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Scott Lynch et son combat contre la dépression

Par Faith, le dimanche 12 avril 2015 à 19:30:00

ThornEn 2006, Scott Lynch était la nouvelle voix vibrante de la fantasy, surfant sur la vague du succès de son premier roman Les Mensonges de Locke Lamora.
La suite, Des horizons rouge sang, semblait tenir toutes les promesses de la série Les Salauds Gentilshommes. Mais la mort, un divorce et la dépression ont fait dérailler sa carrière. Cependant Lynch n'a pas caché ses problèmes - depuis 2010 il a été franc avec ses lecteurs, partageant ses expériences pénibles et devenant par conséquence un porte-parole de toutes les victimes de dépression.
Son retour sur le devant de la scène s'est fait avec La République des Voleurs, devenu un bestseller du New York Times à sa sortie en 2013. Interview.

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L'entretien

Donc la grande question est, bien évidemment, où en êtes-vous de Thorn of Emberlain ?
La couverture a été dévoilée il y a quelques semaines et Gollancz a fait une allusion/s'est engagé à une sortie en 2015 donc nous croisons les doigts. Et à moins de me faire renverser par un bus, je suis confiant pour une sortie fin 2015. A la fin de l'automne. Je ne sais pas si ce sera octobre ou novembre. Mais à la fin de l'automne. Ce n'est pas l'année d'écart que je voulais avec La République des Voleurs mais deux ans au lieu de cinq ou six ? Voire sept ou huit ? Je vais continuer à réduire ce temps et je promets de faire mieux la prochaine fois.
Bon, vous n'êtes pas non plus au niveau de Patrick Rothfuss ou George R. R. Martin...
Je suis vraiment confiant... Pat a clairement dit sur Twitter qu'il ne sortirait pas The Doors of Stone en 2015. Il est possible qu'il joue un jeu - Pat n'est pas vraiment un farceur même s'il a ça en lui pour donner une explosion de joie ou d'excitation aux gens. Donc je ne serais pas complètement surpris. Mais si on considère sa valeur nominale, ce ne sera pas pour 2015. Georges... Je l'aime vraiment beaucoup mais qui sait ? Je suis assez confiant sur le fait de les battre tous les deux. Donc, hey, si les deux plus populaires et gigantesques séries de fantasy sur Terre ne sont pas de sortie à Noël, pourquoi ne pas se tourner vers le numéro 15 ou 16 ?
Je ne serais pas vraiment surpris par Winds of Winter. Mais je serais VRAIMENT surpris par Doors of Stone.
Eh bien, quand est-ce qu'Une Danse avec les Dragons est sortie ? 2011 ? Je me souviens que c'était une surprise. En 2010, je commençais tout juste à prendre des antidépresseurs et je pensais : "à partir de maintenant, ça va être facile" parce que les premiers mois étaient si bons, surtout en considérant les profondeurs desquelles je remontais - ne plus être une sous-merde, pouvoir à nouveau gérer les choses était merveilleux.
%Même si en y regardant bien, j'étais une épave. Pas étonnant, j'étais sérieusement amoché.
Il y a eu un moment où je pensais sortir La République des Voleurs avant George R.R. Martin. Il m'a battu cependant et il m'a fallu encore 18 mois avant d'arriver à la sortir en 2013.
J'ai subi un revers au début de 2011 et me sentais à nouveau mieux à la fin de l'année. Cette fois, quand je sortis hors de mon trou, cela semblait plus réel. C'est bizarre - nous arrivons lentement vers la période où un nouvel Elder Scroll va sortir. Un nouveau roman de Martin, un nouvel Elder Scroll. A cette époque, Skyrim dévorait ma vie, comme l'avaient fait Oblivion et Morrowind avant lui. Donc je m'attends à une grande destruction de productivité quand Bethesda sortira son prochain titre, Fallout 4.
Je sais que j'étais complètement accroc à Skyrim, alors que j’étais au chômage à l'époque. C'est une mauvaise combinaison.
Mon ex-femme et moi nous avons joué à World of Warcraft pendant des années. C'était à l'époque de mon apogée. J'ai toujours été lunatique, étourdi, bizarre, les clichés standards de l'artiste en somme - et j'avais des crises, qui, avec le recul, étaient toutes liées, mais la mauvaise part n'a pas commencé avant 2008. Et avec ce que ma famille traversait : mon grand-père paternel mourrait très lentement d'un cancer du foie et cela consumait toute la famille à cause des soins, de l'entretien etc. C'était vraiment facile de brandir ça comme une excuse pour ce qui se passait - oh nous sommes tous malheureux à cause de ce qui arrive à Papi. Une fois ça terminé, tout reviendrait à la normale. Eh bien il est mort en 2009 et les choses n'ont fait qu'empirer encore et encore et encore. Culminant avec le départ de ma femme en 2010.
Je n'en rejette pas la faute sur World of Warcraft. WoW apportait une structure, WoW était une raison pour ne pas rester dans le lit à frissonner et à me ronger les ongles toute la journée. A sa façon, ça n'aidait pas, mais en même temps c'était la seule chose ambitieuse que je faisais. J'écrivais du charabia que je ne montrais à personne, je devenais incroyablement dysfonctionnel, WoW était la seule chose à laquelle j'arrivais à m'atteler, un royaume réconfortant de chiffres.
Je suis toujours un gamer, c'est juste ma façon de jouer qui a changé. Je sais que ça va sembler brutal mais je voulais jouer à "World of Having a Career-Craft" (jeu de mots sur "World of Warcraft", traduisible pas "monde où on peut avoir un métier de carrière"). Je ne peux pas me tenir aux emplois du temps d'une guilde - je ne peux pas planifier ma vie autour de raids avec 25 ou 40 personnes. Il me faut des jeux où je peux dire "Oups, j'dois y aller" et cliquer. Pas quelque chose où, quand je regarde en arrière, je me dis que je n'ai rien fait depuis plusieurs jours.... mais regardez tous ces personnages vraiment développés de Skyrim !
Ouais, je me suis vraiment lassé de la routine du "oh il est 17h30, je dois être rentré pour le raid de Kara de 18h."
Mis à part le côté social du raid, rien que le soutien qu'il faut faire, quand tu ne raides pas, tu dois farmer ou crafter, faire les quêtes journalières et fabriquer les consommables pour le prochain raid. Faire ton rôle au sein de la guilde. Cela devient non pas un travail à mi-temps mais un second travail à temps plein.
Ouais, au pire moment de ma vie, WoW et les membres de ma guilde étaient ma seule structure. Et quand j'ai commencé à tout réassembler, tout d'un coup il n'y avait plus le temps ou l'envie de jouer.
Mon ex-femme et moi avons commencé à jouer en 2007, en fait, c'était ma récompense pour avoir fini Des horizons rouge sang. Je m'y étais intéressé depuis un moment alors j'ai créé mon personnage et ait commencé dans la forêt d'Elwynn, et on a passé quatre ans à jouer. Il y a eu quelques mois gênants après le départ de ma femme, un peu comme "Comment est-ce qu'on approche ça?" . Mais j'étais trop brisé à ce moment-là pour m'en soucier. Et une fois le divorce prononcé, j'ai recommencé à joué pendant un petit moment. J'ai quasiment terminé Cataclysm puis j'ai mis le holà à tout ça. Ce fut à l'époque où les antidépresseurs commençaient à faire effet et j'ai vraiment commencé à reconsidérer mes ambitions en dehors du jeu.
Mes personnages me manquent - j'avais créé une petite histoire de fond sur comment ils étaient connectés et je pense demander des commandes artistiques pour eux. Quelques-uns d'entre eux devraient apparaître par ci par là dans les histoires.
Y a-t-il un de vos personnages qui est apparu dans la série des Salauds Gentilshommes ?
Comme des clins d'œil. Morgante, le Père de la Ville, est le nom d'un personnage que j'ai joué dans un jeu de rôle grandeur nature, il y a longtemps. Et c'est un hommage accidentel à l'œuvre de Steven Brust où figurent des armes surnaturelles appelées "Lames Morganti". Je trouvais que c'était un nom cool, élégant et qui déchirait donc je me le suis approprié, je l'ai affiné et l'ai transformé en Morgante. Et Morgante était aussi un de mes personnages sur WoW bien après la fin du GN.
Nara (Varna), la Maîtresse des Epidémies, était le personnage de mon ex-femme dans ce GN. Ce n'était cependant pas une pique mais un hommage. Elle voulait être biologiste et avait un intérêt profond et irréductible pour des pathogènes de toutes sortes.
Il est presque certain qu'il y aura de brèves apparitions et peut être même une apparition majeure de mon druide guérisseur. Je le signalerais quand ça arrivera, je ne veux pas gâcher la surprise maintenant.
Et j'ai même jeté quelques personnages de ma guilde comme personnages mineurs depuis le début. A ce point, j'étais encore assez nouveau et inexpérimenté pour dire aux gens sur le jeu que j'étais auteur de fantasy - je donnais ma véritable identité. C'est quelque chose que j'ai arrêté après trois ou quatre mois à la tête d'une guilde et je me suis tu là-dessus, parce qu'on croise beaucoup de monde dans une guilde. On en vire pour différentes raisons et la dernière chose que je veux en tant que professionnel c'est qu'un gamin de 10-15 ans en bas de la rue dise `: "Scott Lynch? Ce bâtard ! J'étais dans sa guilde sur WoW et il m'a kické ! Je n'achèterai jamais ses livres !"
Alors, sur quoi d'autre travaillez-vous? Votre nouvelle "A Year and a Day in Old Theradane" de l'anthologie Rogues a attiré l'attention.
On va sans aucun doute en entendre plus sur les dames de ce monde, la bande d'Amarelle Parathis. Elles n'ont pas un nom aussi stylé que les "Salauds Gentilshommes" bien que parfois, j'y fais référence de façon narquoise comme les "Genderflip Bastards" ("Salauds de l'Autre Sexe")
Je ne me suis pas dit "Ok je vais écrire à nouveau les Salauds Gentilshommes seulement cette fois, ce seront des femmes". Cela s'est juste fini comme ça. Il y a plus d'histoires là-dedans à raconter - c'était trop fun à écrire et ça a été trop bien accueilli. Ce sont les deux faces de la même pièce : on veut avoir assez de fun pour continuer à écrire et on veut que les gens aiment ça assez pour vouloir en lire plus.
D'autres projets?
Il y a toute une série de nouvelles.
L'histoire des "Red Hats" que j'ai fait pour l'anthologie de Jonathan Strahan Fearsome Journeys, "The Effigy Engine" était prévue comme le début d'un journal de vie épisodique d'une compagnie de magiciens mercenaires. Des sorciers mercenaires et sauveurs. Non pas une impro sur La Compagnie Noire de Glenn Cook mais quelque chose dans la même veine. La deuxième histoire s'intitule "Cash Poor, Temple Rich" et Strahan la veut mais je ne sais pas où il va la mettre. Il dit cependant qu'il lui trouverait une place donc quelque part, un jour dans le futur, vous la verrez dans une anthologie de Strahan. Et il y aura plus de récits sur les "Red Hats".
Il pourrait ou ne pourrait pas y avoir de suite à l'autre nouvelle que j'ai écrite, intitulée "He Built the Wall to Knock It Down". Qui se passe dans un univers de gaming "Far West", j'ai fait ça pour un ami. Mais ça ne m'appartient pas donc je ne sais pas s'il s'y passera quelque chose, à moins peut être que les étoiles soient dans le bon alignement.
La première nouvelle que j'ai vendue était "In the Stacks" pour l'anthologie de Strahan et Lou Anders: Swords and Dark Magic. Je ne sais pas si j'écrirais une suite à celle-là. Je ne suis pas aussi décidé pour celle-là que pour les autres mais peut-être? Je dirais 50/50.
J'ai aussi une série sur mon site, qui s'appelle "Queen of the Iron Sands". J'ai commencé cette histoire comme un projet en feuilletons mais aussi comme une tentative d'automédication pour gérer ma dépression et mes angoisses sur le fait de montrer mon travail au public. Et le fait qu'il soit resté coincé à sept épisodes depuis deux ans maintenant est la preuve que ça n'a pas marché.
Mais je veux vraiment y revenir et réécrire des parties pour le remonter au niveau de mes critères actuels parce que j'ai cette histoire entièrement planifiée dans ma tête. Je veux la continuer comme un feuilleton en ligne mais j'ai eu quelques demandes d'éditeurs pour la placer dans une magazine. Cela finira peut-être autrement.
Voilà un flot régulier de nouvelles, d'autres travaux plus longs en projet ?
Il y a deux novellas que je dois à Subterranean Press depuis des années. Ce sont des histoires sur Locke et Jean qui iront entre La République des Voleurs et Thorn of Emberlain. Il y a une autre nouvelle sans titre qui sera, si Subterranean Press en veut, une histoire de Zamira Drakasha. Je savais que je voulais en faire une mais je n'avais pas d'idée pour commencer jusqu'à il y a quelques mois où elle m'a sauté aux yeux.
Et il y a un autre roman intitulé Untitled Lynch #1 dont personne ne saura rien. J'en ai lu un peu à la ReaderCon de 2012 et ait tenu tout le monde au secret mais tout ce que je dirais là-dessus. Ce sera le prochain projet une fois que Thorn of Emberlain sera fini. Mais pour le moment il n'y a que Thorn of Emberlain.
Donc il y a plein de choses en projet. Je suis toujours esquinté de bien des façons sur le plan mental et émotionnel mais je vais bien mieux qu'avant. Passer de cinq ans de silence et d'incapacité à produire quelque chose aux mini progrès que j'ai fait, les choses ne peuvent qu'aller mieux.
Vous entendre parler ouvertement de vos combats est tellement rafraîchissant. Beaucoup de gens souffrant de dépression ont ce sentiment de solitude. Et il y a une telle stigmatisation sociale de la maladie.
Il est vraiment malheureux de voir comment nous, en tant que société, avons cette attitude. Cela s'arrange mais il y a toujours cette idée que "Tout est dans ta tête. Garde ça pour toi.". Assimilé au fait d'être fort en ne disant rien à personne, cela mène à la sensation que vous décrivez. "Je suis seul. Tout le monde est normal et je suis faible." C'est comme ça qu'on le ressent.
Il m'a fallu deux mois avec mon thérapeute pour en parler avec mon éditeur, après ne pas avoir répondu à ses appels pendant six mois. C'était fin 2009, je n'ai pas répondu aux mails, je n'ai pas décroché le téléphone pendant six semaines.
Avec du recul, ma vie et ma carrière ont été détruites par la dépression et mon incapacité à l'affronter. Finalement j'ai eu un appel de mon éditeur disant : "Scott, je peux seulement en conclure que tu ne veux pas me parler et que tu n'as pas confiance en mon jugement. On peut avoir la relation de contributeurs artistiques et commerciaux que tu veux mais c'est impossible si tu ne me fais pas confiance pour ton travail."
Cela me toucha plus que tout autre chose. Alors j'ai craqué, j'ai appelé mon éditeur et lui ai tout raconté. Et en gros, la première chose qu'il a dit fut "Non, merde!"
Puis la deuxième fut "Tu penses être le premier auteur à me dire qu'il a des problèmes de dépression ? Tu penses être le dixième? Je suis un dépressif sévère et je suis éditeur - la moitié d'entre nous, dans le domaine de l'édition, a une forme de dépression."
Et il a dit : " Je ne suis pas heureux que tu rencontres des problèmes et je veux que tu ailles mieux. C'est ce qu'on a besoin de savoir. Maintenant nous avons une base de communication et si tu as des problèmes de santé, on peut les gérer."
Et ça a sauvé votre carrière.
J'ai eu cette période jusqu'à 2009 où tout était plus ou moins programmé. Puis il y a eu les années où j'ai disparu. Et les livres ont continué à se vendre en mon absence - j'ai été béni dans ce sens, les livres ont conquis un nouveau niveau de lecteurs pendant que j'étais sur la touche.
Et quand j'ai finalement sorti un nouveau roman, il est sorti au bon moment - pile au pic de l'excitation de voir un nouveau roman et du doute que je continue la série un jour. La surprise et le régal des gens disant :"Oh mon dieu! Il n'est pas mort!"
Maintenant je suis conscient de ça. L'effet du recul. Je vois maintenant que trois ou quatre ans de ma carrière ont définitivement disparu. J'ai été auteur professionnel pendant 10 ans mais n'ai vraiment exercé que pendant six ans.
Donc depuis fin 2012, je suis sérieusement de retour à l'écriture et j'essaye d'y rester. Ces années intermédiaires m'ont simplement été volées. Je suis un peu amer à propos de ça, je ne peux pas les rattraper mais je ne peux rien y faire. C'est la vie.
Comment a réagi votre famille ?
Peu de temps après, j'en ai parlé à mon père et à ma mère. Notre relation était plutôt difficile à cette époque et ce fut la première fois que je découvris que ma mère avait pris des antidépresseurs ainsi que ma grand-mère et mon frère - il y a tout un courant de maladie mentale et émotionnelle qui court le long d'un côté de ma famille, remontant à mon arrière-grand-mère. Je ne dis pas qu'avoir été averti aurait fait une quelconque différence, parce que ma femme et moi étions trop pris dans un travail destructeur d'ignorance des symptômes de l'autre et de non-assistance. C'est, encore une fois comme vous l'avez dit, cette pensée qu'on est seul et on ne voit pas que c'est tout autour de nous. C'est notre famille. C'est la moitié de nos amis.
La dépression donne aussi le sentiment que personne ne remarque nos problèmes et pourtant tout le monde les voit.
C'est un pas difficile à franchir de reconnaître qu'un ami ou un membre de la famille a un problème grave. Et ensuite de le porter à leur attention sans les offenser ou sans détruire la relation. Donc je ne pense pas qu'il y aurait eu de façon simple pour un de mes amis ou pour ma famille de faire le pas et de m'aider et c'est pourquoi je ne l'ai pas fait pour des amis qui en avaient besoin.
Pour mettre un nom dessus, mon divorce. Ce n'était pas une décision bilatérale. C'était une décision entièrement unilatérale. Elle m'a quitté, de façon de très soudaine. Mais pour être honnête, je n'étais pas particulièrement un bon mari. J'étais claqué et vraiment malade. Le fait qu'elle ne faisait rien pour m'aider était exacerbé par le fait que je ne faisais rien pour l'aider non plus. Aucun d'entre nous n'a aidé l'autre dans cette période de crise émotionnelle.
Le truc c'est que je pensais le faire de la position mature et réfléchie de ne pas intervenir dans la vie d'un autre adulte. Ne pas vouloir lui dire comment vivre, refuser d'insister sur quoique ce soit. Il y a un moment où il faut frapper - on ne peut pas s'immiscer dans leurs affaires mais il doit y avoir un moment sain et sauf où l'intervention est possible.
Comment s'est manifesté votre dépression dans vos livres ?
J'aime à penser que maintenant que je fais partie du club, je suis un peu plus au fait sur la description des maladies mentales. Mais la dépression ne se reflète pas dedans en tant que telle. Toutes les autres choses que j'ai traversées pendant ces années sont dans ce livre en revanche.
La République est devenu un livre différent de celui que j'avais commencé. C'était le divorce. Une des choses les plus utiles que m'ait dite ma mère est que le divorce est comme un décès. C'est comme une troisième personne dans votre vie qui meurt. Et quand je me suis remis debout et que j'ai recommencé à écrire, j'ai réalisé que l'histoire que je racontais n'était pas celle que j'avais commencé.
Je suis resté 12 ans avec ma femme. Elle était ma vie et je pensais être avec elle pour toujours. Et c'était comme ça que j'avais construit le livre puis j'ai divorcé et ait découvert que les happy endings n'arrivent pas sans beaucoup de travail.
Donc le Locke de la dernière version de La République est un individu plus sage. C'est un mec qui a une obsession romantique et apprend à la gérer de façon honnête avec l'autre personne impliquée. En résumé ce qu'il dit à Sabitha dans le livre c'est "Je comprends que la ferveur d'un désir n'a rien à voir avec son bien-fondé."
Je reconnais que tu es une autre personne, que tu as des besoins - que tu n'es pas seulement un prix que je dois gagner. Je te désire autant qu'avant donc dis-moi comment faire et je t'écouterai.
Ce n'est pas le livre que j'ai entrepris en 2008. Cela a rectifié ma vision de la romance et de l'inévitabilité de l'amour d'adolescent qui dure toujours. Je ne pense pas être plus cynique, juste plus réaliste et je pense avoir une vision plus mature.
Alors qu'est-ce qui vous a poussé à prendre la décision de vous confier à vos fans à propos de la dépression ?
Fin 2010, j'étais à Londres, faisant une interview audio que Gollancz comptait utiliser comme matériel promotionnel pour plus tard. C'était minutieux, fait dans un studio d'enregistrement, c'était plutôt cool.
Et la première question que le journaliste a posé fut : "On ne vous a pas vu pendant quelques années, où étiez-vous passé?"
J'étais confronté directement à cette question pour la première fois. J'ai réalisé alors qu'à ce moment, je devais être totalement honnête, ou sinon je tournerai autour de cette question pour le restant de mes jours. Je n'avais pas le courage en moi de passer les 20 prochaines années à être furieux envers les personnes qui me poseraient la question, donc c'était surtout la méthode d'auto-défense la plus simple et la plus paresseuse.
Et maintenant, je pense que c'était la chose la plus saine à faire et de loin. Je ne me suis pas réveillé un matin et ai décidé : "Je vais dire au monde à quel point ça ne va pas bien dans ma tête et dans mon coeur." Mais maintenant ça me permet de dire "Je suis ce que je suis."
Et les mails que j'ai reçu après ça, des centaines de mails, tous, point par point, disaient la même chose : Je pensais que j'étais seul. Jamais je n'aurais cru que mon auteur préféré, ou quelqu'un que j'admirais, puisse me dire un jour que c'est ok, que c'est normal et que c'est humain.
La dépression n'est pas une chose bizarre. C'est une putain de chose normale. C'est par définition malsain mais c'est sain d'en parler et d'admettre que ça arrive.
Et c'est important de savoir que ça n'arrêtera pas votre vie et que ça ne vous arrêtera pas.

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