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Patrick Dechesne et les éditions de l’Instant

Par Gillossen, le vendredi 24 juillet 2015 à 19:46:54

instantLes Éditions de l'Instant, on en parle depuis quelques semaines maintenant.
Mais si le projet se veut ambitieux, il se montre ou se montrait en tout cas plutôt mystérieux. Voilà donc l'occasion d'en apprendre un peu plus dans le cadre d'un entretien avec Patrick Dechesne, à la tête de cette expédition, que l'on souhaite pour lui au long cours.
A vous maintenant de vous faire votre propre idée !

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L'entretien

Parmi les projets de financements participatifs qui fleurissent, vous êtes sûrement le moins connu. Pouvez-vous vous présenter, vous-même tout comme les éditions de l'Instant ?
Je peux à tout le moins me présenter moi, pour commencer. Je m’appelle Patrick Dechesne, j’ai 44 ans, je lis de la SF depuis plus de 30 ans, un vrai acharné, j’en ai lu des centaines voire des milliers. J’ai un passé de traducteur dans des domaines variés (du manuel de jardinage à l’interview rock). Mes compagnons d’aventure, qui forment avec moi Les Éditions de l’Instant, sont traducteurs, conteurs, nouvellistes,… Contrairement à beaucoup des fans, je n’ai jamais eu plus que des velléités d’écriture, mais j’ai par contre toujours été attiré par l’édition. Cela me fascinait : compiler des anthologies, créer une ligne éditoriale, découvrir des livres, des auteurs, des genres et prendre le risque de les proposer aux lecteurs. Je suis donc – nous sommes tous – des fans voulant passer à l’action.
Personnellement, ça fait deux ans que je prépare la boîte, que je négocie avec les auteurs, les agents que je monte des plans financiers. On ne s’est pas lancés sur un coup de tête… Je crois que nos choix éditoriaux le prouvent.
Notre objectif – il est inscrit dans notre charte, que je me permets de citer – est de « promouvoir et mettre en valeur des écrivains et des œuvres qui auraient normalement moins de chances d’être publié dans nos belles contrées francophones. C’est notre but ultime. Il s’applique aussi bien à des auteurs, qu’à des formats, qu’à des langues, qu’à des sous-genres. Donc, dans l’ordre, ça donne : des auteurs ayant été peu ou jamais traduits en français, des auteurs francophones méconnus, oubliés ou jamais publiés, des nouveaux noms de qualité mais mal connus du public. Des formats mal-aimés et pas assez exploités en francophonie, comme le recueil de nouvelles, l’anthologie, la novella,… Des langues qu’on traduit peu dans notre domaine, du danois au malais, du swahili à l’italien. Des sous-genres aussi modernes que passionnants, par exemple l’afrofuturisme, la silk road fantasy, le dieselpunk,… »
Pourquoi le choix d'une telle plateforme au lieu des classiques ulule et compagnie ?
Notre but était de promouvoir l’économie locale, la plate-forme que nous avons choisie est de Liège, comme nous. Bon, après coup, ce n’est peut-être pas l’idée la plus brillante qui soit sortie de nos cerveaux, mais ce n'est pas un système très différent des autres. Un peu plus contraignant, mais aussi un peu plus sécurisé…
Page facebook, site internet... Comprenez-vous que le tout n'apparaisse pas forcément très "vendeur" pour le moment ?
Le problème de l’habillage… Il y a deux choses à dire dessus, je pense.
Tout d’abord, c’est vrai, nos choix graphiques ont été jugés malheureux par beaucoup. On est des gens réalistes, on écoute nos futurs lecteurs (on croit au lecteur !) et, par conséquent, on a suivi leurs remarques et on a tout changé. Dès aujourd’hui, nouvelle couverture, nouvel habillage, nouveau fonds, tout est différent. On espère que ce nouvel habillage vous plaira plus.
Cependant, et c’est mon deuxième point, il n’y a pas que l’habillage, il y a aussi le fond ! Le problème des couvertures a généré de multiples réactions, c’est bien normal. Mais il y a aussi, par exemple sur notre blog, des choses à lire (un long extrait du livre – 6000 mots, la taille d’une nouvelle –, des articles,…) qui provoquent dix fois moins de réactions. Et bien peu de réactions aussi face aux choix éditoriaux, aux livres que nous allons publier…
Ça m’étonne beaucoup ! Je suis le premier à demander avis, partages, suggestions… Mais sur l’ensemble du projet, pas juste sur une partie de celui-ci. Alors, si vous voulez vraiment nous juger, lisez-nous, ne vous contentez pas des visuels !
Parlez-nous un peu de vos titres.
On commence par « Un Etranger en Olondre », de Sofia Samatar, World Fantasy Award 2014, British Fantasy Award 2014, entre autres.
Un grand livre… Quand le projet est devenu réalité, le premier roman que je voulais traduire, c’était « Un étranger en Olondre ». De tous les livres que j’ai lu à cette époque, c’était celui qui s’imposait comme une évidence. J’aime tout ce qu’il y a dedans : sa prose, son rythme, la musique que chantent ses mots, son histoire, ses rebondissements, le voyage qu’il propose, sa poésie, sa finesse, l’humour et les émotions qui s’en dégagent…
Sofia Samatar présente elle-même son roman de la façon suivante : « Je voulais écrire une œuvre de fantasy dans laquelle le langage et l’histoire auraient la même importance. » Pour parler du livre, il me faut donc parler des deux : de cette histoire, qui est celle de Jevick, jeune homme découvrant deux univers, celui des livres et celui de l’Olondre, mais aussi celle de ce fantôme qui est aussi un ange et qui hante notre héros ou celle de cette lutte sans merci à laquelle se livrent les deux principales religions olondriennes et dans laquelle notre héros devient un enjeu majeur. Mais aussi de l’écriture de Sofia Samatar, une perle de précision, de poésie, de subtilité, sans jamais verser dans le précieux ou l’ésotérique. Et des rapports qu’entretiennent étroitement le style de l’œuvre, son intrigue, son histoire. Je renvoie également les curieux et les sceptiques à la critique que tu en as fait sur Elbakin.
Ensuite, « Kabu-Kabu » de Nnedi Okorafor. Je considère Nnedi Okorafor comme une des plus grandes écrivaines actuelles, tous genres confondus. C’est une immense fierté pour nous de la publier. « Kabu-Kabu » est un recueil de nouvelles dans la veine de son roman « Qui a peur de la Mort ? », entre réalisme magique et visions d’une Afrique future, avec quelques incursions fantasy. Je pense qu’on y retrouve l’essence de son style et de ses idées et que c’est un bouquin essentiel et qui devait être traduit de toute urgence.
En troisième lieu, une anthologie steampunk originale, « Gentlemen mécaniques », avec pas mal de textes venant des USA, d’Australie, de France, et dont le sommaire est presque bouclé (on voudrait y adjoindre encore l’un ou l’autre texte). L’idée des anthologies thématiques nous tient très à cœur, on travaille déjà sur la suivante, qui sera consacrée à Cthulhu et aux mythes lovecraftiens. Ce sera des chouettes bouquins semi-poche contenant une douzaine de nouvelles, avec beaucoup de nouveaux auteurs et quelques-uns déjà réputés. On aimerait y présenter aussi bien des genres et des thèmes connus, comme ce sera le cas pour les deux premières anthos, que d’autres moins évidents : un recueil afrofuturiste devrait voir le jour, un autre de silk road fantasy aussi. C’est l’essence même de ce que nous voulons faire : découvrir des choses différentes et les présenter au public francophone.
Ce sont les trois bouquins qu’on publiera à coup sûr, dans les premiers mois d’existence effective de la maison, prêts et déjà traduits. On déborde de projets pour la suite, mais je pense qu’on en parlera dans la suite de cette interview.
Comment une nouvelle structure inconnue peut-elle décrocher les droits d'un World Fantasy Award ?
Eh bien, au cours de la confection de ce projet, nous avons pris contact avec des tas d’éditeurs, d’agences littéraires et d’auteurs. Nous leur avons expliqué notre projet, nos envies, nos motivations… Exactement comme nous sommes en train de le faire maintenant avec toi. Et tous ont été conquis, nous n’avons essuyé aucun refus jusqu’à présent, tout le monde semble réjoui qu’un espace se crée dans l’édition francophone pour des livres plus audacieux et qui sortent des sentiers battus.
Dans le cas précis d’ « Un Etranger en Olondre », les éditeurs américains (Kelly Link et Gavin Grant) ont fait preuve d’un enthousiasme immédiat, heureux de transmettre leur « bébé » à une maison d’édition « jeune, ambitieuse et pleine d’idées » (je les cite, ça fait trop plaisir d’avoir de tels retours !) et de permettre à des lecteurs non-anglophones de les lire. Ils nous ont eux-mêmes recommandés à leurs agents américains et français, qui se sont montrés aussi enthousiastes. Le deal a été bouclé quelques mois avant les nominations aux différents prix. On a suivi les remises en streaming sur des podcasts américains et laissé éclater notre joie à l’annonce des résultats et notre fierté d’avoir découvert ce chef-d’œuvre. C’est très rassurant, ça nous a prouvé la justesse de nos choix éditoriaux…
Le lendemain, on s’est remis au travail trois fois plus motivés encore, soucieux d’offrir le meilleur aux éditeurs qui nous ont fait confiance, aux agents qui n’ont pas fait que travailler avec nous mais nous ont aussi aiguillés dans les négociations et appris quelques ficelles du métier et à la voix unique et charmeuse de Sofia Samatar.
Le monde professionnel s’est donc montré plus qu’encourageant avec nous, vraiment enthousiaste et prêt à nous offrir de son temps et de ses connaissances. Qu’ils en soient ici remerciés publiquement !
En cas d'échec de votre campagne, que se passera-t-il ?
Tout d’abord, pourquoi une campagne de financement participatif ? Tout simplement, parce que pour nous c’est le rêve ! Nous voulons vraiment entretenir une relation avec le lecteur, l’écouter, tenir compte de ses avis, de ses désirs, de ses critiques aussi… Dans notre monde idéal et optimiste, une maison d’édition devrait pouvoir se passer de banquiers et de subsides. Je sais, c’est très idéal, à la limite de la folie. C’est cependant ce vers quoi nous voulons tendre. Réussir un projet où le seul argent qui entre en jeu est celui que nous avons personnellement investi et celui que les lecteurs y investiront. On y croit toujours, à l'heure actuelle. Allez jeter un œil sur notre financement. Beaucoup de choses y ont changé : nous avons trouvé l’argent pour financer la traduction de « Kabu-Kabu » et notre petite barre d’investissement est à l’heure actuelle à environ 50 % de nos nouveaux objectifs. Il reste 4 semaines pour atteindre l’autre moitié, c’est carrément possible !
L’échec de la campagne ne signifierait certainement pas la mise entre parenthèse des Editions de l’Instant. Elle traduirait cependant une déception : celle de devoir nous tourner vers un monde qui n’a rien d’idéal et d’optimiste, celui des banques, des subsides,… Autant l’éviter, autant rester libres !
Mais ces livres, quoi qu’il arrive, seront publiés, distribués, mis à la disposition des lecteurs ! Ce sera peut-être plus lent en cas d’échec du financement, mais ça se fera. Il n’y a aucun doute à avoir là-dessus !
Quelles sont vos auteurs de référence dans le domaine de l'imaginaire ?
La question à laquelle il est le plus difficile de répondre. Il y en a tellement ! Faire des choix est presque impossible, à tout le moins douloureux. Comment faire un tri entre les auteurs qui ont bercé mon adolescence et les nouvelles voix originales et récentes qui seront les grands auteurs de demain ? Et que j’aime tous avec passion et parfois même démesure.Je vais quand même essayer.
Dans les auteurs qui ont marqué mes premières années de lecture, deux noms se détachent : Jack Vance et Roger Zelazny. Vance, c’est l’aventure, l’humour, une écriture toujours ironique et cinglante, des mondes plus grands que nature, des personnages plein de panache et dont les mots frappent toujours juste. Un plaisir de chaque instant. « La Geste des Princes-Démons » est pour moi à la fois la plus trépidante, la plus amusante et la plus extraordinaire histoire de vengeance qu’il m’ait été donné de lire. Et sa dernière page, une des plus sombre et désespérantes que j’ai lu, qui oblige à relire tout le cycle d’un autre œil. C’est pour moi le chef-d’œuvre de Vance, même si j’adore Tschaï, la station d’Araminta ou Lyonesse également. Zelazny, c’est la démesure et une langue riche, précise et subtile. De l’aventure également, mais teintée d’une couleur plus automnale. Je préfère ses romans et ses nouvelles à son cycle d’Ambre. « Toi l’immortel », « Une rose pour l’ecclésiaste », « Seigneurs de lumière » sont des chefs-d’œuvre qui parlent à l’âme, à l’esprit et qui donne du plaisir et de la joie. De vrais tours de force, un peu éclipsés par le foisonnement d’Ambre mais à lire de toute urgence.
Je pourrais citer pour cette période de ma vie tout un tas d’autres auteurs, de Lovecraft à Dick, de Ballard à Jeury, en passant par Vonnegut à Lafferty. Ce sont mes racines littéraires.
Puis, il y a les écrivains qui ont commencé à être publiés alors que j’étais déjà un lecteur acharné du genre : Neil Gaiman (tout ce que fait Gaiman est digne d’intérêt ! Tout !), Ian Mc Donald, Lucius Shepard, Dan Simmons, Jeff VanDerMeer, Antoine Volodine. Pour n’en citer que cinq et ne pas commencer à établir des listes incroyablement longues.
Puis tous les écrivains que j’appelle « des interstices », à cheval entre l’imaginaire et la littérature blanche : Haruki Murakami, Borges, Chesterton, Calvino, pour sérier quelques époques et quelques styles différents. Puis, les auteurs extrêmement contemporains, qu’on commence à peine à découvrir en France. Nnedi Okorafor, Ken Liu, Lavie Tidhar sont les plus représentatifs et certainement les plus talentueux.
Puis ceux qui n’ont pas encore traversé la barrière entre l’anglais et le français : Elizabeth Bear est un auteur incroyable, qui doit être traduite au plus vite, pour ne donner qu’un exemple. Mur Lafferty, Jeffrey Thomas, Saladin Ahmed ou Cat Rambo appartiennent à la même catégorie.
Et les auteurs français actuels : Kloetzer, Dufour, Day, Di Rollo, Ecken, Sanahujas sont les premiers noms qui me viennent en tête.
Et des tas et des tas d’autres, que je vais t’épargner. Il y en a des dizaines encore que j’ai envie de citer.
Mais, surtout, le fin du fin, celui dont j’attends le plus : l’auteur que je n’ai pas encore lu.
Comment exister aujourd'hui dans le marché actuel ?
Trois choses sont importantes : des bons livres, des bons livres et des bons livres. Ne pas publier pour publier, la place est déjà prise. J’ai le bonheur de croire que la qualité est toujours récompensée.
J’ajoute à cela une ligne éditoriale qui se démarque aussi bien de celle des grands groupes et de celles des autres éditeurs indépendants. J’adore leur travail (tu devrais voir ma PàL), mais il y a de la place pour autre chose encore.
Prendre des risques. Sur des textes de haute volée. Sur des noms qui ne sont peut-être pas encore au sommet, mais qui seront les références de demain.
Surprendre, provoquer la curiosité. Ne pas avoir peur de publier des choses folles. Être différent mais professionnel.
On dit que le marché est bouché, que la compétition est trop forte. Je n’y crois pas ! Je pense que d’autres choses sont possibles, qui amèneront un public différent. C’est le pari des Éditions de l’Instant. Le public des lecteurs de l’imaginaire se réduit en France ? Très bien, proposons des choses différentes qui, avec un peu de chance, renouvelleront le lectorat.
Quelle est votre position sur le livre électronique ?
Toutes les évolutions technologiques qui allient le côté pratique et le gain de temps et d’espace finissent par supplanter leur modèle antérieur. Ce sera aussi le cas pour le livre électronique. Pour des raisons budgétaires, nous ne nous y sommes pas encore attelés, mais ce sera un de nos prochains chantiers.
Cependant, à l’heure actuelle, le livre papier se vend toujours, à des niveaux qui, pour une structure telle que la nôtre, restent rentables.
Et je ne pense pas que le livre papier disparaîtra, mais plutôt qu’il deviendra un objet plus prisé par le collectionneur et le passionné que par la majorité du public, un peu comme le vinyle.
Enfin, cela va sans doute nous démarquer et nous valoir de la polémique, mais je ne crains pas le « piratage ». Je pense que ce problème est mal approché pour l’instant, que les prix du livre électronique sont souvent trop élevés, que la répression n’a jamais rien résolu… Mais c’est un long débat. Et une aventure dans laquelle nous ne nous sommes pas encore lancés. Notre avis sur la chose reste purement théorique. On verra s’il évolue quand nous nous lancerons dans l’édition électronique…
Si tout se déroule pour vous comme vous l'espérez, quelle seraient vos prochaines parutions ?
Ça dépend de plusieurs facteurs. Notamment de la réussite du financement participatif. Lancer un gros roman anglo-saxon de dark fantasy ou de steampunk ne demande ni le même investissement ni la même logistique que lancer un recueil de nouvelles de fantasy malaise ou un space opera traduit de l’italien. Et nous avons tous ces projets dans nos cartons…
Donc, je vais juste parler de ce qui est sûr et certain.
Tout d’abord : une anthologie semi-poche consacré à Cthulhu et aux monstres lovecraftiens. Le sommaire prend forme, certaines nouvelles sont déjà en cours de traduction. On peut espérer que ce projet soit bouclé en fin d’année et disponible en rayons vers mai/juin.
Ensuite, une autre anthologie, mais plus épaisse, en grand format, 100 % francophone, qui célébrera l’année Robert E. Howard. Un appel à texte a d’ailleurs été lancé, vous pouvez en découvrir les modalités sur notre blog. Fabien Lyraud, qui a déjà quelques intéressantes anthologies à son actif et que vous connaissez bien sur le forum, en est le maître d’œuvre. La publication de ce livre est prévue pour septembre.
S’intercaleront donc dans tout cela quelques romans, quelques recueils de nouvelles. Difficile donc de vous donner des dates et des titres précis. Vous avez vu les noms d’auteurs « à traduire de toute urgence » que je cite plus haut, ça vous donne une idée de ce que l’on prépare. Elizabeth Bear sera à notre catalogue, c’est certain. Les autres aussi. Et encore plein d’autres que je n’ai pas cités. On ne manque ni d’idées, ni de passion, ni de temps, ni de traducteurs, ni de correcteurs ou de gens acharnés à vous proposer le meilleur. On a même des infographistes, maintenant !

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière


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