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Le Chien du Forgeron

ISBN : 978-249240319-4
Catégorie : Aucune
Auteur/Autrice : Leboulanger, Camille

Approchez, approchez ! Alors que tombe la nuit froide, laissez-moi vous divertir avec l’histoire de Cuchulainn, celui que l’on nomme le Chien du Forgeron ; celui qui s’est rendu dans l’Autre Monde plus de fois qu’on ne peut le compter sur les doigts d’une main, celui qui a repoussé à lui seul l’armée du Connacht et accompli trop d’exploits pour qu’on les dénombre tous.
Certains pensent sans doute déjà tout connaître du Chien, mais l’histoire que je m’apprête à vous narrer n’est pas celle que chantent les bardes. Elle n’est pas celle que l’on se raconte l’hiver au coin du feu. J’en vois parmi vous qui chuchotent, qui hésitent, qui pensent que je cherche à écorner l’image d’un grand homme. Pourtant, vous entendrez ce soir la véritable histoire du Chien. L’histoire derrière la légende. L’homme derrière le mythe.
Approchez, approchez ! Venez écouter le dernier récit d’un homme qui parle trop… 

Critique

Par Aerendhyl, le 12/07/2021

Reprendre un héros de la mythologie, quel qu’il ou qu’elle soit, et en réécrire l’histoire est toujours un défi compliqué, demandant une certaine audace et surtout du talent.
Par ailleurs, Camille Leboulanger le précise bien, des libertés doivent être prises, le prisme de la réécriture doit se faire par le regard d’un écrivain vivant avec son temps. Alors, est-ce une réussite ici ?
Les mots ont une importance et un sens. Alors autant accorder tout de suite une certaine sincérité à cette chronique, elle sera écrite après avoir pris une véritable claque en lisant, à bout de voix, le dernier mot de ce roman. Le chien du forgeron est un coup de cœur, l’un de ses livres qui restera gravé pendant toute une vie dans la pensée du rédacteur ici présent.
Alors certes, certains n’y trouveront pas leur compte. L’auteur le précise dans ces remerciements, son roman n’est pas un roman historique, son roman se permet quelques digressions, il n’atteindra pas le réalisme celtique recherché par certains. Voilà le seul reproche que l’on pourrait lui trouver.
En dehors de cela, Camille Leboulanger réussit son pari. Il réussit à nous immerger dans cette ambiance si spécifique qu’il a décidé d’accorder à son récit. Après seulement quelques pages, on se retrouve avec un petit sourire aux lèvres, attablé au bout du comptoir, partageant notre bière avec nos compagnons de beuverie du soir. Très vite, on se prend au jeu, notre esprit pendu aux mots de ce conteur.
Ses mots défilent, nous racontant l’histoire du chien du forgeron, et ses interventions viennent rythmer son récit sans trop en faire, sans trop prendre la place au réel intérêt de ce roman. L’auteur y trouve un juste milieu parfaitement maîtrisé nous tenant en haleine et nous permettant de « souffler » face à ce qui s’annonce comme un grand roman.
L’histoire du chien est l’une des plus connues de la mythologie celtique. Il est l’un des archétypes du héros que l’on connaît tous de nos jours : un homme à la force incongrue, aux pouvoirs le rendant si proche des dieux qu’il semble côtoyé de près… Que conter de plus me direz-vous ?
C’est justement là tout l’attrait du Chien du forgeron. Nous raconter l’histoire, toute l’histoire. Sans œillet, sans une forme de parti pris. Sa naissance, son enfance, comment est-il devenu Chien, comment a-t-il cherché la gloire, la création de sa fameuse lance, son destin. Tout y passe. De fond en comble.
La lecture peut être déstabilisante. L’auteur, ici, élude quasiment les dialogues, se contentant d’un récit retransmis de façon orale par son conteur, maîtrisant l’utilisation des mots et ne rendant pas trop lourd la lecture de longs passages sans interruption. Déstabilisante mais jamais lourde grâce à la qualité de la plume de l’auteur qui rend la lecture assez fluide sans forcément chercher à en faire des caisses pour tenter de montrer au lecteur qu’il « sait » écrire sur l’histoire celte. C’est tout à son honneur et cela rend la lecture fort agréable.
Il faut souligner le côté très dramaturgique de ce récit. Camille Leboulanger nous conte ici un destin incroyable. Aussi bien incroyable dans son côté grandiose que dans son travers cru. Le Chien n’a, de fait, rien d’un héros. En tout cas, l’auteur vient démystifier cette figure-là. Il n’a d’un héros que par la perception que les autres ont de lui. Héros pour les uns, monstre pour les autres. Un simple homme faisant face à son destin en l’abordant par le prisme d’une éducation qui l’aurait brisé plus que construit. Un destin tragique par sa volonté d’être au plus proche des Dieux, d’avoir la reconnaissance de tous. Un destin torturé par la folie, par le manque d’amour, par la servitude. Un destin poignant, un destin déchirant…
Le Chien du forgeron a de cela d’unique qu’il ne se contente, finalement, pas de conter uniquement l’histoire du fils de Dechtire. Non, ce roman est bien plus que cela. Au travers de ce récit sur la vie de ce héros, Camille Leboulanger tisse plusieurs destins autour de lui. Cela vient rajouter énormément de dramaturgie à son récit. Les fils de chacun de ses destinées se font et finissent par se défaire face à nous, augmentant l’attrait du roman et les sentiments qu’il s’en dégage. Comment ne pas avoir la gorge nouée devant celui de Ferdiad nous rappelant étrangement Achille et Patrocle ? Celui de Dechtire, épouse contrainte, mère par défaut et qui se retrouve bien plus au centre du récit qu’on ne pourrait le croire, déchirée entre l’amour de son fils et la haine qu’il procure…
Le tout vient véritablement servir la complexité de la personnalité du héros de ce roman, le rendant plus intéressant qu’il ne l’était déjà. Il a également cela d’intéressant qu’il nous met, finalement, un peu dans la même situation que ces protagonistes. L’auteur nous met face à ce destin et nous laisse nous interroger sur notre propre ressenti vis-à-vis de lui. Nous nous mettons alors à nous torturer l’esprit, à essayer de comprendre, d’excuser, de cracher notre haine, de serrer les poings… 
Il faut le souligner. Tout vient servir le récit. Tout vient augmenter l’attrait que l’on a pour lui. On s’attache aux protagonistes dont la palette est variée mais maîtrisée. Il y a là la preuve que l’auteur maîtrise le cadre et la construction de son roman. Parce que chaque personnage se retrouve face à ses propres choix vis-à-vis du Chien, parce que chacun d’entre eux font et défont ce héros. Parce qu’on ressent que chaque nouveau personnage sera l’occasion d’agrandir la qualité du récit par l’implication qu’il aura dans l’histoire du Chien.
Le Chien du forgeron est un grand roman. Un grand et inoubliable roman. Par son approche, par sa construction, par le choix du héros, Camille Leboulanger frappe un grand coup dans la littérature de l’imaginaire en nous contant l’histoire du Chien. Une histoire déchirante, remettant en cause le « mythe » et la construction du héros mythologique dont on a l’habitude. Cela nous tient en haleine tout en nous interrogeant sur une sorte de « construction » psychologique d’une personne.
Dans tous les cas, l’auteur peut s’asseoir à la table de ses comparses ayant réussi le pari de la réécriture d’un mythe.
Vrai beau coup de cœur, Le Chien du forgeron, en librairie le 19 août, risque bien de ne pas laisser indifférent.

 

 

9.0/10

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