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La Voie de la colère : entretien avec Antoine Rouaud

Par Gillossen, le jeudi 24 octobre 2013 à 16:00:00

VoieLa Voie de la colère arrive officiellement en librairie à la fin du mois, précédé d'une réputation flatteuse.
Après notre chronique (et un concours), nous avons décidé d'interroger l'auteur lui-même ! Antoine Rouaud a bien voulu répondre à nos questions et voici le résultat de cet entretien. On parle pêle-mêle écriture, accueil public, parcours de lecteur ou bien encore... de la prochaine XBox.
Bonne lecture et encore merci à Antoine pour sa disponibilité !

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L'entretien

Avant même de parler du roman, un petit mot sur le battage médiatique qui l’entoure depuis de nombreux mois (lancement mondial, etc…). Comment l’avez-vous vécu sur la durée ?
Avec le maximum de recul possible.
C’est flatteur d’être présenté comme je l’ai été par Bragelonne. C’est aussi stressant de sentir qu’il y a une attente qui se crée et de se demander si, finalement, on va y répondre. Mais si je n’étais pas certain d’avoir écrit une bonne histoire, je ne l’aurai pas proposée à un éditeur. Et quel auteur ne rêverait pas d’être ainsi soutenu par son éditeur ?
Après, ce battage, c’est épisodique. Une fois dans le grand bain, il me restera le plus dur à faire. Prouver sur la durée.
Avez-vous conscience de représenter un enjeu majeur pour votre éditeur ? Cet entretien par exemple a été reporté plusieurs fois pour coller à la « fenêtre de tir » du lancement du roman.
Un enjeu ? Je ne sais pas si on peut parler d’enjeu. En revanche, j’ai pleinement conscience qu’à chaque fois qu’un éditeur choisit de proposer aux lecteurs un nouveau roman, il prend un risque. Encore plus s’il s’agit d’un auteur inconnu.
C’est une sacrée histoire tout de même cette aventure éditoriale. Le genre dont on peut rêver mais qu’on n’imagine pas devenir réelle. Le lancement, la stratégie, etc., c’est le travail de Bragelonne. Mon boulot à moi, il est fait. (Je l’espère en tout cas tant c’est un tourbillon depuis la signature, modifications, très bonnes nouvelles, écriture de la suite, etc.) Maintenant c’est aux lecteurs de choisir, ce sont eux qui feront vivre l’histoire ou non. S’ils croient aux personnages, à leur destinée, au récit, alors ce sera le début d’une belle aventure.
Au-delà de la pression, on imagine que vous avez hâte de parler du roman lui-même, histoire d’aller au-delà du « phénomène », ou bien celui-ci reste-t-il uniquement flatteur ?
Parler du roman, je ne suis pas à l’aise avec cette idée. Parler de ce qu’on a fait, c’est comme s’il manquait quelque chose, qu’on avait raté son histoire. Je rêve d’un roman qui n’ait pas besoin d’explication. Mais c’est utopique. Alors je me plierai à cette règle médiatique.
On parle de « phénomène » mais je suis loin de ça. Je ne me lève pas le matin en me disant : Dis donc toi, bébé, t’sais que t’es un phénomène ? L’engouement est très flatteur, cependant, c’est une vague qui peut me noyer alors je me protège. C’est un premier roman, c’est le début d’une trilogie, il me reste beaucoup de travail en cours. Si dans cinquante ans, on me parle encore de ce premier livre en me disant : il est quand même sacrément bon ! je serai encore plus heureux.
Si cette histoire traverse le temps, les générations, les goûts, alors oui, là je me dirai que j’ai réussi à devenir un véritable « auteur ».
Comment est née cette histoire d’ailleurs ? La portez-vous en vous depuis longtemps ou bien n’était-ce qu’une idée parmi d’autres projets, si l’on peut dire ?
Elle est née d’un agrégat de précédentes histoires. C’est souvent comme ça que ça marche chez moi. Des histoires non-abouties qui, finalement, se regroupent pour en former une seule. Quand j’avais dix-sept ans, Dun-Cadal Daermon était un roi elfe.
Pour autant, il ne faut pas la voir comme un composite, elle a gagné sa propre vie très rapidement. Suite à un mail de Stéphane Marsan qui m’est apparu comme un défi. Je voulais montrer ce dont j’étais capable, par orgueil un peu. C’est le genre de moment où vous savez que vous avez une chance à ne pas laisser passer. L’histoire est encore plus belle avec la foire de Francfort et l’enthousiasme de Stéphane qui a porté le roman.
En définitive, elle est là depuis longtemps comme elle est totalement nouvelle. Mes autres histoires ont suivi le même chemin.
Le roman se distingue notamment par son efficacité redoutable. Est-ce quelque chose de naturel chez vous ? Avez-vous particulièrement travaillé cet aspect du récit ?
Aucune idée si c’est naturel. Je n’ai pas écrit La Voie de La Colère en me disant : tiens, là faut que ça soit efficace. Mais merci si vous trouvez cette efficacité redoutable.
Je savais juste pourquoi je voulais raconter cette histoire et pourquoi j’avais choisi cette manière de le faire. En retravaillant le premier jet avec Stéphane Marsan et Claire Deslandes de Bragelonne, j’ai simplement changé deux-trois petites choses afin que ce roman devienne un véritable premier tome d’une trilogie. Au début, le livre devait se suffire à lui-même, quand bien même avait-il une fin assez ouverte. Là, j’ai vraiment retravaillé le récit pour qu’il fasse partie d’une histoire encore plus grande.
Vous avez également opté pour un cadre loin d’une Terre du Milieu bis par exemple. Pourquoi ce choix ?
Dans le premier jet, il y avait des races fantastiques. Mais comme l’histoire était centrée sur des êtres humains, cela devenait plus gadget qu’autre chose. Suivant les conseils de Marsan, j’ai fait des Nâagas des êtres humains et non pas des hommes lézards. Pourtant, c’était cool ! Des hommes lézards, sérieusement, moi j’adorais. Mais dans un roman, il faut faire des choix, et garder une idée juste parce qu’elle nous semble « cool » n’est pas l’un des meilleurs qu’on puisse faire.
Tolkien s’est inspiré de beaucoup de récits folkloriques pour créer sa propre mythologie. On le considère, à juste titre selon moi, comme le père de la Fantasy, mais il a pompé toutes les histoires folkloriques pour en faire son histoire. Lucas, pour Star Wars, a fait pareil. À mon niveau, j’ai fait pareil. On ne crée jamais rien de bien nouveau. Quand on me dit C’est différent de telle œuvre, je souris. Quand on me dit C’est comme telle œuvre, je souris aussi. Oui, je suis quelqu’un d’assez souriant.
Un auteur crée simplement son univers à partir de ce qu’il voit, de ce qu’il vit, de ce qu’il connaît. Son ton, et sa façon de raconter les choses, fera la différence. Pour le reste, le fond de l’histoire, il n’y aura jamais rien de bien nouveau.
L’œuvre de Tolkien m’a énormément touché, de Faerie au Silmarillion. À neuf ans, je voulais à tout prix lire le Seigneur des Anneaux. Mon père m’a dit que je n’avais pas l’âge, alors il m’a offert Bilbo le Hobbit. J’ai adoré. Comme j’ai adoré Willow au même âge. Avec le temps, on mesure le travail d’un auteur et son influence. Et ce qui, finalement, se cache derrière l’histoire qu’on nous raconte.
J’aurai pu faire un Seigneur des Anneaux bis, à mon humble niveau bien sûr. Cela n’aurait pas été le plus important. Ce qui prime c’est que tu veux raconter. La forme, elle, c’est du marketing.
Les premières chroniques sur votre roman sont déjà tombées. Comment gérez-vous cet accueil critique ?
Comme je peux. Avec appréhension et en essayant de ne pas trop y penser non plus. Je suis tiraillé entre l’envie de les lire et l’idée que ce n’est pas nécessaire que je le fasse.
C’est très étrange. On écrit pour avoir un retour et, dans le même temps, on le craint. J’ai peur de décevoir mais je sais que les critiques sont elles-mêmes très critiquables. C’est un travail de réussir à donner un avis objectif, argumenté. Tout le monde aujourd’hui peut s’improviser « critique » sur le net. C’est facile de descendre un bouquin comme de l’encenser. Si je les lis, ça me touchera, bien évidemment. Mais je garde en tête une seule idée : le temps jugera. Des œuvres ont été appréciées à leur sortie, puis ont été oubliées. D’autres sont totalement passées inaperçues et sont aujourd’hui des classiques.
C’est peut-être prétentieux mais si j’écris une histoire, et si j’ai cette chance d’être publié, ce n’est pas pour être lu et jeté. C’est dans l’espoir, peut-être vain, de rester. Les critiques d’aujourd’hui resteront mais n’auront peut-être rien à voir avec celles de demain…
Si vous deviez nous présenter un personnage de ce premier tome… Qui choisiriez-vous et pourquoi ?
Viola.
Elle paraît effacée, ou en tout cas secondaire, mais a beaucoup d’importance dans la trilogie. Elle est l’élément déclencheur de l’intrigue. Sans elle, rien ne se passerait. C’est une historienne, tout juste sortie de l’université. Elle ne vient pas d’un milieu aisé et est une des premières à bénéficier des œuvres de la République naissante. Elle en est donc l’un des plus ardents défenseurs. Du temps de l’Empire, elle serait restée dans son village à nourrir les cochons. Là, elle est cultivée, s'intéresse au monde, et c’est par son regard qu’on le découvre.
Je l’aime particulièrement parce que je sais tout d’elle et ce que serait l’histoire des trois tomes sans sa présence.
On parlait des critiques, plus haut, certaines reprochent des personnages féminins effacés. Il ne faut pas oublier qu’une des idées importantes de ce livre, c’est l’importance qu’on donne aux images, à la façon de présenter et voir les évènements. La vérité, ce que je raconte vraiment, est entre les lignes. Sur ce premier tome, j’ai mis en avant des points de vue. C’est au lecteur de faire son choix sur l’importance de tel ou tel personnage.
Vous êtes-vous déjà projeté sur le tome 2 ? Quels seront vos plus gros défis, selon vous ? Avez-vous déjà une date ?
Le tome 2 est en cours. Je sais où aller, comment, il me faut juste travailler l’écriture propre. Le plus gros défi ? Je dirais le rythme à imposer. Je ne vais pas faire un tome 1 bis, il y aura donc des changements qui surprendront. De même, le tome 3 se clarifie dans ma tête. Le choix qu’il me faudra faire sera un peu plus délicat puisqu’il s’agira de décider d’un ordre précis pour raconter tout ce que je veux raconter, sans que le rythme n’en pâtisse.
J’ai du boulot. Pour convaincre que ce que je fais est clairement réfléchi et ne doit rien au hasard.
Quel fut votre parcours de lecteur d’ailleurs ? Avez-vous des ouvrages, des auteurs de référence dans le genre fantasy ?
Parcours assez classique. J’ai eu ma grosse période Stephen King étant ado. J’ai aussi le souvenir ému de la Trilogie des Tripodes, une trilogie anglaise de science-fiction. J’ai dévoré Tolkien. (Enfin ses romans, parce que jusqu’à preuve du contraire manger des gens morts n’est pas bien vu en société.) Et puis j’ai eu un grand trou, en ne lisant qu'un ou deux bouquins dans l’année, genre la grosse artillerie des Harry Potter.
Peu m’importe le genre en vérité, c’est l’histoire qu’on va me raconter qui m’intéresse. Ceux qui m’ont le plus ému sont La Nuit des Temps de Barjavel, Shining ou encore Les Yeux du dragon de King, La Condition humaine de Malraux… et si on remonte plus loin : La Belle Lisse Poire du prince de Motordu.
Cette année 2013 a été très riche en retour ou en nouveaux arrivants. Jugez-vous qu’il y ait une vraie « ''French touch'' » ? Avez-vous seulement le temps de lire les ouvrages de vos camarades ?
Je n’ai pas une culture fantasy assez affirmée pour pouvoir juger d’une French touch ou non. Je me suis remis à la lecture il y a peu pour voir ce qui se faisait aujourd’hui (Les Larmes du Cardinal de Pevel par exemple).
Oui, donc, voilà, en résumé je suis un inculte de la fantasy. J’ai découvert le nom de David Gemmell il n’y a que deux ans. Par contre, je prends n’importe qui sur un quiz d’OST ! Et puis je joue un peu de piano… ça peut compter ? On peut pas se débrouiller partout.
Parmi les débats du moment, on compte notamment le livre électronique. En tant qu’auteur, avez-vous une position précise à ce sujet ?
Pour. C’est dans l’ordre des choses, tout simplement. En tant que lecteur, je dis bof bof. En tant qu’auteur, le numérique a des possibilités énormes. Alors oui, il y a le problème du téléchargement. Cela dit, en ce qui concerne les films, ceux qui copient le plus sont ceux qui achètent le plus.
Je suis des années 80, j’avais un radio-cassette, je copiais des disques sur des cassettes. Le magnétoscope… on enregistrait des films qui passaient à la télé. Alors oui, c’était deux-trois ans après la sortie mais est-ce que ça change énormément ? Les très bons films sont achetés et vus au cinéma. Les très bons livres seront achetés aussi, même si certains vont les lire en numérique, piratés.
La question qui se pose est dans la rémunération et dans la valeur qu’on donne à un domaine « artistique ».
Pouvez-vous nous parler un peu de vos travaux dans le domaine des feuilletons audio ?
Ho, ce serait long et peut-être ennuyeux. Le plus simple est d’aller jeter une oreille sur Audiodramax.com. Mais là, c’est du space opera ou de l’anticipation. C’est une autre forme d’écriture. Ce qui est chouette c’est de raconter son histoire, de la jouer, de composer la musique. De gérer comme on veut. Et finalement réussir à créer des images à partir du son.
Quel est votre dernier coup de cœur, littéraire ou non ?
Non. Ces deux dernières années, je n’ai pas eu le temps de lire, de me concentrer… j’ai joué aux jeux vidéos, travaillé sur le livre et ses suites, sur les feuilletons et principalement, sur mon boulot de publicitaire, moins glamour certes mais qui me fait vivre.
Et enfin, que peut-on vous souhaiter pour cette fin d’année ?
Alors… je voudrais : une Xbox One, un sabre-laser, un meilleur niveau d’anglais, du temps pour pouvoir avancer sur le tome 2 et jouer à la Xbox One… et parfois avec mon sabre-laser, et également me reposer.
Suite à ça, peut-être est-il préférable que vous me souhaitiez un prompt rétablissement.

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