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Interview de Peter Orullian, nouvel auteur de Fantasy épique

Par Nak, le dimanche 8 mai 2011 à 10:00:30

Peter Orullian2011 se profile pour être, comment dire, une année épique pour la fantasy, avec des publications d’auteurs très différents, allant des stars bien établies jusqu’aux jeunes nouveaux à ne pas négliger.
En avril, Peter Orullian a fait son entrée avec The Unremembered, le premier roman de la série The Vault of Heaven. Peter avait déjà éveillé un intérêt pour le monde de The Unremembered avec une nouvelle publiée en ligne et intitulée Sacrifice of the First Sheason. Chose intéressante, Peter a apporté une touche de sa formation de musicien dans son histoire.
Vous découvrirez tout cela et bien plus encore dans cette nouvelle interview traduite pour vous. N’hésitez pas à aller en discuter sur le forum !

L'interview traduite

Bienvenue Peter. Pourquoi ne commençons-nous pas l’interview en vous demandant comment vous êtes parvenu à l’étape de la publication. Quel est le making-off de The Unremembered ?
J’ai écrit The Unremembered, alors intitulé The Ledge of Restoration, vers 2001. J’avais un agent à l’époque qui était très influent dans le monde de la Fantasy et de la Science-fiction. Je lui ai envoyé et quelques mois plus tard, quand il était à Seattle pour affaires, on s’est rejoint autour d’un déjeuner. Je lui ai demandé pour le livre – il ne m’avait pas envoyé de mail (j’ai passé des mois sans avoir de ses nouvelles) – et il m’a montré les premières pages de mon livre avec ses notes dessus. En gros il m’a dit que je devais laisser ce livre sur l’étagère et écrire autre chose. Plus précisément, il voulait que j’écrive quelques-uns de ces romans à suspense dont je lui avais parlé. Il est devenu clair qu’il essayait de mettre un peu de diversité dans son agence et à sa liste de clients. Il voulait plus d’auteurs travaillant dans d’autres genres. Je pourrais dire qu’il me flattait, parce qu’il aimait mon travail sur cet autre genre de livres. Mais la vérité c’est qu’il n’avait jamais lu le moindre de ces romans et que ses motivations n’étaient pas liées à mon travail. Il n’a pas essayé une seule fois d’envoyer le roman à un éditeur et de le vendre.
Lui et moi on s’est ensuite séparés (surprise !) et j’ai commencé à chercher d’autres agents. L’ironie c’est que j’ai trouvé mon agent actuel grâce à un thriller que j’avais écrit en suivant les conseils de mon agent numéro un. Ce livre n’allait pas pour l’agent numéro deux. (Ce qui au passage était bien ; mon agent actuel m’a dit qu’il trouvait le thriller très Dickensien, et ça a conduit à une proposition de livre que je lui ai faite et qui lui a tellement plu qu’il m’a demandé de lui écrire le livre.) Bref, en ce qui concerne l’histoire… Je lui ai dit que je savais qu’il avait été l’agent d’un auteur de fantasy et que j’avais un roman de fantasy. Il m’a dit de l’envoyer. Je l’ai fait. En quelques semaines il me proposait de me représenter. Quelques semaines après ça Tor a fait une offre pour le premier livre de la trilogie.
J’en ai tiré quelques leçons. Je n’ai pas besoin de les expliquer aux gens. Mais il va sans dire que la légère amertume que je ressens pour le fait de m’être assis sur le roman pendant toutes ces années a été remplacée par le fait que j’ai maintenant un agent et un éditeur formidables. Qui sait, peut-être que l’univers tout entier a conspiré pour que tout se rejoigne aujourd’hui. Mais je ne suis pas du genre à donner tant de mérite à l’univers. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup de chance, et j’attends impatiemment de voir la suite.
Je suis toujours curieux de savoir comment les auteurs décrivent leur travail. Le synopsis établi par les maisons d’édition ne représente pas toujours la pensée de son auteur. Comment décririez-vous The Unremembered ?
Vous touchez à quelque chose d’intéressant ici. Je travaille dans le marketing, les relations publiques et le management du produit, donc je comprends l’idée de positionnement et de message et toute cette camelote. Comme toute entreprise, un éditeur doit penser à comment parler d’un livre, pas simplement à son audience. Je veux dire, ils ont des forces de vente, des acheteurs (les libraires, comme Barnes & Noble, (NdT : B&N est le plus gros libraire aux États-Unis), etc.), des critiques, des lecteurs, etc. Donc un seul synopsis ne parviendra pas forcément à plaire à tous les publics.
Le truc c’est que je ne me rappelle pas avoir jamais lu un seul bon synopsis sur un livre – généralement je passe directement à la première page et je commence à lire. Pour moi, les synopsis équivalent à cette question – que la plupart des amateurs de musique connaissent – quand vous entendez un nouveau groupe (vous savez ce qui va suivre, n’est-ce pas ?) : ça ressemble à quoi de connu ? Ces gens veulent avoir une idée de ce à quoi ça ressemble avant de se plonger dedans. Mais la vérité c’est que – du moins en ce qui me concerne et ma façon d’apprécier n’importe quel divertissement – vous devez essayer par vous-même. Quand on me pose cette question à propos d’un groupe, en général je réponds quelque chose comme, Ils ressemblent à eux-mêmes, ou Ils ressemblent à de la musique.
Pour en revenir à la question, qu’est-ce que cela a à voir avec mon regard sur The Unremembered ? Et bien, simplement ça : je trouve que c’est un vrai challenge de condenser le livre. Mon éditeur a écrit un synopsis ; j’ai pris la liberté d’en écrire un autre. Vous pouvez les consulter ici. Mais comme je l’ai dit précédemment, je pense que parfois faire un résumé va si loin que l’on passe à côté de l’essentiel. Je ne suis pas bon pour les synopsis. Ceci dit, et parce que je ne veux pas éluder la question – j’ai été tenté de faire comme le National Lampoon (NdT : magazine satirique américain) : ils ont résumé un roman de Stephen King en disant : L’intrigue, l’intrigue, bouuuh ! – mais je préfère décrire The Unremembered comme un mix entre le familier et l’étrange.
Je dirais qu’avec la série de The Vault of Heaven je fais partie du camp de la fantasy épique ; il est clair que j’utilise quelques-uns des conventions et des tropes (habituels). Mais j’ai fait ceci délibérément pour essayer de familiariser les lecteurs avant de commencer à les emmener dans des endroits nouveaux (ou étranges). (Ce serait un peu comme allumer le feu sous une casserole d’eau froide dans laquelle une grenouille se baigne tranquillement… (NdT : un copain ingénieur m’a expliqué que dans un tel cas la grenouille ne se rend pas compte du changement de température et donc elle meurt ébouillantée avant d’avoir eu le temps de s’enfuir. Ca promet !)) Mais j’ai pris quelques risques en faisant ça. Pas de vrais risques, comme ceux qu’affrontent les pompiers ou les soldats. Mais l’histoire dans son ensemble, qui se déroulera sur plusieurs volumes, m’a permis de bricoler avec certaines de ces conventions. Ce qui veut dire que ce que vous attendez n’est pas forcément ce que vous aurez. Les trucs habituels seront pas mal retournés.
En ce qui concerne l’étrange, j’ai pris mon temps pour construire mes races, il y a de multiples systèmes de magie – certains n’apparaîtront que tard dans les livres – et je punis mes personnages d’une façon assez unique.
Après la première ébauche, j’ai réalisé que les thèmes qui semblaient avoir poussé de manière organique hors du livre sont ceux faits de choix et de conséquences. Quand j’ai vu ça, je l’ai un peu nourri. En fait, le sujet me fascine. Comment et pourquoi quelqu’un choisit quelque chose, et les répercussions que cela peut avoir, en bien ou en mal… j’adore ce genre de trucs. En fin de compte, j’ai mis mes personnages dans des situations très difficiles, entre Charybde et Scylla pour ainsi dire. Et tandis qu’il y a des batailles, des méchants, des enjeux politiques et des histoires tordues dans le livre, les passages qui font monter mon adrénaline sont ceux où il y a quelque chose d’important qui se joue et que quelqu’un doit faire un choix et que le bon choix n’est pas immédiatement évident.
Retournons au moment où vous avez commencé à écrire le livre. Est-ce que l’idée vous est venue dans un Eurêka ! ? Ou est-ce que ça s’est fait par association d’idées ? Quelque chose de plus inhabituel ?
Je ne pense pas que j’ai dit Eurêka ! avant de résoudre la fin. J’adore le genre, et je savais que je voulais écrire quelque chose d’épique, ce qui pour moi voulait dire que je devais passer du temps à développer un monde, et que les enjeux devaient être élevés. (Pas seulement le fait que le monde devait être en péril – même si ça ne mange pas de pain – mais vraiment que les enjeux pour chaque personnage soient élevés.) J’ai passé un long moment à dessiner des cartes, à créer des glossaires, des scènes historiques, le dessous de l’histoire, etc. avant de m’asseoir véritablement pour écrire. Tout ce pré-travail m’a permis d’une certaine manière de prendre quelques libertés, si vous voyez ce que je veux dire. La plupart des choses que j’avais prévues ont été intégrées dans le livre. Mais une fois que j’ai mis un pied dans le monde que j’avais créé, il en est arrivé d’autres. Super ! Toutefois, certaines choses étaient pour moi fondamentales ; j’ai commencé par les personnages. Ca peut faire un peu cliché, mais j’ai commencé par penser aux gens.
La première fois que j’ai rencontré mon éditeur, il m’a emmené faire un tour des bureaux de Tor, et ensuite on est allés déjeuner. Je n’oublierai jamais notre conversation, surtout sur le chemin du retour vers le Flatiron Building. Alors qu’on traversait la 23e rue, il m’a dit : C’est quoi ton problème ? Tu tortures tellement tes personnages. Je ne suis pas sûr qu’il ait compris que j’ai pris ça comme un immense compliment. Je ne l’ai pas dit à haute voix, bien sûr, car je savais ce que ça risquait de donner comme image. Mais ça a aussi indiqué à mon esprit tordu que j’avais peut-être réussi ce que je voulais faire quand j’ai commencé à penser à mes personnages.
Les autres choix que j’ai fait très tôt étaient que je voulais créer, comme je l’ai dit précédemment, mes propres races et sociétés, avec leurs propres histoires troubles ; je voulais que ça soit réaliste et tendu émotionnellement – mon monde est un monde dur pour les enfants (sans parler des autres gens) ; je savais que je voulais un semblant de bien et de mal, mais j’ai travaillé à construire une structure qui me permettrait plus tard de brouiller ces lignes. Je ne suis pas du genre à spoiler, donc je n’irai pas plus loin ici ; mais je fais ici écho à ma réponse à votre première question, le fait que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Il y a des indices de cela dans le premier livre.
Mais comme je l’ai dit, il y a eu un Eurêka !. J’étais à la moitié du brouillon du premier livre et la fin de tout le tremblement (de toute la série) m’est tombée dessus comme un tas de briques. J’écoutais une chanson de Dream Theatre et BAM ! Ça s’est dévoilé dans mon esprit comme rien ne l’avait fait jusque-là. Sans mentir, c’était comme regarder un film. Je n’ai jamais pris d’acide, mais je pense maintenant que je n’en aurai jamais besoin. J’étais défoncé pendant des jours après ce petit épisode. Une fois que mon agent a vendu le livre, et que tout s’est mis en place avec mon éditeur, ça lui a pris plusieurs semaines pour me soutirer cette fin. Il m’a dit qu’il devait savoir. Je lui ai finalement donné. Si quelque chose se passait et qu’il la laissait échapper, je suis sûr que je lâcherais Jack Bauer après lui.
Vous êtes également un musicien. Quelle forme d’art – littérature ou musique – vous a fasciné en premier ? Pensez-vous que votre pratique d’un art nourrit l’autre et si oui, comment ?
Ouh, ouais. Impossible à dire. Toute ma famille est assez versée dans la musique. L’heure du coucher quand j’étais petit rimait avec histoires et chansons. Les chansons racontent une histoire et le langage (je trouve) est musical. Donc c’est un peu comme les deux moitiés de moi-même. Toutefois, assez tôt, j’ai fait une tonne de sport et j’ai continué le baseball au collège, au lycée et jusqu’à l’université. J’étais certain que je serais un jour sur une base à la clôture de la saison, avec un score serré à la fin de la neuvième manche. J’ai laissé tomber cette idée. Et c’est une bonne chose que les Arts martiaux mixtes n’aient pas été très connus quand j’étais plus jeune ; je me connais suffisamment pour savoir que j’aurais probablement essayé.
Mais revenons à votre question. J’inventais des histoires improvisées pour ma petite sœur quand j’avais 6 ans. Et je me souviens aussi que j’inventais des chansons que je me chantais pendant que je jardinais, à peu près au même âge. Je n’ai jamais pris l’une ou l’autre au sérieux, jusqu’à bien plus tard – à l’université, quand la réalité commence à vous regarder en face. Ce qui me plait c’est de retracer mes goûts (et ma croissance si je puis dire) au fil du temps. Mais ma réponse deviendrait beaucoup trop longue. Ce qui est intéressant c’est que l’un a forcément influencé l’autre. Je veux dire, quand j’avais onze ans, je mettais Mannheim Steamroller et je me plongeais dans ce que l’on ne peut qu’appeler des fugues dans l’écriture. Ca fait pas un peu geek ? En plus de l’aveuglante magnificence de Chip David, ses mélodies n’ont virtuellement aucune parole – parfait pour en créer. Et ensuite – accrochez-vous – quand j’ai entendu Pull me Under de Dream Theater, youhou !, j’entendais des machines de guerre médiévales, leurs essieux de bois tournant alors qu’elles étaient poussées vers une confrontation finale. La musique est très visuelle pour moi. Je vois des choses. Ça me transporte vraiment. Ça peut sembler un peu boiteux, mais tant pis.
Plus matériellement dans The Unremembered, j’ai montré les premières pierres d’un système de magie fondé sur la musique. La musique en tant que magie n’est pas quelque chose de nouveau, mais je pense que ma version apporte une touche unique. Par contre, je n’ai pas révélé entièrement dans le premier livre comment la magie fonctionne. Je n’ai pas toujours réussi, mais j’ai essayé de faire apparaître ces éléments de construction de monde de façon naturelle dans l’histoire, ce qui veut dire que l’essentiel du fonctionnement de la musique magique ne sera révélé aux lecteurs que dans le livre deux, ce qui semble normal.
Une autre chose intéressante sur laquelle je travaille en ce moment c’est la musicalité du langage. J’ai un éditeur très impliqué. Il est très pointilleux sur le flot d’information et le choix des mots. Ce sont certainement de bonnes choses, mais parfois n’utiliser qu’une syntaxe appropriée et renoncer à un langage familier me fait retravailler une phrase pour essayer de retrouver la musique que j’avais entendue quand je l’avais écrite la première fois, quand tous les éléments de syntaxe n’étaient pas parfaits. Mais oui, il y a des choses pires. Quoi qu’il en soit, mon éditeur et moi-même avons eu une longue discussion à propos de tous ces éléments, ce qui est extrêmement important, pour concilier ce qui est le plus logique avec une utilisation du langage qui a – je trouve – un meilleur rythme et un meilleur ton. Je suis en train d’écrire un article sur mon site internet à propos de la relation entre musique et fiction pour analyser et faire ressortir ces distinctions. Cela m’amuse beaucoup. Je suis aussi en train d’écrire un album-concept (NdT : c’est-à-dire une œuvre filée tout au long du disque) pour aller avec le roman. Ce n’est pas une redite boiteuse de l’histoire. Personnellement, je n’en retire jamais rien. C’est plutôt que dans mon monde il y a cette chose qui s’appelle la Chanson de la Souffrance, et c’est devenu le point d’orgue pour un projet d’enregistrement qui me plait énormément. Donc ouais, musique ou fiction. Dur de choisir.
Intéressant. Vous avez mentionné d’autres systèmes de magie basés sur la musique. Certains vous ont-ils inspiré ? Y en a-t-il qui, bien que n’ayant aucun lien avec votre livre, ont réussi ?
L’idée elle-même précède la plupart des romans de fantasy auxquels je peux penser. La création à travers la musique était une part essentielle de la philosophie de Pythagore, qui suggère que l’univers a été créé et assemblé par une musique connue sous le nom d’harmonie des sphères. Tout ça était lié à la notion grecque de Logos : le Monde – c’est un autre système magique de ma série, qui vient d’une grande et riche tradition du genre – que vous et moi partageons plus spécifiquement.
Mais en ce qui concerne des systèmes de musique magique, je me souviens un peu des Maîtres chanteurs de Scott Card, du Cycle de Spellsong de Modesitt et de la série Spellsinger d’Alan Dean Foster – qui est trop cool parce que Jon-Tom peut faire de la magie avec de la musique rock. J’adore ça ! Toutefois je pense que je suis encore plus partial en ce qui concerne L’Enchantement de Shannara de Terry Brooks ; je garde un excellent souvenir de ce livre.
Je pense que tous ceux-là ont fait un bon travail, en trouvant une façon de rendre le mélange entre la magie et la musique intéressant. Mais ils sont vraiment très différents de ce que je fais. Je pense que j’en ai fait quelque chose de plus central au fil de l’intrigue, qui monte en puissance jusqu’à avoir un impact à grande échelle dans la série. Alors que The Vault of Heaven progresse (j’ai presque terminé d’écrire le deuxième tome), je rentre dans les spécificités qui font que ce système de magie fonctionne. Il y a un lieu dans lequel ceux qui en ont les capacités peuvent étudier, et la plupart de mes scènes favorites sont celles où je décris l’apprentissage. J’étais capable de faire appel à ces deux parties de moi pour faire quelque chose qui me semble assez original. Au moins, ça aura été super fun à écrire !
Quel est votre roman favori décrivant la musique ou les musiciens ? En SFF ou en dehors ?
En fait, je n’en ai pas. Mais pour moi c’est ce que j’appelle un cookie de lecture comme les cookies sur un navigateur Web. Si un auteur fait certaines choses, je le suis ! Ou au moins je lui laisserai plus de chance, parce que je suis toujours curieux de voir où est-ce qu’il va les emmener. La musique fait partie de ces cookies de lecture en ce qui me concerne.
Mais il n’y a pas très longtemps un livre très cool sur Frank Sinatra, appelé Les Trésors de Sinatra a été publié par Bulfinch Press. Toute sa correspondance, ses souvenirs, vieilles photos, programmes, tickets et listes de chansons. Parce que j’adore Frank, c’était très cool de se promener dans sa vie comme ça.
Changeons un peu de sujet et parlons du reste de la série. Avez-vous un nombre fixe de livres en tête ? Ou envisagez-vous de laisser l’histoire évoluer et voir où elle s’arrête ?
Aaaah, cette question. Je peux quasiment entendre la nuque de quelques lecteurs de fantasy se raidir, alors qu’ils redoutent de devoir s’investir pendant un temps indéfini. Et bien, voilà le deal. Je sais de façon assez certaine ce qui va se passer dans les livres deux et trois – c’est ce que Tor a acheté. Et j’ai toute la fin dans la tête. Ensuite, je connais les grande lignes entre le livre trois et la fin. Je pense qu’il y en a pour six ou huit livres.
Et je suppose que votre question cherche aussi un peu à savoir si je suis plus un Architecte ou un Jardinier en tant qu’auteur (pour emprunter les métaphores de George R. R. Martin) – les architectes étant ceux qui planifient tout méticuleusement alors que les jardiniers sèment des graines et les regardent pousser, en taillant parfois un petit peu. Je suis assez ancré au milieu. Je travaille certainement beaucoup sur la construction de monde au préalable. Et ensuite quand je suis prêt à écrire un livre – en tout cas en ce qui concerne ces romans de fantasy – je tire quelques grandes lignes (un genre d’esquisse chapitre par chapitre – cela dit, parfois cette esquisse n’est qu’un mot). Cette partie du processus est très créative pour moi. Je crée une histoire de la même façon que n’importe qui le ferait avec les doigts sur le clavier. Ensuite, une fois que j’ai une sorte de modèle, je commence. Le truc cool c’est qu’alors que l’histoire que je crée durant la phase initiale intègre le livre, le modèle lui-même me donne un peu de mou, c’est difficile à expliquer. Ca veut dire que beaucoup de nouvelles choses arrivent au cours de l’histoire – débordant autour des lignes pour ainsi dire. Ca ne cesse jamais de me surprendre et de me combler. (Ok, combler est un mot assez dandy mais je pense que je vais le garder.)
Le point le plus important, je suppose, c’est que je ne vais pas essayer d’étoffer l’histoire. Bien sûr, certaines personnes vont trouver qu’en fait j’étoffe. Tout ce que je peux dire c’est que j’essaie d’avoir un œil critique sur chaque scène et de lui faire répondre à au moins trois questions. Je n’y arrive pas toujours, mais je peux vous dire que si ça répond à une et souvent à deux de ces questions, c’est bon ; J’ai tendance à penser qu’en gardant cette approche, les livres resteront compacts.
La série aura une fin quand l’histoire sera terminée – pas mal comme réponse de politicien non ? Mais vraiment, si j’arrive au livre quatre ou cinq et que je sens que ça tourne en rond, je m’arrêterai. Parce que j’ai déjà trois autres gros projets en attente d’être écrits, et ils me plaisent tous autant que The Vault of Heaven. En fait idéalement, si tout va bien, je commencerai l’un des autres projets et l’écrirai en parallèle de VoH. En ce moment ce serait du suicide, car je travaille 12 heures par jour dans la division jeux vidéos de Xbox.

Interview originelle
Traduction réalisée par NAK


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