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Un entretien avec Martin Page

Par Gillossen, le jeudi 3 septembre 2015 à 18:16:14

Je suis un dragonJe suis un dragon de Martin Page figure en bonne place dans nos coups de cœur du premier semestre 2015.
D'ailleurs, le roman figure même dans la liste des nommés au prix Elbakin.net, dont les gagnants seront dévoilés demain à 14h, comme nous l'annoncions tout à l'heure sur Twitter.
Quoi qu'il en soit, peu importe la date, il était plus que temps de s'entretenir avec l'auteur ! Merci encore à Martin Page pour sa disponibilité et sa patience.

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L'entretien

Une question banale pour commencer, mais comment est né ce roman ? D’une idée, d’un personnage, d’une vision précise ?
J’avais depuis longtemps l’envie d’écrire un roman de superhéros, parce qu’ils font partie de ma culture, parce que dès que je les ai découverts enfant et adolescent ils m’ont été familiers. Je pensais que le roman pouvait se saisir de cette figure. C’est assez rare, cependant. Alors je voulais apporter ma pierre. D’autant plus que la figure de superhéros est riche de références : Prométhée, le surhomme nietzschéen, et surtout la lutte contre le nazisme (les créateurs de Superman étaient des juifs ayant fuit l’Europe de l’Est et l’antisémitisme).
Le moment exact du désir d’écrire Je suis un dragon, je m’en souviens : je sortais d’un cinéma où j’avais vu Man of Steel. J’étais si déçu, si frustré, si navré par ce que je venais de voir, par tout ces clichés, que j’ai décidé d’écrire un roman de superhéros à ma façon.
Le roman est court, direct. L’avez-vous toujours envisagé ainsi ?
Je n’envisage jamais une longueur. Un roman court ou long, ça n’a pas de sens selon moi, ce qui compte c’est la densité.
En tout cas, je savais que ce serait un roman d’action et d’introspection. Et qu’il serait haletant. Je voulais composer un roman que le lecteur ne lâche pas.
Votre héroïne, Margot, se retrouve parfois face à la violence la plus crue, qu’elle soit verbale ou physique. Était-ce une étape incontournable de son parcours ?
C’est une étape de notre parcours à tous. Ce roman est un roman réaliste : nous sommes tous confrontés à la violence. Bien sûr, c’est plus extrême dans Je suis un dragon, mais pas tant que ça. Après tout, pour moi c’est un roman autobiographique. Je m’interroge sur la violence : comment y réagir ? comment vivre dans une société de violence plus ou moins euphémisée ?
Est-ce que le regard que vous portez sur vos personnages, qui sont rarement ménagés, a changé depuis que vous êtes devenu père ?
Non. Mais je suis encore plus émerveillé par la magie du monde, notre imagination, et sans doute plus conscient de la nécessite de se battre et de ruser pour vivre. C’est une société dure.
Vous dédiez votre roman aux gens qui ne se sentent pas toujours à leur place, blessés par la vie, ceux qui se battent en silence. Pourriez-vous nous en dire deux mots ?
J’ai une famille : ce sont les inadaptés. Je ne vais pas faire semblant et dire que je me sens à l’aise dans cette société et avec les groupes en général.
Je trouve que Je suis un dragon, au-delà de son titre, possède un côté fable, même dans sa façon d’aborder la thématique des superhéros. Qu’en pensez-vous ?
Fable ça me va. Conte aussi. Toutes les histoires que j’aime sont dans ce registre.
Vous m’aviez dit être très heureux de vous retrouver nommé à un prix de fantasy. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?
Parce que j’aime quand les frontières tombent. Parce qu’un écrivain devrait briser les lignes. Et parce que la fantasy c’est aussi ce qui m’a formé et m’a donné la passion de la lecture et de l’écriture. Parce que la fantasy est très déconsidérée dans ce pays et qu’il m’importe qu’on la réintègre à nos imaginaires. Enfin, parce que j’étais membre du club science-fiction au collège, alors être sur une liste de prix de fantasy, c’est renouer avec ce que je suis, retrouver une sorte de club familier, un peu à part et passionnant.
Au bout du compte, quelle est votre définition d’une bonne histoire ?
Une histoire dont je suis amoureux.
Les zombies dans La nuit a dévoré le monde, les superhéros donc… Allez-vous continuer ainsi, à explorer des thématiques bien connues pour mieux les détourner ?
Oui. Je me pose la question parfois de continuer à situer ces romans en France, tellement ce pays est conservateur dès qu'on quitte les rives du roman classique ou expérimental. C'est dommage il y avait une grande tradition de littérature fantastique en France. Verne, Gaston Leroux, etc. C'est mon pays et j'ai malgré tout envie que mes romans y soient placés, j'ai envie de casser l'atmosphère réaliste classique, et que le surnaturel hante à nouveau les rives de la Seine, les rues de Marseille, de Nantes et de banlieue.
Quel fut votre parcours de lecteur, plus jeune ? Quel est votre rapport aux littératures de l’imaginaire ?
J’étais un grand lecteur de toutes les littératures, et pendant longtemps beaucoup de sf et de fantastique (et romans et comics).
En tant qu’auteur, votre parcours là encore donne une impression de touche-à-tout, notamment dans vos études et bien sûr vos livres, avec des univers jeunesse, une BD, de l'humour, des romans plus durs… Ce côté éclectique est-il un besoin pour pouvoir créer ?
C’est une nécessité existentielle. Le monde est là, il y a des arts, des frontières absurdes entre les genres, je n’ai pas l’intention de m’interdire quoi que ce soit. La position des écrivains qui restent cantonnés dans leur genre habituel me semble pour le coup très étrange, très conformiste. Je n’ai pas l’impression d’être un touche à tout (je trouve cette expression problématique et méprisante), mais au contraire de poursuivre mon travail de création dans le roman, la bd, la littérature jeunesse, des textes pour la radio. Chaque création pour moi est importante, je ne fais rien à moitié. Je ne dis pas que je réussis tout, mais en tout cas je suis toujours sincèrement et obsessionnellement engagé dans ce que je fais. À vrai dire je ne vois pas de frontière entre mes romans, mes romans de genre, mes livres de littérature jeunesse.
Vous êtes également actif sur les réseaux sociaux. Comment les considérez-vous ? Un simple outil ? Une dérive possible ?
Je les utilise avec prudence. Dernièrement j’ai été effrayé par la violence qui s’y déploie. À ce titre facebook me paraît plus civilisé et moins hype que twitter. Ensuite ces réseaux sont l’occasion de rencontres, de casser la routine de nos habitudes sociales, et ça c’est super. En tout cas, j’ai arrêté de débattre sur twitter, ça vire rapidement à de la violence. Je m’en sers pour partager des coups de cœur de livres, pour partager nos créations à ma copine et moi (de monstrograph.com), pour partager les recettes et réflexions véganes (de notre site monstro.veganes.com). Je suis informé aussi de pas mal de choses grâce aux réseaux sociaux. J’imagine que c’est comme tout : il faut apprendre à s’en servir, ce n’est pas simple. J’essaye de limiter la présence de ces réseaux : je n’ai pas de smartphone, et je vais me débarrasser de mon ipad prochainement (je vais m’acheter une simple liseuse).
Tous les titres de vos ouvrages sont originaux, voir spéciaux. (Je suis un dragon, Lea libellule de ses huit ans, On s'habitue à la fin du monde, Conversation avec un gâteau au chocolat, Comment je suis devenu stupide et bien d'autres). Le choix de ses titres est surprenant et un peu loufoque. D'où les tirez-vous ?
Loufoque ? Je ne trouve pas, mais c’est votre opinion de lecteur. Sinon je considère qu’un titre est une occasion de création, et que ça se travaille. J’essaye de créer de beaux titres, mais c’est parfois difficile.
La situation des auteurs se fait souvent de plus en plus compliquée ces derniers temps. Que pensez-vous du livre électronique notamment ? Et plus généralement de la question des droits d’auteurs.
La situation des écrivains et des artistes en général à de tout temps été difficile. Nous comptons peu de véritables alliés (à opposer à ceux qui se disent nos soutiens mais qui ne nous aident pas). Rien ne change.
Le livre électronique est là, alors autant apprendre à l’utiliser. Et faire en sorte que les livres papiers soient de plus en plus beaux, imprimés sur de meilleurs papiers, illustrés par des dessinateurs doués. J’ai créé des livres électroniques (on peut les trouver sur mon site et sur monstrograph.com), et j’ai participé à une résidence d’écriture numérique (La Marelle) avec un ami graphiste pendant laquelle nous avons créé un livre animé : Emma et la nouvelle civilisation.
Auriez-vous des recommandations de lecture à faire à nos visiteurs, parmi vos découvertes récentes par exemple ? Ou plus anciennes bien sûr !
Ici ça va, de Thomas Vinau, un ami poète. Julio Cortázar : Fantômas contre les vampires des multinationales. Les textes de Philippe Castelenau mis en musique comme celui-ci.
Et enfin, pour conclure, il y a quelques semaines, vous avez ouvert un compte sur ask.fm, indiquant qu'il s'agit d'un projet un peu bizarre. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Non : surprise !

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière


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