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Interview de Chris Debien et Pascal Quidault au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil

Par Aléthia, le lundi 1 décembre 2008 à 23:21:08

Chris Debien et Pascal QuidaultLors de l'édition 2008 du Salon du livre Jeunesse de Montreuil, nous avons eu la chance de pouvoir interviewer Chris Debien et Pascal Quidault pour la sortie de l'Eveil du Roi, le premier tome des Chroniques de Khëradön. Malgré la chaleur étouffante, ils ont eu la gentillesse de répondre à nos questions avec humour et décontraction. J'espère que vous apprécierez autant que nous ce petit moment privilégié en leur compagnie.

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L'interview

Pour nos lecteurs qui n’auraient pas encore lus l’Eveil du Roi , pouvez vous nous présenter l’univers des Chroniques de Khëradön ?
Chris Debien : Les Terres Tranquilles, le royaume où se déroule les Chroniques, constituent une mosaïque contrastée de peuples chamarrés qui vivent en harmonie… du moins pendant une dizaine de pages ! Mais, si j’ai apporté un soin tout particulier au développement de cet univers, je n’ai en revanche pas voulu tomber dans le travers d’un univers trop déroutant, afin de ne pas noyer le lecteur sous des monceaux de références difficiles à digérer… En effet, on voit souvent dans les livres Fantasy actuels des mondes qui cherchent à se démarquer à tout prix au risque d’affadir l’histoire alors que pour ma part, j’ai choisi de me concentrer surtout sur les personnages, leur devenir, leur psychologie. D’ailleurs un des personnages qui m’intéresse le plus, c’est le roi Luther. Il possédait tout, et il a tout perdu. Et ce qui me fascine c’est de voir comment ce personnage va s’en sortir, comment il va réussir à surpasser ces épreuves. Je voulais créer des personnages marqués par la vie, des personnages qui ont tout perdu. Dans les ouvrages de Fantasy, on retrouve souvent des héros, beaux, forts et puissants, mais ce schéma est un peu rébarbatif et moins amusant à écrire. Pareil pour Yana. Elle menait une vie normale puis tout a basculé. Comment va-t-elle se relever ? Arax est aussi un personnage profondément marqué par des drames personnels et ce sont ces fractures que je voulais retranscrire avant tout. Pour moi, c’est ce qui rend un personnage vraiment intéressant et à part. On aime savoir que les héros ont leurs problèmes comme nous, ça les rend plus proches de nous. C’est d’ailleurs ce qui fait le succès de la presse people.
Dans le Royaume des Terres Tranquilles, la magie est encore jeune et l’apparition de la Lahm chamboule les certitudes. Pourquoi avoir choisi de faire de la magie un élément instable et imprévisible ?
Parce que c’est beaucoup plus amusant à faire. C’est comme pour les héros parfaits. Ca peut faire de très bons bouquins mais je n’avais pas envie de reprendre un schéma classique. On a tous connus des persos trop puissants en jeu de rôles et les autres rôlistes n’étaient du coup que des spectateurs. Je n’avais pas envie de ça dans mes chroniques. Donc là, la magie est un élément perturbateur, ni blanc ni noir. Les lecteurs associent souvent l’Eclat avec les bons et l’Obscure avec les mauvais mages. Mais c’est beaucoup moins simple que ça. Les gens associent l’Eclat à quelque chose de positif car elle vient de la nature, des gemmes… alors que l’Obscure demande du sang. Les Sanguelems se sacrifient pour pouvoir lancer des sorts et cela donne donc au lecteur une image négative de cette magie, mais on verra dans le tome deux notamment que ces deux magies ne peuvent pas être définies uniquement comme bonne ou mauvaise, c’est beaucoup moins simple que ça. Et j’ai rajouté la Lahm, une troisième forme de magie qui pourrait se placer un peu entre les deux. C’est une magie qui me tient vraiment à cœur. Le nom de la Lahm est en fait une contraction des mots « homme » et de « âme ». C’est une magie très puissante qui vient de l’intérieur, elle vient de l’homme. La Lahm sera très présente dans les prochains tomes.
Tous les personnages principaux subissent au cours du récit des changements physiques importants, modifiant leurs corps et leur apparence. Pourquoi avoir choisi de les marquer ainsi dans leur chair ?
C’est vrai que les personnages principaux ne sont pas épargnés. Pour moi, ce n’est pas normal que des héros traversent des épreuves, des batailles, sans jamais être blessés, sans une seule égratignure ou cicatrice. De plus, j’aime mettre les corps en scène. Dans les Chroniques de Khëradön , de nombreux personnages portent des tatouages : les Invisibles par exemple sont tatoués au visage. Cette marque qui est le symbole de leur soumission dans le premier volume va d’ailleurs devenir le symbole de leur rébellion dans les prochains tomes.
La fin de L’éveil du Roi laisse les principaux protagonistes dans une bien fâcheuse posture (c’est le moins que l’on puisse dire), laissant présager un second tome plus sombre. Que pouvez-vous nous dire sur le second tome de ces chroniques ?
Ce second tome sera effectivement plus sombre… au début ! Je suis d’ailleurs en train d’y injecter, petit à petit, quelques touches de merveilleux pour contraster cet incipit. Au cours de ce second tome, Luther, pour sa part, évolue dans un monde très sombre inspiré par l’ambiance d'Hellraiser. Mais Yana, elle, est dans un monde qui rappelle mon travail sur l’Archipel des Tempêtes . Un monde de piraterie. Loulïn va être dans un monde entre les deux. Si l’on devait voir ces mondes comme des couleurs, Luther serait dans le « dark », Yana dans la couleur et Loulïn dans la demi-teinte. Pour Arax, top secret !
On remarque dans L’éveil du Roi la récurrence du chiffre trois : trois ordres religieux, trois types de magie, trois castes … Est-ce totalement fortuit ou trouvez vous que ce chiffre rend les évènements moins dichotomiques ?
La trinité est un thème intéressant à utiliser dans un roman car cela permet d’avoir toujours un deux contre un. Ca permet de complexifier les rapports entre les personnages sans pour autant être impossible à gérer pour moi. Le triangle amoureux est en cela intéressant dans un roman, car il permet un développement illimité des possibilités offertes par l’intrigue. Stephenie Meyer a d’ailleurs eu tout bon avec ses romans. Elle a su écrire sur le désir de manière positive et a su introduire les ingrédients idéaux pour plaire à un large public. Pour moi, un couple c’est ennuyeux, les deux parties sont souvent d’accord. C’est d’ailleurs pour cela qu’on rencontre souvent des trios, car trois personnes tombent rarement du même avis. Il y a alors ce jeu des alliances qui tournent entre les personnages. On retrouve aussi ce schéma avec plus de personnes, quatre, cinq, mais la compréhension de ces relations devient alors trop complexe, tant à décrire, que pour le lecteur. C’est pour ça que j’ai décidé de mettre en scène des trios.
Vous avez travaillé sur des œuvres dites pour adultes avant de rédiger L’éveil du Roi qui lui se classe en catégorie jeunesse. Qu’aimeriez vous dire à ceux qui tentent de construire la Fantasy jeunesse comme un genre à part, tant au niveau des thèmes abordés que de la qualité littéraire ?
Pendant longtemps, la Fantasy était considérée comme de la littérature de gare avec tout ce que cela implique. Mais on ne peut pas dire que Tolkien n’a pas de style. Il aurait pu situer ses écrits dans un tout autre monde, il a choisi d’écrire de la Fantasy. Ce n’était pas par manque de style. Ce débat sur la littérature fantasy jeunesse aujourd’hui est avant tout un débat marketing. C’est sur qu’il faut faire la différence entre les enfants et les adultes, on ne peut pas mettre non plus mettre les enfants de 0 à 6 ans et les ados dans le même panier, mais à mes yeux l’ado peut tout lire. Après, c’est le rôle des parents d’être là pour écouter, conseiller ou répondre aux questions. Mes enfants ont vu le seigneur des Anneaux en DVD et nous faisions souvent des pauses pour qu’on puisse répondre à leurs questions. Au niveau de la qualité, la Fantasy n’a vraiment rien à envier à la littérature générale. Je dirais même qu’en France, la littérature jeunesse est beaucoup plus intéressante et riche que la littérature pour adultes. On oublie vite également qu’un livre peut se refermer s’il ne convient pas au lecteur. De plus, on voit couramment à la télé, vers 18h par exemple, des scènes dans des films ou des séries autant voire plus violentes que dans les livres. Pourtant personne ne se pose de questions ou ne remet cela en cause. Les adolescents ont un libre arbitre, ils ont le choix de poursuivre ou de refermer le livre.
Face aux lecteurs, je leur ai demandé s’ils avaient été choqués par certains aspects du livre et personne ne m’a fait de remarque sur les Sanguelem qui pourtant se mutilent pour faire de la magie. La scène de l’accouchement lors du premier chapitre a par contre suscitée plus de réactions.

Pascal Quidault : Les adolescents voient beaucoup de violence à la télé par exemple, mais la polémique semble ne concerner que la littérature jeunesse. Pourtant, il ne faut pas sous estimer les lecteurs, ils ne vivent pas dans une bulle.
Certains auteurs envisagent le métier d’écrivain comme un emploi à plein temps avec des contraintes horaires, du genre 9h 17h. Alors que vous, vous travaillez quotidiennement en tant que psychiatre urgentiste. Comment envisagez votre travail d’écrivain ? Comment s’insère-t-il dans votre vie de tous les jours ?
Chris Debien : Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de très peu organisé et pour pouvoir tout gérer je suis obligé d’avoir une vie bien réglée (sacré paradoxe, non ?). Après ma journée de travail, je consacre du temps à mes enfants. J’attends qu’ils aillent se coucher vers 21h00 21h30 avant de me mettre à écrire. Si ma femme doit également travailler, nous travaillons ensemble. Si elle ne travaille pas, je passe la soirée avec elle puis je me mets à écrire une fois qu’elle est endormie. Par contre il me faut un minimum de trois heures pour écrire. Si j’ai moins de temps, je me sens moins efficace. J’écris également beaucoup en vacances. Ecrire, c’est du plaisir, ça fait partie de moi. Bon c’est sur, c’est du plaisir quand ça se passe bien. Parfois ça ne vient pas. Je travaille de façon très visuelle. Je vois d’abord les scènes dans ma tête, et je dois choisir le morceau intéressant selon moi et le retranscrire mais parfois ça ne ressemble pas à ce que j’ai dans la tête et là …
Les Terres Tranquilles s’avèrent être un monde riche tant au niveau du bestiaire, que de la diversité des peuples ou de la magie. En dehors de l’histoire de Luther, envisagez vous de poursuivre l’exploration des Terres Tranquilles.
On me demande souvent combien de tomes comporteront les chroniques mais l’histoire de Luther sera bien une trilogie, c’est sûr. Par contre, j’ai déjà pensé revenir sur certains éléments des romans. Ce n’est pas tant une exploration géographique qui m’intéresse qu’une exploration des personnages, notamment Graäne. C’est un personnage sur lequel j’aimerai écrire plus, sous quelle forme je ne sais pas encore. Une préquelle ? Ou pourquoi pas une BD avec Pascal ? Les Cénobions aussi m’intéressent. Dans le livre, ils ne sont qu’un faire valoir pour Luther mais j’ai écris tout le background et j’aimerai pouvoir m’en servir. Après la mise en place de ces projets dépend de pas mal de choses, notamment du succès des Chroniques de Khëradön . Mais avant, la priorité reste le tome deux.
Pascal Quidault, comment avez-vous travaillé sur les personnages ? Comment leur avez-vous construit un visage, une identité ?
Pascal Quidault : Avant de dessiner, Chris m’envoyait des extraits du texte. Dans les livres, le physique des personnages est moins important que leur caractère, leur aspect physique est donc très peu, voir pas du tout décrit. Mais pour un personnage comme Luther, il y a des traits évidents comme sa détermination, son courage, que l’on peut retranscrire dans le dessin. Alors j’ai essayé et je lui ai envoyé mes dessins. Il me répondait et les dessins sont en fait nés des remarques des deux.

Chris Debien : Au premier croquis, tout correspondait à ce que j’avais en tête et quand ça ne correspondait pas c’était mieux. Il avait par exemple imaginé les spectres en gros de la même façon que moi mais quelque part, sa vision fonctionnait mieux. J’espère d’ailleurs que l’on pourra utiliser ses dessins qui sont vraiment biens. Il y aura aussi une carte dans le tome deux. Car tous les cabochons dans le premier tome représentent en fait les différentes provinces du Royaume. Et puis c’est à cause de lui s’il y a des dragons, je n’en voulais pas. J’avais même dit que je n’écrirai pas de Fantasy avec un dragon !

Pascal Quidault : Mais on est sauvé, c’est une dracoliche !

Merci à Chris Debien et à Pascal Quidault pour cette interview.


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