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Des cafés littéraires ? Aux Imaginales 2008 ?

Par Linaka, le mardi 10 juin 2008 à 16:00:37

On y buvait de l'eau, mais oui, il y avait des cafés littéraires à profusion pendant les Imaginales ! Pour tout vous dire, en tout, il y en avait 24... sans compter les conférences-débats. Malgré tout mon empressement à vous servir et mes multiples tentatives de clonage, je n'ai pu assister à chacun d'entre eux. Il a donc fallu, et avec combien de difficultés, faire un choix qui vous conviendra, je l'espère ! Ici vous trouverez donc un résumé de ce qui s'est dit dans l'intimité du Magic Mirror, à propos de la fantasy et du métier d'écrivain en général. Remercions les modérateurs: Stéphanie Nicot, Jacques Baudou, Stéphane Manfredo, et les autres dont le nom m'échappe malheureusement, qui ont dirigé les cafés par des questions pertinentes et une bonne humeur sans faille !

Le Magic Mirror, lieu de tous les débats, forum des Imaginales :

Magic Mirror

Modification du 30 mai 2008 : ajout du chapitre "Conférence-débat : Ecrivain professionnel aux Etats-Unis"
Modification du 5 juin 2008 : ajout du chapitre "Café littéraire n°6 : Ecrire de la littérature haute..."
Modification du 10 juin 2008 : ajout du chapitre "Café littéraire n°10 : Ca vous vient comment, des idées pareilles ?"

Café littéraire n°4 : Distraire: un "gros mot" ?

La fantasy, une lecture plaisir...

café littéraire n°4 Ce café réunit Pierre Bottero, Don Lorenjy, Jean-Philippe Jaworski et Sean Russell, accompagné de son traducteur Lionel Davoust, et il est modéré par Stéphane Manfredo qui, comme nous allons le voir, ne "modère" pas ses questions, en vérité.
S'ensuit une rapide présentation des auteurs: Pierre Bottero est connu pour écrire de la littérature jeunesse, dont le cycle d'Ellana et celui d'Ewilan. Il y a dans ce café deux jeunes auteurs, tout d'abord Jean-Philippe Jaworski, qui a écrit le recueil de nouvelles Janua Vera, construit comme un roman. A côté de son travail d'écriture, il est aussi enseignant. Puis Don Lorenjy, qui présente son premier roman jeunesse, Aria des Brumes - mais il avait déjà, auparavant, publié des nouvelles. Puis Sean Russell est présenté ; il est spécialement reconnu comme étant l'auteur du Frère initié, prix Imaginales 2003.

Le café débute, sur la base de cette dichotomie: la lecture plaisir s'oppose-t-elle à la lecture scolaire ?
Et Stéphane Manfredo, malicieux modérateur, se plaît alors à poser cette question provocante: Ecrivez-vous de la fantasy parce que vous n'êtes pas capables d'écrire quelque chose de plus profond ?
Question qui, évidemment, lui attire les foudres bon enfant des écrivains, qui entendent souvent ce style de remarque: la fantasy est-elle de la littérature ?
Pour Pierre Bottero, qui prend la parole (non sans avoir menacé des pires châtiments son modérateur), la littérature jeunesse n'a pas de date de péremption en âge, tout d'abord, et tout le monde peut y trouver son compte. Pour ce style de public, on ne peut se permettre des concessions, des longueurs; il est nécessaire de travailler sur la cohérence et la fluidité de l'écriture pour capter le lecteur. Il est plus facile de commencer par écrire de la littérature jeunesse, exigeante en ce sens, pour ensuite se diriger vers la littérature pour adultes - la démarche contraire bien souvent ne fonctionne pas. Pierre Bottero prend pour exemple son cycle d'Ellana, pour lequel les frontières d'âge explosent littéralement.

Le modérateur se tourne alors vers Jean-Philippe Jaworski pour une question similaire : Oppose-t-on les deux littératures, scolaire et imaginaire, cette dernière manquant de profondeur ?
La science-fiction, répond l'auteur, a au moins cet alibi : elle peut passer pour une critique de la société, une lecture qui fait réfléchir. Il y a cependant des livres qui font plaisir : le style, certes, est appréciable, mais faire plaisir, en soi, n'est pas synonyme de sous-littérature.

Stéphane Manfredo continue avec Sean Russell, afin de lui demander s'il écrit contre la littérature académique.
Sean, soigneusement traduit par Lionel, répond alors par le biais de sa propre expérience : dans les mails qu'il reçoit, des lecteurs lui disent qu'ils se couchent à deux heures du matin pour pouvoir finir son livre - dans ce sens, en effet, ses livres ne sont donc pas comme certains standards qui font dormir ! Un bon livre, il est impossible de le reposer. Pourquoi n'y aurait-il pas en fantasy de bons éléments, de bons personnages, une bonne intrigue ? En vérité, on ne transcende pas un genre, on le maîtrise.
Jean-Philippe Jaworski intervient avec son expérience de l'histoire littéraire : en France, la littérature est considérée comme étant d'utilité publique; au fil des siècles, elle fut tour à tour moraliste, philosophique, naturaliste, etc. Cet état de choses a formaté une conception de la littérature comme devant réfléchir sur la société. Pourtant, la fantasy peut aussi bien traiter de sujets graves et développer une esthétique : il y a donc là, on peut le dire, confusion entre le genre et la qualité littéraire.

Mais, demande le modérateur, comment êtes-vous tous considérés par les autres auteurs, ceux qui ne font pas de fantasy ?
Pierre Bottero répond que pendant des discussions autour d'une table avec d'autre auteurs, la fantasy paraît étrange, d'autant plus qu'elle est à destination de la jeunesse, et l'estime générale baisse. Puis quand il en vient à parler tirages, ils sont étonnés par le résultat et le soupçonnent même peut-être de mentir. En vérité, les critiques et les intellectuels sont peut-être méprisants ou négatifs, mais le public, lui, est fidèle et il grandit.
Don Lorenjy avoue ne pas comprendre les gens qui ne lisent pas de science-fiction, mais qui en ont une mauvaise image : pourquoi cela, si on l'écrit correctement ?
Sean Russell prend la parole pour expliquer l'état des choses à l'étranger : il parlerait plutôt d'un système de castes. Le roman noir serait au sommet des littératures de l'imaginaire, avec en-dessous la science-fiction et la fantasy, et tout en bas le roman sentimental. On lui demande parfois quel est son véritable métier, par exemple ! Il existe une sorte de ghetto des auteurs Nord-Américains. Pourtant, il prend l'exemple de Neal Stephenson, un érudit qui transcende son genre. De son point de vue, les meilleurs écrivains de langue anglaise sont des écrivains de fantasy.
Don Lorenjy prend à son tour un exemple: La Route, de Cormac Mc Carthy, (prix Pulitzer), a-t-elle été présentée comme un roman de science-fiction ? Non, et pourtant il entre très bien dans le genre.
Sean Russell en profite pour faire remarquer que parfois, les auteurs de littérature blanche s'essayent à la science-fiction ou à la fantasy, tout en publiant comme littérature blanche. Mais cela reste souvent, quoiqu'il en soit, de la mauvaise fantasy.
Jean-Philippe Jaworski souligne que la littérature blanche serait le miroir de la société, au contraire de la littérature de l'imaginaire qui serait immersive, dénuée de distanciation, de réflexion sur la société. Ce serait une littérature qui ne demanderait pas d'activité critique au lecteur. Mais pour que la fantasy fonctionne, il faut qu'elle soit immersive !
Pierre Bottero revient à l'intitulé du café : distraire, un gros mot ? Il revendique quant à lui les livres-plaisir, travaillés mais libres de tout message. Pourquoi rechercher une écriture-analyse, prophétique ? Il est étrange de devoir se battre pour que le lecteur prenne plaisir à lire !
Pour Don Lorenjy, en effet, distraire signifie élever, non rabaisser.
Sean Russell propose un parallèle avec la musique, que l'on écoute pour le plaisir, ce qui ne serait pas acceptable avec la littérature ?

Stéphane Manfredo reprend le contrôle du débat et fait remarquer à Don Lorenjy que le modèle qu'il présente dans Aria des Brumes est tout de même complexe et contient une réflexion sur le réel.
L'interpellé répond qu'il a écrit ce livre pour se faire plaisir avant tout. Il n'a pas consciemment introduit ses convictions dans son roman ; il pense simplement ainsi.
Et Janua Vera, alors, demande le modérateur à Jean-Philippe Jaworski, ce roman est-il neutre ?
Il constitue en partie une reprise des archétypes du jeu de rôle (Jean-Philippe Jaworski est aussi en effet créateur de jeux de rôles). Ce roman était un jeu avec les codes, avec les personnages, afin d'en faire une histoire pour le plaisir du lecteur et celui de l'écrivain. Mais il est vrai que l'on possède une culture et des idées qui transparaissent forcément dans ce que l'on écrit.
Pierre Bottero, quant à lui, désire simplement amener des lecteurs à rencontrer son univers, qu'il aime - il voudrait comme un guide leur montrer les plus beaux lieux à y voir.

Sean intervient à son tour pour poser une question à ses confrères : Si certains livres sont distrayants mais mauvais, quelle est la différence avec leurs propres livres distrayants eux aussi ?
Pierre Bottero respecte ce qu'écrivent les autres. Si un livre peut distraire des millions de personnes, il sera alors un bon livre. Il est facile de dire que quelque chose est mauvais ; il faut plutôt faire confiance aux lecteurs qui aiment le livre en question.
Pour Don Lorenjy, la qualité du livre est en effet dans les yeux du lecteur. Qui va dire la différence entre le bon et le mauvais ? On peut à son avis écrire et lire de tout ; il ne ressent pas de mépris pour celui qui lit ce que lui n'aime pas.
Pierre reprend avec une anecdote ; il avait autrefois rencontré un auteur désespéré de science-fiction, qui ne rencontrait que le mépris et qui pourtant, lui-même, méprisait la fantasy. En réalité, on est toujours l'objet du mépris de quelqu'un.
Jean-Philippe Jaworski vient apporter quelques nuances : pour lui, il est possible de distinguer les bons livres des mauvais livres, à partir de certains critères: l'esthétique, la qualité du style avec des procédés qui s'y rattachent, l'intertextualité (la référence à d'autres textes), la polysémie et la réflexion du texte sur lui-même ou sur autre chose, le métatextuel. Un bon livre marie certains de ces critères, le texte est travaillé - mais le plaisir n'y est pas forcément associé.
Cette vision des choses ne s'accorde pas avec celle de Pierre Bottero, qui répond qu'un bon livre n'est pas celui qui a les bonnes techniques, mais celui qui donne du plaisir. Il se voit répondre que la littérature évolue ; ses critères sont éphémères, et chaque courant créé ses propres critères. La notion de littérature est, en réalité, flottante.
Sean Russell revient sur ces fameuses techniques d'écriture ; pour lui, elles consistent en vérité à faire réagir le lecteur, voilà tout : le faire rire, réfléchir, pleurer. On définit la littérature par rapport à la réaction du lecteur ; c'est peut-être pourquoi il existe un certain mépris de la réaction à la science-fiction, laquelle ne serait pas assez profonde.

Stéphane Manfredo, toujours malicieux, demande alors à Jean-Philippe Jaworski si, selon ses critères, les livres de Pierre Bottero seraient littéraires ?
La réponse est oui ; mais Pierre Bottero, bien que flatté, préfère que l'on juge ses livres d'après leur impact sur le lecteur. Ce qui conduit Mr Jaworski à s'exclamer que, justement, la réception fait elle aussi partie des critères !

Enfin, une dernière question pour conclure le café : êtes-vous, écrivains, bons juges de votre travail ?
Parfois, Pierre Bottero sait en effet que ce qu'il écrit est exactement ce qu'il voulait dire ; dans ce cas, les lecteurs aussi sont satisfaits.
Pour Sean Russell, l'écrivain dépend réellement de ses instincts ; parfois ceux-ci l'abandonnent, ce qui peut conduire à écrire un livre affreux, puis ils reviennent.
Jean-Philippe Jaworski pense qu'il est parfois difficile d'avoir un avis immédiat sur ce qu'on écrit ; d'autant plus que parfois le livre devient autonome.
Dernier à répondre, Don Lorenjy avoue que parfois, ce qui est lu ne correspond pas à ce qu'il voulait faire comprendre ; il a donc besoin de retours pour pouvoir dire les choses autrement.

Sur cette conclusion, les écrivains et les modérateurs se séparent, toujours en bons termes et satisfaits, sans doute, d'avoir apporté leurs réponses à une question qui nous touche particulièrement sur Elbakin.net. Mais ces réponses vous ont-elles véritablement satisfait?

  1. Café littéraire n°4 : Distraire: un "gros mot" ?
  2. Conférence-débat : Ecrivain professionnel aux Etats-Unis
  3. Café littéraire n°6 : Ecrire de la littérature haute...
  4. Café littéraire n°10 : Ca vous vient comment, des idées pareilles ?

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