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Gabriel Katz avant Aeternia

Par Witch, le mardi 27 janvier 2015 à 22:13:31

PuitsVous n'avez pas pu manquer la sortie du nouveau roman de Gabriel Katz prenant place dans l'univers installé par l'auteur avec Le Puits des Mémoires.
Et si vous l'avez manqué, l'habillage actuel du site vous remettra en tête (pour ne pas dire en mémoire, ha ha) que l'édition poche est aussi à votre disposition. Pour être en totale cohérence, nous vous proposons une interview réalisée durant les Imaginales 2014 et qui n'a pas pris une ride.Comme le temps a passé, nous pouvons même présumer que vous avez déjà lu les trois tomes de sa trilogie récompensée et que les quelques informations contenues dans les propos échangés ne seront pas gênants.
Et par prudence, les possibles spoilers sont indiqués par avance.

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Note de Witch : si cependant, l'univers de M. Katz reste encore à découvrir pour vous alors je n'aurai qu'un conseil : précipitez-vous, sur la trilogie terminée ou bien même sur ce nouveau début d'aventures qu'est Aeternia qui peut se lire indépendamment. Personnellement avec ce premier tome, j'ai été bien scotchée (et je déteste cordialement le sens du cliffhanger de l'auteur !).
La parole est à l'auteur (que nous remercions pour sa patience).

Interview de Gabriel Katz aux Imaginales

La trilogie du Puits des mémoires est aujourd’hui entièrement sortie. Il s’agissait de votre premier roman en nom propre, comment s’est passé l’accueil de cette série ?
L’accueil a été tellement bon que je suis demandé pourquoi je n’avais pas écrit ce livre plus tôt. C’était pourtant un choix un peu risqué, débarquer dans un monde dont j’ignorais à peu près tout, en proposant un cycle de fantasy sans en avoir jamais lu par ailleurs. Le Puits des mémoires a bénéficié d’une super couverture sur la blogosphère, puis il y a eu les sélections pour une flopée de prix (dont une finale sur Elbakin ☺), et enfin le prix Imaginales. Tout est allé très vite…
Un petit débat s’est élevé autour de la trilogie… est-ce que ce sont des romans jeunesse ?
Objectivement ? Non. Voilà, c’est dit ! Ça n’empêche pas la trilogie d’être tout public… ou presque, et de plaire aux ados, ce que je trouve génial. D’ailleurs la question ne s’est posée que parce qu’en France la fantasy traîne une image de gaminerie-geekerie soi-disant incompatible avec un lectorat adulte. En littérature générale, personne ne se pose la question… Est-ce que quelqu’un s’est déjà demandé en lisant Les Trois mousquetaires si c’était « jeunesse ou pas jeunesse » ?
À la lecture de la trilogie, on ressent l’influence du jeu de rôle avec des personnalités assez marquées, un univers bien défini et un côté aventure participative avec des personnages qui construisent leur propre aventure au fur et à mesure de leur avancée. Quelle influence le JDR a-t-il eue sur ces romans ?
Oui, il reste des bribes de JDR dans cette histoire qui s’est construite à partir d’une campagne, même si les joueurs qui y ont participé ne se reconnaissent plus vraiment (s’ils s’étaient reconnus, je peux vous assurer que la trilogie aurait reçu un accueil plus… mitigé). Le JDR m’a appris à structurer un monde, à le faire vivre, à planter un décor sans abrutir mon auditoire de détails et de digressions. C’est une très bonne école d’écriture – d’ailleurs sur les six vieux de la vieille avec qui je jouais ado, on est deux à avoir fini scénaristes !
Dans le tome 3, on a une fin assez ouverte ; voulez-vous revenir par la suite sur ces personnages-là ? (révélations donc sur la fin du Puits des mémoires !) : Tout est possible. C’est d’ailleurs le truc fascinant en fantasy
tout est possible ! Le monde se construit par petits morceaux, comme un puzzle, et même si j’ai décidé de partir carrément plus au sud dans le roman suivant, le trio du Puits des mémoires pourra très bien reprendre du service un jour.
Continuons sur La Maîtresse de guerre, votre roman suivant dans le même univers. De quoi parle-t-il ?
Il s’agit d’une nana qui veut se battre dans un monde de mecs. Une fille de maître d’armes, que son père n’a pas eu le temps de former, et qui décide de s’engager dans une armée en route pour le grand Sud, une espèce de croisade partie libérer un pays barbare du fléau de l’esclavagisme. Tout ça paraît très noble, mais dès les premières pages, on va s’apercevoir que les choses ne sont pas si simples. Et surtout, dans ce monde machiste (ô combien imaginaire !), une femme a beaucoup de mal à s’imposer ailleurs que dans une cuisine… C’est pourtant ce que Kaelyn va essayer de faire.
Écrit-on un roman avec une héroïne différemment d’un roman avec des héros ?
Oui. Enfin non. Ce n’est pas tant la psychologie du personnage que l’univers qui l’entoure qui change réellement la donne. Le monde que j’ai créé est assez sobre, assez réaliste, suffisamment pour qu’une femme y rencontre des écueils terribles, uniquement parce qu’elle est une femme. Je me suis presque coincé moi-même dans des situations où logiquement, les hommes ne pouvaient pas la prendre au sérieux. Ou allaient vouloir lui sauter dessus. Ou allaient se poser en protecteurs condescendants. D’une certaine façon, l’expérience de la Maîtresse de guerre a été pour moi « Vis ma vie de nana dans un monde de bourrins ».
Vous avez peut-être peur d’être attendu au tournant avec un personnage féminin ?
Peur, c’est un grand mot. J’étais surtout curieux de voir comment les lecteurs allaient percevoir une nana « normale » dans un monde où les combattantes se baladent le plus souvent en bikini cuir pleine fleur, avec un petit couteau dans chaque main. Je ne sais pas pourquoi – c’est peut-être un effet pervers du jeu vidéo – mais les filles en fantasy doivent obligatoirement être agiles, rapides et assassines, et si possible ponctuer leurs attaques de petits cris aigus. Kaelyn n’est rien de tout ça. C’est une technicienne, une duelliste, qui veut se battre à l’épée longue, comme tout le monde.
C’est une héroïne en butte avec la société patriarcale autour d’elle ?
C’est surtout quelqu’un qui essaie de faire son trou alors que dans les deux camps, on la méprise. Je ne pense pas qu’elle se dresse contre le système, elle veut juste y faire une brèche.
C’est sûr qu’une femme seule au sein d’une armée en marche doit avoir du mal à se faire entendre. : Je ne suis pas une nana, et encore moins une nana dans un monde de fantasy, mais je suis à peu près sûr de ce qu’elle doit ressentir
du gentil boyfriend qui la protège alors qu’elle n’a rien demandé jusqu’au gros libidineux qui tente de la mettre dans son lit… Cela dit elle n’est pas seule dans son monde, mais elle fait partie des très rares combattantes, et comme un malheur n’arrive jamais seul, elle a la mauvaise idée d’être mignonne.
C’est vrai que, dans le Puits des mémoires, il n’y pas tant de personnages féminins que ça, à part peut-être Oranie qui finit par avoir un rôle important.
Oranie est sans doute un peu atypique, avec ses kilos en trop, son ambition, son agacement à l’idée de perdre ses moyens devant un mec, parce qu’elle n’a que mépris pour les midinettes. Beaucoup de lecteurs à la sortie du tome 1 m’ont confié qu’ils regrettaient l’absence de l’inévitable « bonnasse », la belle princesse évanescente qui aurait donné la réplique à ce beau gosse d’Olen. A partir du tome 2 en revanche, les gens ont commencé à s’y attacher, et à la fin, elle avait ses fans.
Norah, la lingère, est un peu plus en retrait mais c’est un personnage plus important qu’il n’y paraît… surtout pour ce qu’elle révèle chez Nils. Dit comme ça, c’est un peu nébuleux, mais suggérer sans spoiler est un art que je maîtrise assez mal.
Ce que j’avais bien aimé au début de la trilogie, c’était de tomber sur trois hommes amnésiques, de remarquer que ce n’est pas très original, et j’ai trouvé remarquable cette façon de prendre un cliché de la fantasy et de le traiter de façon originale et crédible. (révélations sur le tome 2 du Puits des mémoires)
Il y a un côté polar dans leur amnésie. Et aussi des ressorts psychologiques un peu troubles… Ce qui m’intéressait dans la perte de mémoire, c’était de voir trois hommes se reconstruire une nouvelle personnalité à partir de rien. C’est à la fois fascinant et terrifiant de se dire : voilà, je suis une enveloppe vide, je vais devenir ce que je déciderai d’être. Et puis un jour, ils sont confrontés à ce qu’ils sont vraiment, et forcément, ça fait des étincelles !
Je ne voulais pas d’un simple effet de surprise à la fin du troisième tome, et encore moins d’un héros qui s’avère être « l’élu », ou le héros de je ne sais quelle prophétie.
(révélation sur le tome 2 du Puits des mémoires) Ils ont des réactions très contrastées devant la découverte de leur identité véritable… et d’ailleurs le tome 2 nous apprend que les personnages – et nous avec – étaient lancés sur une fausse piste.
Attention : spoiler de chez spoiler. Le tome 1 était un véritable risque, avec son équipe « d’aventuriers » (un guerrier, un mage, un voleur), supposés avoir assassiné un roi. C’était très classique, très attendu, et c’était le meilleur moyen d’avoir l’air d’écrire un bon vieux scénario de jeu de rôles. La vérité éclate dans le tome 2, et ces hommes qui se sont complètement reconstruits se retrouvent brusquement dans leurs anciennes peaux… C’est très difficile à gérer, très difficile à admettre, et affreusement dangereux quand on navigue dans un complot.
C’était important de parler de personnages qui peuvent choisir qui ils veulent être ?
Important je ne sais pas, mais c’est le ciment de la trilogie. C’est d’ailleurs amusant de voir qui est resté très proche de sa vraie personnalité, et qui l’a complètement rejetée pour devenir quelqu’un d’autre.
Au-delà de cette histoire de fantasy, c’est également une série sur l’amitié entre trois garçons qui se sont retrouvés par hasard. (révélation sur la fin du Puits des mémoires)
L’amitié entre Nils, Karib et Olen se cimente dans le chaos qui les entoure. Ils se tiennent les coudes, se protègent, se soutiennent, d’autant plus soudés que le monde entier semble hostile. Ils sont comme des frères qui auraient vécu une deuxième naissance, et ce sentiment va probablement plus loin qu’une simple amitié… Mais c’est surtout au moment où on découvre qui ils sont réellement qu’on prend la mesure du côté improbable de cette fraternité.
La fantasy a envahi nos écrans ces dernières années, quel est le regard d’un auteur sur ce phénomène ?
C’est un regard d’auteur... doublé d’un regard de scénariste ! Inutile de dire que mon rêve – pour ne pas dire mon projet – est de voir adapter un de mes bouquins en série. La France est encore très frileuse quand elle entend le mot fantasy, et pourtant, tous les producteurs que je rencontre ne rateraient pour rien au monde un épisode de Game of Thrones ! Tout d’un coup, quand il s’agit des stars anglo-saxonnes, la fantasy n’est plus un produit de niche, ni une maladie honteuse, ni un défouloir pour geeks attardés. Reste à convaincre la chaîne de production audiovisuelle que nous aussi, on peut faire de très belles séries…
Est-ce que le prix Imaginales a changé quelque chose pour vous ?
Je mentirais en disant que ça m’a valu les tirages de JK Rowling, mais ça a donné un bon coup de buzz, qui tombe très bien au début d’une carrière d’auteur. La fantasy française étant définitivement aux abonnés absents des média classiques, nous n’existons que par le net et par les festivals, un peu de notoriété ne fait jamais de mal ! Et puis surtout ça m’a conforté dans l’idée qu’écrire de la fantasy était le bon choix. Quand on n’en lit pas, on peut estimer qu’en écrire revient à plonger les yeux fermés dans une piscine… sans savoir si elle est pleine.

;Merci pour vos réponses, Gabriel Katz !

Propos recueillis par Nausikaa


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