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Salon du livre 2009 : Christine Féret-Fleury répond à nos questions

Par Aléthia, le mardi 7 avril 2009 à 10:20:08

Christine Feret-FleuryAlors que le Salon du livre de Paris 2009 s’apprêtait à refermer ses portes, nous nous y sommes glissés une dernière fois afin d’y rencontrer un des auteurs d’Atlantis, Christine Féret-Fleury.
Nous avons évoqué la genèse d’Atlantis ainsi que sa rédaction à quatre mains, Christine Féret-Fleury ayant rédigé ce livre avec sa fille Madeleine. Cette interview revient également sur l’importance de Philip Pullman pour ces deux auteurs et éclaire le lecteur sur les motivations derrière cet hommage.
Je tenais à remercier Christine Féret-Fleury pour sa gentillesse ainsi que toute l’équipe d’Hachette Jeunesse qui m’a toujours merveilleusement accueilli sur son stand tout au long du Salon. Merci également à Cécile pour sa disponibilité et pour tout, tout simplement !

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L'interview de Christine Féret-Fleury

Alors que le second tome est attendu en librairie pour Mai 2009, comment présenteriez vous Atlantis à nos lecteurs ?
C’est difficile, car le deuxième tome va sortir et le troisième est déjà en cours d’écriture ! Quand on est à ce point immergé dans un univers, en parler n’est pas aisé. C’est quelque chose de complet, que l’on est soi-même en train d’explorer et de découvrir. Atlantis est avant tout une aventure que je vis avec ma fille, Madeleine, puisque j’écris avec elle – que nous vivons au côté du personnage principal. Une aventure plaisante et très stimulante, même si Adel, l’héroïne du livre, traverse des épreuves parfois douloureuses.
Vous avez déclaré être fan de Philip Pullman. Votre héroïne, Adel, porte d’ailleurs ce patronyme et de nombreux clins d’œil nous renvoient à ses œuvres. Avez-vous construit Atlantis comme un hommage ou est-ce plus un travail d’adaptation d’un univers que vous aimez ?
C’est un hommage ! J’ai découvert la fantasy avec Philip Pullman, ayant eu l’occasion et la chance, quand j’étais éditrice chez Gallimard jeunesse, de travailler sur les traductions françaises de Philip Pullman avec Jean Esch, son traducteur. C’est comme cela que j’ai fait connaissance avec cet auteur ! Par la suite, j’ai fait lire ses livres à ma fille. Quand nous avons commencé à imaginer l’histoire d’Adel, nous avons choisi pour elle le patronyme de Pullman, comme un coup de chapeau à un maître du genre.
Philip Pullman a de nombreux fans et ses écrits font figure d’incontournables de la littérature jeunesse. Comment avez-vous réussi à gérer le poids de cette influence lors de la rédaction mais aussi lors de la sortie d’Atlantis ? Avez-vous reçu des commentaires de la part de fans, voire de Pullman lui-même ?
Quand on est grand lecteur, on subit forcément une multitude d’influences. Aucune n’est réellement plus lourde à gérer qu’une autre. Ni Madeleine ni moi ne lisons exclusivement Philip Pullman… et si je devais énumérer toutes les influences littéraires qui ont jalonné mon parcours d’écrivain, il nous faudrait deux bonnes heures, une bouteille de champagne, et quelques sandwichs !
D’accord ! Mais tout de même, lisez-vous plus de fantasy ou plus de littérature dite blanche ? Quels sont vos auteurs favoris ?
Réponse identique, quant au délai et aux accessoires indispensables à cette énumération ! Colette, Jorge Luis Borgès, Toni Morrison, Pascal Quignard… Mes auteurs favoris ne sont jamais les mêmes d’une année sur l’autre car je découvre sans cesse de nouveaux textes et de nouveaux écrivains. Toutes ces lectures tissent une espèce de réseau très serré d’influences qui, je le pense, structurent mon écriture depuis mon enfance. On apprend aussi à écrire en lisant les autres.
Concernant les commentaires… il n’y en a pas eu de la part de fans de Pullman. Certains journalistes, en revanche, ont été étonnés par le caractère affiché de cet hommage à Pullman. Ah, oui, tel détail, c’est comme dans A la Croisée des Mondes. Certains détails rappellent peut-être aussi Le Seigneur des Anneaux… je crois que l’on assimile l’univers d’un auteur, qu’on le fait sien, puis qu’on l’oublie en grande partie : parfois ces souvenirs, à demi inconscients, affleurent dans l’écriture. Et souvent ils ne viennent pas du tout de la source la plus évidente!
Au départ, Madeleine et moi avons créé cette histoire pour nous amuser. Ensuite nous avons eu envie de la développer, de lui donner une véritable existence sur le papier. Elle est pleine de clins d’œil à nos lectures favorites, ce que nous assumons parfaitement, car ça fait partie du plaisir !
Dans La Reine Noire, Adel est confrontée à Léda, son double, à Atlantis. La légende de l’Atlantide, tout comme les mythes entourant les jumeaux et les doubles, sont des thèmes classiques de la littérature. Pourquoi avez-vous décidé de vous inspirer de ces thèmes et que pouvez vous nous révéler sur ce second tome?
Je ne sais plus comment l’idée du double nous est venue. Il me semble que le premier qui a surgi dans l’histoire n’était pas le double d’Adel, mais celui d’un personnage secondaire du premier tome, une femme très antipathique, la sous-directrice de l’orphelinat : Mlle Lelonbec. Placer Adel face à la copie conforme de ce personnage pouvait être drôle ; c’est l’origine de cette notion de gémellité, de mondes non seulement parallèles mais en miroir. Chaque Atlante est le double d’un être humain. Son double inversé – ou complémentaire, car ce n’est pas toujours aussi simple qu’il y paraît. Donc il n’y a pas eu réflexion sur l’opportunité d’utiliser un thème particulier, c’est arrivé par hasard, au fil des discussions : confronter Adel à son double, à une autre possibilité d’elle-même.
Dans le tome deux, Adel se réveille en Atlantide où elle va rencontrer le jumeau de son père. Le roi Atlas, le père de Léda, est le double du père d’Adel. Voir ainsi se dresser devant elle l’image vivante du père qu’elle recherchait et dont elle vient d’apprendre la mort est un grand choc pour la jeune fille. Adel va également apprendre qu’elle-même a un double et que ce double a été enlevé par la Reine Noire. Elle va donc se lancer sur les traces de Léda pour tenter de la délivrer… c’est le début de l’aventure.
Ecrire est souvent une aventure personnelle, pourtant vous avez écrit ce roman à quatre mains avec votre fille Madeleine. Comment en êtes-vous venues à ce mode de rédaction ? Pensez vous que votre lien de parenté à été un plus ou est-ce qu’au contraire cela a compliqué le travail de rédaction ?
C’est venu naturellement : depuis que ma fille est toute petite, je lui raconte des histoires pour l’endormir. Et comme je suis écrivain, je ne lis pas l’histoire, j’invente. Je lui demandais de me fournir trois éléments : un lieu, un personnage et un objet, et j’improvisais une histoire à partir de ces trois éléments. A mesure qu’elle grandissait, elle s’est mise à me corriger, de temps en temps, quand elle trouvait que l’histoire ne prenait pas le tour qu’elle aurait souhaité. Nous avons commencé à inventer des histoires à deux, un jeu qui s’est poursuivi pendant de nombreuses années. Et, un jour, nous avons inventé l’histoire d’Adel. Nous étions en voiture, nous avions un long trajet à faire, et nous avons commencé à bâtir une intrigue.
Le lendemain, j’ai repensé à cette esquisse, qui au départ n’était qu’une histoire parmi des centaines d’autres, et je me suis dit que nous tenions quelque chose de vraiment intéressant. J’ai alors demandé à Madeleine si elle aimerait écrire un livre avec moi… et elle a dit oui. Et tout a commencé ainsi, comme la suite naturelle du jeu que nous partagions.
Notre lien de parenté n’a pas compliqué les choses. Il y a une proximité très grande entre nous au niveau de l’imaginaire, car nous partageons les mêmes lectures, les mêmes goûts littéraires – pour l’instant ! Nous fonctionnons un peu comme des jumelles… complémentaires et complices. Pour le moment, il n’y a pas eu de conflit !
De manière concrète, comment s’est organisé votre travail lors de la rédaction d’Atlantis ? Vous êtes vous séparées les tâches dès le départ où est-ce que tout s’est mis en place au fur et à mesure de l’avancée de la rédaction ? Et dans ce cas, que se passe-t-il en cas de conflit ?
Nous discutons ensemble de l’histoire avant de commencer, chapitre par chapitre. Mais sans canevas précis : nous avons très peu d’avance sur les personnages. Un chapitre ou deux… une ligne ou deux vers la fin ! A la fin du tome deux, nous étions vraiment de front avec les personnages, dans l’action. Mais nous établissons quand même plus ou moins le plan de chaque chapitre ; ensuite, nous nous répartissons les séquences. Madeleine écrit à peu près un chapitre sur quatre. Ensuite nous retravaillons ensemble les parties qu’elle a rédigées, nous les développons.
Quand nous n’avons pas la même idée, nous débattons jusqu’à ce que l’une de nous deux dise oui, ton idée est meilleure que la mienne. Il y a toujours eu concertation. Souvent, les idées de Madeleine étaient meilleures… je n’allais pas m’obstiner !
S’il y a un domaine d’autorité, pour moi, c’est sans doute dans l’écriture, tout simplement parce que j’ai plus d’expérience et plus de métier. Quand je relis les chapitres de Madeleine, je lui montre les endroits qu’elle devrait développer, je lui signale les passages confus ou trop elliptiques. C’est un peu comme un atelier d’écriture, mais le résultat du travail est publié !
Vous avez démarré votre carrière en travaillant dans l’édition avant de devenir auteur à votre tour. Comment s’est passée votre traversée du miroir ?
Il n’y a pas eu de traversée du miroir, car j’ai toujours écrit. Je suis entrée dans l’édition pour baigner dans le monde du livre. Et je pense que le fait de travailler avec d’autres auteurs, sur leurs propres textes, m’a énormément aidée à progresser. Ecrire était logique. Un jour j’ai terminé un livre, je l’ai publié et puis… j’ai continué. Depuis, je continue à pratiquer mes deux métiers, ce qui est très enrichissant !
Internet est devenu un outil indispensable pour la promotion des livres. Est-ce que pour vous le web est important pour communiquer avec vos lecteurs ? Comment jugez-vous l’émergence de ce nouveau média et son influence sur la littérature ?
Pour moi, Internet est un indispensable outil d’écriture. J’écris beaucoup de romans historiques – et même dans Atlantis, un roman fantastique, il y a toujours énormément de choses à vérifier car nous nous appuyons sur un mythe qui a déjà eu une longue vie dans la littérature et au cinéma. Je ne crois pas que j’écrive jamais plus d’une page sans aller contrôler un détail sur Internet. En fait, je ne sais pas comment je faisais avant !
Je me sers aussi d’Internet pour garder contact avec mes lecteurs et le monde du livre. J’ai une page Facebook et j’utilise bien sûr Internet pour communiquer, en tant qu’écrivain et en tant qu’éditrice. Je m’occupe d’une petite maison qui n’a pas de grands moyens de promotion, or celui-là est accessible à tous !
Avez vous déjà pensé à l’après Atlantis ? Pensez vous continuer à écrire de la littérature Fantasy jeunesse et si oui avez vous déjà des projets en tête? Seule ou de nouveau avec votre fille ?
Madeleine a décidé qu’elle arrêterait après le troisième tome d’Atlantis, car elle sera alors en Terminale, avec le bac au bout de l’année ! Elle n’aura guère le temps d’écrire… Elle est très attirée par le cinéma, et écrira peut-être, plus tard, des scénarios…
En ce qui me concerne, j’ai toujours 25 projets en cours, à l’état de notes ou d’ébauche. Beaucoup de livres, je l’espère, suivront Atlantis, mais pas forcément dans le domaine de la fantasy jeunesse : j’aime trop toucher à tout et m’essayer à tous les genres littéraires ! Actuellement, c’est plutôt le roman noir qui m’attire, avec une touche de fantastique…
Merci beaucoup pour votre temps et pour cette interview
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