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Charlotte Bousquet et Mathieu Gaborit présentent Jadis

Par Gillossen, le mardi 7 juillet 2015 à 15:15:00

JadisAnnoncé hier, voici donc notre entretien exclusif avec Charlotte Bousquet et Mathieu Gaborit au sujet du projet Jadis !
Un projet éditorial des éditions Mnémos toujours en cours de financement sur la plateforme Ulule. Vous avez donc encore quelques jours devant vous pour craquer !
En attendant, bonne lecture et encore merci aux deux auteurs pour leur temps et leur gentillesse !

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L'entretien

Comment est né le projet Jadis et comment vous êtes-vous retrouvés impliqués ?
CB : de ce que j’en sais, Jadis est un univers « Da Vinci-punk » né, il y a plus de quinze ans, des cerveaux de Frédéric Weil et Régis Jaulin. Jadis, c’est Senanq, une ville infinie, des machines volantes, des personnages rocambolesques, mystérieux, héroïques… C’est aussi un univers tissé par Dame Fortune, où le libre-arbitre est l’un des biens les plus précieux qui soient. Frédéric Weil, qui connaît mes goûts pour la Renaissance, les complots, l’escrime et les tarots, m’a contactée il y a un peu plus d’un an pour me proposer de faire partie de l’aventure. Et, bien sûr, j’ai accepté !
MG : du temps où je travaillais chez Multisim, Frédéric Weil parlait régulièrement de Jadis et depuis longtemps, il connaissait mon intérêt pour cet univers. Lorsqu'il m'a proposé de rejoindre l'aventure, je n'ai pas hésité une seconde. Les univers originaux et mûris comme Jadis sont rares. Sans compter l'idée de pouvoir le développer dans un bouquin illustré avec les copains ! Écrire à plusieurs voix, c'est un moyen inégalé de se remettre en question et de s'enrichir.
Pouvez-vous nous présenter votre propre contribution ?
CB : Chacun de nous – Mathieu, Régis, Raphaël et moi – incarne une voix singulière, qui entraîne à sa suite le lecteur dans les ruelles tortueuses de Senanq. Je suis Éris d’Espale, une Sélène versée, comme la plupart des siens, dans la cartomancie et les arts divinatoires. Je suis également une tueuse déterminée à venger la mort de son frère.
MG : Quant à moi, je suis Silenzio, un Bougre à l'enfance tourmentée qui, contre toute attente, va être élevé par un Automaton (des automates intelligents hérités de l'ère impériale qui jouent le rôle de la justice). Silenzio le considère comme sa mère. Muette et vigilante, elle s'est installée avec lui dans une écluse souterraine où Silenzio est devenue l'équivalent d'un psychanalyste de la Renaissance à l'écoute des voyageurs de Senanq (du moins ceux qui préfèrent les profondeurs). Lorsque l'Automaton va parler auprès trente ans de silence, l'existence de Silenzio va être bouleversé. C'est le début de son aventure raconté dans Jadis.
A-t-il toujours été question d’avoir recours au financement participatif ?
CB : Non.
MG : Non, effectivement. L'idée est venue de Mnémos alors que le projet était déjà bien avancé.
Quelle est d’ailleurs votre position sur cette « mode » justement du financement participatif ? Avez-vous un petit mot pour les gens qui ont soutenu Jadis ?
CB : Au départ, je suis assez partagée sur ce mode de financement, quand il s’agit de projets issus de maison d’édition (jeu de rôles, jeux, édition, bd, etc.). Il y a eu pas mal d’abus, avec des contreparties minables, des délais aberrants, ce qui a déclenché des polémiques, notamment dans le milieu des rôlistes. Et je dois avoir, d’un point de vue personnel, avoir un peu de mal à réclamer. Maintenant, concernant Jadis, il s’agit de faire le plus bel ouvrage possible, avec coffret, carte, peut-être tarots, etc. Pour moi, cela se rapproche plus d’une démarche de collectionneur et de passionné. Et, d’un point de vue plus intéressé, il faut savoir que les auteurs seront intéressés, à partir d’un certain palier atteint, sur les ventes, touchant directement des droits d’auteur avant de rembourser l’avance sur droits. Ce qui, à l’heure actuelle, est plutôt génial. Je suis à la fois surprise et ravie que Jadis provoque autant d’enthousiasme et je suis très reconnaissante à tous ceux qui, grâce à leur participation, rendent ce projet possible !
MG : je partage l'avis de Charlotte. Les abus me gênent aux entournures. Et puis, il y a une violence inédite à soumettre un projet de manière aussi directe. Il faut composer avec une forme d'indécence qui ne me ressemble pas. Mais dans le fond, le financement participatif me réjouit. J'adore l'idée, j'adore ce qu'elle permet, j'adore que des artistes ou des artisans en tout genre puissent court-circuiter des intermédiaires et interagissent en direct avec les souscripteurs.
Il y a une vraie nuance entre les projets personnels et ceux mis en avant par des éditeurs ou de véritables compagnies internationales comme dans le jeu vidéo. A l'échelle d'un éditeur français, cela ne me choque pas. Pour Mnémos, c'est avant tout une question de trésorerie : pouvoir financer un ouvrage de grande qualité grâce à la souscription. Éditer un poche et un bouquin d'une finition comparable à Jadis, ce n'est pas du tout la même chose.
Alors oui, un très grand merci à ceux qui nous font confiance. Ils permettent la naissance d'un projet audacieux dans le domaine de l'imaginaire.
Le travail d’auteur est souvent solitaire. Comment se déroule un projet comme Jadis du coup ?
CB : Bien ! C’est une création collective, avec des plages de solitude. Au départ, Nicolas nous a envoyé, à chacun, une illustration à laquelle nous avons réagi, en choisissant d’incarner l’un des personnages du tableau. Nous avons donc écrit, chacun de notre côté… Jusqu’à ce que les hasards de la création et de l’écriture provoquent des rencontres entre nos alter ego de plume !
MG : il y a une réunion décisive pour Jadis, le moment où nous sommes tous tombés d'accord pour que l'illustration devienne le fil conducteur et que les textes se soumettent aux exigences du dessin. A compter de ce moment-là, nous avons alterné les réunions et les moments d'écriture. Il faut bien comprendre que les textes se livraient par étape et que chacune de ces étapes était marquée par de nouvelles illustrations. Il a fallu sans cesse rebondir et improviser dans la « contrainte » (et quelle belle contrainte !). C'est ce protocole qui a rendu l'aventure passionnante, en particulier lorsque le hasard dont parle Charlotte s'en est mêlé.
Les rôlistes connaissent bien cette mécanique, l'exaltation que peut ressentir un maître du jeu en écoutant ses joueurs tisser des hypothèses qui peuvent devenir plus puissantes que l'histoire envisagée.
Que retenez-vous déjà de votre participation ? Qu’appréciez-vous/qu’avez-vous apprécié le plus ?
CB : Théâtre, repas, emails, futur bêtisier, plaisir de créer à plusieurs, de s’emparer d’un univers, d’y inventer des vies… Il y a beaucoup de choses à retenir de Jadis, mais je crois que ce que je préfère, ce sont les jeux de création à plusieurs, illustrateur et auteurs, l’émulation de nos rencontres, l’envie de continuer l’aventure…
MG : Charlotte a tout dit ! Je rajouterais simplement que les imaginaires partagés vous confrontent à vos obsessions, à vos récurrences et vous obligent bien souvent à emprunter des chemins de traverse. Sans se renier, on progresse, on oblige son imaginaire à racler les facilités et à chercher des solutions inédites.
Pour en revenir à Jadis, quelles cités imaginaires vous ont vous-mêmes marquées dans vos parcours ?
CB : Abyme (non Mathieu, ce n’est pas du lèche-bottes), Venise (réelle et irréelle), récemment le Paris d’Estelle Faye dans Un Éclat de givre.
MG : il y en a eu tellement. Sans tricher, je vais citer celles qui me viennent spontanément à l'esprit : l'île de Gottherdäl dans « Boulevard des banquises » (Venise, encore, mais dans une version hivernale) de Serge Brussolo, la cité des voleurs de Ian Livingstone, Laelith dans Casus Belli, « Argentine » de Joël Houssin, les cités obscures de Schuitten et Peters.
Et par extension, dans quelle ville des littératures de l’imaginaire vous imagineriez-vous vivre ?
CB : Une Venise imaginaire ! Sinon, ce sont plus les pays qui m’inspirent : ceux de Guy Gavriel Kay, par exemple…
MG : Urbicande, probablement.
Mathieu, je ne sais pas si c’est le moment de parler de ça, mais Forge Animation va sans doute devoir cesser ses activités. Le projet d’adaptation d’Abyme avait-il vraiment démarré ?
MG : Oh que oui... Pendant presque deux ans, nous avons régulièrement travaillé sur le jeu vidéo et sur le script du film. Envers et contre tout, il y a de très beaux moments de création et surtout des rencontres, des amitiés profondes. Malheureusement, l'adaptation de la Horde n'a pas pu aboutir et, comme tu le dis, Forge Animation n'y survivra probablement pas. Ce n'est pas le moment d'épiloguer sur le sujet mais ce qui me rend le plus triste, c'est sans doute que Forge Animation avait une ambition et un courage formidable dans le domaine de l'imaginaire.
Charlotte, après notamment plusieurs prix, à quand un nouveau projet fantasy ?
CB : je suis en pleine écriture d’un roman oscillant entre dystopie et fantasy pour la nouvelle collection de Gulf Stream, Électrogène. En adultes, j’ai un projet, mais pour l’instant, rien de sûr…
L’année 2015 n’est pas plus clémente envers les auteurs/créateurs que les précédentes. Comment jugez-vous la situation actuelle ?
CB : Compliquée. Nos droits et acquis sont de plus en plus remis en question. Les éditeurs n’augmentent pas les pourcentages des droits d’auteur, parce que les chiffres de vente sont moindres qu’il y a dix ans, mais le coût de la vie augmente. En tant que professionnelle, je dois avouer qu’il y a des mois où je tire vraiment la langue, et sans les rencontres, je ne saurai comment faire. À côté de cela, la littérature jeunesse et young adult n’a jamais été aussi riche, multiple, osant aller là où ce n’était pas possible avant…
MG : je ne crois pas qu'on puisse se désespérer. Le numérique pousse doucement ses pions, l'auto-édition se cherche une voie et les éditeurs de l'imaginaire sont encore là.
Mathieu, vous disiez en 2011 ne plus être à l’aise avec la fantasy. Avez-vous eu l’occasion de renouer avec le genre dans vos lectures ? Même question pour Charlotte, concernant plus largement le paysage fantasy aujourd’hui en France peut-être !
CB : Je ne suis pas très à l’aise avec cette question, je ne lis pas beaucoup de fantasy en fait…
MG : Avec le temps, j'ai compris que j'aime la fantasy. Du moins quand elle se nourrit de ce qu'elle n'est pas. Abyme, par exemple, n'aurait jamais existé sans Blade Runner. Je ne peux pas renier l'amour immense que j'éprouve pour le genre, je ne peux renier l'envie de le bousculer. Aujourd'hui, je préfère l'anticipation ou la SF pour forger ma fantasy. Malgré moi, le fait que j'écrive de la fantasy fausse le plaisir d'en lire.
Enfin, que peut-on vous souhaiter de beau dans les mois à venir ?
CB : L’un de mes romans, Là Où tombent les anges, sort début septembre chez Gulf Stream et comme c’est un texte auquel je suis vraiment attachée, ce serait super s’il plaît ! Sinon, une longue vie à Jadis, de belles rencontres humaines…
MG : à l'heure actuelle, je travaille essentiellement sur un roman pour Bragelonne, Jadis et une trilogie « young adult ».

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière


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