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De l’étude des mécaniques narratives… et de Star Wars

Par Faith, le vendredi 8 mai 2015 à 19:30:00

poudremages 1Pour un auteur débutant, se lancer ans l'écriture est déjà un challenge en soi, d'autant plus que, dans le cas de Brian McClellan, il s'agit d'une trilogie.
Dans cet article, l'auteur nous explique les blocages qu'il a rencontrés au moment d'écrire le successeur de La Promesse du sang... et comment le visionnage de L'Empire Contre-Attaque lui a permis de repenser sa manière d'aborder la construction narrative de son récit.
Attention, l'auteur aborde en partie la fin du premier tome des Poudremages.

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L'article

StormJ'ai signé mon premier contrat d'écriture au début de l'année 2012 ; un accord sur trois livres pour la trilogie The Powder Mage avec les éditions Orbit Books. La trilogie a été vendue sur la base du premier livre, Promise of Blood, et de quelques pages résumant les deux livres suivants de la série. A l'époque, je me sentais plutôt en bonne posture : j'avais des plans ambitieux pour le deuxième et le troisième tome, avec de nouveaux points de vue de personnages, de nouvelles cultures et un nouveau continent à explorer.
J'ai commencé à écrire le deuxième tome, sans titre à l'époque, un peu plus tard la même année et ai immédiatement rencontré un problème : je détestais tout ce que j'écrivais. Je ne voulais pas continuer à écrire un livre que je détestais activement, mais j'avais signé un contrat sur la base de ce résumé et, bon dieu, j'allais le suivre. J'ai travaillé pendant plusieurs mois, martelant ma tête contre le clavier pour construire une histoire autour de toutes les idées géniales que j'avais esquissées, mais rien ne fonctionnait. Mon agent et éditeur venait me voir une fois de temps en temps et je répondais alors l'habituel "oui, oui, tout va très bien, vous pouvez partir merci", comme un adolescent sur la défensive.
A cette période, j'étais avec mon agent depuis un peu plus d'un an et demi et, pour être honnête, j'étais toujours un peu terrifié par elle. J'étais jeune, encore peu conscient de mon statut d'artiste ou d'auteur et mes interactions avec mon agent se limitaient à ses conseils, me disant de continuer à éditer avant de rendre mon livre et à moi regardant la magie dont elle faisait preuve pour mettre Promise of Blood sur le marché. Je ne voulais pas lui avouer que j'étais dans une spirale infernale pour le deuxième livre. Lorsque j'ai finalement craqué en lui confiant les difficultés que je rencontrais (ce que j'aurais dû faire des mois plus tôt), elle m'a dit quelque chose qui fut comme une révélation : je n'avais pas besoin d'être fidèle au résumé originel des livres deux et trois. Je devais juste écrire un "putain de" bon livre.
Je me sens un peu penaud d'avouer tout ça, parce que cela me semble tellement évident en y repensant. Évidemment que mon éditeur voulait juste un bon livre. Mais, comme cela arrive parfois, cette simple déclaration a changé tout mon regard sur le projet et j'étais plus déterminé que jamais à faire quelque chose de bien. Mon agent a demandé à ce qu'on m'accorde un délai et j'ai jeté tout ce que j'avais écrit ou résumé jusqu'alors (la meilleure partie d'un roman de 180 000 mots) pour tout reprendre de zéro.
Maintenant que je m'étais débarrassé des résumés initiaux, je devais comprendre pourquoi ils étaient bancals. Je savais que Promise of Blood se terminait avec une victoire des héros et j'avais dans idée de faire monter les enjeux sur un niveau mondial. J'avais laissé quelques pistes dans Promise of Blood que je voulais suivre, élargi le champ de mes livres pour y inclure un empire lointain et prévu une intrigue qui s'étendrait sur tout le globe. Mais, quand j'essayais d'écrire tout ça, l'histoire partait dans tous les sens de façon incohérente.

A ce moment, je suis retourné à une de mes techniques favorites de brainstorming : prendre une œuvre médiatique (un livre, une BD, un film, un dessin animé, une émission de télé, etc...) et la disséquer, pour comprendre ce qui fonctionnait sur un niveau purement technique. Puisque j'avais des problèmes avec une suite, je me suis tourné vers une des suites les plus célèbres de toutes : l'Empire Contre-Attaque.
Qu'est-ce que l'Empire Contre-Attaque avait réussi qui me posait problème ? Tout d'abord, il n'introduisait pas une toute nouvelle entité inconnue. Il restait sur le conflit déjà développé - l'empire contre la rébellion - et il se contentait de faire monter les enjeux. Bien sûr, les héros ont détruit l’Étoile de la Mort mais, dans l'Empire, notre perspective est tirée en arrière pour montrer que la victoire n'avait pas été aussi grande que ce que l'on pensait et maintenant les choses commencent à être sérieuses (réelles ?). Donc, ma tâche sur mon nouveau brouillon était d'enlever tout le bazar trop ambitieux que j'avais prévu au départ pour le livre deux et de me concentrer sur la façon dont le conflit majeur que j'avais déjà développé pouvait continuer d'avancer.
Alors, comment allais-je faire ça ? En dehors du fait qu'il continue avec le conflit déjà établi, l'Empire Contre-Attaque introduit de nouveaux éléments à l'intrigue, de nouveaux périls, de nouveaux développements de caractères pour nos héros, de nouveaux personnages secondaires et de nouveaux méchants. On a un aperçu de l'Empereur, ce sentiment que les choses sont beaucoup plus grandes que tout ce qu'on avait pu imaginer, mais on reste concentré sur nos héros et leurs aventures.
Je dis souvent aux futurs auteurs qu'un équilibre entre le connu et l'inconnu est la clé pour développer des univers de science-fiction et de fantasy. Mais cela ne s'applique pas uniquement à la création du monde. Cela vaut aussi pour l'expansion d'un univers déjà existant et l'Empire Contre-Attaque m'a aidé à identifier ce problème : j'avais vu trop grand. J'en jetais tellement au lecteur que même moi, l'auteur, ne pouvait pas tout suivre.
J'ai donc retiré les idées trop ambitieuses et me suis concentré sur l'histoire principale et sur les principaux personnages et méchants. Et je ne me suis pas arrêté avec le deuxième livre The Crimson Campaign. Ma liberté nouvellement trouvée de travailler sur l'histoire que je voulais plutôt que sur celle que je pensais devoir raconter s'est étendue au dernier livre de la trilogie - et un livre beaucoup plus simple à écrire - The Automn Republic.
Beaucoup d'entre vous doivent se gratter la tête en se demandant comment il est possible que j'ai été édité en premier lieu. C'est le b-a ba de l'écriture de roman. N'aurais-je pas dû comprendre tout ça à l'époque où j'ai commencé les livres deux et trois? Peut-être. Mais la vraie vie est rarement aussi simple. L'idée d'écrire une suite (sans parler du troisième livre d'une trilogie) était totalement nouvelle pour moi et maintenant que j'ai terminé les trois livres, je peux regarder en arrière vers l'intrigue originelle et voir ce que je faisais bien - me concentrer sur une escalade de l'intrigue ainsi que sur le développement des personnages - et ce que je faisais mal - essayer d'agrandir l'espace de l'intrigue au lieu de me concentrer sur le conflit établi. Parfois, il est difficile de voir la forêt derrière l'arbre et apprendre d'une franchise à succès comme Star Wars m'a aidé à faire exactement ça.

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