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Les Magiciens : le bilan de la saison 2 !

Par Zakath, le lundi 24 avril 2017 à 15:16:37

AliceLa première saison de The Magicians, adaptation de la trilogie de Lev Grossman, comportait quelques éléments dignes d’intérêt et des séquences fortes comme la première apparition du Fauve, mais peinait à mener de front l’intrigue touchant à Fillory et l’apprentissage de la magie à Brakebills, réduisait trop souvent ses personnages à une caractéristique et ne parvenait pas à surmonter ses contraintes budgétaires pour faire croire à l’existence d’un monde peuplé de créatures merveilleuses, voire peuplé tout court.
La conclusion en forme de cliffhanger appelait néanmoins une suite, et l’on pouvait espérer une deuxième saison qui tirerait les leçons des problèmes de la première et parviendrait à les surmonter. Au bout de ces treize nouveaux épisodes, force est de constater que ce n’est malheureusement pas vraiment le cas.

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Le bilan

Le scénario s’éloigne encore davantage des romans. On peut reconnaître des idées et des scènes ici et là, mais la série suit désormais sa propre voie et encore plus que dans les épisodes précédents, a à cœur de ne pas laisser certains des personnages principaux loin des yeux du spectateur trop longtemps. Ce n’est pas une mauvaise idée, mais l’intérêt varie fortement d’un protagoniste à l’autre. Les problèmes de Penny, notamment, ont du mal à trouver leur place. Plus intéressant est le parcours d’Elliot et Margot qui se retrouvent à gouverner un royaume dont ils ne connaissent pas tous les codes, et qui sont forcés de devenir un peu plus responsables. Le premier doit faire avec un mariage arrangé, la seconde apprendre qu’on ne passe pas sans risque un pacte avec des Fées, par exemple. Le sort d’Alice permet à son interprète de montrer une palette de jeu un peu plus étendue que l’air perpétuellement navré qu’elle arborait jusqu’à présent. On ne pourra hélas pas en dire autant de Quentin. C’est néanmoins le duo formé par Julia et Kady qui tire son épingle du jeu pendant une bonne partie de la saison, peut-être parce qu’elles sont les plus déterminées à agir face à la menace la plus concrète, menace qui contrairement aux autres ne sera pas tournée en dérision.

Les treize épisodes proposent leur lot de retournements de situation et de sous-intrigues différentes tandis que le bestiaire s’agrandit enfin avec des fées, des centaures, des faunes, et même, brièvement, dans l’obscurité, un dragon.

Cela ne suffit pourtant pas à améliorer la série de façon significative, et elle pèche sur plusieurs points.

Tout d’abord, le choix datant de la saison 1 de mêler la scolarité des héros à leurs aventures à Fillory, s’il se défendait, continue de ne pas être idéalement traité et encore plus que précédemment, on se demande quand les étudiants de Brakebills travaillent, et même si Quentin et ses amis ont encore quelque chose à apprendre de leurs professeurs. Chaque fois qu’on arrive à l’école, c’est pour trouver les étudiants paresser ou festoyer dans leurs quartiers, à se demander pourquoi les critères d’admission étaient aussi sélectifs. De plus, alors que gagner Fillory représentait toute une quête et devoir y renoncer un déchirement pour Quentin, les allers et retours incessants entre les deux univers réduisent notablement son aspect mythique et chèrement gagné.

Enfin, le plus gros problème est le recours bien trop systématique à l’humour. Non que la saison 1 ou les écrits d’origine en étaient dépourvus, mais on se repose bien trop là-dessus, parfois, comme pour le final de l’année précédente, pour pallier au manque de moyens, parfois sans même cette justification. Il fut un temps par exemple où les apparitions du Fauve provoquaient un sentiment d’angoisse. Son alliance avec Julia pour vaincre un ennemi encore plus dangereux était prometteuse. Les scénaristes ont pourtant cru bon de se mettre à traiter celui qui était jusque-là un antagoniste inquiétant sur un mode comique, et quand il redevient un peu menaçant, il est trop tard pour le prendre à nouveau au sérieux, et l’on peut dire adieu à l’un des quelques bons points que la série comptait jusque-là. Un peu plus tard juste avant un duel décisif Elliot et sa cour se mettent à chanter One Day More des Misérables sans raison autre qu’apporter une touche incongrue dans un moment de tension, et le reste est à l’avenant. Sans doute encore à cause des moyens modestes, on se repose sur des décors bien terre-à-terre au lieu de créer des lieux fantastiques (le monde des morts, par exemple) sans que le décalage fonctionne vraiment.

Une touche d’humour et de parodie à l’occasion aurait pu être bénéfique pour alléger une série qui comporte nombre de scènes tragiques et violentes et qui traîne un fond déprimant. Elle aurait convenu à une relecture grinçante des classiques de la littérature de fantasy pour la jeunesse. Mais son abus finit par plomber l’ensemble de l’histoire, puisque finalement rien ne parait totalement sérieux, et si l’on ajoute qu’on n’a jamais l’impression que Fillory s’étend au-delà d’un château peuplé de courtisans obséquieux, le dépaysement et le merveilleux qui faisaient défaut dans la première saison sont toujours aux abonnés absents malgré les quelques efforts au niveau du bestiaire signalés plus haut.

The Magicians semble donc toujours avoir du mal à trouver le ton approprié au bout de treize nouveaux épisodes : la série est trop souvent légère pour que les scènes violentes ne paraissent pas déplacées ou trop sombre pour que le côté rigolard et prosaïque dans lequel tombent de nombreuses situations ne finisse par agacer, en tout cas si on reste hermétique à l’humour des scénaristes.

La fin de la saison, sans s’achever sur un cliffhanger comparable à la première, rebat les cartes et laisse Quentin et ses amis dans une situation suffisamment inédite pour que l’on ait la curiosité de voir au moins comment ils vont remettre les choses en ordre. Le problème, c’est que s’il arrive parfois qu’après une première saison peu convaincante, une série trouve enfin ses repères et se bonifie, il est rare de devoir attendre la troisième pour constater une montée en gamme. Quoiqu’il en soit, cette troisième saison a d’ores et déjà été validée par la chaîne Syfy.


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