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Un entretien avec Clément Bouhélier

Par Gillossen, le jeudi 27 septembre 2018 à 06:59:31

Olangar 1Clément Bouhélier s'est mis à la fantasy !
Après des débuts remarqués dans le thriller ; dès lors, il était finalement plutôt logique de lui poser quelques questions pour en savoir plus, alors que notre chroniqueur K' avait quant à lui apprécié sa découverte du monde d'Olangar.
Merci à Clément de nous avoir accordé un peu de temps !

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière

Nos questions

On vous connaissait surtout jusqu'à maintenant pour vos thrillers... Comment vous êtes-vous retrouvé à proposer aux éditions Critic un projet 200% fantasy ?
C'est une envie qui correspond à un tournant professionnel dans ma vie, ça a sans doute joué. Au départ, il m'est venu je ne sais trop comment l'image d'un monde vaguement tolkiennien, qui connaîtrait des avancées technologiques importantes mais aussi la problématique d'un mode de production destructeur pour les habitants et leur environnement. Finalement, le côté environnemental s'est peu à peu résorbé, et c'est l'aspect social qui a prédominé.
Ça a donné Olangar, la capitale d'un royaume industrialisé, dont les anciennes élites se soumettent au pouvoir économique, et qui est confrontée à des problèmes sociaux d'ampleur : fortes inégalités, division idéologique du pays, racisme, crises de production... De là est né tout le reste : une toile politique, la présence d'une pègre très violente infiltrée dans tous les niveaux de la société, la présence d'un ancien ennemi – les Orcs – bien commode pour unifier la société, des personnages qui peinent à trouver leur place dans ce monde ingrat... et ce qui me tenait le plus à cœur : une histoire de vengeance, une intrigue qui est autant une quête qu'une enquête. C'est le liant qui tient ces 900 pages.
Quelles sont vos références dans ce domaine, ou quelle était, disons, votre image du genre ?
Paradoxalement, je n'étais pas un grand lecteur de fantasy quand j'ai attaqué l'écriture d'Olangar. J'avais lu Port d'Âmes de Lionel Davoust et Les Seigneurs de Bohen d'Estelle Faye, tous deux publiés chez les Editions Critic, et qui donnent la mesure de ce que peut être un roman de fantasy. Ce sont chacun à leur manière des récits à la fois puissants et poétiques, engagés et subtiles, qui ont contribué à me donner envie de me lancer dans le genre.
Bien sûr, La Tour sombre de Stephen King m'a énormément marqué, et dans une moindre mesure Les Yeux du Dragon. Au-delà de la littérature, le cinéma a eu son influence : Le Seigneur des Anneaux, des films comme Willow... Ces œuvres montrent que la fantasy peut explorer de multiples thématiques et, tout en faisant découvrir des univers extraordinaires, parler de préoccupations très humaines et très actuelles. D'autres films ont été des sources d'inspiration : je pense notamment à Dark City, dont l'intrigue se passe dans une ville étrange et instable qui se transforme constamment et où l'on perd tout point de repère.
Mais Olangar ne se nourrit pas que de fantasy ou de science fiction. Des œuvres comme Les Misérables d'Hugo ou Le Cri du Peuple de Vautrin ont eu une vraie importance pour moi : ces livres portent des thématiques sociales fortes auxquelles j'ai eu envie de faire écho. Mon livre montre des hommes et des femmes au service d'un modèle économique absurde dominé par quelques possédants.
Enfin, et comme l'ont déjà souligné quelques lecteurs et bloggeurs, j'ai emprunté des éléments à l'univers du western ! En vrac, évoquons Le train sifflera trois fois et son héros hésitant, L'homme qui tua Liberty Valance et l'opposition entre la force brute et celle de la loi, ou encore Il était une fois la révolution ou comment quelques hommes déterminés changent le destin d'un pays tout entier.
Vous avez créé un monde visiblement très politisé/politique. Était-ce au cœur de vos envies ? En quoi la fantasy vous a-t-elle permis de réaliser ce qu'un autre genre littéraire n'aurait pas pu ?
L'intrigue politique est venue rapidement. Elle se nourrit de ce que nous vivons malheureusement au quotidien : une collusion permanente entre des intérêts publics et privés, et la manipulation de l'opinion qui en découle. La fantasy offre un cadre très intéressant pour évoquer la thématique d'une démocratie confisquée à la fois par le pouvoir économique et par quelques politiciens plus ou moins habiles qui se contorsionnent pour rester au pouvoir.
Je n'ai pas voulu, dans Olangar, d'un "Sauron" ou d'un être suprême du mal comme le Roi Cramoisi de King (quoique j'adore ses méchants...). Les "mauvais" d'Olangar ne sont pas des brutes sanguinaires. Ce sont des personnages parfaitement froids et lucides, qui ont acté le fonctionnement de ce monde et qui cherchent à en devenir les maîtres... persuadés qu'in fine, ils favorisent l'intérêt général. L'ambition de ces personnes-là fait naître une cohorte de malfaisants qui gravite autour d'eux.
Ceci dit, ce royaume et son univers politique restent pour moi un décors. J'imagine que d'autres auteurs n'ont pas la même vision des choses, mais je considère que mon travail est d'abord de raconter une histoire plaisante, comme une série qu'on suivrait par épisodes en se disant (j'espère !) "Ah, allez, encore un !". Je voulais mettre en scène des personnages dont on se souvienne : une jeune nobliaude à la recherche de l'assassin de son frère, un seigneur elfe déchu, un nain engagé dans l'action ouvrière, un orc banni, une ancienne générale de guerre ambitieuse...
Et j'avais deux autres ambitions : la première était de donner une vraie épaisseur aux personnages secondaires, histoire que vous vous attachiez à eux... et que vous souffriez un peu aussi quand je les tue ! La seconde était de faire tourner toute l'intrigue autour de personnages féminins forts, qu'ils soient dans le camp des bons ou pas.
La fantasy est un genre formidable qui permet tout ça.
Avez-vous développé une "méthode" d'écriture différente pour Olangar ou finalement, peu importe le genre, on écrit toujours de la même manière ?
Il y a un côté "enquête" dans Olangar. Les personnages principaux trouvent des indices, suivent une piste... Même s'ils découvrent assez vite l'existence d'un complot, ils cherchent malgré tout un coupable, comme un flic tenace traquerait un tueur. Il m'a donc paru assez naturel de conserver un style propre au thriller.
Ce choix m'a facilité les choses pour faire vivre les personnages. L'écriture "thriller" permet de se glisser facilement dans leur tête. Au fur et à mesure de la rédaction, ils me sont apparus plus marqués par leurs problématiques respectives. Ce sont tous, à leur manière, des êtres mis au ban de leur société, qui doivent régler des comptes, parfois avec eux-mêmes. Ils perdent les caractéristiques "classiques" de la fantasy pour devenir (j'espère !) des héros plus complexes et plus sombres.
C'est en tout cas un pari audacieux, puisqu'il s'agit d'un diptyque au rythme de publication très rapide. Comment le présenteriez-vous aux lecteurs potentiels ?
Olangar est un roman d'aventures, avec en arrière-plan un univers politique et social implacable. Dans ce monde impitoyable régi par quelques puissants qui écrasent le peuple, Evyna, une jeune femme d'origine noble, cherche à découvrir qui a tué son frère. Elle arrive de ses terres ancestrales, encore très agricoles, et ne connaît pas les codes de la capitale, très industrialisée. Elle choisit donc de faire équipe avec un elfe taiseux, Torgend Aersellson, capable de la guider dans ce monde.
Rapidement, tous deux se heurtent à la pègre du redoutable Mandrac et doivent faire alliance avec le syndicat ouvrier, tenu par les nains. Leur chef - Baldek - est troublé par certaines révélations d'Evyna. Il lance ses "troupes" dans les bas-fonds du quartier portuaire pour en apprendre plus, et très rapidement, comprend qu'il va falloir provoquer le pouvoir en place pour découvrir la vérité.
Qu'est-ce qui vous a le plus plu en cours d'écriture ? Jouer avec les clichés de la fantasy ? Les parallèles avec notre monde ?
Disons que je me suis beaucoup amusé à décrire Olangar et ses quartiers industriels sinistres. Il a également été plaisant de donner corps à Frontenac, la monstrueuse cité de fer que l'on découvre dans le tome 2, et dont les usines brisent les travailleurs. Les batailles étaient une grande première, je me suis régalé, tout comme pour certaines scènes d'action... mais je ne spoile pas !
Ce qui m'a le plus plu, c'est d'essayer de sortir les personnages de leurs "conditions premières". Ainsi, Torgend n'est pas "seulement" un elfe : c'est un être taciturne, qui cherche un moyen de faire la paix avec son propre passé. De même, Evyna n'est pas seulement une nobliaude naïve, c'est une femme qui s'interroge sur sa place dans ce monde et sur sa capacité à le faire évoluer. J'ai essayé de faire en sorte qu'aucun personnage ne soit un archétype, que tous aient des motivations spécifiques, une histoire que l'on découvre par bribes.
Avez-vous envie de revenir à cet univers ?
Olangar existe avant et après l'intrigue qui se déroule dans ces deux romans. J'ai envie d'explorer ces deux directions... et si les éditons Critic m'en donnent la possibilité, je le ferai avec plaisir ! Déjà, une petite suprise vous attend en octobre sur le site Bookenstock, mais je n'en dis pas plus pour l'instant !

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