d'une école à la Dickens. Jack avait combattu lors de la Première Guerre Mondiale et avait subit la deuxième, perdant des amis et des collègues au cours des deux. Jamais il n'a abandonné la promesse qu'il avait fait à son frère d'arme Paddy Moore tombé au combat, s'occupant de la famille de l'homme pendant plus de 30 ans. Jack avait appris à aimer et perdre, et avait subi le supplice des deux à la fois. Personne ne peut le blâmer de s'être fermé sur lui-même et d'être devenu (comme il est souvent dépeint) un érudit isolé entouré par des cloîtres. Au lieu de cela, après la mort de Mme Moore, dès lors allégé de son fardeau et du soucis qu'il s'en faisait, il s'est plongé encore une fois dans l'amour et la douleur en épousant ma mère, qui était déjà en fin de vie. Il a fait face à la douleur d'aimer celle dont il savait qu'elle ne serait plus à ses côtés pour longtemps, et a aussi pris sur lui la responsabilité de ses fils, mon frère et moi-même. Une tâche peu aisée dans de telles circonstances, une tâche pour un véritable héros.

Ma mère était une américaine. Elle était venue à la vérité du Christ par la lecture de Mere Christianity et d'autres des écrits de Jack. Elle lui avait alors rédigé ses propres questions, car, comme toute personne très intelligente, elle avait des questions. Et elle fut enchantée quand il traita avec elle de ses questions et objections dans le style magistral et économique de la correspondance, qui ne tarda pas à se multiplier. Ma mère a visité l'Angleterre en 1952, et elle et Jack, ainsi que Warnie, devinrent bientôt de fidèles amis. Ma mère était intellectuellement l'égal de Jack, la seule que j'ai jamais rencontrée, et Jack était ravi quand, tandis qu'ils débattaient de chose et d'autre, elle le corrigeait de telle ou telle petite erreur de citation ou de détails. Ma mère avait globalement plus lue que Jack, car elle avait lu ce qu'il avait lu, mais en plus elle connaissait les auteurs américains plus modernes. Elle avait aussi voyagé plus loin, étant née en Amérique et s'était tournée vers l'Angleterre avec sa progéniture en 1953. Jack et elle se sont mariés sur son de lit de mort, mais le Touché de Dieu est intervenu et elle s'est remise, avec la permission de pouvoir vivre encore plusieurs années. Les années les plus heureuses de leurs vies. Le courage que tous deux ont montré durant cette période est une évidence pour moi.

Est-ce que C.S. Lewis était un grand érudit ? Sans aucun doute. Est-ce qu'il était un grand auteur ? Aucun honnête spécialiste ne peut aujourd'hui en douter un seul instant. Maintenant certaines de ses histoires sont redécouvertes par le biais de films, il devient plus connu dans le monde entier, accélérant énormément une tendance qui en 40 ans a petit à petit augmentée. Est-ce que C.S. Lewis était un grand enseignant ? Cela, je pense, est aussi incontestable : il a enseigné à Oxford et des universités comme Cambridge enseignent aujourd'hui ses livres. Etait-il un grand théologien ? Nombre des plus grands spécialistes actuels en religion Chrétienne le croient fortement. Bien qu'il n'ait jamais apposé de revendication sur n'importe lequel de ces titres, ni qu'il les ait accepté de la part des autres, il était toutes ces choses et bien plus encore.

Vous voyez, tandis que C.S. Lewis était un grand savant, un grand auteur (dans beaucoup de genres), un grand professeur et un grand théologien, Jack était un grand homme.

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