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Patrick Marcel nous parle du Trône de Fer

Par Merwin Tonnel, le mardi 5 juillet 2011 à 09:31:02

Patrick MarcelNous vous l'avons dévoilé dimanche dernier, c'est Patrick Marcel qui reprendra la suite de Jean Sola pour traduire le Trône de Fer à partir d'A Dance with Dragons, c'est-à-dire à partir du tome 13 ou de l'intégrale 5, selon l'édition française.
Une tâche pas forcément évidente, surtout pour un livre aussi attendu et alors que la traduction précédente a divisé les fans francophones. Nous avons donc posé quelques questions à Patrick Marcel, histoire de prendre la température et de voir quelles pistes le nouveau traducteur a décidé de suivre.

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L'interview

Comment en êtes-vous venu à reprendre la traduction du Trône de Fer ?
Rien de plus simple. J'ai proposé mes services à Thibaud Eliroff, il m'a dit: "Le Trône de Fer, ça t'intéresse ?" Après une seconde de surprise, j'ai dit oui.
Est-ce que vous abordez la traduction d’un grand cycle populaire comme celui de George R.R. Martin de la même façon que des œuvres plus confidentielles, comme La Forêt des Mythagos ou Kane ?
Pour l'essentiel, oui. Il y a un texte à traduire, avec ses difficultés et son style propres. La différence majeure étant que je reprends un cycle en cours, donc sur lequel certains choix de traduction ont déjà été faits. Mais c'était déjà le cas pour La Forêt des Mythagos, dont j'ai juste traduit deux nouvelles et le dernier volume, en harmonisant la traduction pour la rendre cohérente sur tout le cycle après une période d'épuisement des titres.
La pression des fans, pas toujours tendres avec les traducteurs, vous fait-elle peur ? Êtes-vous du genre à échanger directement avec eux sur les fora par exemple ou à garder une certaine distance ?
Peur, j'espère que ça n'en arrivera pas là ! Mais il est certain qu'il y a des gens qui ont des idées définitives sur la traduction, et qu'elles ne seront peut-être pas exactement les miennes. On verra bien, mon but est de traduire Martin le plus fidèlement possible.
Je suis présent sur certains fora, mais pas trop, histoire de ne pas trop me disperser. Et dans l'absolu, non, je n'ai pas d'objection à discuter, bien entendu.
La traduction de Jean Sola a souvent été sujette à polémique, avec un style très archaïsant et assez éloigné de celui de l’auteur et certains termes conservés en anglais (Winterfell, Littlefinger,…). Comment comptez-vous gérez cette transition ? Par exemple, vous avez dit vouloir garder certains mots traduits. Parlez-vous uniquement des noms propres ou y incluez-vous aussi les nombreux termes « médiévalisant » ajoutés par Jean Sola, comme ceux servant à décrire une épée ?
Je démarre juste la traduction, donc pour l'instant le problème se pose au niveau des termes. Ils ont été employés pendant 4 tomes, pour certains, et il n'est pas question de les changer. Il s'agit donc de veiller à rester cohérent avec le vocabulaire. Je pense traduire les noms. N'en déplaise à la série, les gens de Westeros, comme les habitants de la Terre du Milieu, ne parlent pas anglais, et leurs noms en anglais sont la traduction de noms dans des langues que nous ne connaissons pas. Pas de raison qu'un nom anglais ne devienne pas un nom français, qui parlera au lecteur de la VF comme les noms anglais de Martin parlent au lecteur de la VO.
Pour le style, je ne sais pas encore : j'aime aussi employer les mots précis autant que possible. Lorsque j'ai traduit Le Livre de Cendres de Mary Gentle, j'étais devenu expert dans le nom des diverses pièces d'armure ! Je n'ai pas encore vraiment envisagé comment j'allais procéder : l'idéal serait probablement que je reste dans le sillage de Jean Sola au départ, pour aller vers un style peut-être plus proche de celui de Martin dans le texte original, qui me sera plus naturel. Mais tout ça reste théorique, c'est sur le tas que je verrai quelle sera vraiment ma procédure.
Il y a d'ailleurs des noms superbes dans la VF qui sont une bonne indication sur la façon dont je devrai aborder les nouveaux termes : Peyredragon, la Néra, par exemple, ce sont des traductions de toute beauté.
En tant que traducteur, est-ce que la longueur d'un texte joue sur votre façon de vous organiser ?
Pas spécialement. Au départ, nous nous sommes accordés avec l'éditeur sur le temps que cela nécessitera, et je m'organise en fonction de cela, pour travailler. L'avantage d'un long roman, c'est qu'on a le temps de s'y couler. Un roman court peut être plus difficile à capter, à cerner. Le roman long, à force de fréquentation, impose son ton plus naturellement. C'est aussi un travail de longue haleine, mais j'ai déjà passé pas mal de temps avec certaines œuvres - Cendres, de Gentle, Kane de Karl Edward Wagner, Maître Li et Boeuf Numéro Dix de Barry Hughart. Quand on aime l’œuvre, la longue connivence est un plaisir.
Enfin, sur un ton plus léger, la série de HBO a-t-elle su vous séduire et si oui pourquoi ?
Oui, j'ai trouvé l'interprétation tout à fait réussie, des choix pertinents. D'après les discussions que j'ai pu en avoir, c'est un très beau travail d'adaptation : le roman peut se permettre des batailles plus grandioses, mais la série n'aurait pas les moyens, et elle tourne ce qui pourrait être une faiblesse en avantage, en restant proche des personnages. Quelques scènes que j'ai bien aimées ne sont pas dans le roman, paraît-il. Mais ce sont de très bonnes scènes, et je conçois que, privée du point de vue variable du roman, la série ait eu cette ressource pour développer certains aspects des personnages. J'ai vraiment été impressionné par la réussite, je ne m'attendais pas à un aussi beau travail.

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